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Dinh Hang Kenh à Haïphong

Il date de 1719. Les dinh sont des maisons communales pour se reconnecter avec le peuple. Ces maisons du confucianisme honorent le culte des ancêtres et l’harmonie du monde. Le Dinh Hang Kenh a été construit au XVIIe siècle et a pris son apparence actuelle en 1905. Bâti de bois de fer, le jacquier, il est d’architecture traditionnelle avec le Dai Dinh (le hall principal) au plancher en bois de fer, la Toa Ong Mong (la salle de culte), la salle du sanctuaire et les salles Giai Vu (les salles du couloir). Il était destiné à vénérer le dieu tutélaire du village, puis élevé par le roi Tu Duc à la vénération du roi Ngo Quyen, qui a vaincu l’envahisseur Nam Han sur la rivière Bach Dang en 938. Une statue du roi Ngo Quyen assis sur un trône de dragon est sur l’autel. Devant la statue, il y a un petit bateau et un morceau de bois qui représente des rangées de piquets dans la rivière Bach Dang.

Le dinh est ornementé de beaucoup de dorures kitsch en rouge et or clinquant. Devant les autels, des offrandes sont pour les quatre éléments : l’encens pour le feu, les bouteilles en plastique ou de vin pour l’eau, des liasses épaisses de faux dollars pour la terre, des fleurs pour l’air. La statue de grue permet, tout comme la fumée d’encens, de faire monter les prières vers le ciel. Pour se démarquer de la Chine, trop proche et trop envahissante, les Vietnamiens juchent leurs grues sur des tortues, symbole de terre et de longévité. A l’intérieur, profusion de dragons – l’une des « quatre créatures surnaturelles » du peuple vietnamien. Ce ne sont pas moins de 308 dragons qui sont sculptés en différentes formes et postures avec, dans chaque nid, le dragon-mère et les dragons bébés entrelacés, au milieu d’herbe, de plantes et de fleurs. A l’extérieur, les quatre coins du toit sont incurvés en forme de quatre crocodiles avec deux dragons enchevêtrés l’un à l’autre .

Un petit garçon à chaîne de cou et bague au doigt furette partout dans le dinh. Il y a peu de monde et il s’ennuie, avec ses deux raquettes de badminton, cherchant peut-être quelqu’un pour jouer avec lui. Il est lourdement vêtu d’un sweat à capuche jaune d’œuf. Les jeunes filles se prennent en photo devant le monument pour alimenter les réseaux sociaux, nous offrant des portraits à prendre tout trouvés.

À côté du dinh, un petit temple de la littérature est dédié à Confucius. Il n’y a pas de statue mais ses préceptes. L’édifice célèbre les érudits confucéens tels que Chu Van An (1292-1370, titre de Van Trinh Cong) ; Nguyen Binh Khiem (de Vinh Bao, Hai Phong, 1491-1585, premier candidat au doctorat, Trin 1527, le premier doctorant, le titre Thuong Thu) ; Le Ich Moc (de Thuy Nguyen, Hai Phong, 1458-1583, premier doctorant, titre Ta Thi Lang). Les lauréats des concours et examens d’aujourd’hui viennent quémander leur aide ou les remercier de leur succès. Des stèles de pierre avec les noms gravés des lauréats savants aux concours de 1460 et 1693 sont une relique sous auvent en avant-cour. Ce temple a été restauré l’an dernier.

Une jeune fille habillée d’une longue tunique jaune se laisse photographier par sa copine comme un mannequin. Le jaune était la couleur réservée à l’empereur, signe de royauté, mais aussi de culture. Plus tard le jaune est devenu la couleur du sexe. Une fille en jaune est donc un symbole ambivalent… Une autre se fait prendre en tunique rouge, c’est plus sûr.

Le J hier se vantait de ne jamais ressentir de décalage horaire lors des voyages. Il dort cet après-midi dans le bus la mâchoire ouverte, comme un poisson mort. Les reliefs karstiques caractéristiques de la baie d’Halong apparaissent dans le lointain. Nous passons sur l’île touristique de Tuan Chan où se trouve notre hôtel, le Paradise Suites rue Quang Ninh. Les complexes hôteliers sont financés par les Chinois et sortent de terre depuis 20 ans. Un million de touristes vient chaque année de Chine. La baie d’Halong a été inscrite au patrimoine de l’Unesco et est la principale attraction touristique du Vietnam.

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Hanoï balade

Retour au lac où, tout autour, se trouvent des édifices dédiés à la culture de l’ancien Vietnam : Thap But (la Tour de stylo), Dai Nghien (L’Encrier), le pont The Huc (pont du Soleil Levant), le pavillon Dac Nguyet (la Lune atteinte), la maison communale Tran Ba (Contre les vagues – ou contre l’invasion des cultures nocives au sens figuré). Nous visitons la pagode de la montagne de jade. Nous y entrons par une porte avec un lion jusqu’à la porte de la Lune avec dragon et tortue, tous animaux symboliques. La chauve-souris est ici à l’animal bénéfique malgré le Covid…

Les gens sont venus saluer les ancêtres et leur porter des offrandes d’eau, de fruits ou d’argent. Les billets sont de très petites coupures, ou des liasses de faux billets qu’il est de bon ton de brûler devant les autels avec les bâtons d’encens – toujours par trois, chiffre bénéfique. Malgré son bon sens et son apparente logique, la pensée de Confucius laisse la place à beaucoup de superstition. Les autels sont colorés, ornés de statues hétéroclites. Toutes les couleurs sont représentées, pour leur symbolique chinoise : vert signifie le bois, rouge le feu, jaune la terre, blanc le métal et noir l’eau. Ainsi des bananes vertes, des mandarines oranges et des pommes rouges alternent en offrandes avec des pamplemousses jaunes sur des assiettes blanches. Il s’agit d’un culte populaire synthétique, ou plutôt assimilateur du confucianisme.

Un vieux lettré à longue barbe, en tunique noire du sérieux professoral, calligraphie des sentences au pinceau sur du papier rouge qu’on lui achète en guise de bonne année. Au-dessus de lui, les toits de l’édifice s’envolent en une courbe gracieuse, avec des extrémités recourbées pour désorienter les démons. Des vendeurs de saucisses, de brochettes, de pastèques et de fruits œuvrent alentour, attendant le chaland. Une marchande de ballons de couleurs promène son bouquet comme un parasol. Des lanternes jaunes pendent des branches des arbres.

Des enfants jolis des deux sexes font des selfies avec maman ou papa, ou le frère ou la sœur. J’aime ces visages asiatiques très doux où les traits sont estompés, sans aucun angle. Je prends avec leur propre téléphone un petit garçon avec une maman. C’est ma façon de participer au culte, à la fête de nouvel an et des ancêtres de cette jolie race. Je dois secréter plus que d’autres l’hormone de l’attachement, l’ocytocine qui régule le lien et l’affectif : elle donne un sentiment de sécurité et favorise le rapprochement. Tom en profite pour rappeler qu’en Asie, on ne caresse pas la tête des enfants, ce serait maléfique, une façon d’en prendre possession. En général, depuis quelques années, vue l’hystérie occidentale, il est de bon ton de s’abstenir de toucher les enfants où qu’on soit dans le monde et de quelque façon que ce soit. Les femmes sont graciles, de leur puberté à la trentaine. C’est un peuple doré et gazouillant, très famille. Les enfants y sont choyés. J’ai de l’empathie pour cette humanité. Un adolescent me souhaite en anglais « a Happy New Year ». Il discute un peu laborieusement avec moi pour savoir d’où je viens, me présente sa mère, tout fier de parler étranger avec un étranger. Les jeunes n’hésitent jamais à m’aborder pour me poser une question, ici plus qu’ailleurs.

Nous allons voir les deux tortues à carapace molle du lac, momifiées après leur mort en 1967 et 1991. Un gamin français de 9 ou 10 ans porte les cheveux longs, ce qui lui donne du charme ; il est fasciné par la grosse tortue et se demande à voix haute si elle est vraie – elle l’est. Elle a été conservée selon les mêmes procédés mis au point par les soviétiques pour conserver Lénine et les tester entre-temps sur Ho Chi Minh. Ce dirigeant communiste pur et dur n’a pas trop « dérivé » selon Tom l’historien. Il n’a pas fait l’objet d’un culte de la personnalité, n’a pas eu l’orgueil de déclarer « le parti c’est moi », ne s’est pas obstiné dans les erreurs qu’il a pu commettre. Il n’a pas voulu non plus être momifié, mais incinéré. Ce sont ses successeurs qui ont décidé d’agir comme pour Lénine, le corps du dirigeant vainqueur du Vietnam réunifié pouvant servir d’exemple à la partie sud qui ne l’avait pas connu.

Nous dînons au restaurant Downtown avec le menu spécial Têt, un concentré de la cuisine vietnamienne : gâteau de riz gluant salé, rouleaux de printemps, salade de mangue verte aux crevettes et au porc, beignets de poisson sauce tamarin, poulet grillé en petits morceaux sauce piment et cacahuètes, porc émincé bouilli, légumes sautés à l’ail au wok. Nous revenons à l’hôtel vers 19h30. La nuit est tombée.

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Les dieux antiques attendent tout des hommes

Contrairement au Dieu impérieux qui crée et qui exige une soumission de fils à père, les dieux grecs sont soucieux d’être reconnus par les humains, d’être crus et surtout honorés par des libations, des offrandes et des sacrifices d’animaux. Certes, ils sont immortels et ne se nourrissent pas de chair – mais ils se nourrissent du fumet des sacrifices, qui montre que l’on pense à eux.

Reynal Sorel cite la déesse Déméter, dans un hymne composé peu avant -610, qui craint de perdre de vue sa fille chérie Korê, mariée à Hadès aux enfers. Elle menace alors d’empêcher le grain de germer et, ainsi, de rayer de la surface de la terre la race débile des hommes. Ciel ! s’exclament alors les dieux de l’Olympe : nous serons « frustrés de l’hommage glorieux des offrandes et sacrifices ! » La famine menace donc plus les dieux que les humains. Zeus, en bon dieu grec, propose alors un compromis. Il sera que Korê vive six mois de l’année aux enfers (durant l’automne et l’hiver), et les six autres mois de l’année sur terre (durant le printemps et l’automne). Ainsi s’explique la germination du grain dès la venue des beaux jours.

Les dieux se soucient plus de recevoir que de donner, d’où la puissance des hommes sur eux. Les Grecs n’encensent pas les dieux parce qu’ils sont dieux, donc immortels ; ils savent bien que cet état leur est définitivement interdit. Ils les prient de leur accorder leurs faveurs, en échange des viscères des victimes, dit Aristophane dans Les Oiseaux. Et la poétesse Sapho d’insister sur la façon de donner pour demander : « C’est chose certaine que les Bienheureuses déesses voient d’un regard favorable celle dont la prière s’orne de fleurs et de grâce, et qu’elles se détournent de celles qui ne portent point de couronne. » Les dieux et les déesses ont leurs principes : « Déméter préfère les truies, Poséidon les taureaux, Dionysos les chèvres et les porcs, Athéna les vaches, Aphrodite les cochons, Arès et Hécate les chiens, Zeus les bœufs, Héra les génisses »

Quand celui qui sacrifie répond aux attentes des dieux, il peut espérer une certaine bienveillance divine en retour. Zeus le dit à propos d’Hector dans l’Iliade et à propos d’Ulysse dans l’Odyssée : ils ont bien sacrifié. Les dieux, comme les patrons et les politiciens, sont toujours inquiets de recevoir leurs honneurs.

Les sacrifices citoyens de la cité à ses divinités signifie la reconnaissance de la condition éphémère de l’homme, privée de toute filiation avec le divin. Le sacrifice sanglant n’est pas un rite de communion comme dans le christianisme. Il célèbre une immortalité inaccessible à l’homme. Le corruptible est mangé, l’incorruptible s’envole vers les dieux. Seul le genre de vie orphique favorise le végétarien et un genre de vie en totale rupture avec les conventions de la cité, mais ce n’est qu’une croyance.

Les dieux attendent surtout l’obéissance aux lois non écrites qui sont intemporelles : respecter ses parents, épargner les suppliants réfugiés dans un sanctuaire, se garder de toute relation d’inceste et de tout parjure, garantir aux messagers l’inviolabilité. Et que les humains ensevelissent leurs morts, ce qui est une façon d’épargner au dieu le spectacle de la négation.

On le voit, les relations des hommes et des dieux dans notre culture antique n’a rien à voir avec celle qui l’a submergée et subvertie au début de l’ère chrétienne. La religion impérieuse du Dieu unique restreint la liberté humaine de croire, de penser, d’agir. La conduite doit obéir à des Commandements codifiés expressément, le rituel à une Église qui s’est fait l’interprète de Dieu, toute déviance étant punie sévèrement dans tous les cas. Ni Dieu, ni Jésus ne « réclament » rien des humains ; ils les laissent en apparence libre de « pécher », mais tout péché est punis en ce monde par les clercs, seuls interprètes de ce qu’il faut penser et faire, et dans l’au-delà par le grill éternel. Étrange façon de rassembler les humains dans la cité.

Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50

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Temples d’Abou Simbel 2

La façade, creusée dans la falaise, présentes quatre colosses à son effigie : le roi du Nord, le roi du Sud, le roi de l’Est et le roi de l’Ouest. L’un d’eux a été détruit par un tremblement de terre, le pharaon n’est donc plus le roi de l’un des points cardinaux. Les scènes célèbrent la bataille de Qadesh en 1275 avant, en l’an V du règne de Ramsès II, contre le roi hittite Muwatalli. Il a été découvert par hasard le 22 mars 1813 par l’historien suisse Johann Ludwig Burckhardt, car entièrement ensablé. Élevé en 1265 avant notre ère, le temple était à 200 m plus à l’est et 65 m plus bas à l’origine. Il a été haussé pour le sauver des eaux par un démontage en 1042 blocs de 20 tonnes chacun, « massacrés à la scie » disent les Égyptiens, selon Mo. Il a été remonté en 1968, cinq ans plus tard.

La première salle hypostyle, d’une hauteur de 10 mètres et profonde de 18 est soutenue par huit piliers osiriaques représentant le roi en dieu Osiris, bras croisés sur la poitrine et mains tenant les sceptres osiriens : le fouet nekhakha et le sceptre heka.

La seconde salle hypostyle présente les habituelles scènes d’offrandes, de guerre et de victoire.

Le roi Ramsès aimait beaucoup sa femme préférée Néfertari, ce pourquoi il lui a élevé un temple jumeau du sien. Entièrement creusé dans la roche, il comprend six colosses, quatre de Ramsès et deux de Néfertari. Les guides n’ont pas l’autorisation de parler à l’intérieur des temples, ce qui est heureux puisque la foule y est extrêmement dense. Aussi, Mo nous fait-il un exposé sur le parvis avant de nous laisser un long temps libre pour que nous puissions visiter et photographier à notre aise.

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Kandy, temple de la dent de Bouddha

Nous entrons dans une région centrale, domaine du thé, où la population tamoule est plus forte. Les musulmans occupent des quartiers entiers des villes, souvent commerçants, ou des villages dans les plantations de thé. Il est curieux d’observer brusquement des femmes voilées et des hommes barbus. Reste qu’il semble que la cohabitation des quatre religions soit plus harmonieuse qu’ailleurs : bouddhistes, hindouistes, musulmans et chrétiens cohabitent ; des édifices religieux se succèdent dans les mêmes endroits. Selon le World Fact Book de la CIA, les bouddhistes (religion officielle) seraient 69.1%, les musulmans 7.6%, les hindouistes 7.1%, et les chrétiens 6.2% – le solde n’a pas voulu répondre.

kandy temple de la dent de bouddha sri lanka

Kande est le nom donné à la ville en 1542 par les Portugais d’après le titre du chef local Kande râja, roi de la montagne. Rien à voir avec le sucre candi, obtenu par cristallisation lente d’un sirop qui forme de gros cristaux, au nom venu de l’arabe qandi qui signifie sucre. La ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Elle est restée longtemps un bastion de l’indépendance de l’île, étant située loin des côtes, jusqu’à ce que les troupes britanniques la soumettent le 14 février 1815.

kandy galerie temple de la dent de bouddha sri lanka

Arrivés dans cette ville culturelle d’aujourd’hui 161 000 habitants, fondée au 14ème siècle et ultime capitale des rois cinghalais dès 1592, nous ne voyons ni le lac ni les collines luxuriantes à 350 m d’altitude – nous avons perdu du temps à marcher pour rien sous la pluie – mais visitons aussitôt le temple Dâlada Maligawa de la Dent de Bouddha, recueillie selon la légende sur son bûcher funéraire.

kandy interieur temple de la dent de bouddha sri lanka

La dent provient de Kalinga dans l’état d’Orissa en Inde, et a été apportée au Sri Lanka durant le règne de Sri Meghavanna (310-28). La relique n’est pas historique : « une dent de cinq centimètres de long, qui a bien l’air d’une dent de caïman, que tout le monde sait être fausse, la vraie ayant été brûlée à Goa par l’inquisition portugaise avec tous les procès-verbaux possibles » rapporte Émile Bruyas dans son récit de voyage Deux mois à Ceylan, publié en 1898. Un autre voyageur, Fr. Devay précise dès 1864, dans son Journal d’un voyage dans l’Inde anglaise (…) et à Ceylan : « Après la prise de possession du pouvoir politique de l’île entière par les Anglais, en 1815, le reliquaire fut ouvert en présence de toutes les autorités compétentes, et il fut constaté, avec toutes les formalités authentiques, qu’il contenait un morceau d’ivoire à peu près cylindrique et légèrement recourbé, d’environ 2 pouces anglais de longueur, creux par le bout le plus large, usé et arrondi par l’autre, n’ayant aucune ressemblance avec une dent humaine, tant par sa grosseur que par sa forme. — Sir James E. Tennent en donne le dessin. » Mais qu’importe, comme à Lourdes, c’est la foi qui sauve.

kandy reliquaire de la dent de bouddha sri lanka

Nous ne verrons d’ailleurs pas la « dent », elle est jalousement cachée, pour ne pas déflorer l’illusion. En 1874, Théodore Duret, de passage lors de son Voyage en Asie, note : « La dent n’est point visible, elle est dérobée aux regards sous sept reliquaires successifs, en forme de cloche, mis les uns par-dessus les autres et placés eux-mêmes derrière de gros barreaux de fer. Devant ce grillage, les fidèles font leurs dévotions, puis déposent en offrande des fleurs odorantes. » Les fleurs sont constamment renouvelées jusqu’à aujourd’hui, dans un désordre pensé. Des pèlerins se succèdent devant nous, face au Bouddha et à la porte de cuivre repoussé derrière laquelle serait la relique.

kandy mains de bouddha sri lanka

L’ensemble est un peu kitsch et mal éclairé. Il rebâti au 18ème siècle et restauré après l’attentat meurtrier perpétré par les Tigres tamouls le 25 janvier 1998. Il pleut toujours, ce qui n’améliore pas la lumière mais donne une impression de frais aux pieds nus exigés. La sculpture sur bois est raffinée et l’arrangement apparemment anarchique des fleurs fraîches très joliment organisé. Ces chemins de fleurs parsèment de vie la sécheresse de la pierre et du cuivre.

kandy serenite temple de la dent de bouddha sri lanka

La nuit est tombée alors qu’il n’est pas 18 h, mais le ciel est plombé. A deux pas du temple, Inoj nous envoie à un spectacle pour touristes, soi-disant folklorique mais nettement international. Danses, tambours, clowneries, le tout en costumes colorés et avec des physiques avantageux. Une fille du groupe a mitraillé les beaux mecs seins nus, danseurs ou joueurs de tambour, avec son bridge au zoom de 600 mm. Il est vrai que le voyageur déjà cité, il y a 150 ans, Devay en 1864, note qu’« il y a des types bien remarquables. Dans un des villages de la route, un des deux chevaux du relai fut amené par un jeune garçon de seize à dix-sept ans, d’une taille élancée et d’une merveilleuse beauté défigure et de formes. Il était entièrement nu, sauf le très-strict nécessaire ; ses cheveux, noirs, luisants et bouclés, rejetés en arrière, encadraient sa tête expressive ; sa peau nette et lisse, d’un brun foncé, brillait au soleil comme un métal nouveau fondu. C’était un Apollon de bronze. J’admirais ce charmant éphèbe, dont tous les mouvements étaient pleins de noblesse et d’aisance. »

kandy danses sri lanka

La danse de Pooja est une invocation, les acrobaties pantheru font sonner des bracelets de bras, la danse du paon mime les mouvements de l’oiseau, la danse des démons n’évoque rien sauf à ceux qui connaissent la mythologie locale. On remarque parmi les spectateurs des Français, des Japonais et la famille d’Américains aux six kids déjà vus l’autre jour au rocher du Lion. C’est du spectacle pour étrangers, ravis d’actionner leur flash au lieu d’apprécier la musique et le mouvement. Heureusement, la scène ne dure pas longtemps. Mais dehors, de nuit, et sous la pluie battante qui fait frissonner les gamins occidentaux sous leur fin tee-shirt, a lieu une séance vite faite de marche sur les braises. On ne voit pas grand-chose, on comprend encore moins. Tant pis, les torches luisent dans le bleu sombre et le bassin de feu attire le regard. Je ne le vois que de loin.

Nous allons à l’hôtel Senani, de loin le plus chic depuis le début du séjour, avec une belle salle de bain avec de la vraie eau chaude.

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Protestations à Tahiti

En Mai, les Protestants de la côte Est de Tahiti ont célébré le Me (les offrandes). On collecte des fonds pour l’église protestante ma’ohi, les fonds sont reversés au siège de l’église protestante. Il s’agit d’une fête annuelle où tous les protestants se réunissent pour donner de l’argent et aider leur Église. L’objectif est double : l’aspect financier mais aussi l’occasion pour les jeunes de l’école du dimanche de présenter à l’ensemble des paroissiens ce qu’ils ont appris durant cette année. Les catholiques appellent cela « catéchisme ». Les cultes lors du Me sont suivis de ma’a tahiti ! Ta ma’a maita’i (bon appétit).

fruit trahiti

Tout ce monde se bouscule pour fêter un évènement à l’église adventiste. C’est que… l’église prend en charge les repas des mariés et de leurs invités, plus de cent personnes ! L’église prend en charge le ma ’a (la bouffe) des baptisés et de leurs invités. Même procédé quand on enterre : rien à payer, on se goinfre sans bourse délier. Cela veut donc dire que pour toutes les cérémonies, quelles qu’elles  soient, on annonce son nombre d’invités – et basta. La décoration florale, les repas, tout est gratuit. Une curieuse manière de pratiquer le prosélytisme au bénéfice (?) de l’église adventiste.

En juillet, c’était le 129ème synode de l’Église protestante ma’ohi. Au cœur des débats la « réinscription » de Maohi Nui (Polynésie française indépendante). Tous les ans se tient, à Tahiti, depuis 1887, un synode qui regroupe les responsables des arrondissements de l’Église protestante ma’ohi, appelée avant 2004, Église évangélique de Polynésie française. Cette église réformée de culte protestant, autonome depuis 1963, accueille pendant une semaine les membres de son conseil supérieur, les principaux responsables de ses huit arrondissements, auxquels se sont joints ceux de l’arrondissement de Nouméa (Nouvelle-Calédonie).

Le conseil supérieur de l’Église a affirmé son opposition à la prison de Papeari, à l’ouverture de casinos, à l’extraction de phosphate à Makatea (Tuamotu), au mariage de deux personnes de même sexe. Il exhorte le Pays à abandonner les projets cités ci-dessus, considérant qu’ils ne participeront pas à l’épanouissement de la population polynésienne. Il réaffirme toutefois son soutien au dispositif de la réinscription de Maohi Nui à l’ONU. Amen.

fleur rouge tahiti

En juillet, une centaine de personnes a marché pour dire non à la prison de Papeari et non aux poulets. Attention, là je parle des volatiles ! Le ciel était gris mais n’a pas découragé les marcheurs dont beaucoup d’enfants, vacances scolaires obligent. Les voisins du futur poulailler s’inquiètent des nuisances olfactives que cette installation pourrait provoquer. Il y a quelques 200 logements à proximité. Certains dénoncent que Papeari  soit systématiquement choisi pour des projets polluants (moto-cross, enfouissement des poubelles de tout Tahiti, porcherie, maintenant poulailler). Je ne sais pas s’ils comptent la prison comme polluant.

Le collectif a voulu empêcher l’accès aux travaux du Centre de détention par le chemin du cimetière. Les membres étaient peu nombreux, le capitaine de la gendarmerie nationale n’a pu leur faire entendre raison. Ils voulaient parler aux Autorités à savoir le Haussaire (Haut commissaire) en déplacement aux Tuamotu, ensuite au colonel de la gendarmerie. Ce dernier est venu, a donné 5 minutes de réflexion aux membres du comité avant de… A 10h35 les engins de chantier empruntaient le chemin – et depuis lors nous avons poussière et bruits toute la semaine.

Au fait, le Haussaire quitte ses fonctions dans quelques jours « appelé à faire valoir ses droits à la retraite ». Paris a trop de préfets ? Ou ici on en use trop ? Jean-Pierre Laflaquière n’a pas fait un an. Comme son prédécesseur, on l’a prié de faire ses valises et pourtant il était ravi d’être en Polynésie, a fait du bon travail et était fort apprécié des Polynésiens. Celui qui arrive sous peu s’appelle Lionel Beffre et était préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Hiata de Tahiti

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Du Pérou en Bolivie

Terre inca également, la Bolivie moderne compte 1 098 581 km² où demeurent 8 857 000 habitants.

Des Indiens quechuas pour 30%, des Métis pour 28%, des Indiens Aymaras pour 25%, des Européens pour 10% d’ascendance espagnole. Les Boliviens sont catholiques à 95%.

La Bolivie est Amazonie et Andes, nature et culture. Et si vous relisiez  les exploits du reporter à la célèbre houppette et de son chien ?…

Mêmes civilisations qu’au Pérou, même histoire : Inca, Inca, Inca.

Tout le monde connaît la musique andine de Bolivie, la vraie avec la kana, la zampona, le charango (guitare dans une carapace de tatou). Tous, avez-vous jamais dansé la lambada ?

Aux marchés, vous croisez les ponchos de différentes couleurs. Dessous sont les paysans venus vendre leurs produits ou acheter les denrées indispensables.

La religion catholique et le paganisme font bon ménage chez les Indiens. Ils adorent le soleil, la lune, la terre. Il m’a été donné t’entendre dans une église un Indien venu hurler à une statue qu’elle n’avait pas guéri son enfant alors qu’il avait prié, donné des offrandes… et rien ne s’était passé.

A genoux devant la même statue, ce paysan menaçait du poing l’objet de sa colère et lui adressait des insultes à haute voix dans l’église. Rien ne pouvait le faire sortir de sa hargne, même quand le prêtre a essayé d’intervenir. Il est parti  après son long monologue, seul et très malheureux.

Les Indiens viennent prier à l’église pour une guérison mais font venir à la maison le guérisseur (curandero) qui demandera des « honoraires » très élevés.

Hiata de Tahiti

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