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Bienvenue place Beauvau

Sous-titré Les secrets inavouables d’un quinquennat et publié après L’espion du président – au cœur de la police politique de Sarkozy en 2012, ce livre vite (et mal) écrit compile une série de fiches en 13 chapitres auxquels il manque une synthèse qui vole un peu plus haut que les dessous de la République. Du travail d’enquêteur, pas d’analyste.

Un coup à droite en 2012, un coup à gauche en 2017 – avec la présidentielle pour faire vendre. C’est la gauche hollandaise qui cette fois prend et Fillon qui fait la pub. La gauche est au fond très gauche avec l’ordre et la police, incapable de se gendarmer et poussée par lâcheté intime au laisser-faire. Car « Moi, président… » non seulement n’a rien fait de ce qu’il avait promis, mais s’est coulé avec délices dans l’organisation centralisée quasi mafieuse des « services » qui renseigne le politique – lui en premier.

La conviction s’affiche dès la première phrase : « La présidentielle se joue à l’Intérieur ». Hollande n’a jamais été ministre, encore moins de l’Intérieur, est-ce pour cela qu’il est si pataud dans l’usage de la Maison ? Valls a été ministre de l’Intérieur et a beaucoup aimé ça, est-ce pour cela que le Château n’a cessé de lui mettre des bâtons dans les roues ? « François Hollande a un quinquennat devant lui pour se servir des forces de l’ordre afin de renouveler le contrat social, lutter efficacement contre la délinquance, réparer les injustices, réduire les inégalités. Comme notre enquête le démontre, Hollande et ses ministres ont échoué » p.9 (pagination de l’édition numérique).

Sécurité ou liberté ? Efficacité ou Grands principes ? La gauche – et encore moins le parti socialiste – n’a jamais su trancher ni composer un équilibre acceptable. Et c’est le ballet de Valls et Taubira, celui qui gouverne et celle qui minimise, l’Intérieur et la Justice. Avec un Hollande édredon qui se garde bien de choisir. La gauche, pourtant prête à gouverner quand elle était dans l’opposition, se révèle n’avoir jamais travaillé sur le sujet, trop percluse de tabous idéologiques et sans leader légitime pour imposer une ligne. « Comme leurs concurrents, ils se sont montrés tout aussi incapables de réformer profondément le fonctionnement de la machinerie policière, sclérosée par des querelles de chapelle. Enfin, tout comme la droite, la gauche a été dans l’impossibilité de réconcilier la police et la justice » p.10.

Il y avait pourtant de grands flics sous Mitterrand – « amateurisme et imprévision » caractérisent avec Hollande le quinquennat raté d’un président raté.

Alors, « cabinet noir » ? C’est probable, et en même temps improuvable : Philippe Klayman devient patron des CRS, Jean-Marc Falcone patron de la police nationale, et Jérôme Leonnet directeur du renseignement territorial avec pour mission de ressusciter les fameux RG, supprimés en 2008 par Sarkozy, qui deviennent la Division nationale de la recherche et de l’appui (DNRA). « Le retour aux affaires de ces chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon sarkozyste de l’existence d’un cabinet noir. Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne se serait pas cantonné au seul renseignement territorial » p.15. Donc Fillon ne ment pas (lui qui avait vu fonctionner la chose sous Sarkozy) et Hollande ment éhontément (lui, l’adepte de la morale affichée du « Moi, président… »).

Des preuves ? Elles sont indirectes mais vérifiées :

  1. « Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, le ministère piloté durant tout le quinquennat par Michel Sapin, un ami de quarante ans du Président. La plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici » p.15
  2. « Un autre ami du Président, le directeur des affaires criminelles et des grâces, Robert Gelli, qui a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire » p.16 Depuis la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) (…) Gelli peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers » p.16. « Sur l’opportunité d’ouvrir une information judiciaire, ‘des consignes sont données… mais oralement’, nous précise un magistrat. Chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instruction qui sont désignés pour les affaires qui intéressent le Château. Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy » p.16.
  3. « Ces magistrats qui additionnent les affaires sur le clan Sarkozy sont eux-mêmes alimentés et épaulés par une poignée d’officiers de police judiciaire, la plupart en poste à l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales, qui fut un temps piloté par Bernard Petit, un fidèle de Manuel Valls quand il était à l’Intérieur » p.17.
  4. Même le président s’en est vanté… « Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait », fanfaronne le Président devant dix-neuf députés socialistes qu’il reçoit, le 17 février 2014, à l’Élysée » p.18.

« C’est la théorie d’un magistrat : « Le Château est passé maître dans l’art de pousser ou ralentir le feu sous les casseroles judiciaires. Pour enterrer sans classer, il suffit de donner consigne de continuer à creuser en préliminaire ad vitam æternam. Dans ce cas, le dossier reste sous le contrôle direct de la Chancellerie » p.21 Par exemple Borloo, mouillé dans l’affaire Tapie-Lagarde et dans le désastre Ecomouv… et laissé (opportunément) sans suites.

Mais pas seulement contre les adversaires. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur imposé par Hollande, se garde bien d’informer Valls qu’il n’y avait aucun burkini sur la plage corse en août 2016. Façon de laisser s’enferrer le rival, comme Mitterrand agissait vis-à-vis de Rocard. « Au début de son mandat, il [Hollande] favorise l’ascension d’Emmanuel Macron, ce qui a pour effet de ringardiser le ministre de l’Intérieur » p.29. Ce qui apporte un argument de plus à ma thèse de septembre dernier que les « spécialistes de la gauche » rejetaient avec dédain.

« Laurent Fabius est honni par Hollande, qui sait qu’il lui doit le sobriquet de Fraise des Bois. Le 30 janvier 2016, au moment même où il clôture triomphalement la COP21 qu’il a présidée, son fils est mis en examen pour « faux, escroquerie et blanchiment », comme si quelqu’un avait voulu gâcher la fête. La grenade avait été dégoupillée deux ans plus tôt suite à une plainte de sa banque car ce joueur invétéré avait produit un faux e-mail pour débloquer un crédit de jeu au Grand Casino de La Mamounia à Marrakech. « Tant que Laurent Fabius était utile à Hollande au Quai d’Orsay, les dossiers judiciaires du fils ont étrangement mijoté à feux doux, puis quand il a été sur le départ après avoir bouclé la COP21 tout s’est accéléré », analyse un flic de la PJ » p.30. Vous avez dit gauche « morale » ? Apte à renvoyer un Fillon dans des affaires d’emplois légaux et de costume bien plus grave – sans aucun doute ! – que les mensonges Cahuzac et ces entourloupes entre socialistes ?

Prévarication et népotisme, avec l’argent des citoyens, n’est pas réservé à la droite : « Ce 6 avril 2014, jour du Marathon de Paris, la voiture du président de la République est bloquée porte d’Auteuil. Un des gardes du corps appelle en catastrophe la préfecture de police. Dans la salle de commandement de la Direction de l’ordre public et de la circulation, le permanencier comprend tout de suite que la demande est prioritaire. À peine a-t-il répercuté l’info à son chef que, dans la salle où une vingtaine de fonctionnaires veillent en permanence sur les 5 000 caméras vidéo de la police parisienne, c’est le branle-bas de combat. Ordre est donné de zoomer avec l’une des caméras de la porte d’Auteuil. Sur le mur vidéo apparaît alors en grand format le cortège présidentiel à l’arrêt, et soudain, sortant d’un buisson, François Hollande et… une jeune femme, que le Président va ensuite prendre en photo avec son iPhone. Ce dimanche, le Président et Julie Gayet se rendent à La Lanterne, l’ancien pavillon de chasse du château de Versailles, devenue résidence secondaire des Présidents depuis Sarkozy. Le préfet de police est aussitôt prévenu, tandis qu’une copie du film est mise à l’abri dans le coffre-fort de son directeur de cabinet » p.63. Et c’est « ce » président, qui s’est révélé à l’usage l’un des plus « minables » (mot socialiste) de tous ceux de la Ve République jusqu’ici, qui s’avise de donner des leçons ?

Petit fait vrai parmi d’autre, un exemple précis capté par l’un des trois journalistes auteurs : « Soudain, au milieu de notre conversation, le téléphone de Jacques Meric sonne. Au bout du fil, l’un de ses adjoints l’avertit que le fils de Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, vient de se faire arrêter dans le 15e arrondissement de Paris, avec quatre grammes de cannabis sur lui. À peine a-t-il raccroché que le patron de la DSPAP en informe directement le préfet de police. Quarante minutes plus tard, alors que nous venons de prendre congé du policier, c’est à notre tour de recevoir un SMS. Un des collaborateurs de Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, est en train de faire le tour de ses contacts journalistes pour les mettre au courant de l’interpellation, avec force détails. Fait rarissime pour une aussi petite quantité de drogue, le jeune majeur interpellé a été placé en garde à vue. Le renseignement aura mis moins d’une heure à être exploité politiquement » p.71. Le service public au service des petits intérêts privés des partisans – voilà qui est « moral », sans doute ?

Est-il utile de citer Camus, « empêcher que le monde se défasse » (discours de Stockholm, 1957) en en-tête, pour se contenter de juxtaposer quelques faits et beaucoup d’hypothèses sans synthèse ? Ce livre bâclé apporte des révélations utiles, met dans l’ambiance des coups tordus entre services et entre pontes du même parti, montrent combien la pourriture git au cœur même de la morale politique (cet oxymore…) – surtout à gauche – mais il ne donne aucune piste pour que cela change. A lire (vite) pour être informé, mais à ne pas garder en bibliothèque car il s’agit d’un long article de circonstances plutôt qu’un « livre ».

Olivia Recasens, Didier Hassou, Christophe Labbé, Bienvenue place Beauvau, 2017, Robert Laffont, 264 pages, €19.50 

e-book format Kindle, €12.99

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Bonne année 2015

Les millésimes 15 ne sont pas toujours fastes aux Français mais rappellent les constantes de l’histoire nationale…

  • En 1215, le IVe concile du Latran impose le port d’un vêtement particulier aux Juifs et aux Musulmans et leur interdit toutes charges publiques – comme certains partis aimeraient le rétablir de nos jours.
  • En 1315 – déjà le climat -, des inondations pourrissent les récoltes en France ; le grand argentier Enguerrand de Marigny est pendu sous la pression des nobles tandis que la reine adultère Marguerite de France meurt en prison (ô Cahuzac et Trierweiler !).
  • En 1415, Henri V d’Angleterre débarque et assiège Harfleur, l’armée de Charles VI est vaincue à Azincourt – comme Alstom est forcée de vendre sa filiale énergie aux Américains pour payer une amende colossale édictée par ces mêmes Américains.
  • Malgré 1515 et la victoire de François 1er à Marignan (contre les mercenaires suisses…), l’année 2015 voit la défaite de François IV Hollande face au chômage.
  • En 1615 sont fermés les États généraux… jusqu’en 1789 (tout comme les débats aux seins du PS et de l’UMP) ; les Juifs sont à nouveau expulsés ; Louis XIII épouse à 14 ans Anne d’Autriche – tandis que François Hollande se tape Julie Gayet, de 18 ans sa cadette.
  • En 1715, l’État croule (déjà !) sous la dette publique (3.5 milliards de livres) et Louis XIV meurt de la gangrène ; Philippe d’Orléans, régent, déclare aux Intendants des finances qu’il est préoccupé par le poids excessif des différentes taxes, il dit son intention d’établir un système d’imposition plus juste et plus égalitaire (Piketty a refusé la Légion pour moins que ça)…
  • En 1815, Louis XVIII est chassé en Belgique par le retour de Napoléon (tout comme Sarkozy revient en politique), mais la Septième coalition le défait à Waterloo et la France perd tous les territoires conquis depuis l’Ancien régime (adieu l’euro sous la prochaine Marine ?) ; le pays élit (au vote censitaire) une Chambre « introuvable » ultraroyaliste (mariniste ?).
  • En 1915, la guerre creuse le déficit (10% du PIB) tandis que le cours forcé du franc le dévalue fortement, provocant 20% d’inflation – ce que le programme Le Pen envisage (sur le modèle récent du repli russe à la Poutine).
  • En 2015, les Français naviguent à vue. Les idéologies des parents sont incompréhensibles aux jeunes ; ils leur préfèrent les croyances religieuses (« renouveau » charismatique, conversions à l’islam). Tandis que Hollande est « optimiste »…

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La génération des soixantenaires au pouvoir vit encore l’image enchantée du réel que renvoie « le socialisme » ou « la démocratie » – comme si ces systèmes tout prêts pour penser ne devaient pas être réactualisés constamment pour avoir prise sur la réalité.

Or le socialisme est mort, échoué hier sur l’échec soviétique et maoïste (qu’encensaient les soixantenaires de la génération Hollande lorsqu’ils avaient 20 ans), enfoncé par la mondialisation et l’émergence des pays neufs, contesté par le peuple qui se sent dépossédé du droit à la parole et à l’impôt au profit des castes technocratiques au pouvoir et des « ayant droits » immigrés.

La démocratie va mal, portée par l’idée d’égalité de tous en droits et en paroles, mais contrée par l’accaparement des places, le remplissage des poches, la complaisance morale aux copains, la censure au nom de la décence ou du blasphème, et la redistribution victimaire aux « sans » (sans-papiers, sans-logis et autres « sans-dents » ironisés par le président François).

Le projet européen, qui pouvait fournir un idéal après la reconstruction des Trente glorieuses, a dégénéré en cercles technocratiques où « la démocratie » n’est qu’une vaste blague. S’il existe un Parlement européen élu, il n’existe aucun parti européen qui propose un programme, en débatte comme tel, et puisse être élu le même jour selon les mêmes modalités dans chacun des 28 pays.

torse nu au desert

Reste donc le repli national comme substitut à l’absence d’incarnation européenne. L’Europe est un montage, pas un sentiment ; une bureaucratie, pas une nation : elle tolère une immigration massive et sans contrôle, tandis qu’elle s’étend à l’est et au sud sans frontières définies. Ni projet, ni limites – l’idée européenne se voit chaque année un peu plus rejetée au profit des ancrages territoriaux où les citoyens manifestent de plus en plus leur hostilité aux technocrates parisiens, à l’invasion du monde au nom du « droit universel », à la prise de pouvoir des castes politiques et financières sur leur vie quotidienne.

Car la démocratie ne va pas de soi, elle s’apprend et se donne en exemple. « Moi, président de la République » était un catalogue de bonnes intentions : ce n’est plus aujourd’hui qu’une suite de mots en l’air. L’exemplarité de la vie privée, la vertu fiscale, le souci de dire vrai, se sont fracassés sur les petits arrangements avec l’existence comme elle va et les proches tels qu’ils sont.

Il reste trois attitudes aux électeurs en cette année 2015 : le renoncement à la politique (« ce bordel » disait un étudiant de 20 ans interrogé par France-Info), le ressentiment envers tous les politiciens, l’envie d’élire un chef capable de tout balayer. Autrement dit l’abstention massive, le systématique sortez-les-sortants ou le dangereux recours aux tyrans des extrêmes.

Bonne année 2015 !

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