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Hommage critique à Max Gallo

Max Gallo, né à Nice en 1932, s’est éteint de la maladie de Parkinson le 18 juillet de cette année 2017.

J’aimais bien Max Gallo, débateur politique socialiste mais de l’ancienne gauche de Mauroy, posé et raisonnable à l’émission L’Esprit public du dimanche matin (elle aussi défunte, mais tuée par le politiquement correct des germanopratins de France Culture). Le « club des députés européens – et enseignants à Science Po » rassemblait Max Gallo et Jean-Louis Bourlanges, et ils étaient les plus intéressants du lot. Bien plus que Thierry Pech par exemple, idéologue froid à langue de bois qui dirige Terra Nova.

Car Max Gallo, fils d’immigré italien casseur de cailloux, ayant vécu enfant l’Occupation à Nice, était ancré dans la vraie vie. Il avait débuté par un CAP de mécanicien-ajusteur avant d’entreprendre un bac mathématique – mais dans la filière technique. Technicien et communiste à la radio-télévision française, il abandonne le PC en 1956 sur les événements de Hongrie et entreprend des études d’histoire – jusqu’à l’agrégation en 1960 et la thèse en 1968 sur la propagande fasciste en Italie. Il enseignera à Nice et à Science Po. Il sera nommé en 1983 secrétaire d’État, porte-parole du troisième gouvernement Pierre Mauroy – avec pour directeur de cabinet… François Hollande. Il ne restera qu’un an à ce poste puis quittera le PS en 1992 pour suivre Jean-Pierre Chevènement et son mouvement citoyen. Gaulliste et bonapartiste comme lui, question de génération, il ne restera là encore qu’un an. Il désire en effet poursuivre son œuvre de romancier, écrivain de suites romanesques, de biographies et d’écrits historiques.

Ces derniers sont légers, d’un ton souvent hugolien, donc populaires. Ils content la geste de l’Etat français avec Jeanne d’Arc, Henri IV, Richelieu, Louis XIV, Napoléon (son livre le plus vendu), la Révolution, Victor Hugo, 1918, la France libre, De Gaulle. Écrits vites et enlevés, sans guère de recul, ils ne valent pas les essais d’historiens spécialistes mais se lisent avec bonheur. Comme Alain Decaux, avec le même hommage à son œuvre de vulgarisation, il est élu le 31 mai 2007 à l’Académie française.

Marié trois fois, il voit cependant sa fille de 16 ans se suicider en 1972. Il a écrit ses Mémoires à 80 ans, L’oubli est la ruse du diable.

J’avais aimé la trilogie de La baie des Anges, roman autobiographique sur Nice en son époque, du 19ème siècle à nos jours.

 

J’ai moins goûté en 2002 la geste chrétienne de la Fille aînée de l’église en trois volumes, écrite pour le nouveau millénaire : Saint Martin ou le manteau du soldat, Clovis ou le baptême du roi, Bernard de Clairvaux ou la croisade du moine. Max Gallo déroule, sans esprit critique, les images d’Epinal de « notre histoire de France » largement écrite par l’Eglise officielle sous la forme d’une Légende Dorée. Elle se décline en mystique (Martin), en politique (Clovis ou Louis 1er) puis en impérialisme (Bernard fondateur d’Ordre et prêcheur de croisade).

Le premier volume est le plus mièvre, opposant comme Bien et Mal un Romain antique et son fils christo-hippie. Le premier est féru de lettres et de morale, amateur de vin et de jeunes femmes – un classique ; le second est dépeint sentimental hystérique, ignorant et refusant d’utiliser son esprit pour se réfugier dans l’offrande passive de « la prière » – tel un écolo post-68 – frappé d’exemples martyrs, aspirant à s’humilier dans la boue, se châtiant sous la pluie glacée et refusant tous les plaisirs venus des autres et de la nature. L’humain n’a-t-il donc le choix qu’entre l’ange et la bête ? Qu’entre classique et romantique, vieillard assis au pouvoir et jeune agneau bêlant d’émotions ? Ne sommes-nous point debout mais faillibles, vaillants mais aveugles ? C’est en tâtonnant que l’existence se révèle, il faut de la force pour aller de l’avant. Le binaire ne convient pas à l’homme, même s’il convient à « Dieu » – ou du moins aux clercs qui se réclament de lui dans l’Eglise pour dominer par la culpabilisation et la peur.

Max Gallo le reconverti lors du baptême du bébé Antoine en 2001 ainsi qu’il le raconte, a le zèle du néophyte pour croire en cette histoire sainte avec la foi du charbonnier.

Sa foi patriote est aussi tenace, bien que moins idéaliste. Elle est plus recevable, bien que j’y vois une continuité catholique romaine, autoritaire et hiérarchique, entre Dieu, le roi, la patrie. Il s’agit toujours de « croire » et de faire allégeance. En gobant n’importe quoi à la limite pour rester dans le Nous. Un fils d’immigré est-il, par son origine, plus patriote que le Français de souche ? Plus gaullien que De Gaulle ? Plus royaliste que le roi ? Les écrits de Max Gallo peuvent le laisser penser.

L’Amour de la France expliqué à mon fils s’interroge : « Peut-on aujourd’hui [1999], sans chauvinisme et sans être tourné vers le passé, parler de l’amour de la France ? Peut-on évoquer la passion qu’a suscitée, tout au long de son histoire, cette nation porteuse des grands idéaux universalistes ? Et montrer qu’à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, cet amour a encore un sens ? (…) C’est en s’aimant elle-même que la France peut mieux s’ouvrir au monde. »

Oui, on peut aimer la France, bien que les « grands idéaux universalistes » reculent sous la pression des identités qui veulent exister. Légitimement. Dont la nôtre à ne pas oublier dans le présentisme médiatique, ni à diluer dans le grand melting pot yankee. D’où une balance à tenir entre « la France » et « le monde », entre nous et les autres, entre l’hospitalité (de générosité et de curiosité) et l’invasion (culturelle et mentale, économique et physique). Ne pas oublier la France réelle d’hier et d’aujourd’hui pour un vague monde idéal universel.

De Gaulle l’avait compris, Français du nord de culture classique ; pas vraiment Napoléon, Français de hasard et férocement ambitieux… Or Napoléon semble le modèle principal de Max Gallo par affinités d’origines.

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France-Culture s’est couvert de pipi

En virant Jean-Louis Bourlanges de l’antenne, pour avoir déclaré dans l’mission de Philippe Meyer L’esprit public, après un argumentaire étayé, son choix raisonnable d’Emmanuel Macron de préférence à François Fillon – compte-tenu des « affaires » que vous savez – la chaîne montre soin mépris des auditeurs autant que sa sensibilité pour le moins très variable des « règlementations ».

Cela ne gêne personne, sur cette chaîne de service public, dont on aimerait qu’elle soit plus au service du public, de militer en faveur de Mélenchon ou de soutenir Hollande ou Valls – mais cela gêne que quelqu’un vende la mèche. Le « mainstream » de nombreuses émissions de gauche, sinon dans le gauchisme d’ambiance, sont tout aussi orientées (les chroniqueurs « de droite » – bien qu’intelligents, dirait-on à gauche –  Alain-Gérard Slama puis Brice Couturier ont été par exemple « écartés » des Matins) – mais dire que le roi est nu est un scandale chez les vieilles barbes cultureuses.

La « neutralité » du service public est tellement vantée en ce qui concerne le port du voile ou le prêche des religions que l’on croyait naïvement qu’elle devait s’appliquer autant à ces religions laïques que sont les idéologies. Mais vous n’y pensez pas ! «  Les mêmes usages seront appliqués partout », déclare la directrice de la chaîne Sandrine Treiner (je souligne le futur qui est employé…). Or, soit on définit les limites avant, indiquant clairement ce qu’il ne faut pas déclarer – et on l’applique à tous – soit la souplesse est de mise, par exemple avec un rappel à l’ordre et un droit de réponse. Mais pensez-vous ! Un « journaliste » a une éthique : s’il défend tel ou tel courant, croyez bien que ce n’est que pur professionnalisme, un avatar de sa « mission » d’éclairer le bon peuple des ignorants. Quant aux chroniqueurs invités – comme Jean-Louis Bourlanges – c’est en tant qu’acteurs et non en tant que « journalistes » qu’ils interviennent sur France-Culture. Or un acteur a des convictions – pas les journalistes – on peut virer un acteur, jamais un journaliste… CQFD.

Cette chaîne de radio ne doit pas beaucoup être écoutée dans la « France périphérique », ni par le peuple tout court si l’on en croit les sondages (1.8% d’audience cumulée après la grève XXL de l’an dernier). Le public qui l’écoute est donc éclairé et censé intelligent. Comment pourrait-il accepter cette forme de censure hypocrite de la part d’ignorants ou de velléitaires ? Argumenter, puis conclure, est de bonne logique humaniste. Faire appliquer le règlement est juste… quand il s’applique également à tous. Ce qui est loin d’être le cas dans chacune des émissions, sans que « la direction » s’en émeuve !

A-t-elles subi des « pressions » ? On dit que le cucul clan Fillon s’est lamenté. Mais « les affaires » sont les affaires : peuvent-elles changer la réalité ? Se disent-elles plutôt, ces vieilles barbes cultureuses, qu’après cinq ans de gauche, une droite revancharde risque de revenir au pouvoir, allumant déjà le brasier où griller leurs petites fesses ?

L’esprit public s’était déjà dégradé avec l’arrêt d’antenne « pour doublon avec une autre émission » de Jean-Claude Casanova, puis l’éviction d’Yves Michaud en 2009 pour propos virulents contre Roman Polanski, enfin le départ pour raisons de santé de Max Gallo. La sortie de Jean-Louis Bourlanges ôte un peu plus à l’émission ce rôle original de club de professionnels qui conversent au profit du rôle convenu du clan des « journalistes » qui monologuent. Ils sont bien pâles en comparaison, ânonnant d’une voix morne leurs observations de l’extérieur, sans cette veine du vécu qui valait tant.

Si L’esprit public devient un club de journalistes, comme il en existe un peu partout sur les chaînes, son intérêt est perdu. Jean-Louis Bourlanges avait été conseiller maître à la Cour des comptes, conseiller régional, député européen, sénateur, professeur à Science Po ; Max Gallo avait été la plume de François Mitterrand avant de devenir l’écrivain d’histoire qui l’a rendu célèbre. Combien reste-t-il de personnes ayant exercé une fonction réelle, dans cette émission ? Un ancien ambassadeur, un ex-PDG d’entreprise culturelle – et voilà tout. Le reste est composé de « journalistes »… des commentateurs, pas des acteurs.

La « bêtise » gagne du terrain. Flaubert en aurait fait une notule de son Dictionnaire des idées reçues : « France-Culture ? Le mâchonnement des idées reçues par des contents d’eux dans l’entre-soi – tonner contre. »

« Lettre de Jean- Louis Bourlanges à Philippe Meyer et aux auditeurs de l’Esprit public lue dimanche et publiée sur le site de l’émission : 

Je m’adresse à vous, cher Philippe, chers camarades, et chers auditeurs de l’Esprit public, pour vous dire au revoir. La direction de France Culture a décidé de m’interdire toute participation à l’Esprit public pendant la durée de la campagne pour l’élection présidentielle, sous prétexte que j’ai affiché publiquement ma préférence pour l’un des candidats en compétition, en l’occurrence pour Emmanuel Macron. Cette décision est doublement incohérente. Elle l’est d’abord parce que je ne participe pas à cette émission en qualité de journaliste tenu à un devoir de neutralité et d’impartialité, ce que je ne suis pas et que je n’ai jamais été, mais comme ce que Raymond Aron appelait  » un spectateur engagé “, invité en raison et non en dépit de ses prises de position dans le débat public. Parlementaire européen du centre pendant près de vingt ans, longtemps vice-président de l’UDF, je n’ai jamais fait mystère de mon engagement  » libéral, social et européen  » et j’ai toujours eu à cœur au cours des quinze dernières années d’afficher mes couleurs à chaque élection présidentielle ou législative.

L’incohérence de la décision se lit aussi dans le calendrier choisi. Pourquoi limiter la mise en œuvre de la sanction à la seule campagne présidentielle et me promettre un retour à l’antenne sitôt ce grand rendez-vous passé, alors que la question se posera en des termes strictement identiques pour la campagne des élections législatives et devrait en bonne logique appeler la prolongation du « régime spécial » qui m’est réservé ? N’était-il pas déjà contraire à la logique dont on argumente que la direction de France Culture ne se soit pas émue de me voir il y a quelques semaines prendre position en faveur d’Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Sans doute avait-elle alors conscience de cette évidence aujourd’hui oubliée : c’est la raison d’être de l »Esprit Public que d’organiser un dialogue, voire une confrontation, civilisés entre des personnalités engagées à des titres divers dans la vie de la Cité.

Ces incohérences comme les explications embarrassées de la directrice de l’antenne révèlent que la raison véritable de mon ostracisme est d’un autre ordre : il ne s’agit pas de veiller, très légitimement, à l’équilibre des temps de parole entre les partisans des différents candidats mais, l’allusion au courrier reçu par le médiateur est éclairante à cet égard, de me sanctionner pour les propos très durs que j’ai tenus sur l’un des candidats en le qualifiant de  » sournois, arrogant et corrompu ». Bien que je ne sois pas seul à formuler une appréciation aussi sévère sur M. Fillon, je comprends que mes propos aient pu choquer certains auditeurs et je ne peux que le regretter. Je constate toutefois qu’ils n’ont pas donné lieu à une plainte pour diffamation, plainte que j’aurais d’ailleurs, en l’état présent du dossier Fillon, accueillie avec sérénité. On sait – et qui les en blâmerait ? – que les partis politiques excellent à susciter des réactions collectives organisées aux propos qui les dérangent. Céder à ces pressions, de la part d’un média comme France Culture revient à reconnaitre à certains groupes un droit à l’intimidation et à justifier du même coup l’institution d’un véritable délit d’opinion opposable à ceux qui interviennent sur son antenne.

Vous comprendrez que tout en moi m’interdit de cautionner de telles pratiques. Je veux bien être un intermittent du spectacle mais pas un intermittent de la censure. J’ai donc décidé de mettre un terme définitif à ma participation à Esprit public. Après plus de quinze ans de présence hebdomadaire au cœur de la Maison ronde, cette décision me coûte mais elle est inévitable. Je remercie tous ceux, réalisateurs, techniciens, assistants qui m’ont permis de m’adresser librement à vous chaque semaine. Ma gratitude va, bien entendu, d’abord à Philippe Meyer qui m’a donné cette magnifique tribune et qui, de plus, m’a supporté pendant de longues années avec un stoïcisme qui mérite hommage. Je l’adjure de continuer aussi longtemps qu’on lui en laissera le pouvoir à porter cette émission nécessaire. Pour ma part, je me contenterai en vous quittant de pousser deux vivats qui devraient n’en faire qu’un : vive France Culture, vive la liberté de l’esprit !

Jean- Louis Bourlanges »

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