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Gens de Tahiti

L’INSEE compte 275 918 habitants en Polynésie française en 2017. Les Marquises ne comptent que 9350 personnes et les îles Australes 6970. Les retours dans les îles entre 2007 et 2012 en raison de la crise économique, avaient augmenté ; depuis 2012, ils diminuent.

La fécondité baisse et les départs de la Polynésie française restent plus importants que les arrivées, notamment pour les jeunes avant 25 ans dont un dixième quitte le territoire. 17 500 personnes sont parties de Polynésie depuis 2012, soit 6 % de la population – car seulement 44 % de la population au-dessus de 15 ans déclare occuper un emploi. C’est donc la recherche de travail et les études qui poussent à partir et à s’installer ailleurs.

Près de la moitié des Polynésiens vivent en noyaux familiaux d’environ six personnes. Les familles nombreuses ne représentent que 8 % des ménages et les familles monoparentales seulement 6 %. Les personnes âgées de plus de 60 ans comptent pour 12 % de la population et 36 % d’entre elles vivent avec leur famille plus ou moins élargie car seulement 21 % des plus de 60 ans travaillent. Les trois quarts des emplois sont dans le secteur tertiaire du commerce, des services, notamment l’hôtellerie et la restauration. Ce n’est qu’aux Tuamotu-Gambier qu’une personne sur deux travaille dans la pêche, la perliculture ou le coprah. L’industrie ne représente que 7 % de l’emploi total en Polynésie dont la moitié dans l’alimentaire et les boissons. Seulement 1200 personnes travaillent dans l’artisanat. La moitié des foyers est équipée d’un ordinateur avec connexion Internet, sauf aux Tuamotu-Gambier, moins bien desservis par l’éloignement.

L’espérance de vie moyenne est de 77 ans car le taux d’obésité a beaucoup augmenté depuis 30 ans dans les îles du Pacifique. La question s’est posée de savoir pourquoi plus dans les îles qu’ailleurs. Il est probable que les sociétés traditionnelles agricoles vivant de fruits, de légumes et de la pêche n’étaient pas préparées biologiquement par les millénaires à l’arrivée de produits venus de l’extérieur. L’arrivée des militaires américains pendant la seconde guerre mondiale puis l’essor des communications et du tourisme après introduit de nouvelles nourritures, parfois moins chères et plus séduisantes. Le mode de vie moderne des activités tertiaires est sédentaire. Il est mauvais pour la santé de ceux qui ne sont pas habitués depuis des générations. La nourriture importée, notamment le sucre, la farine, l’huile à friture, les sodas et la bière – même la viande en conserve – offre trop de calories par rapport au régime traditionnel.

Des chercheurs pensent que les corps des insulaires du Pacifique sont génétiquement programmés pour stocker le gras plus que les autres parce que vivre sur des îles loin de tout subissant des tempêtes et des cyclones, voulait dire connaître de longues périodes de restriction ou de famine. Pour le reste du temps, se nourrir demandait un travail physique important pour cultiver la terre et aller pêcher. Dans un nouvel univers de métier sédentaire et de fast-food, la prise de poids s’explique facilement.

Mais il n’y a pas que cela. La culture joue aussi un rôle car, dans l’imaginaire, un physique imposant est considéré comme un statut de richesse et de puissance. Les chefs traditionnels bénéficiaient de repas plus copieux que le reste de la population et présentait un corps dodu et un teint florissant. Ce n’est qu’avec la nouvelle norme véhiculée par le cinéma  américain que les jeunes femmes comme les jeunes hommes se doivent être au standard mince et aux attributs sexuels bien marqués : Barbie et Ken. Cette obésité engendre le diabète et réduit l’espérance de vie.

Ce n’est que par l’éducation à bien se nourrir, la revalorisation des cultures polynésiennes et par l’écologie encourageant la production locale que ce fléau pourra être enrayé.

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Obésité Tahiti

Pas nécessaire de faire de grandes réunions internationales, régionales : le constat est qu’en Océanie diabète et obésité règnent en maîtres. Neuf des dix pays touchés par l’obésité dans le monde sont des îles du Pacifique. De nombreux pays, Fidji, Nauru, les îles Marshall importent 80% de leur nourriture dont beaucoup de produits transformés – dotés en sucre, en sel et gras… Les « travailleurs » qui devraient être les développeurs de l’économie, ceux ayant entre 30 et 50 ans, sont les plus touchés. Ils ne peuvent travailler à cause de ces maladies.

Tonga avait mis en place en 2004 une politique de lutte contre l’obésité en haussant les taxes sur les produits sucrés, l’alcool, les nouilles – et une baisse de la fiscalité sur les fruits, les légumes et le poisson. Résultat ? Pas grand-chose ! A Tonga, plus de 80% de la population souffre d’obésité !

taux obesite polynesie

A Tahiti on a de bonnes idées : on lance un appel à projets pour « bouger plus et manger mieux ». Cet appel s’adresse aux associations, fédérations sportives et communes qui peuvent déposer un dossier.  Ce projet pourrait être pris en charge jusqu’à 90% grâce à une enveloppe de 25 millions de XPF.

On n’a pas dit manger moins ! En Polynésie française on dénombre 33 000 personnes (sur 285 000 habitants – 11.5% !) en longue maladie (obésité, diabète, maladies cardiaques, hypertension artérielle).  Il serait temps de mettre un peu d’ordre dans tout ce bazar. On note 70% des adultes (2 adultes sur 3) et 34% des enfants de 7 à 9 ans (1 enfant sur 3) qui sont en surpoids.

obese tahiti

La CPS (sécurité sociale tahitienne) croule sous les dépenses !  On opèrerait à tour de bras pour réduire les estomacs, c’est gratos pour les obèses. On pourrait par exemple suggérer des achats groupés à l’hôpital du Taaone comme des anneaux gastriques dernier modèle, des liposuceurs de grande capacité. Et si l’on fait maigrir tous les obèses, les importateurs de malbouffe pourraient alors déclencher des grèves… leurs gains pourraient être en chute vertigineuse. Y auraient-y pas des thésards qui pourraient s’intéresser à ce problème de gros ?

Et pour le RSPF (à la charge des contribuables métropolitains) ils seraient plus de 200 000 à en bénéficier. Des individus, des familles entières qui n’auraient pas de revenus donc qui ne cotiseraient pas…

C’est l’heure de mon thé vert avec quelques amandes. Je vous quitte !

Hiata de Tahiti

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Il est de bon thon d’invoquer la mer tahitienne

Une étude pour la santé des populations d’Océanie révèle les bienfaits du thon. C’est ici, en Océanie, que les populations affichent les taux de prévalence de l’obésité et du diabète les plus élevés du monde ! Les tubercules, le poisson et les coquillages, aliments traditionnels ont été remplacés peu à peu par des denrées importées, bon marché, à forte teneur calorique et faible qualité nutritionnelle.

Ici en Polynésie française, à Tahiti, existe un individu assez corpulent qui passe la débroussailleuse ASSIS. Ce n’est pas commun. Il fait transporter SA chaise (une bien solide) par ses collègues, il a une certaine façon de profiter d’eux, de tenter de les commander, de sans cesse se plaindre. C’est que le manche de l’outil ne lui suffisait plus alors, par dépit sans doute, il « petit-travaille » trônant sur sa chaise. J’ai raté la photo, dommage.

obese

Dans le cadre de la lutte que mène le Pacifique contre l’obésité, les maladies cardio-vasculaires et le diabète, une nouvelle étude révèle qu’une quantité suffisante de thonidés d’un prix abordable réservée à une consommation locale permettrait d’améliorer considérablement l’état de santé de la population.

obesite polynesie 5 a 14 ans

Il serait nécessaire d’améliorer davantage l’évaluation des stocks des quatre espèces de thonidés de la région : bonite, thon jaune, thon obèse et germon. La CPS (Communauté du Pacifique Sud) réfléchit désormais aux investissements à engager pour accroître de manière conséquente le nombre de DCP (Dispositifs Côtiers de concentration de Poisson) et d’établir les petites entreprises et infrastructures requises pour la distribution des thonidés de deuxième catégorie et des prises accessoires que les senneurs transbordent dans les ports régionaux. D’ici 2020, les habitants des 22 États et territoires insulaires océaniens auront besoin de 268 000 tonnes de poisson par an pour garantir leur sécurité alimentaire car on estime à moins de 1% les prises moyennes de thonidés utilisées actuellement pour répondre à la consommation locale.

thon jaune

Aux Tuamotu, les mollusques de la branche lamellibranches ou bivalves sont très nombreux dans le milieu marin corallien. Les huîtres et les bénitiers sont les plus variés. Le bénitier est composé de 2 valves articulées au moyen d’une charnière. Sa coquille ? – 80% de son poids, les parties consommées ? – 12% de l’animal ! Du pahua (bénitier) on consomme la chair, cuite assortie d’un jus de citron, ou crue arrosée de lait de coco, mais aussi en beignets, en soupe… Seuls le muscle adducteur, le manteau et les gonades se dégustent. L’huître perlière est exploitée et vidée de sa substance, le korori (pied) est détaché du manteau, nettoyé, dégusté cru avec du citron, en tartare ou tel quel, ou encore cuit. La couleur noirâtre du manteau rendue à la chaleur est peu appréciée. Les coquilles de bénitiers servent d’ornement : transformés en cendrier, porte-savon, bénitiers d’églises… La coquille de l’huître sert à fabriquer des boutons, ceintures, parures, colliers ; on la grave, sculpte, façonne. La nacre est utilisée en poudre dans la pharmacopée chinoise. Tout est bon dans le mollusque !

benitier pahua tahiti

La forte houle de janvier a sévi sur les atolls et causé des dégâts peu importants mais il est à craindre que les oiseaux marins qui nichent sur les motu soient encerclés avec leurs poussins. Ces oiseaux nichent à même le sol à cette époque comme le tavake (Phaéton à brin rouge) et il est à craindre que les femelles et oisillons n’aient eu aucune chance de survie. De nombreux cocotiers, des Miki miki (Pemphis acidula), des Geo geo (Tournefortia argentea) ont été emportés. Les embarcations suspendues aux portiques ont été relevées au maximum car l’eau ne cessait de monter. Les habitants demeurent vigilants, les oiseaux restent menacés.

Les hoa sont malmenés par la tempête. Un hoa est un bras de mer qui sépare les motu des atolls. Ils ont été la proie de la houle transportant des tonnes de sable. Ce sont habituellement des lieux privilégiés qui abritent une faune et une flore sous-marine uniques. Ils ont été détruits et mettront des années à se reconstituer. Ce sont des abris naturels pour nombre d’espèces qui les utilisent comme lieu de ponte, les holothuries y sont à l’aise, les étoiles de mer, les oursins se réfugient dans les failles, les coraux. Les porcelaines, les échinodermes choisissent les hoa pour se reproduire en toute sérénité… Bref, la nature est dure.

Hiata de Tahiti

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Le mal au paradis

Un paradis, Tahiti ? Où le temps est toujours beau, la nourriture saine qui pousse sur les arbres et dans les lagons poissonneux, où les femmes sont belles et nues et les hommes faciles ? Tout cela, c’est le rêve, l’illusion biblique, parce que Tahiti se trouve au plus loin de la France et qu’on ne sait pas. La réalité est bien plus triviale… Alcool, drogue, dépression, suicides – qui se compensent par la bouffe, les horoscopes, les nouvelles religions.

La femme de tout Polynésien est la bière Hinano qu’il consomme avec abus entre vendredi soir et dimanche soir. Sa petite soeur est le pakalolo (cannabis) et l’ice (metamphétamine). Ce sont deux drogues dévastatrices ici, surtout lorsque mélangées à de la bière ou de l’alcool. Le résultat : des accidents de la route, des bagarres, des viols, des violences conjugales. Chaque fin de semaine voit des morts. Dans le cas des violences conjugales, la femme frappe avec un couteau son tane (mari) tandis que l’homme la bat à mort avec ses poings laissant, comme en juin, cinq orphelins de 10 à 2 ans.

Ironie, le Français de Polynésie constate que le Français de France boit plus que lui sans être victime de tous ces maux ! Comme l’expliquent les journalistes en suivant les médecins, c’est que le Métropolitain boit certes trop aussi, mais sur huit jours tandis que le Fenua (pays) avale la même quantité en deux jours, tout en le mélangeant avec d’autres drogues. Pourquoi ? A cause du « fiu ».

C’est un sentiment respectable et respecté. Quand un Polynésien vous dit : « je suis fiu », la Popaa que je suis se fait toute petite. Comment traduire : cela peut être qu’il s’ennuie terriblement, qu’il est las de tout et que cela déclenche chez lui un sentiment de rejet, de ras-le-bol, et donc qu’il n’y a lieu de ne pas insister. Le fiu est la dépression noire. C’est fiu de retourner acheter des allumettes oubliées chez le Chinois. Si le maçon est fiu, il s’arrêtera de travailler pour quelques jours ou pour plusieurs semaines. Si la serveuse du café est fiu, elle s’appuie sur son comptoir et reste là, donc pas de service. Je traduirais par mélancolie, langueur, dégoût de tout. Parfois, cela me gagne aussi. Est-ce que l’ennui n’est pas le revers du paradis ?

Ne pas confondre le fiu avec le « burn out ». Une étudiante en médecine fenua, Sabrina Chan Lin, épouse Chanteau, vient de soutenir une thèse de doctorat sur l’épuisement professionnel. Il se manifeste par un épuisement émotionnel, une déshumanisation et la réduction de la compétence personnelle. A Tahiti, 12% des jeunes médecins présenteraient un tel syndrome.

Ils se suicident alors beaucoup aussi. Les jeunes de 15 à 35 ans sont les plus nombreux, même mariés, même chargés de famille.

Pour compenser, les festivités sont nombreuses, les dépenses en cadeaux importantes et les enfants gâtés pour la plupart. La nourriture d’exception, venue de Nouvelle-Zélande, prend ici de l’importance : les huîtres très laiteuses, les palourdes énormes, les moules vertes grosses comme des moules espagnoles, le veau débité en gros morceaux, le puaa (cochon) local grillé. On ne mange pas, ici, on bouffe. Le mauvais cholestérol s’accumule car le Polynésien aime les moules farcies, les palourdes farcies, la volaille farcie et mange moins légumes et de fruits (produits locaux moins tentant). Le diabète apparaît avec les mœurs américaines de boire des sodas très sucrés, beaucoup et n’importe quand. Beaucoup de Polynésiens sont obèses, 30% selon les études, et 40% sont atteints de surpoids (soit 70% de la population au total !). Les jeunes et les vieux, les femmes et les hommes, les gamines et les gamins sont obèses, sauf ceux qui s’adonnent aux sports traditionnels comme aux sports introduits par la modernité, mais cela demande un effort.

D’autres font confiance aux horoscopes. Chaque jour dans « La Dépêche de Tahiti »  ou dans « Les Nouvelles de Tahiti », vous pouvez consulter votre horoscope. Sur toutes les radios et sur les différents programmes de télévision on diffuse plusieurs fois par jour l’horoscope « normal » et, en plus, l’horoscope « chinois ». Les programmes de télé donnent tous les horaires.

Les nouvelles religions fleurissent. J’ai été conviée à assister à une conférence donnée par une voyante marseillaise qui invoque les « Maîtres », Ramtha, les archanges, les anges, qui soigne par les chakras et la respiration « essinienne » (?). Mais elle fait concurrence aux sorcières et prêtresses locales. Un sort a été lancé sur la Marseillaise par la meneuse de la prière à la cascade. En effet, chaque dernier samedi du mois, j’accompagne E. à la cascade de Faone. Merci de ne pas rire, pas même de sourire. Il s’agit d’aller recevoir de l’énergie. Tous les participants se mettent en rond, pieds nus sur le sol, se donnent les mains, une main donnant, l’autre main recevant. La Prêtresse parle aux nouveaux adeptes, puis récite un Notre-Père. Les nouveaux en priorité s’en vont, huilés de monoï, dans le bassin pour recevoir l’eau de la cascade. Ils touchent la roche pendant que la Prêtresse prononce des paroles. Certains pleurent, certains crient. Quand tout est calmé, les participants font déborder le bassin et prononcent une autre prière. Séchage, rhabillage et le petit-déjeuner est pris en commun de l’autre côté de la route face à l’océan.

Hiata de Tahiti

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