Articles tagués : moteur

Reprise des 4×4 de steppe

Les rancœurs accumulées – mais inutiles désormais – se donnent libre court dans la voiture où nous avons repris les mêmes places qu’à l’aller. Les branchés ne sont pas dans la mienne et l’un de nous peut ironiser sur ce « lèche cul » de Francis, Val plaindre le pathétique de l’Alcoolique en chef, A. en rajouter sur l’absence de capacité de communication de cette zonarde qui rappelle sans cesse ses origines des beaux quartiers par contraste avec sa déchéance mongolienne. Pour l’une d’entre nous, elle serait coupée des réalités françaises depuis trop longtemps.

A quoi cela sert-il de discourir ? Devant elle, personne ne moufte, sous le prétexte que « l’on n’a que quinze jours à passer ensemble, alors autant faire comme si ». J’aurais bien aimé observer une troisième semaine celle, en général, où les sentiments s’extériorisent. Mais le séjour est bien organisé et nous reprenons l’avion dans deux jours. Val me fait rire en imitant Francis à la soirée : « f’est diffifile de danfer quand z’ai mes faps ! » Ses ‘chaps’ : mot mystérieux du vocabulaire cheval, si drôle lorsque lui le prononce…

La lumière est d’argent et le paysage varié pour le retour. Notre chauffeur, Gana, inonde son pot d’échappement lors d’un passage à gué et nous voilà forcés d’attendre dix minutes au soleil, face au ruban brillant de l’eau, dans un paysage caillouteux où ne pousse qu’à peine une herbe rase, avant que la mécanique ne sèche assez pour pouvoir repartir. Plus loin, c’est un couple de cygnes sauvages qui barbote en suivant le fil du courant puis s’envole pesamment, les pattes rivées à l’eau comme un Tupolev au décollage. Le cygne est oiseau sacré en Mongolie ; il est l’animal totem des Bouriates dont la tribu serait issue des amours d’un chasseur avec une jeune fille cygne, dans les temps mythiques.

Nous pausons dans un bel endroit du bord de l’eau, toujours le même pour les groupes. A force d’arpenter la steppe, Biture vit sur son passé ; elle a repéré tous les endroits et les dissémine en fonction des horaires fantaisistes que sa dipsomanie inflige à ceux qu’elle accompagne. Ici, de gros rochers de granit bordent la rivière miroitante au soleil. Tout un banc de cumulus étincèle dans l’étendue turquoise du ciel éternel. Rares sont désormais les lieux frais et variés comme celui-ci. Pour le reste, la steppe commence à dérouler ses étendues semi-arides. L’horizon, malgré les vitres étroites de l’engin russe, ravive pour Val et à sa copine leurs envies de voyage.

Nous voici déjà à Karakorum pour déjeuner au camp de yourtes où nous avons dormis à l’aller. Nous attendent une salade de chou et carotte, une soupe au gras et des boulettes de mouton au riz. Rien de changé dans le menu. Nous ne reprenons la piste que pour nous précipiter vers la boutique d’Erdeni Zuu, désertée par les touristes en cette fin d’après-midi du début septembre. J’entre avec eux pour parcourir les rayons. De leur part, c’est une orgie d’achats. Pour moi, je ne vois rien qui me séduise.

En les attendant, sur le banc près de la porte de l’enceinte, j’observe un petit garçon sur les genoux de son père pas rasé assis sur l’autre banc. Il marche à peine mais vient me regarder de tous ses yeux, le visage grave comme s’il ne m’avait jamais vu. Je crains bien, d’ailleurs, que ce soit le cas. Passe un plus vieux, dans les dix ans, sur un vélo trop grand pour lui où il se tient debout comme sur des étriers. Sa chemise à demi ouverte se gonfle dans la brise, laissant entrevoir sa peau bronzée et les muscles de ses épaules tendus par l’effort. Un nouveau moine passe avec l’air préoccupé d’un homme d’affaires courant à son rendez-vous. La religion est redevenue une affaire sérieuse depuis qu’elle a été à nouveau autorisée, il y a douze ans.

Sur la route asphaltée, le tout-terrain peut foncer. Dans la voiture de Gana, un bouton rouge reste allumé en permanence sur le tableau de bord. Est-ce l’eau ? L’huile ? Les freins ? Ces voitures se réparent à l’étape, par petits bouts. Souvent nous voyons l’un ou l’autre démonter une roue pour changer une garniture de frein ou plonger dans le moteur pour nettoyer on ne sait quoi, plusieurs pièces éparses gisant sur un chiffon.

Nous parvenons tard à Khögnö khan, le camp du déjeuner au départ. Une promenade parmi les rochers, dans la lumière de fin d’après-midi, détend les jambes. Il fait plutôt frais avec le vent qui souffle. Le paysage ressemble à celui du Hoggar avec ses gros rochers de granit érodé en boules, ses odeurs d’armoise et sa lumière rougeâtre du couchant. Passée la barrière de roches, nous apercevons au loin la tache bleu et blanc d’Övgön Khiid, « l’ermitage du vieillard ». La nuit tombe pendant la visite prévue – nous sommes bien évidemment en retard.

Ce sanctuaire est animé par une vieille nonne que nous ne verrons pas. Sa fille, dans la trentaine, nous ouvre les portes. Les tankas des murs sont récents ou parfois anciennes car les fidèles ont souvent caché durant 70 ans les objets du culte pour que la grande purge des années 1934-37 qui a vu des holocaustes de monastères (parfois avec leurs moines dedans) ne détruise pas tout. Un mandala sur vélin, tracé à l’encre brunie, a dû ainsi être ressorti depuis peu des grottes inaccessibles dont l’emplacement ne se transmettait qu’entre personnes sûres.

Il faut grimper sur un versant pour accéder au petit oratoire qui surplombe l’ancien monastère dont il ne reste que des ruines. Y trône un autel portatif orné d’une tête de cheval verte. Il s’agit de la monture de Manjusri, le Bouddha qui doit venir. Cet autel est sorti une fois l’an et promené en circumambulation autour des lieux de culte de l’endroit. Plusieurs photos du Dalaï Lama trônent devant les vitrines. Sa Sainteté est venue plusieurs fois en Mongolie depuis la renaissance religieuse. Sa Présence « éveille » les sanctuaires endormis comme la consécration d’un évêque.

Un « diplôme » américain est aussi exposé. « Ambassador for peace » désigne la secte Moon aux dons jamais désintéressés.

Durant la visite, nos trois chauffeurs ont amené les voitures jusqu’au pied du sanctuaire pour nous raccompagner au camp où le dîner attend déjà (et les serveurs aussi). En attendant, ils ont démonté une roue et réparent encore je ne sais quoi. Ils en égarent même une clé qu’il faut rechercher en passant le gravier entre les doigts en peigne pour la retrouver dans l’obscurité !

Il est presque 22 h quand le groupe s’attable. Je décide, pour ma part, de prendre au préalable une vraie douche. Val fait de même. Les autres auront à accepter notre « retard » comme ils acceptent ceux des Francis et autres Cruella. Surtout que nous ne risquons pas de faire attendre un départ en cette fin de soirée ! Personne ne tire sur le débit de l’eau et nul n’a utilisé toute l’eau chaude. Il est quand même plus agréable de se sentir propre et frais pour apprécier le dîner. Nous retrouvons le bœuf avec le riz, comme à l’aller, ce qui nous change du sempiternel mouton.

Nous dormons par quatre dans une yourte où les lits sont un peu courts mais les rêves imagés.

Catégories : Mongolie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Carantec le réseau Sibiril

Lorsque la France s’effondre en six semaines, en juin 1940, certains ne l’acceptent pas. ils ne sont pas tous à Londres.

carantec musee maritime

Le musée maritime de Carantec – dont j’ai déjà parlé –  créé par Yves Le Gall rend hommage depuis 1990 à ces héros de la résistance française.

drapeau a croix de lorraine

Jakez Guéguen, marin qui habite près de Caractec, au Pont de la Corde, effectue trois allers-retour vers Jersey, encore non occupée avec son sablier de 8 m, le Pourquoi-Pas.

sablier pourquoi pas 31 evades

Mais c’est le constructeur de bateaux Ernest Sibiril, à Carantec, qui va développer le réseau. Dès le 3 juillet 1940, il rapatrie quatre soldats anglais et plusieurs dizaines de jeunes français volontaires pour la France libre.

sablier pourquoi pas jacques gueguen

Guéguen est arrêté par la police allemande, relâché pour raison de santé, puis menacé d’être à nouveau arrêté pour purger sa peine ; Sibiril va l’aider à fuir avec son fils en février 1942. Le réseau réussira par la suite une vingtaine d’autres évasions, selon plusieurs routes maritimes : 4 par Jacques Guéguen, 14 par Ernest Sibiril, et trois autres évasions individuelles.

souvenirs d occupation musee carantec

Près de 200 évadés dont 4 aviateurs américains et 2 britanniques ont ainsi pu rejoindre l’Angleterre et emporter des renseignements sur l’armée allemande pour le deuxième bureau et le MI5.

evasions par mer a partir de carantec

Comme tous les bateaux en état de flotter avaient été recensés par l’occupant, il a fallu en construite de nouveau clandestinement, et remettre en état de vieilles coques de rebut. C’est ainsi qu’Ernest Sibiril construisit dans son chantier naval le Requin, un cotre de 5.99 m, pour s’évader lui-même avec toute sa famille et sept autres, dont un pilote anglais. Sibiril avait échappé par miracle à une arrestation en juillet 1943.

cotre le requin pour rallier angleterre

Il fallait aussi équiper et ravitailler les bateaux pour qu’ils puissent traverser la Manche, parfois sur plusieurs jours. Puis transporter à Carantec en camion sans se faire prendre les candidats à l’évasion. Les héberger et les nourrir en attente de la nuit propice. Piloter les bateaux pour sortir de la baie de la Penzé.

routes evasion réseau Sibiril depuis carantec

Les départs avaient lieu discrètement, de nuit, les dates sans lune et à pleine mer afin de profiter du courant sans mettre les voiles ni actionner le moteur. La météo n’était pas non plus toujours propice… Les gardes-côtes anglais ont arraisonné tous les bateaux sauf un, à l’arrivée dans les eaux territoriales ; ils craignaient les espions.

temoignage evade reseau sibiril

Armand Léon, goémonier de l’île Callot, jouxtant Carantec, fut le dernier à traverser, à la barre de son 6.75 m Amity. En février 1944 il emmena 21 volontaires, entassés comme on l’imagine. Malgré la tempête, tout se passa bien car « ils étaient assez nombreux pour écoper », déclara le tranquille marin à l’arrivée.

ici londre radio

Les messages codés de la BBC, dans l’émission Les Français parlent aux français, annonçaient l’arrivée à bon port des évadés.

bbc evades parlent aux francais

Les Anglais, fair play, disent que Carantec détient le record des évasions réussies. Le professionnalisme des marins, le bon sens breton et la prise de risques raisonnée a permis ce succès.

alain sibiril a 14 ans

Le fils d’Ernest Sibiril, âgé de 11 ans en 1940, s’est évadé avec son père à 13 ans en 1943. Il assurait les missions de surveillance aux abords du chantier, situé près du port en bord de mer, et a gardé toutes ces années ce lourd secret. Petit homme déjà, il n’a jamais eu le temps d’être adolescent.

de gaulle a carantec

Le général de Gaulle est venu, après guerre, rendre hommage aux Carantécois.

Catégories : Bretagne, Mer et marins | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Kom Ombo

Le réveil a lieu vers sept heures, dans la transparence du matin. Le soleil fait se lever un voile sur la campagne et sur les eaux. Les couleurs sont plus douces, comme au lavis. Je n’ai pas le talent pour décrire la poésie de ces matins du Nil, bien plus beaux que les soirs à mon avis. C’est l’heure où le ciel se lève sur les eaux ; bientôt s’égosilleront les oiseaux ; le tout préparant la venue de l’astre du jour, frais comme un gamin sorti du lit.

petit dejeuner en felouque

Nous prenons le petit-déjeuner sur le bateau alors qu’il se met en marche pour remonter une heure durant le Nil. Le moteur tue la conversation ; il est trop bruyant. Et la longueur de la table ne permet pas d’avoir une conversation à plus de trois ou quatre. Chaque felouque a un équipage de deux felouquiers. La nôtre porte le chef de tous, un « vieux d’au moins 40 ans » (sic) à la belle prestance, et un « mousse » de 16 ans maigre et souple, fasciné par les fragments de chair nue des femmes qu’il peut apercevoir de temps à autre. Dérivent les rives vertes d’où émergent, ébouriffées, les palmes. L’eau, sombre et transparente comme un cul de bouteille, est – pourquoi pas ? – vert Nil. Le soleil y transforme les calmes en papier d’argent. Il fait bon au matin.

temple Kom Ombo

Nous sommes à 160 km de Louxor, dans une courbe du fleuve. L’eau a rongé la rive, dressant une falaise au-dessus du lit. Les felouques nous déposent dans une décharge près de la ville où sont ancrés les bateaux-usines. Nous marchons quelques centaines de mètres jusqu’au temple de Kom Ombo. Nous n’y pouvons pénétrer car il nous faut un guide : un étranger n’a pas le droit de guider, pour ne pas enlever les dollars de la poche des Égyptiens. Notre guide locale, une femme, s’est dégonflée, ou c’est son pneu, je ne sais plus, et nous l’attendons en buvant un thé dans de charmants jardins au bas de la terrasse du temple.

kom ombo personnages

De hauts-reliefs ornent les murs ; des bas-reliefs sont sculptés sur les colonnes. La ligne de coupe des blocs passe sur le nez pour la part Horus du temple ; elle passe sur l’œil dans la part Sobek. Ce temple d’époque ptolémaïque (332 BC) est en effet double. Il comprend deux sanctuaires dédiés au faucon et au crocodile, la puissance du ciel et la puissance des eaux. Horus est l’œil qui crée et fait ; il contrôle ainsi Sobek qui est museau dévorant, agressivité et fureur.

kom ombe bande dessinee

Ce temple était lieu de soins pour le corps et l’esprit. Une vaste cour aux colonnes portant encore des couleurs vives, puis deux salles successives aux colonnes ornées de bas-reliefs saisissants de vie.

kom ombo steles

Si l’architecture est massive et présente esthétiquement peu d’intérêt, les stèles sont de vraies bandes dessinées. Sur le mur d’enceinte sont figurés des instruments de chirurgie, dont « des pinces pour tirer les vers du nez ». Isis est assise sur un siège d’accouchement. Un pavillon à l’entrée contient la momie de deux crocodiles du Nil embaumés et desséchés. Ils attendent sous verre les visiteurs dans la chapelle d’Hathor.

kom ombo vautour

Les détails des mains entrelacées et du pied aux doigts tous sur le même plan sont délicieux ! Ils disent toutes les règles obligatoires de l’art égyptien : ne rien oublier des corps dans l’éternité.

kom ombo mains et pied

Plusieurs classes d’écolières visitent le site et nous regardent avec curiosité. Elles ont douze ou quatorze ans et portent le foulard. Leur goût est peu éduqué mais on sent dans leur vêture une recherche de parure. Les garçonnets en visite, de deux classes plus jeunes, paraissent plus bruts. Certains portent deux pulls malgré les 30° de cette fin de matinée. Un gavroche se distingue par sa chemise ouverte sur la peau et exhibe des pectoraux effrontés. Il n’a pas dix ans et il joue déjà au petit mâle.

kom ombo bas reliefs

Les abords du temple font tiers-monde. Alors que nous regagnons les felouques, ce ne sont que gravats, sacs plastiques au vent, béton inachevé ou constructions extravagantes, tel ce « Café Horus » multicolore et tarabiscoté.

colonnes temple kom ombo

Une heure de felouque nous permet de consulter les guides de voyage pour en savoir un peu plus sur le temple que l’on vient de voir et pour rédiger quelques pages de carnet. Il fait chaud. Adj et l’un des felouquiers se sont mis nus entre hommes et s’arrosent ; ils rient comme des gosses.

Catégories : Egypte, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Musée des pêcheurs norvégiens de Å i Lofoten

Le groupe part faire un sommet tandis que je reste pour aller au musée des pêcheurs et du poisson à Å. Seul, on marche le nez au vent, on remarque bien plus de choses qu’en bande où une conversation vient toujours perturber l’attention. Je photographie les boites aux lettres, le port au soleil, les effets de lumière sur la mer, les têtes de morue séchées accrochées au panneau d’entrée de ville de Sørvågan.

musee du poisson a i Lofoten

Le village-musée des pêcheurs norvégiens est une suite de bâtiments où sont conservées de vieilles choses en rapport avec le poisson et la vie de pêcheur ces deux cents dernières années. Le village de Å est déserté d’habitants et seuls des rorbus loués l’été et les maisons de conservation donnent un air de vie à ce village muséeifié Pour 60 NOK (8€), on s’orne la poitrine d’un badge vert qui permet l’accès à la bakeriet (boulangerie) où l’on fait encore le pain au four à bois l’été, vendus aux touristes.

interieur de pecheur Lofoten

Une maisonnette présente l’activité toute intérieure des femmes de pêcheurs en attente du retour des navires, dans leur coin cuisine, leur coin couture et leur coin lecture et papotages autour d’une tasse de tisane.

barque traditionnelle Lofoten

Le hangar à bateaux recèle plusieurs barques effilées de facture traditionnelle, des filets, des flotteurs, des harpons à baleine, de vieilles photos noir et blanc d’Å au temps de sa splendeur, avec toute sa flottille.

vertebre baleine et harpon Lofoten

Ce n’est qu’en 1905 que les premiers bateaux à moteur pontés sont arrivés dans la région. Auparavant, tout se faisait à la voile et à la rame, et directement au grand air.

caboteur Lofoten

Plus loin, une autre cabane abrite une forge, une autre une scierie. En face, au bout d’un ponton pour l’odeur, un atelier de presse d’huile de foie de morue. Les foies stagnent encore dans un fond de marmite tandis que des fioles d’huile prête à déguster attendent celui qui veut goûter. Rien n’a changé de l’épouvantable amertume huileuse des souvenirs d’enfance. Les foies étaient mis à bouillir dans d’énormes chaudrons de fer pour en extraire l’huile. Elle servait surtout à s’éclairer… On s’en servait aussi pour tanner les peaux ou en faire du savon. Le poisson cuit ensemble avec son foie et ses œufs était appelé mølje ; le plat contenait de la vitamine D et des Omega 3 qui donnaient une bonne santé à ces gens privés de soleil six mois de l’année. Ce n’est qu’en 1854 que le pharmacien Peter Møller a vanté les vertus médicinales de l’huile de foie de morue. Il l’extrayait à la vapeur pour mieux conserver les vitamines. Un petit chalutier échoué, le Glimt, peut être visité (pas d’enfant sans un adulte).

huile de foie de morue Lofoten

Un panneau rappelle l’existence du kraken, créature de légende médiévale scandinave. Ces calmars géants existent, mais restent dans les grandes profondeurs. Il est peut-être arrivé qu’ils émergent en surface, mais de là à engloutir un navire… Même le tourbillon produit par leur plongée ne suffirait pas à couler une barcasse. Le genre Architeuthis fut établi en 1857 avec la première description scientifique de calmar géant, celle du Danois Johan Japetus Steenstrup. Des spécimens de 18 m, dont plus de 11 m de tentacules, ont été étudiés. En juillet 2002, un calmar géant de 250 kg (avec un corps de 7,5 m et des tentacules évalués à 15 m de long) a été trouvé en Tasmanie. On peut en voir un depuis 2008, naturalisé dans la Grande galerie de l’évolution à Paris, une femelle de l’espèce Architeuthis sanctipauli qui mesurait 9 mètres de long et pesait 84 kg. Elle fut pêchée le 27 janvier 2000 à 615 mètres de profondeur au large de la Nouvelle-Zélande et surnommée Wheke d’après une légende Maori.

krachen Lofoten

Peu de monde aujourd’hui lundi, que des étrangers comme moi. Les Norvégiens travaillent ou passent leurs vacances à Mykonos ou dans un autre sud. Certains, pourtant, chargent des sacs de morue séchée dans le haut de Å. D’autres déchargent des meubles pour une entreprise en finition à Størvågan. Un couple répare le toit de son rorbu, l’homme torse nu au soleil. Des retraités récents prennent la lumière en terrasse. Une vieille passe sur sa patinette-déambulateur, curieux engin qui charge les courses et aide à se déplacer. Deux petits garçons jouent sur l’herbe derrière un panneau garderie. Un ado passe en vélo. Peu de vie hors des voitures qui vont au bout de la route, extrémité du monde connu.

Catégories : Mer et marins, Norvège, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Déboires techniques à Tahiti

Explosion et incendie sur un vol d’Air Tahiti, une grosse frayeur. Le moteur de l’avion en partance pour l’île de Raiatea a pris feu au décollage de l’aéroport de Tahiti-Faa’a. En urgence, le pilote a coupé le moteur et fait demi-tour. Un incident majeur qui bouleverserait les plans de vols de la compagnie… Rien ne va plus à Air Tahiti. Pannes, incidents à répétition. C’est la faute à Pas de Chance ? Plusieurs incidents, dont deux graves en 14 mois. Alors, loi des séries ? défauts de construction ? défauts de maintenance ? sur les ATR 72 de la flotte locale, mais aussi pannes à répétition sur le Twin Otter desservant Ua Pou aux Marquises. Peut-être encore une histoire de tupapau ?

Air Tahiti Nui

D’abord l’incendie, ensuite le vol de cuivre sur le câble à Hawaï, pépins successifs confirmés par Hawaiian Telecom. C’est qu’ici au milieu de nulle part ce fameux câble nous arrive d’Hawaï. Ce serait un SDF qui aurait volé le câble en cuivre, may be pour le revendre aux Chinois ?

gamin testant ses muscles

« Une arrivée digne de vidéo-gag » titrait  la Dépêche de Tahiti en contant le retour des internes originaires de Rapa au collège de Tubuai (Australes). Les élèves au retour des vacances scolaires (mi-décembre, mi-janvier) dans  leur île lointaine après une nuit passé à bord du bateau administratif Tahiti Nui, et avec plusieurs heures de retard ont pu enfin mettre pied à terre. Les enfants quittent le Tahiti Nui qui peut entrer dans le lagon mais n’arrive pas jusqu’à l’épi et montent à bord d’une des baleinières, la seconde étant hors service. Mais, le moteur de la baleinière est tombé en panne à mi-chemin entre le Tahiti Nui et la rive.

Il n’y avait pas de rames sur la baleinière. Les hommes d’équipage ont emprunté celle (une seule !) d’un jeune pratiquant le vaa (pirogue polynésienne) pour pagayer chacun leur tour et tenter de guider l’embarcation jusqu’à bon port ! Les marins, à petits coups de rame, ont amené la baleinière sur le récif et l’ont faite passer tant bien que mal, puis ils l’ont tirée à la nage jusqu’à la plage, enfin au petit quai. Les jeunes étaient épuisés, somnolents, affamés et ont finalement rejoint le collège dans le truck qui était venu les attendre la veille au soir. Il est fort possible que le travail scolaire de ce lundi matin n’a guère été à la hauteur des espérances ! Imaginez la vie de ses petits pensionnaires de 11 ou 12 ans séparés de leur famille pendant un trimestre et qui ne retournent pas volontiers au collège.

Au fait, c’était qui le ou les responsables de cette farce ? Hein ? Je n’entends pas bien ! Oui, oui, c’est la faute au popaa qui a construit la baleinière et à celui qui a construit le moteur de celle-ci. Bravo ! Il faudra bientôt remplacer popaa (blanc) par tinito (chinois) puisque tout vient de Chine.

Hiata de Tahiti

Catégories : Polynésie | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Terres d’aventure a 35 ans

C’est l’âge mûr pour les hommes, mais l’âge mutant pour une entreprise. Fondée par des passionnés de 25 ans, comment ont-ils passé la main à 60 ans ? L’anniversaire des 35 ans prend alors un relief particulier, un retour sur les idées fondatrices et une ouverture vers l’avenir.

L’agence de voyage nature fête à Paris et dans deux grandes villes de province cet anniversaire avec ses plus fidèles clients. Je le suis moi-même depuis 1986, soit 26 ans. J’ai accompagné Terres d’aventure et ses accompagnateurs pendant les trois-quarts de son existence.

Je l’ai vu changer, bien sûr, avec l’époque, la société française et sa clientèle. Les routards du début ont laissé la place aux bobos, puis aux seniors aisés. Il y a moins de jeunes aujourd’hui, faute d’argent puisqu’on ne trouve un emploi stable qu’assez tard dans la vie. Les jeunes d’hier sont devenus plus soucieux de confort et de culture, aimant moins la marche dans les lieux escarpés que l’hédonisme d’endroits « de rêve » où le tourisme va peu.

Reste un esprit : celui de la « résistance » au tout matériel et à l’argent roi issu de la révolte de la jeunesse en 1968. Les cinq premiers voyages ont été éclectiques et curieux : la rivière Kwaï en Thaïlande, le Niger en pirogue jusqu’au Mali, la Cappadoce turque avec ses schtroumpf troglodytes, le GR20 corse sur la ligne de crête et une méharée dans le Hoggar. « Pour moi l’aventure est une ouverture sur le monde, sur les autres et, au final, sur soi-même : une ouverture sur l’inconnu », dit volontiers Daniel Popp, l’un des co-fondateurs. Nous « avions l’envie de sortir du cadre du tourisme organisé de l’époque », déclare Hervé Derain, l’autre co-fondateur. Ce qui fut fait à l’été 1976. Désormais 35 000 personnes voyagent avec Terres d’aventure chaque année.

L’aventure est moins le baroud ou l’exploit (il existe aussi avec la Transhimalayenne ou sur l’Everest) que la curiosité, moteur du rêve. Voyager est se dépayser, sortir de soi, donc prendre son temps. Le rythme de la marche, du canoë, du kayak de mer, du vélo, du cheval ou du chameau, permet d’acclimater l’ailleurs. Le voyageur est de plain pied dans le paysage, ses odeurs, ses lumières, ses chauds et froid. Il rencontre les gens tels qu’ils vivent, à leur rythme, sans apparaître comme des extraterrestres en cage dans les automobiles, les cars climatisés ou les paquebots. Il est des touristes qui adorent être entre eux, ne regardant l’étranger qu’au travers un écran, de loin. Ceux là restent sur leur quant à soi et devraient plutôt demeurer devant leur télévision. Mais il en est d’autres qui aiment s’ouvrir.

C’est cela l’esprit jeune. Il n’a pas d’âge. Il existe des vieux rassis de 18 ans, toujours en jean quelque soit le climat, baladeur vissé sur les oreilles pour ne pas écouter le monde, et Smartphone à la main pour rester branché à leur étroite communauté fusionnelle de potes. Il existe aussi, fort heureusement, des jeunes aventureux de 70 ans qui s’habillent comme la température l’exige, oreilles grandes ouvertes et nez au vent, sourire aux lèvres et quelques mots appris pour parler aux locaux.

Ceux là sont des explorateurs et pas des consommateurs. Ils restent dans la lignée des grands, ceux qui ont défriché les cartes. Terre d’aventure a eu l’heureuse idée de fixer cet état d’esprit dans un beau livre coédité avec Solar cette année : ‘Sur les traces des grands explorateurs’. Dirigé par Eve Sivaddjian, journaliste à Géo, et préfacé par Jean-Louis Etienne, explorateur nature, il retrace en 223 pages l’amour du monde tel qu’il est. Eve Sivaddjian est une grande dame fort sympathique. Elle a beaucoup voyagé et m’a conseillé, après les quelques 57 pays déjà arpentés, d’aller explorer l’Arménie.

Cinq domaines rythment les explorations : les déserts, les glaces, les forêts, les montagnes et les fleuves. Pour chacun, cinq explorateurs emblématiques, des plus connus (Alexandra David-Néel, Edmund Hillary, Ella Maillart, Paul-Émile Victor, David Livingstone) aux oubliés (Eugène Lenfant, Robert O’Hara Burke, Vladimir Arseniev, Vittorio Sella, Isabella Lucy Bird Bishop). De courts textes de présentation alternent avec d’innombrables photos commentées. Des vues actuelles, issues du fond photographique de Terres d’aventure, aux documents d’époque, parfois anonymes.

Ce livre est un esprit. Ses images une nature, paysages et humains mêlés, avec leurs animaux et les plantes environnantes, comme il se doit. Un hymne à la découverte, au voyage. Bien loin du tourisme marchandise… Qu’on se le lise !

Terres d’aventure sur les traces des grands explorateurs, Eve Sivadjian dir., coédition Terres d’aventure-Solar, avril 2011. Comme l’ouvrage n’est pas référencé sur Amazon ni visible sur le site des éditions Solar (!), voici le code ISBN utile aux libraires : 978-2-263-05417-4

Agence de voyage Terres d’aventure : www.terdav.com

Catégories : Livres, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,