Macron peut renouveler la gauche si…

Au début du mois je formulais l’hypothèse qu’Emmanuel Macron pouvait renouveler la gauche moribonde, SI François Hollande décidait de ne pas se représenter, et S’IL désignait volontairement le jeune ex-ministre comme son dauphin, avec tout son soutien.

Évidemment, sans le soutien présidentiel ni le vote de la primaire à gauche, rien ne se fera. Macron ne possède aucun réseau de taille et n’a jamais été élu d’une circonscription. Et tout reste possible avant les primaires de droite et de gauche, y compris l’égocentrisme du président qui ne peut croire qu’un autre puisse être président… cette mégalomanie est bien arrivée à Sarkozy, elle peut toucher Hollande par imitation.

Macron a été pour Hollande celui qui pouvait dire tout haut ces « horreurs économiques » que la gauche étatiste, autoritaire et jacobine considère comme des péchés mortels : l’inamovibilité de la fonction publique, les 35 h, l’impôt massif pour une redistribution massive, la conservation bec et ongles des zacquis sociaux même si l’Allemagne, le Canada et la Scandinavie les ont adaptés, même si la globalisation exige de la compétitivité, la haine irrationnelle de l’argent, de la prospérité, de la richesse, la méfiance viscérale envers l’initiative, l’entreprise, la prise en main par les travailleurs, les communes, les associations, les collèges, de ce qui apparaît comme un privilège d’État…

Macron a été l’autre voix de Hollande un moment, celle qu’il aurait bien voulu avoir sans jamais l’oser. D’où ce « coup » possible de désigner un dauphin aux suffrages des sympathisants de gauche (bien plus vastes et plus ouverts que les esprits étroits du parti socialiste).

Mais Hollande est double ; il veut aussi copier Mitterrand, son bon maître, bien plus politique et bien plus cultivé que lui, sauf sur l’économie. Mitterrand a piégé Rocard, qui représentait cette deuxième gauche adaptée au monde que le jacobinisme socialiste rejetait. Mitterrand n’était pas vraiment socialiste, il était même à la mode de sa jeunesse Camelot du Roy, c’est-à-dire catholique monarchiste ; il n’a pas vraiment été contre Pétain à Vichy ; il a été un ministre de la IVe République qui a défendu « l’Algérie française ». Mais Mitterrand a toujours su nager et son impérieux orgueil lui a toujours donné le sens du vent. Hollande n’en est que la très pâle copie – sauf qu’il peut lui aussi, par un sursaut d’orgueil, se représenter et piéger Macron comme Mitterrand avait piégé Rocard.

Nul doute que, s’il veut « rester dans l’histoire » comme il le proclame, le président actuel ferait un beau geste en adoubant le jeune Macron contre les trop mûrs usés qui se présentent. Comme le montre un sondage Odoxa, institut créé par un ancien directeur-général adjoint de BVA,  sur 999 personnes choisies selon la méthode des quotas, interrogées entre le 15 et le 16 septembre, les Français veulent des hommes neufs en politique. Le candidat idéal à la présidentielle devrait pour 71% des interrogés être honnête et sincère, ayant des idées nouvelles.

Et devinez qui arrive en tête à la question « parmi les responsables politiques suivants, lequel est selon vous le meilleur candidat pour représenter la gauche à la présidentielle de 2017 ? » – Emmanuel Macron pour 28%, 10 points devant Mélenchon (18%) ou Manuel Valls (17%)… et seulement 8% Hollande !

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Non seulement le rejet de Hollande reste massif, mais les tribuns à La Mélenchon, Valls ou Montebourg séduisent peu : des promesses, toujours des promesses…

Bien sûr, les zélites autoproclamées des médias et du vieux parti socialiste voient toujours une impossibilité à introniser « le diable » : aucun des éditorialistes soi-disant « spécialistes » du marigot ne prend en compte l’hypothèse Macron. Car les sympathisants de gauche préfèrent la grande gueule Mélenchon, seule apte selon eux à faire poids égal à la grande gueule Le Pen. Non seulement c’est bien le signe qu’ils ont déjà perdu la présidentielle dans leurs têtes, mais ils ont en outre relégué leur champion « naturel » François Hollande à 18% – 6 points derrière le partisan de la Terreur et chaud soutien du président Chavez ! Quand on voit dans quel état Chavez a mis le Venezuela, on peut douter du « désir d’avenir » que peut représenter un Mélenchon même à gauche, même au-delà du parti socialiste… Emmanuel Macron apparaît quand même à 15%, juste derrière Valls à 16% – sachant que la marge d’erreur pour tous ces chiffres et de 2.5%.

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Donc mon hypothèse – dont je rappelle qu’il s’agit d’une supposition cohérente qui a vocation à être testée (donc peut-être infirmée) par l’expérience – reste d’actualité.

Quatre obstacles à la réalisation d’une candidature Macron (je ne parle même pas d’une élection) :

1/ Le poids de l’entourage, qui va flatter l’orgueil présidentiel, dans le style « moi ou le chaos ». Tous les imbus d’un quelconque pouvoir se sentent toujours indispensables ;

2/ La lâcheté intellectuelle dont Hollande a déjà donné maintes preuves (« mon ennemi la finance », « je vais renégocier le traité avec Merkel », « la déchéance de nationalité pour les terroristes »). Il peut très bien croire que Macron ferait gagner la gauche – mais en même temps céder au vieux parti socialiste pour ne pas assumer sa volonté – montrant une fois de plus qu’il n’est pas le président « de tous les Français » mais de l’étroite clique qui le supporte ;

3/ La grosse caisse des ringards de la gauche, minoritaires dans le parti même, mais avec le battage médiatique le plus fort, la gauche jacobine ayant toujours su faire entendre sa ligne au détriment de la gauche réformiste, libérale et décentralisatrice, de Mendès-France à Rocard ;

4/ Dire son inclination pour une candidature ne signifie pas voter in fine pour un candidat, nombreuses ont été les personnes sympathiques aux Français mais pour qui ils n’ont jamais votés, préférant les logiques d’appareil : Barre, Rocard et Balladur entre autres. Alain Juppé pourrait d’ailleurs à droite être dans ce cas.

Il y a donc beaucoup de « si » à l’hypothèse Macron. Mais la balayer d’un méprisant revers, sous le prétexte que ce n’est pas écrit dans les journaux, me paraît un peu léger. Penser par soi-même plutôt que penser comme la horde, n’est-ce pas user de sa raison, donc être un digne citoyen ?

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3 réflexions sur “Macron peut renouveler la gauche si…

  1. Absolument d’accord sur les primaires. je suis moins convaincu pour Le Maire. A lire sur le sujet, la dernière livraison de la revue Esprit n° 427 sur « L’avenir de la gauche », qui peut intéresser aussi un sympathisant du centre droit/gauche.

  2. « Faire » de Macron le héraut du renouvellement de la gauche pourrait être (conditionnel) l’intelligence d’un Hollande usé jusqu’à la corde, le moyen de « rester dans l’histoire » comme il l’affirme…
    Que lui, Macron, ouvre au centre, c’est justement ce que le PS a raté avec Royal lorsque Bayrou lui faisait (politiquement) les yeux doux.
    Si « 2 Français sur 3 » (titre d’un livre célèbre de V Giscard d’E) aspirent à être gouvernés au centre, le jeu des partis et le bal des ego, tout comme la polarisation à 2 tours (désormais 3 avec la primaire) font que les électeurs retombent toujours dans l’ornière de la bipolarisation. Ce pourquoi la primaire n’est pas une bonne idée, elle pousse les gens de droite à friser l’extrême-droite et les gens de gauche à pousser toujours plus à gauche (ce qui veut dire en France : centralisme, autoritarisme, fiscalité, clientélisme – du Robespierre avec mobilisation générale).
    Donc « le peuple » ne sera pas « intelligent », pris dans les rails du système.
    Seul le président pourrait faire dérailler de la voie toute tracée en adoubant un successeur « jeune » (38 ans tout de même !), neuf et en-dehors des partis (le président, une fois élu, est censé ne plus appartenir à un quelconque parti). Je crains que Hollande n’ait absolument pas la taille (sauf le tour de taille), ni la vision longue (il est myope à lunettes) d’un Churchill ni même d’un Mitterrand. Sa lâcheté intellectuelle (prouvée) suggère qu’il va se laisser faire par son entourage et laisser aller le système dans sa logique, sans aucun courage pour renoncer en proposant Macron.
    Mais il fallait développer l’idée que tous les « vieux » journalistes (les July, Carreyrou, Chabot et j’en passe, qui étaient DEJA post-ados en 68) n’ont même pas l’idée de développer : qu’un renouvellement de la politique passe par des hommes nouveaux (moins de 60 ans SVP).
    Je n’ai aucune illusion sur Hollande, sa pusillanimité pousse Marine Le Pen, tout comme le côté plat et BCBG d’Hillary Clinton pousse le barnum de Trump. Il faudrait aux USA un nouveau mythe comme Kennedy (qu’Obama a largement raté), et en France une nouvelle génération : un second tour Bruno Le Maire / Macron serait passionnant.

  3. Faire de Macron le héraut du renouvellement à gauche est l’enfermer dans un positionnement politique qu’il récuse en se situant -au-delà, en dehors, à distance des partis. Il ne pourra compter que sur lui-même et sur le désir des Français d’adouber de nouvelles têtes. C’est cela qui est intéressant, le peuple ira-t-il jusqu’à élire un franc-tireur intelligent et opportuniste aux dépens des élites bien assises. En n’oubliant pas que Marine Le Pen peut décrocher le gros lot tant la cacophonie règne à droite et à gauche. Comme disait Churchill, l’homme politique pense à l’élection suivante, l’homme d’État pense à la génération suivante. Je n’ose imaginer l’avenir avec Trump et Le Pen aux commandes de grandes nations. Vox populi, vox dei, dit-on. Triste époque.

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