Adolf Hitler, Mein Kampf

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La polémique à la française, que les intellos adôôrent susciter, court actuellement sur la réédition de Mein Kampf (Mon combat), écrit par un certain Adolf Hitler en 1924. Polémique imbécile, comme toutes les polémiques intellos à la française, qui révèle l’esprit de secte toujours présent ici, au rebours de l’esprit de libre-examen des sociétés protestantes alentour.

L’Allemagne – pourtant victime du livre – a réédité Mein Kampf, pour l’Histoire. Mais pas la France, qui hésite, moralise, intervient. Ils se disent laïcs, les intellos de la gauche bobo qui sévissent dans l’édition et les médias – mais ils agissent comme des curés de l’Eglise catholique : comme si le Texte devait obligatoirement passer par eux – par leur imprimatur ou leur Index – pour exister. Ils savent bien mieux que vous ce qui est bon pour vous, puisque la Morale est inscrite immuablement dans leur ciel des Idées. Et que c’est péché d’y déroger. Au lieu de laisser à chacun le choix de lire et de comprendre, ils assènent leur vérité révélée.

Mein Kampf existe un peu partout sur le net – et en français. Au lieu de proposer une édition commentée, historique, replacée dans son contexte, les intellos préfèrent « interdire ». Débattre n’est pas leur fort, puisqu’ils savent la Vérité. J’ai toujours pensé que cette engeance des clercs en bande, qui se croient du haut de leur savoir accumulé, n’était pas démocratique. En voici un exemple de plus.

Mais pourquoi reprendre Mein Kampf aujourd’hui ? D’abord parce que je ne l’ai jamais lu en entier bien qu’il ait figuré dans la bibliographie que tout aspirant à Science Po, en année préparatoire, était censé avoir lue au début des années 1970. Ensuite parce que notre temps, célébrant du bout des lèvres Mai 68 (c’est « tendance » chez les bobos), revient de plus en plus aux vieilles idées pétainistes, catholique moralistes, voire pires. La cause en est le vieillissement de la population, certes, mais aussi la crainte de l’avenir mondialisé entre capitalisme financier et terrorisme islamique.

Le capitalisme dans sa version ultralibérale américaine semble d’autant plus incontrôlable que l’ignorance française à son égard est abyssale, en raison de vieux préjugés cathos comme d’un enseignement marxiste sans faille depuis deux générations et d’un écologisme issu du gauchisme comme nouvelle Mission d’éclairer le monde.

Quant à l’islamisme, ce radicalisme que la majorité des Musulmans est loin de partager, il ramène trois siècles en arrière, à l’époque où Voltaire terminait sa correspondance par « écr. l’inf. » – écrasez l’infâme – mot de combat contre tout obscurantisme.

Hitler peut être lu dans la version 1934 des Nouvelles Editions Latines, reprise en 1973. On peut aussi le trouver en PDF sur Internet, à vous de chercher. Les deux volumes allemands de l’édition 1933 sont traduits en un seul, de 686 pages. Cette édition française fut « interdite » par Hitler lui-même à l’époque, tant il disait clairement ce qu’il pensait de tout le monde et ce qu’il voulait leur faire. Depuis, Trump, Poutine et Duterte font exprès de proférer des énormités – mais pas sûrs que les actes suivent – c’est toute la différence des époques.

Le livre, offert à tout ménage allemand des années 30, est assez indigeste, disons-le : mots simples mais style pensant. J’en retiens quatre thèmes, dont un seul présente encore un intérêt autre qu’historique de nos jours :

Les considérations politiques d’époque ont vieilli et s’étalent verbeusement.

Les délires racistes sur le Juif ne passent plus. Cette hantise paranoïaque servant de bouc émissaire à tous les maux de l’Allemagne n’est pas sensée. Il faut cependant la connaître parce que certains pays arabes d’aujourd’hui la reprennent telle quelle, complaisamment : ils n’inventent rien, ils répètent. La phobie sexuelle d’Hitler le poussait à « nettoyer », purifier, éradiquer, « dératiser ». Quand on fait des humains des bacilles, l’extermination par le feu et la chimie industrielle n’est qu’un second pas qui coûte peu. Notons que les salafistes, wahhabites et autres daechistes font des mécréants des « porcs » qu’on peut impunément égorger pour la plus grande gloire de Celui qui n’a rien dit de tel (le Coran a été parlé, pas écrit, et à l’oreille d’un illettré en plus, qui a dû traduire pour ses auditeurs, qui ont noté, recopié, déformé… et ainsi de suite. Comment voulez-vous que le texte littéral soit la voix même de Dieu ?)

Les éléments d’autobiographie hitlérienne, bien que choisis et magnifiés par son auteur, sont intéressants et vivants, mais servent surtout aux historiens pour comprendre le personnage ; ils ne disent rien de la société qui l’a porté au pouvoir. Or c’est toute une société qui est entrée en délire, pas un homme seul, même führer (voir les études de Chapoutot et Mosse).

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Restent les chapitres qui concernent la propagande politique. Là, c’est du grand art. Hitler était en avance sur son temps : la nécessité de la foi politique, l’art de la parole plutôt que de l’écrit, la tenue des réunions avec organisation de service d’ordre, l’usage de la force pour impressionner et s’affirmer, le marketing de « créer l’événement », le sens de l’image, affiche et cinéma – qu’a-t-on réussi de mieux depuis ? Mai-68 n’a-t-il pas efficacement repris ces vieilles recettes ? Elles ne sont pas hitlériennes, elles appartiennent à la modernité des media : image et son, mise en transe et émotion, sentiment océanique d’appartenir, manipulation des mots, choc médiatique pour devenir quelque chose, et ainsi de suite… Est-ce donc cela que craignent les intellos bobos ? Que l’on démonte et « déconstruise » (mot fétiche de leur doxa) leurs manipulations (constantes dans les médias) ?

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Cela ne fait guère qu’une soixantaine de pages sur l’ensemble, à peine 10% du livre. Mais, pour cela seul, Mein Kampf vaut d’être encore lu par les gens raisonnables – ceux qui veulent comprendre. Tout aspirant politicien devrait le faire, en parallèle avec Que faire ? de Lénine et les écrits de Machiavel et de Mazarin.

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Hitler est-il toujours dans la bibliographie conseillée aux étudiants de Science Po ? J’en doute un peu, tant le politiquement correct de la gauche conformiste, qui règne plus qu’ailleurs dans cette grande école technocratique parisienne, a dû passer par là. Hormis les recettes de propagande, Mein Kampf est aussi passé qu’un papier peint jauni jamais changé depuis l’époque kitsch.

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon combat, 1924, format Kindle 2016, 641 pages, prix non indiqué (peut-être faussement disponible sur Amazon France pour cause de politiquement correct « dénoncé » en 2014 ?)

Adolf Hitler, Mein Kampf / Mon combat, Nouvelles éditions latines 1932, 650 pages, €36.00 disponible sur le site de l’éditeur qui indique que : « La Cour d’appel de Paris a décidé, dans un arrêt du 11 juillet 1979, d’autoriser la vente du livre (édition intégrale en français), compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, mais assortissant cette autorisation de l’insertion en tête d’ouvrage, juste après la couverture et avant les pages de garde, d’un texte de huit pages mettant en garde le lecteur. »

Disponible également sur chapitre.com

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3 réflexions sur “Adolf Hitler, Mein Kampf

  1. Merci pour ces clarifications. Les réactions effarouchées, comme vous les nommez, proviennent du contexte général, où les idées nazies repointent le bout du nez. D’où la nécessité de publier un appareil critique sur une idéologie nauséabonde, nocive et criminelle. Ou sur d’autres dérives totalitaires, celles que vous repérez ici ou ailleurs. Quant à la fascination des jeunes (l’article date de 2014, si je vois bien), je crois qu’ils sont davantage captés par les personnalités fortes qui leur indiquent un chemin à suivre, ce que ni la société, ni les politiques, et les parents difficilement ne réussissent encore à faire.

  2. Y aurait-il des sujets tabous ? Pas sur ce blog. Surtout lorsque la radio française fait toute une émission sur France Cultur(iste) sur republier ou non (c’est en cours mais ça tarde, ça tarde !), sur interdire ou non, penser à la place des autres ou non, que l’ineffable Donald américain traite ses services secrets de « nazis » et que Marine Le Pen, fille de, est susceptible d’être présente au second tour dans quelques mois des présidentielles en France.
    Il me semble que le sujet est en plein dans l’actualité. Autant ne pas se voiler la face, ni affecter un déni offensé de ce qui manifestement attire.
    L’édition prévue (toujours en retard en France à cause de « tabous ») n’est toujours pas disponible. Ne reste que la vieille édition des NEL « interdite » par Hitler. Et pléthore d’éditions pirates gratuites sur Internet. C’est ainsi.
    Une première publication de ce billet, écrite en 2008 sur un vieux blog mondain, http://www.paperblog.fr/682441/faut-il-lire-hitler/ n’avait pas suscité de réactions effarouchées de ce genre. Faut-il y voir un signe d’époque ? Ou un problème personnel avec Adolf H ?
    Quand aux vigoureux jeunes aryens dans la nature, c’était bien « la race » qui préoccupait avant tout Hitler. Pourquoi en faire une question ? Une partie de la jeunesse actuelle est fascinée par ce scoutisme aryen (http://www.lefigaro.fr/livres/2014/01/10/03005-20140110ARTFIG00449–mein-kampf-le-livre-d-hitler-bat-des-records-sur-le-net.php), pourquoi le traduire par « eugénisme » ? Qu’avons-nous à proposer de positif à cette jeunesse plutôt que le passé « dangereux » ?
    Quant à Poutine, Erdogan, Duarte et Trump (par ordre d’apparition à l’image) je crois plus qu’ils sont dans la com’ que dans le racisme hitlérien. Question de délire. Et aucun « regret » – désolé.
    Je fais partie « des gens raisonnables – ceux qui veulent comprendre » – où est le reproche ?

  3. Ici, cher Argoul, je ne vous suis absolument pas. L’édition française est disponible depuis1932. Pourquoi en parler maintenant ? Parce que disponible en format numérique ? C’est faire beaucoup d’honneur à un ouvrage réédité en Allemagne en 2015, très demandé d’ailleurs. Voulez-vous amplifier cette demande en indiquant obligeamment la soixantaine de pages à lire sur 641, notamment les éléments d’autobiographie « vivants » et les chapitres sur la propagande, « du grand art. »

    J’aimerais aussi que vous précisiez votre pensée quand vous sous-entendez que Trump, Poutine et Duarte pourraient ne pas assortir leurs paroles d’actes au contraire d’Hitler. Regret ou simple prévision.
    Enfin, le plus heurtant, à mes yeux est le choix de la photo de jeunes aryens, symboles de la folie eugéniste de H. Si une fois encore, vous avez saisi l’occasion de vilipender vos cibles préférées, les moralistes de gauche ou autres intellos bobos, vous auriez pu choisir un autre support et nous dire un mot de l’édition critique de ce livre célèbre en élaboration (en Français) chez Fayard.
    Je suis étonné et curieux de vous lire

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