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Les Valeurs de la Famille Addams de Barry Sonnenfeld

La famille loufoque aux valeurs inversées refait surface après un premier opus très réussi. Morticia (Anjelica Huston) et Gomez (Raúl Juliá) ont un troisième enfant, un garçon prénommé Puberté (Kaitlyn et Kristen Hooper). La sœur aînée et le frère, Mercredi qui ne rit jamais (Christina Ricci – 12 ans) et Pugsley en lourdaud (Jimmy Workman – 12 ans), en sont naturellement jaloux, croyant que l’arrivée d’un nouvel enfant fera mourir l’un d’eux. Ils cherchent donc à le tuer, dans la meilleure tradition des aînés : ils le jettent du haut du toit, lui mettent le cou sous la guillotine, tentent de l’écraser d’une enclume. Mais rien ne fonctionne, le bébé déjoue tous les pièges en souriant sous sa (déjà) petite moustache.

Les parents veulent détourner leur attention en engageant une gouvernante mais les enfants les épuisent l’une après l’autre, jusqu’au jour où paraît Debbie (Joan Cusack), blonde cruelle et poitrine pigeonnante qui ne se laisse pas marcher sur ses hauts talons. Elle est connue dans le pays sous le nom de Veuve noire car elle a épuisé sous elle plusieurs maris, comme par hasard riches : un chirurgien, un sénateur… Sans jamais se faire prendre. Debbie n’est pas débile et, si elle reste dans le manoir lugubre avec ces gosses d’enfer, elle vise la fortune de l’oncle, prénommé Fétide (Christopher Lloyd) tant il est repoussant. Mais il a le coffre empli de titres, d’actions et d’obligations – et même une mine d’or.

Debbie veut convoler en justes noces avec le richard et, pour cela, se débarrasser des mômes qui la surveillent et percent son jeu. Elle intrigue auprès des parents pour leur faire croire que leurs rejetons veulent prendre un peu l’air, et les Addams mettent les deux préados dans un camp d’été pour gosses de riches. C’est l’enfer sous les bonnes intentions. Le film est tout entier dans l’inversion des valeurs : ce qui est « bien » s’avère très mal et ce qui paraît « mal » est nettement meilleur malgré les apparences. C’est ainsi que l’individualisme est honni dans le camp où toutes les petites filles entraînent tous les petits garçons (réputés moins avancés) à se soumettre aux règles de la camaraderie et du partage. On chante, on danse, on niaise. La seule activité sérieuse est le canoë, encore le canoë. Les deux animateurs sont des caricatures du politiquement correct et de l’optimisme de rigueur aux Yankees et le camp est perçu comme un camp de rééducation, voire de redressement. La « maison du bonheur » est le cachot, joli comme chez Disney, où les enfants punis sont isolés et nourris de films à l’eau de rose pour les faire réfléchir.

Ce qu’on ne peut empêcher, on le contourne. C’est ainsi que la tête pensante des rebelles, Mercredi, s’efforce de jouer le jeu pour mieux le subvertir. Elle accepte de jouer Pocahontas dans la scénette qu’a inventé le stupide animateur pour la fête du camp devant les parents. La chipie de service jouera naturellement la colon venue (en force) « partager » la dinde de Noël (piquée aux Indiens sur leur propre territoire). Mercredi à la tête de sa bande de nazes, tous les non WASP – blancs, anglo-saxons, protestants – déguisés en sauvages avec plumes sur la tête et torse nu sous le plastron, commence par réciter le texte puis déclame le sien : les gentils colons sont de méchants envahisseurs, le partage n’est que de la prédation déguisée, et ainsi de suite. Les « natifs » renversent la table, attachent la gentille colon au poteau et boutent le feu aux cabanes. Un grand moment d’anthologie.

Mercredi en profite pour séduire sans le vouloir un garçon juif qui préfère lire et que ses parents ont forcés à venir au camp s’initier à la sociabilité. Il sera invité au mariage de Fétide et Debbie, puis aux retrouvailles après que Debbie ait tenté de tuer par trois fois sans succès son encombrant mari très amoureux. A la question de savoir si une épouse peut aimer son époux, Mercredi avoue qu’elle chercherait à le tuer – mais sans se faire prendre. Tout est sens-dessous et c’est le ressort principal des gags. Un gentil divertissement.

DVD Les Valeurs de la Famille Addams (Addams Family Values), Barry Sonnenfeld, 1993, avec Anjelica Huston, Raul Julia, Christopher Lloyd, Joan Cusack, Christina Ricci, Paramount Pictures 2001, 1h30,  €9.99

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Sexe, rhum et cochon de Cuba

À l’arrivée au stade, une voiture de location recueille trois Italiens d’âge mûr, dont les adolescents en vélo qui baguenaudent alentour nous disent qu’ils viennent de se faire une ou deux putes. Cela les faite plutôt rire, ces ados ; ils n’ont pas l’austérité protestante de nos contrées coincées où baiser pour de l’argent est le péché absolu. Ils aiment l’amour, le faire, le voir et, si la femme se fait payer en plus, c’est tout bénéfice. Mais Françoise (qui ne comprend pas l’espagnol) réagit aux quelques bribes qu’elle perçoit de la traduction raccourcie de Philippe et elle se lance tel Don Quichotte contre les moulins. « Quoi ! salauds, salopo » (néologisme inventé pour la circonstance car Françoise ne parle pas plus italien qu’espagnol), « vous, pas honte ? baiser comme ça ? baisar ! » Nous rigolons ouvertement de cette morale militante (en langage « petit nègre » d’un air supérieur foutrement colon !), de ce féminisme décalé, de cette clownerie de gauche bobo. Entre adultes consentants, l’amour, même vénal, est une affaire de contrat, pas de morale publique. Mais allez faire comprendre cela à une fonctionnaire d’État socialiste en pleine psychanalyse !

fille bien roulee cuba

Le bus nous reconduit à l’hôtel en passant dans les vieux quartiers où nous revoyons une fois de plus les filles jeunes, bien moulées dans leurs boléros colorés, et les gosses caramels qui se sont mis à l’aise pour jouer après l’école. Toni nous quitte pour rejoindre sa belle, à qui il a fait en passant signe qu’il allait lui téléphoner sous peu. Encore un que l’amour va tenir occupé ce soir. Françoise, dans cette ambiance si sensuelle, se sentirait-elle frustrée ?

Si les adultes connaissent des sacrifices, la Perle des Antilles (petit nom de Cuba) semble bien être le paradis des enfants. Bien nourris, convenablement soignés, éduqués, ils vont sans guère de contraintes, ni vestimentaires, ni du qu’en-dira-t-on. Ils sont presque tout le jour les pieds nus et jouent sans chemise avec leurs frères et leurs copains. Dans cette atmosphère, même l’école intéresse leur curiosité. Ce n’est que l’âge venant qu’ils se font embrigader et vêtir au-delà du minimum. Dès 14 ans, nombre d’entre eux travaillent, surtout dans les campagnes. Même si cela leur donne une autonomie bienvenue à cet âge d’affirmation, et l’impression d’être utiles, le travail est quand même une contrainte. On les sent curieux de connaître le monde extérieur et la modernité, qui ne sont pas le diable de la propagande télévisée officielle, ils le sentent bien. Cette curiosité vivante, on la sent peu chez les adultes, plus méfiants, plus endoctrinés, moins formés peut-être – ou seulement résignés.

ecoliers torse nu cuba

Le rendez-vous est à 19h au bar pour un daiquiri fait de rhum (5cl), de jus de citron vert (1/2) et de glace pilée. On peut raffiner en ajoutant deux boules de glace au citron pour le moelleux de la crème. Certain ajoutent un trait de marasquin. Nous goûtons aussi le mojito qui est fait autrement. Prenez du rhum, toujours la même dose standard, 5cl, 1 trait de sucre de canne liquide le jus d’1/2 citron vert, un brin de menthe à écraser contre le verre, 25cl d’eau gazeuse et quelques glaçons. C’est meilleur. Je préfère le mojito au daiquiri, mais cela dépend de la température extérieure ! En revanche, je n’aime pas trop le cuba libre, 5cl de rhum et 25cl de cola avec glaçons : trop sucré pour moi.

daikiri de cuba mojito de cuba

Nous partons vers 20h pour le Rancho Toa, un restaurant chic à quelques kilomètres de la ville. La rivière Toa a le plus haut débit de Cuba, serine Sergio dans son micro. Nous sommes seuls en « salle » ; je mets ce mot entre guillemets car, sauf sur un côté, les murs n’existent pas. La nature est là, les arbres, les plantes, immédiats, température oblige. Et les moustiques s’en donnent à trompe joie. Nous sommes placés à la table principale pour les groupes, faite de planches brutes. Nous sommes assis sur des bancs de rondins à dossier. Tout cela est révolutionnaire et cow-boy à la fois, ce mélange constant de socialisme et d’Amérique qui fait la contradiction cubaine. Nous est servie une soupe épaisse de porc aux bananes, en calebasse. Puis le cochon lui-même, grillé à la broche, un long bâton enfilé de la barbe jusqu’au cul – ce qui a donné le mot « barbecue » qui vient des boucaniers. La viande est accompagnée de riz (importé du Vietnam car Cuba n’en produit pas assez pour l’avidité de ses habitants), de beignets de bananes plantains et de salade de tomates et laitue. Chacun va se servir à l’étal du cuisinier, un Noir gras qui, en bon spécialiste culinaire, connaît un peu de français. Le cochon, jeune, est tendre et goûteux (je ne parle pas du cuisinier mais de la bête embrochée !). C’est un met de luxe que nous avons là pour les normes cubaines ! Pas de dessert, invention trop occidentale, mais un café parfumé local.

Malgré la joie de cette nourriture bien choisie et bien préparée, toute conversation a été gâchée par les sempiternels musiciens qui viennent vous assourdir jusque dans votre assiette. Ils sont sept, jouent des airs « urbains » archiconnus qui deviennent des scies à touristes comme « Guantanamera » et « Siempre comandante, Che Guevara ». Les neufs dixièmes des touristes sont assez idiots pour être béatement heureux des rythmes en scie à leurs oreilles. Cela les empêche de penser. Moi, je m’emmerde. Les neuf dixièmes des touristes sont ravis qu’on vienne les tirer de la table pour se trémousser (peut-on appeler ça danser, sans rien connaître des rythmes ni des pas locaux ?). Moi, ça me gonfle. La gaieté factice n’a jamais été mon fort. Je prise plus la conversation des esprits à table que la danse du ventre. Et la chasse aux dollars continue. Les musiciens nous ennuient, mais il est « de bon ton » de les rémunérer. Les dix dollars chacun de la cagnotte créée hier soir pour régler pourboires et boissons collectives sont presque bouffés. Il s’agit ici de chasser le dollar où qu’il se trouve. Le touriste est un citron qui doit être pressé sous des airs avenants. On le prend par le gosier, par le sentiment, par la bienséance ou par la queue, peu importe. Les capitalistes doivent payer pour exister, n’est-ce pas dans la propagande ?

cochon de cuba

Nous rentrons vers 22h. Se déchaîne encore à l’hôtel l’animation des danseurs et danseuses salariés. Mais le vent est resté fort ce soir, et les mâles qui se trémoussent ont cette fois enfilé le tee-shirt qu’ils avaient quitté les soirs précédents pour s’exhiber devant les spectateurs dans une parodie de Loft Story showisée à l’américaine. Une vingtaine d’Américains justement, avachis, contemplent la viande très moussante qui se fait mousser sous leurs yeux. Ils paraissent abrutis et je ne sais si c’est l’effet du rhum traîtreusement avalé dans des cocktails sans force apparente ou si c’est l’effet hypnotique de la sono bien trop forte. Je ne les plains pas, chacun prend son plaisir où il le trouve. Mais j’avoue que ce plaisir à l’américaine n’est pas de ceux qui me sont bienvenus.

Quand la musique se tait, quelque part dans la soirée, on entend crisser les palmes et déferler les vagues. À mes oreilles, c’est quand même autre chose !

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Croisière en Colombie

Pendant qu’une bonne partie des touristes étaient sur les ponts pour vivre de visu la traversée du canal de Panama, certains avaient envahi la piste d’hélicoptère ouverte pour l’occasion, d’autres avaient très tôt le matin monté « leurs tentes en serviettes de bain» afin de privatiser les lieux, d’autres n’hésitaient pas à grimper sur les fauteuils en rotin, enfin chacun faisait à sa guise et comme à la maison ! On pouvait aussi aller se restaurer (payant) au Qsine dont quelques bribes du menu tentaient d’allécher le chaland : « sucettes sushi, crevettes disco, escargots saveur homard, crabe lave et pop-corn Fish’n’Chips » n’aurait été qu’une petite sélection. J’en frissonne encore !

INDIENS DU PANAMA

Colon, Panama, arrivée à 6h00. Tous à bord 15h45, départ à 16h pour Carthagène en Colombie à 270 milles nautiques. Colon, c’est le port de mer sur la côte des Caraïbes du Panama. La ville est fondée par les Américains en 1850, terminus du chemin de fer alors que le canal n’existe pas encore. Un petit groupe d’indiens jouent de la musique tandis que leurs femmes s’empressent auprès des touristes pour vendre des objets, de vannerie surtout.

colon maisons

Sur le bateau, on parle encore et surtout carte de crédit car la croisière se termine bientôt. On peut vérifier la douloureuse sur la télévision de la chambre. Classe de tango. Un comédien en spectacle dans le théâtre. Toujours le casino, encore une dégustation de porto à 22 h. Et une exposition de « perles de la Mer du Sud ». Alors nous les Polynésiennes nous rendons à cette exposition en curieuses. Ce ne sont pas des perles noires de Polynésie mais un petit bracelet de perles blanches et un pendentif avec une seule perle de couleur. M. ayant apporté son collier de perles noires de Tahiti est priée de suspendre à son cou l’orgueil de Tahiti. La présentatrice remarque vite le collier de M. mais n’en souffle mot. Elle avait la chance de pouvoir montrer aux dames intéressées la perle noire, elle n’en a pas profité !

colombie glaces

Carthagène des Indes, Colombie. Arrivée 9h, tous à bord 15h45 départ 16h. Ville portuaire au bord de la mer des Caraïbes, a été fondée le 1er juin 1533 par le conquistador Pedro de Heredia. Pendant 3 siècles elle fut un bastion du royaume d’Espagne en Amérique du Sud. La ville possède d’importantes fortifications militaires. Elle fut également un important centre de traite des esclaves et de transit de l’or issu des pillages des empires aztèque et inca, destiné au royaume d’Espagne.

carthagene des indes colombie

Et, pour la petite histoire, en 1697 une attaque de Carthagène par la marine française commandée par le chef d’escadre Jean-Bernard de Pointis est un succès. Le port caribéen est pris, pillé pour un butin estimé entre 10 et 20 millions de livres. Cette expédition était ordonnée par le roi de France Louis XIV qui recherchait un succès sur les mers afin de pouvoir signer le traité de Rijswick qui mettra fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg, en position de force. Il obtint ainsi de l’Espagne la partie ouest de l’île de Saint-Domingue qui devint colonie française.

carthagene des indes

Direction la vieille ville où la statue de la India Catalina trône. La forteresse San Felipe de Barajas et ses douze kilomètres de remparts protégeaient la ville des pirates mais rappelle aussi que l’or et les émeraudes raflés par les conquistadors transitaient par Carthagène des Indes. En arrivant sur la Plaza Santa Teresa nous changeons de monture avec une calèche tirée par un cheval pour visiter les rues étroites bordées de magnifiques balcons. Le quartier du centre San Pedro abrite la cathédrale et de nombreux palais, la tour de l’Horloge, le théâtre Heredia.

carthagene des indes rue

Au retour sur le bateau : fitness, casino, vente de tanzanite, la deuxième pierre précieuse la plus rare du monde, danse, guitare, tango ; au théâtre, un chanteur-musicien. Direction Fort Lauderdale pour 1 149 milles nautiques !

Hiata de Tahiti

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