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Flaubert et identité nationale

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Le terme « identité nationale » n’existait pas dans les écrits du temps, mais l’idée y était. Il s’agissait du patriotisme, ce gros instinct de meute analogue à celui des fans de foot pour leur équipe. Après la Révolution les Français se sentaient patriotes, également unis contre les aristos (et contre leur culture). Ils n’avaient pas encore appris que « la » culture dépasse les classes et les castes et rejetaient tout en bloc. D’où Béranger.

On a oublié aujourd’hui Béranger et sucré sa particule pour faire plus populo. Mais Pierre-Jean de Béranger, né avant la Révolution et mort du temps de Flaubert, est un chansonnier patriotard. Il est célèbre. Il chante ce gros instinct de meute qu’on appellera plus tard « l’identité française » – celle qui plaît aux imbéciles de son temps : les bourgeois.

L’année de sa mort, Flaubert écrit, indigné : « Béranger (…) L’immense gloire de cet homme est, selon moi, une des preuves les plus criantes de la bêtise du public. (…) Je n’aime pas ce chansonnier grivois et militaire. Je lui trouve partout un goût médiocre, quelque chose de terre à terre qui me répugne. (…) Mais la France est un piètre pays, quoi qu’on dise. Béranger lui a fournit tout ce qu’elle peut supporter de poésie » (4 novembre 1857, à Mlle Leroyer de Chantepie). Sept ans plus tard, il n’a pas changé d’avis : « Je regarde ledit Béranger comme funeste. Il fait accroire à la France que la poésie consistait dans l’exaltation rimée de ce qui lui tenait au cœur. Je l’exècre par amour même de la démocratie et du peuple. C’est un garçon de bureau, de boutique, un ‘bourgeois’ s’il en fut ; sa gaieté m’est odieuse. (…) Pourquoi ne pas admirer les grandes choses et les vrais poètes ? » (9 août 1864 à Amélie Bosquet).

Son cri reste d’actualité car il est profond. « La » culture est bien autre chose que la gaudriole chansonneuse dont nos cafés sont pleins avant nos plateaux de télé. Le patriotisme, légitime amour de sa patrie, est autre chose que le rire gras des footeux et les bluettes sentimentales qui permettent de croire fraterniser dans le sexe et l’hormone. Si l’on réduit « l’identité française » à un mixte de Johnny, de Marc Lévy et de olà de foot, elle ne vaut pas grand chose. Sûrement pas de se battre pour elle !

Sauf si… – mais vous allez dire que je suis cynique – sauf si ça amuse le populo. Si ça le rassure qu’on soit comme lui, qu’on mettre « la » culture à son niveau comme Nicolas Sarkozy qui cause télé, ou qu’on baptise « culture » comme Jack Lang tout ce que fait la banlieue (jeux, rap, graffitis, sabir). Il a besoin d’être rassuré, le peuple, car la crise ne se résout pas seulement parce qu’on le dit et qu’il ne suffit pas de « faire payer les riches » pour relancer la croissance.

« ‘L’horizon politique se rembrunit.’ Personne ne pourrait dire pourquoi ? Mais il se rembrunit, il se noircit, même. Les bourgeois ont peur de tout ! peur de la guerre, peur des grèves d’ouvriers, peur de la mort (probable) du Prince Impérial. C’est une panique universelle » (8 avril 1867 à sa nièce Caroline). Flaubert parlait de son temps, il y a un siècle et demi – mais ne dirait-on pas qu’il parle de notre temps ? La mort du Prince Impérial est le Brexit, l’élection fanfaronnante de Trump, l’éviction de Sarkozy, le deuil de la SS selon Fillon, les décès de Michel Delpech, David Bowie, Michel Tournier, Michel Déon, Michel Rocard, Michèle Morgan, Ettore Scola, Umberto Eco, Siné, Gotlib – tous morts en 2016.

Du pain et des jeux, voilà à quoi se réduit « l’identité française » pour les politiciens. A droite parce que le divertissement calme le peuple ; à gauche parce qu’on n’a plus rien à dire sur l’avenir et que l’on réduit la culture à ce qui plaît à la masse décérébrée par l’éducation « nationale » et la télé américanisée.

Mais s’il est bon, à gauche, de tourner en dérision « l’identité » française, on glorifie volontiers « l’identité » de gauche (comme Taubira) – comme s’il y avait le Mal (à droite) et le Bien (à gauche). Comme s’il y avait une essence éternelle de « la » gauche – inamovible malgré le monde en mouvement – mais pas à droite, ringarde, forcément réactionnaire. Conception de « garçon de bureau, de boutique, de ‘bourgeois’ », disait déjà Flaubert…

Pauvre France !

Gustave Flaubert, Correspondance choisie, Folio 1998, 854 pages, €12.50

Gustave Flaubert, Correspondance tome 2 – 1851-1858, Gallimard Pléiade 1980, 1568 pages, €61.00

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Voter pour revendiquer l’histoire et la culture

Je n’ai pas commenté à chaud le premier tour des régionales parce que j’avais annoncé la défaite de la gauche comme celle de la droite quelques jours avant, dans une note que personne n’a commenté. « Inutile d’en appeler à la Morale, les gens savent bien ce qu’ils veulent : des hommes nouveaux et des idées nouvelles, pour régler les problèmes nouveaux et les questions nouvelles… » Les vieux candidats des vieux partis éculés, qui ressassent sempiternellement le même discours depuis trente ans : assez !

Évidemment, la Morale a été convoquée à gauche pour vilipender le résultat du scrutin et stigmatiser les électeurs fautifs… L’irruption du Front national a suscité, par réflexe de caste depuis 2002, des cris d’orfraie, des indignations morales, une « leçon » de maîtres d’école donnée aux sales gosses de la classe priés d’être sage pour écouter la bonne parole humaniste, universaliste et socialiste. Le pire, après Manuel Valls, aura peut-être été Jack Lang, ce vieux cabotin toujours avide d’être encensé et aimé, qui en a rajouté dans la surenchère dégoulinante, n’hésitant pas à traiter de « crétinisme » des propos sur la France tenus par Marion Maréchal-Le Pen – alors même qu’il les tronquait et les déformait. Belle leçon de stalinisme moral qui fait fi de la vérité des mots comme de la réalité des faits.

Cela montre une fois de plus que faire la morale ne sert à rien, mieux vaut donner l’exemple de sa probité et proposer un projet positif concret pour aller de l’avant (tout ce qui manque au parti Socialiste). Projet qui s’appuie sur l’histoire et sur la culture, mais projet tout de même – qui est bien autre chose qu’un catalogue de mesurettes bobos pour gérer l’existant.

L’histoire ne se répète jamais car elle va toujours de l’avant, mais elle peut revenir sur ses pas car les êtres humains ne changent que très lentement – sur des millénaires. Autrement dit, ils ne changent pas sur les trois ou quatre générations qui coexistent dans une même époque. Ils ne changent pas personnellement.

Ce qui peut changer, c’est la culture, cette mentalité collective, et l’éducation qui doit la transmettre.

  • Il suffit de regarder trente ou quarante années en arrière pour constater que la culture s’est appauvrie par l’américanisation consumériste du monde, véhiculée par la télévision, le cinéma et les gadgets technologiques.
  • Il suffit de regarder vingt ou trente années en arrière pour mesurer combien l’éducation s’est avachie, au fil des réformes « égalitaires » – dont on constate pourtant qu’elle crée des inégalités croissantes en France.

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Qu’est-ce que la France, la culture française, l’identité du pays ? Ce n’est pas une essence mais une construction sur des siècles. Contrairement aux Jack Lang, nomades hors sol qui se veulent universels parce qu’ils ne se sentent de nulle part, je ne crois pas que les identités soient interchangeables. Ni que l’islam ait apporté grand-chose à la culture française, au droit et à la philosophie ; un peu en médecine, et pour avoir transmis les textes antiques, très peu en architecture, et quelques mots de la langue – pas plus. La part celtique, germanique, romaine, judaïque et même grecque est plus forte sur les siècles que la part musulmane. C’est ainsi : tous les apports ne sont pas égaux.

Le texte que citait – habilement – Marion Maréchal-Le Pen dans le discours fustigé par Jack Lang venait de l’historien français juif résistant Marc Bloch dans L’étrange défaite, écrit juste après l’effondrement de 1940. Il dit : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». La France est gauloise et celtique, un peu grecque via Marseille, franque et païenne, gallo-romaine et chrétienne, centralisée par les rois en lutte contre les féodalités, standardisée par la Révolution dont Napoléon 1er a poursuivi le tropisme jacobin parisiano-centré, se méfiant des provinces et des particularismes. La France s’est libéralisée avec le siècle 19ème, est devenue république en 1875, puis socialiste et colonisatrice pour diffuser l’universalisme moral dans le monde-enfant (ainsi croyait-on à l’époque de Jules Ferry).

La guerre de 14, cette imbécilité nationaliste, a conduit les citoyens à s’arracher à la terre et aux limites étroites de leur village pour connaître d’autres gens et d’autres mondes (j’ai ainsi un grand-père qui a vu Thessalonique), puis à se méfier de l’État impérieux qui décide de la guerre d’un trait de plume, comme des élites gouvernantes qui s’empressent de se planquer.

L’après-guerre a donc vu, en réaction à cette boucherie inutile, la montée de l’anarchisme potache style Dada et Surréalisme, avec les plaisirs sexuels et les scandales des Années folles, en même temps que la montée d’un populisme anti-élite et antiparlementaire, avec appel au Chef capable de mener la nation – à gauche avec Staline, à droite avec Mussolini, Franco et Hitler, puis Pétain. L’itinéraire d’un Jacques Doriot, communiste très populaire, dérivant naturellement vers le fascisme, est éclairant.

Ce n’est qu’après-guerre, dans le souvenir de la Résistance devenu mythe national de régénération française, que l’État-providence a été mis en place, sous De Gaulle comme sous Mitterrand. Jusqu’au rattrapage par la réalité du monde : la mondialisation du pétrole, puis des échanges, avant l’émergence des pays ex-sous-développés comme la Chine, l’Inde et le Brésil, venus désormais concurrencer les vieilles industries nationales obsolètes et trop chères de nos pays développés.

La France n’a pas su s’adapter.

  • En cause l’ambiguïté de Mitterrand, ayant choisi en 1983 la rigueur pour rester dans l’Europe tout en gardant un discours de parenthèse en attendant que tout redevienne comme avant – attitude qu’a repris sa pâle copie François Hollande.
  • En cause aussi le trop long règne de Chirac, deux fois Premier ministre et deux fois Président, ce Fout-rien magistral qui considérait, après son maître Queuille, qu’il n’est pas de question que l’absence de solution ne suffise à résoudre. Au lieu d’entreprendre le changement dans la douceur avec le temps, rien n’a été entrepris, exigeant désormais l’urgence pour tout, sans négociation faute de temps !

C’est cette longue histoire qu’il faut avoir en tête pour comprendre combien, aujourd’hui, la contestation d’entre-deux guerres resurgit. Comme hier, les élites ont failli, le parlementarisme s’égrène en bavardages souvent inutiles et en lois empilées, dont certaines ne sont jamais appliquées. L’éducation s’enlise dans la démagogie, cherchant désespérément à adapter son discours au monde actuel de l’Internet et du mobile – tout en conservant des pratiques d’un autre âge que le zapping du net, l’hyperactivité due à la chimie des sucreries, et l’irrespect général pour tout adulte ne permettent plus – puisque tout le monde a « des droits », tout le monde est égal. À quelles vertus pédagogiques peuvent servir les notes-sanctions de 0 à 20, le prof sur l’estrade, les garçons assis bien sages une heure entière comme des filles (alors que leurs hormones sont plus éruptives), et les cours magistraux « délivrés » d’en haut ?…

Les pays voisins n’ont pas le même rapport à l’histoire que nous, car leur État ne s’est pas créé au forceps comme la construction artificielle de nos rois (l’Angleterre est une île, l’Italie et l’Espagne des péninsules, l’Allemagne une mosaïque fédérale de régions très décentralisées, etc.). Nous ne pouvons donc pas prendre exemple sur eux mais trouver en nous les ressorts pour l’avenir. Ce que la gauche ne sait pas faire, pas plus que la droite monopolisée par Sarkozy (le reste de la droite, curieusement, se tait).

Mais nous pouvons prendre exemple sur les pays voisins pour adapter notre Éducation nationale : Suédois, Allemands, Anglais réussissent mieux pour moins cher : n’y aurait-il pas quelques leçons à en tirer ?

Parce qu’en France la culture n’est plus transmise. François Hollande ne lit jamais rien qui soit littéraire ou scientifique, il ne discourt que platement comme un haut-fonctionnaire formaté ENA. Sa ministre Belkacem casse tout ce qui marche – pas de jaloux – au prétexte de médiocrité égale pour tous. Nicolas Sarkozy est inculte, malgré ses efforts d’assimiler des fiches, et confond la salade et le séné, tourneboussolé avec tourneboulé. Ce qui vaut bien la bravitude de Ségolène Royal…

vote jeune front national regionales 2015 harris

L’analyse des votants FN montre que ce sont les jeunes peu éduqués qui sont les plus abstentionnistes mais aussi les plus partisans Le Pen. Contrairement aux plus âgés, marqués par l’histoire et leur éducation. La faute en est clairement à l’école et au système administratif du Mammouth qui ne savent pas transmettre, en faisant de la Shoah ou de la colonisation des « scies » qui ennuient – et suscitent par réaction leur négation. La faute aussi aux vieux politiciens qui s’accrochent ou qui se mêlent de Morâââle comme Jack Lang – 76 ans – plus vraiment en phase avec la société malgré son jeunisme exacerbé.

Place à un nouveau personnel politique, place au retour à l’histoire et à la culture française ! Tel sont aussi les messages du vote. Ce qui représente moins un « fascisme » (nous ne sommes plus dans l’histoire du XXe siècle) qu’un appel à retrouver la France – son histoire et sa culture dans toutes ses composantes (et pas seulement celle des immigrés ou celle des nomades américanisés).

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Menteries de mairie à Paris

Dans son dernier bulletin de décembre 2014 distribué dans les boites des Parisiens, la maire socialiste Hidalgo annonce à sons de trompe que « la Ville a installé en septembre des panneaux vitrés en remplacement des grilles sur la passerelle des Arts (6e) ». En septembre ? Il suffit – en décembre – d’y aller voir : il n’en est rien. N’hésitez pas à faire une visite, vous constaterez de vos propres yeux le mensonge socialiste.

Paris cadenas promesses mairie socialiste

Les cadenas de la mode moutonnière se sont entassés encore plus, les grilles se détachent brin après brin sous le poids des serrures d’éternité, scellées là par les amourettes éphémères.

Paris cadenas decembre 2014

La Mairie socialiste n’a rien trouvé de mieux que l’effet d’annonce pour tenter de décourager – mais les étrangers n’en ont cure, eux qui ne parlent pas français ni ne lisent « A Paris », le bulletin de propagande municipal voué au culte de la Culture bobo. Ce même effet d’annonce au performatif (comme se piquent de dire les enfeignants), que « la gauche » reprochait à Sarkozy comme un crime de lèse-réalité, Hidalgo l’use jusqu’à la corde : dire, c’est faire; je l’ai dit, donc c’est fait. Ce qui est mal pour « la droite ultralibérale » (libéral, Sarkozy ?) est bien pour « la gauche bobo », jamais en peine de se féliciter d’être si vertueuse, dans le sens de l’Histoire, des Droits de l’Homme et du Progrès humain (plus il y a de majuscules, plus les vaniteux du parti du Bien se gonflent de leur importance).

Paris cadenas decembre 2014 profusion

Faute de « panneaux de verre », la bureaucratie municipale a fait installer de ridicules panneaux de contreplaqué – aussitôt tagués dans le style diarrhéique qui plait tant à Jack Lang. De vrais « panneaux de banlieue », pour faire plus « solidaire » peut-être. Les ouvriers municipaux sont probablement surchargés de travail en cette période de rentrée, et on les comprend : vider encore plus de poubelles à cause des étrangers venus plus nombreux aux beaux jours du réchauffement climatique, souffler à grand bruit (écologique ?) toujours plus de feuilles dues à cet automne indien, installer à grande débauche d’électricité cette patinoire (désertée en ces jours trop chauds) devant l’Hôtel de ville, les projecteurs donnant leur maximum en plein soleil pour éclairer l’inanité socialiste des vœux pour la planète (dire écologie suffit pour faire croire), monter force guirlandes et arbres verts de « fêtes » (on ne dit plus Noël, mot tabou chez les bobos de gauche, de peur de froisser les islamistes irascibles).

Paris cadenas decembre 2014 plaques en bois

Donc les cadenas subsistent, toujours plus nombreux, lesdits contreplaqués style bidonville ne les gardant que d’un côté, les esclaves de la mode s’empressant d’en sceller d’autres à l’extérieur.

Paris cadenas decembre 2014 touristes insistent

Ah si, vers le centre aval de la passerelle, trois panneaux de verre sont quand même installés : TROIS ! Sur près de cent panneaux au total. Suffit-il de « faire » 3% des choses pour dire « j’ai installé« , comme si 100% étaient réalisés ? Il faut croire que oui, pour le socialisme français. Se gonfler de mots ronflants suffit à se croire le phénix des hôtes de cette ville, à résorber le chômage et à célébrer la culture.

Paris cadenas decembre 2014 plaques anti

Les cadenas essaiment sur les ponts à côté, aval et amont, de la passerelle d’Orsay devant le musée au pont Marie derrière Notre-Dame, en passant par le Pont-Neuf devant la statue d’Henri IV.

Leur masse fait de plus en plus laid, prolifération cancéreuse sans idée ni beauté. Et oui, les grilles se détachent, risquant de tomber à la fin sur les bateaux-mouches qui passent sur la Seine.

Paris cadenas decembre 2014 derriere panneaux

Un bobo de la Mairie avait vaguement suggéré l’érection d’arbres à cadenas (les bobos adorent les érections quand leur prétexte est « l’Hart » comme disait Flaubert, ainsi la bite gonflable place Vendôme ou les bites en chocolat de McCauley à la Monnaie). Mais les Femen-inistes ont dû rembarrer le macho qui osait sceller l’amour à un substitut de verge, « égalitarisme » oblige. Pourtant, l’idée n’était pas bête : canaliser la mode pour que son panurgisme stupide serve à quelque chose, notamment à cet Hart révéré des bobos socialistes.

Pourquoi en effet ne pas envisager, comme au Japon, le grand vide annuel des cadenas lors d’une cérémonie publique, afin de les fondre en œuvre d’art confiée à un artiste avide de création sur deniers publics ? Hidalgo la socialiste dénie-t-elle que Paris soit jumelée à Kyoto, la capitale culturelle du Japon ? Pas assez politico-culturellement correct, le Pays du soleil levant ? Pourtant, en ses temples, les arbres à vœux sont dépouillés de leurs papillotes en papier une fois l’an, qui sont brûlées par le prêtre en un spectacle social et religieux : il s’agit de faire monter les vœux au ciel pour que les dieux les exaucent.

Fondre les cadenas en œuvres d’art périodiques ayant pour thème l’amour serait une belle fin pour ces rebuts de métal fondus en Chine. La cérémonie consacrerait le sentiment derrière la mode, l’aspiration éternelle derrière le panurgisme béat, l’élévation apportée par la culture au mouvement de la société.

Ce serait « élever » les gens. Mais les socialistes français parisiens songent-ils encore – comme du temps de Jaurès – à « élever » le peuple ? On l’observe sans avoir fait d’études, ils songent à le dominer, de leur pouvoir public et de leur moraline catéchiste (Aubry déplorant la consommation du dimanche, Duflot posant en selfie avec une lesbienne, Hollande agitant ce droit de vote des étrangers qu’il n’a aucune majorité pour faire passer). Ils ne songent manifestement pas à l’élever.

Ne serait-ce pourtant pas une idée culturelle exaltante que de fusionner les minables cadenas de la globalisation en une inspiration artiste à la gloire de l’amour, cette conviction française ?

Mais je me demande : nos socialistes sont-ils encore français ? Ne laissent-ils pas cette identité ringarde au bas peuple ? C’est le même ineffable Hollande qui a réduit récemment la France à l’idée républicaine sans racines ni histoire, sans rien de plus que « l’apport de l’immigration ». S’il est indéniable, fait-il société ? Un abandon de plus qui montre combien le souffle du socialisme, né vers 1848 et chanté par Victor Hugo et Jean Jaurès, est bien mort sous Hollande, Aubry, Hidalgo et consorts.

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Roland Barthes par Louis-Jean Calvet

Louis Jean Calvet Roland Barthes

Il y a 33 ans, le 25 février 1980, au sortir d’un dîner avec François Mitterrand et Jack Lang, Le professeur au Collège de France Roland Barthes a été renversé par une camionnette à hauteur du n°44 de la rue des Écoles à Paris. Il est mort le 26 mars de complications pulmonaires à 65 ans. Trois semaines plus tard, le 15 avril, mourrait Jean-Paul Sartre. On se souvient encore de Sartre, marxiste heideggérien ; on a quelque peu oublié Roland Barthes, marxiste littéraire.

Ce sont pourtant ces deux intellectuels à l’apogée de leur gloire à la fin des années 1970, qui inspiraient la jeunesse. Sartre engagé dans l’histoire, Barthes décodant les signes dans le langage. J’ai soutenu ma thèse sous leurs auspices, et Louis-Jean Calvet était dans le jury. Sociolinguiste docteur de Sorbonne, il a enseigné à Paris V avant d’être nommé à Aix. Il a surtout écrit une biographie de Roland Barthes que l’on ne trouve plus que d’occasion, signe des temps d’oubli.

Car Roland Barthes n’a jamais été du sérail intellectuel. Orphelin de père à l’âge d’un an (5 destroyers allemands coulent son patrouilleur en 1916), il ne peut faire de prépa pour passer le concours de Normale sup pour cause de tuberculose. Il préparera une thèse sur Michelet sans jamais l’achever. Ni agrégé, ni docteur, il n’est que lui-même, donc critique. Mi-gascon par son père (qu’on appelait Barthès) il habite Bayonne jusqu’à ses 9 ans ; mi-alsacien par sa mère qui regagne Paris (où on l’appelle Barth), l’enfant Roland se voit affublé à 12 ans d’un demi-frère Michel qui fait scandale dans la France bourgeoise des années 30. Il sera donc sensible au rejet social et à la morgue bourgeoise.

Un copain de sana trotskiste, Georges Fournié, qui a commencé le travail à 13 ans, l’initie au marxisme non stalinien, à une époque où c’était inconcevable pour la gauche française. Il sera donc marxiste critique, la meilleure part de Karl.

Mais sa santé fragile et sa marginalité intellectuelle le rendent précautionneux de toute « hystérie », mot qu’il affectionne, de tous les excès théâtreux et médiatiques propres aux Français. Il sera donc proche par amitié, mais physiquement à l’écart, de tout engagement : guerre d’Algérie, mai 68, front homosexuel. Car il aime les garçons mais, d’une discrétion maladive pour ne pas fâcher maman, le public ne le découvrira qu’à la toute fin de sa vie.

Roland Barthes est donc radicalement autre à notre époque. Il est du monde d’avant, celui où, pupille de la Nation, on pouvait arriver par méritocratie républicaine et par ses œuvres littéraires. Il aura pris sa revanche des institutions lorsqu’il a été nommé au Collège de France en 1976. « Il est à l’âge où l’on enseigne ce qu’on ne connait pas : cela s’appelle chercher », écrit joliment son biographe. Une vraie leçon pour aujourd’hui où les « chercheurs » sont plutôt des mineurs qui exploitent le passé que des découvreurs de terres neuves.

Roland Barthes aura fréquenté le lycée Louis-le-Grand en face de la Sorbonne et pratiqué de longues années l’école des Hautes études en sciences sociales, où il entre en 1960. Entre temps, il a cultivé des amitiés successives au lycée, au sana, dans l’intelligentsia parisienne, toujours fidèle à chacun jusqu’au bout. Philippe Rebeyrol, connu dès la 4ème, sera son ami durant 48 ans qui sortira de Normale sup et lui trouvera son premier poste de lecteur à Bucarest au sortir du sana. Il poursuivra par une année à Alexandrie où il rencontre A.J. Greimas qui l’initie à la linguistique. Il occupe grâce à Rebeyrol un poste à la direction culturelle aux Affaires étrangères à Paris. Il habite avec sa mère et son jeune frère et jusqu’à sa mort au n°11 rue Servandoni, entre Luxembourg et Saint-Sulpice.

roland barthes vecut 11 rue servandoni

Il collabore à l’Observateur, à Esprit, aux Lettres nouvelles, ce qui lui permettra d’assembler en un livre retentissant ses chroniques de décodage des signes sociaux dans les images et la publicité : ce sera Mythologies, qui inspirera, mais sur un sujet politique, ma propre thèse en Sorbonne. Il rencontrera Michel Foucault qui l’aidera à entrer au Collège, Edgar Morin et sa femme Violette (la seule femme de qui il aurait pu tomber amoureux, disait-il), Philippe Sollers et Julia Kristeva avec il ira visiter le Pékin maoïste en 1974. Mais il s’y ennuie : la Chine lui paraît « fade », vide. Au contraire du Japon, dont il rapportera en 1970 un éblouissant petit livre, L’empire des signes, resté son préféré.

philippe sollers paradant en Chine mao avec roland barthes 1974Il crée la sémiologie (l’étude des signes) comme critique sociale, décryptant les connotations des mots, des clichés et des images comme idéologie sous-jacente au texte. Suivra Le degré zéro de l’écriture, qui lui permettra d’obtenir pour deux ans une bourse de recherche du CNRS. Mais sa méthode de travail est plus empirique que scientifique : « La méthode consiste à rédiger chaque jour des fiches, sur tous les sujets possibles, à les classer, à les combiner de différentes façons, jusqu’au moment où apparaîtra une structure, une thématique » p.145. D’où l’usage du fragment, du texte éclaté sorti de tout contexte, de l’ignorance volontaire de toute profondeur biographique. Le mot-clé est « structure », mis à la mode par Lévi-Strauss, mais bien perdu aujourd’hui où l’histoire, la mémoire, la profondeur, reviennent en force. Les années 60 avaient cet optimisme d’après-guerre et de jeunesse qui voulait tout remettre à plat, tout recommencer avec la génération. Barthes arrivait au bon moment. C’en est bien fini, la critique sociale est intégrée à une paranoïa congénitale qui se méfie par principe de tout discours et « échange » à vitesse accélérée messages et commentaires de confort à l’intérieur d’une bande étroite de potes qui pensent pareils. Barthes n’a plus sa place.

Il était un auteur, pas un chercheur. « Car Barthes n’est pas un homme de système, il est avant tout un homme d’intuition, de réactions immédiates, d’humeurs, qu’il théorise ensuite au gré des rencontres et des emprunts » p.176. Il aime la jouissance du signifiant, le plaisir du texte. On le prend pour un théoricien alors qu’il n’est qu’un essayiste, dit-on. Mais il a une grande capacité d’écoute, surtout envers les jeunes (garçons) ; maniaque pour lui, il est peu directif pour les autres, leur fait confiance et leur donne confiance en eux-mêmes sans leur imposer une théorie comme les mandarins universitaires. Il dira, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France que « la langue est fasciste », ce qu’on lui retient (à charge) aujourd’hui. Mais parce que la langue « oblige à dire », comme le fascisme oblige à faire et à penser. Une fois mise en mots, la pensée est corsetée, caricaturée, déformée et théâtralisée. D’où l’intérêt (que l’Éducation nationale n’a toujours pas compris) de bien connaître la langue, d’apprendre un vocabulaire étendu, où puiser à volonté toutes les nuances. On l’a vu depuis : ceux qui ne disposent que de 400 mots utilisent leurs poings et leur bite, pas leur langue ni leur cerveau.

Roland Barthes 1978

Roland Barthes devient célèbre en 1977 lorsqu’il publie Fragments d’un discours amoureux et qu’il passe à Apostrophe. Le livre se vendra en deux ans à 177 000 exemplaires, fait rare pour un ouvrage de science humaine. Mais c’est l’acmé, le début de la fin. Sa mère Henriette meurt à 84 ans, le laissant seul et désemparé. Il n’a pas de compagnon, sa vigueur décline et il ne séduit plus guère que les gigolos payants. Quelques parodies et pamphlets raillent son obsession à voir toujours autre chose que ce qui est dit. Se publient Le Roland Barthes sans peine et Assez décodé ! On lui fait comprendre qu’il n’est plus en phase, qu’il a fait son temps. Comme il ne sait pas dire non, par gentillesse, il accepte un dîner chez Edgar Faure avec Giscard président. Il y avait aussi Philippe Sollers, Claire Bretécher, Jean-Louis Bory, Gisèle Halimi, Emmanuel Leroy-Ladurie, Dominique Desanti. Mais « la gauche », toujours intolérante et moraliste, lui déclare que « ça ne se fait pas », qu’il faut « rester pur ». Indignation facile de secte persuadée d’incarner le Bien, qui perdure de nos jours. Ce pourquoi il ira aussi dîner chez Mitterrand, encore Premier secrétaire du PS, et y perdra la vie…

roland barthes accident 44 rue des ecoles paris

Louis-Jean Calvet livre une biographie linéaire, bien informée, dont le principal mérite est de s’effacer par sympathie derrière son sujet. Dommage qu’elle ne soit pas rééditée et complétée, Roland Barthes, intellectuel à l’ancienne, le mérite.

Louis-Jean Calvet, Roland Barthes, 1990, Flammarion 339 pages, occasion €3.00

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Camus, marxisme et socialisme

Après le Congrès d’août 1946, Camus s’interroge sur le parti socialiste. La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) garde allégeance au marxisme, « les uns parce qu’ils pensent qu’on ne peut être révolutionnaire sans être marxiste ; les autres par une fidélité respectable à l’histoire du parti ». C’est le duel Léon Blum-Guy Mollet, résolu par une « synthèse ».

Or cette synthèse est impossible car il y a contradiction entre l’allégeance et l’action.

« Si le marxisme est vrai, et qu’il y a une logique de l’histoire, le réalisme politique est légitime. » La fin justifie les moyens. La société sans classe de l’utopie future rend « justes » aujourd’hui tous les meurtres nécessaires. Au nom du Bien.

A l’inverse, « si les valeurs morales préconisées par le parti socialiste sont fondées en droit, alors le marxisme est faux absolument puisqu’il prétend être vrai absolument. » On ne dépasse pas le marxisme, on l’accepte ou on le rejette. Il n’y pas de milieu puisque le marxisme se veut une explication totale du monde et de l’histoire – comme la religion. « Marx ne peut être dépassé parce qu’il est allé jusqu’au bout de la conséquence. » Tout est alors bon pour accoucher de l’histoire : le mensonge, la violence, les tortures, les massacres de classe ou de « mécréants » (ceux qui n’y croient pas).

Pourquoi donc, s’interroge Albert Camus, les socialistes veulent-ils conserver la dialectique marxiste (Guy Mollet) s’ils réfutent ces extrémités (Léon Blum) ? « On ne peut concilier ce qui est inconciliable. »

Il se trouve que les socialistes français ne veulent pas choisir – pas plus en 2012 qu’en 1946… Eux seuls, puisque les socialistes allemands ont bel et bien choisi à Bad Godesberg. Les socialistes anglais avaient choisi depuis longtemps, selon leurs traditions, en préférant les syndicats au parti unique. Les socialistes nordiques, en particulier suédois, avaient aussi choisi la voie démocratique – fondée sur le droit librement négocié – pour faire avancer les revendications sociales. Albert Camus est pour un « socialisme libéral » qui est selon lui bien représentatif des mouvements de Résistance. Cette expression, figure dans un article de ‘Combat’ du 23 novembre 1944 ; elle a été reprise par Bertrand Delanoë en 2010 avec les cris d’orfraies « de gauche » qu’on connaît !

Il est étonnant que, plus de 60 ans après, le débat demeure. Camus est indulgent, plus que je ne le suis, parce que son époque était portée vers le marxisme à la suite de la victoire contre le nazisme à laquelle l’URSS avait fortement contribué. Mais l’URSS s’est écroulée, le mur qu’elle avait établi aussi, et les révélations sur les camps de travail, les dénonciations et le flicage serré de toute la population sont venues renverser ce que le socialisme « réel » pouvait avoir de tentant. C’est simple : les gens en socialisme ont voté massivement avec leurs pieds pour émigrer à l’ouest, cet « enfer du capitalisme ». Qu’on disait.

Pour Camus, « cette contradiction est commune à tous les hommes (…) qui désirent une société qui serait en même temps heureuse et digne, qui voudraient que les hommes soient libres dans une condition enfin juste, mais qui hésitent entre une liberté où ils savent bien que la justice est finalement dupée et une justice où ils voient bien que la liberté est au départ supprimée. » C’est probablement la grandeur des socialistes de ne pas être communistes jusqu’au bout, de ne pas être « ceux qui savent ce qu’il faut croire ou ce qu’il faut faire. »

Mais cette contradiction qui (en bonne dialectique marxiste) devrait tendre à être résolue par ceux qui en prennent conscience, subsiste deux générations plus tard ! Le parti socialiste français semble s’être figé à ce qu’il était au milieu du siècle dernier.

Camus reste donc fort actuel lorsqu’il dit (en 1947) : « Ou bien [les socialistes] admettront que la fin couvre les moyens, donc que le meurtre puisse être légitimé, ou bien ils renonceront au marxisme comme philosophie absolue, se bornant à en retenir l’aspect critique, souvent encore valable. »

Il leur « faudra choisir alors une autre utopie, plus modeste et moins ruineuse. » Cette utopie est la démocratie libérale, la seule fondée sur le droit… Elle préserve en effet la liberté sans laquelle, selon Camus dans un autre texte, « la puissance de protection contre l’injustice » ne serait pas. Choix qu’ont fait depuis fort longtemps les autres Européens.

Force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas en France où « la droite » reste absolument illégitime au yeux des partisans socialistes, où la gauche radicale pousse à la roue en faisant honte au PS de « composer » avec le capitalisme, où un enseignant à Normale Sup (Alain Badiou) peut sans vergogne afficher sa haine du système démocratique, qu’il trouve illégitime, en étant fort adulé par les gendegôch qui se piquent de penser.

Lorsque les partis politiques ne joueront plus aux guerres de religion, qu’ils ne penseront plus au « Grand soir » comme à la victoire du Bien sur le Mal (ou de l’obscurité à la lumière pour parler comme Jack Lang), qu’ils laisseront s’exprimer leurs adversaires sans brailler d’office pour couvrir leur voix, et qu’ils accepteront de réfléchir à leurs arguments, le socialisme français sera (enfin !) devenu « normal ». Certains socialistes l’ont fait, mais ce n’est pas la majorité. Et ces Attali, Delors, Besson, Bocquel, Charasse, Frèche, Jouyet, Rocard, Valls, Gallois et d’autres – qui servent la République et la France avant tout – le parti les appelle, en bon réflexe stalinien, des « traîtres » ou des renégats !

François Hollande sera-t-il l’homme par qui le socialisme français devient « normal » ? Euro-compatible ? Le Front de gauche (aussi borné que celui du taureau) le craint, puisqu’il prône en bonne logique la sortie des traités européens, de l’euro et des contraintes financières (y compris la solidarité avec les Grecs… qui en découle logiquement). François Hollande choisit les moyens plutôt que la fin, en exigeant que le déficit rentre dans les clous, en s’arrimant à l’Allemagne sans qui l’Europe n’existe pas, en commandant des rapports qui permettent au débat de se tenir et aux réalistes à gauche de prendre enfin conscience que la posture critique (à la Montebourg) n’est qu’une bouffonnerie dès qu’on doit gouverner.

Bilan dans cinq ans, avec du temps au temps. Nous attendons la grande conversion laïque des croyants marxistes à la normalité de l’Europe réelle. Ce qui ouvrira au centre. Et pourrait permettre au PS de gouverner longtemps, en phase avec la majorité des Français.

Albert Camus, Le socialisme mystifié, Actuelles, Œuvres complètes tome 2, Pléiade Gallimard, 2006, p.441-443, €62.70

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Paris et ses ponts amoureux

Les amoureux de Paris ont-ils leur pont attitré ? Certes, la pratique du French kiss est universelle et se fait ici où là, dans la rue selon Doisneau, au gré des bancs publics selon Brassens.

Mais le pont est ce qui relie. Il est allégorie du temps qui passe avec l’eau qui coule au-dessous. Le couple traverse cette période incertaine de l’enfance à l’âge adulte et envisage la suite des années… Le pont de Paris est donc symbolique. Mais lequel ?

Peut-être le pont Mirabeau chanté par Verlaine, sous lequel coule la Seine.

Peut-être le pont Alexandre III, ornés d’amours enfantins, éros nus exubérants et gamines dans le même état. Nombre de mariages du quartier viennent sur lui faire les photos par beau temps.

Mais plus sûrement aujourd’hui l’itinéraire obligé des touristes étrangers et provinciaux qui viennent à Paris. Autrement dit la passerelle des Arts qui relie l’Académie française au Louvre, puis le pont de l’Archevêché au cul de Notre-Dame. La preuve ? Plusieurs centaines de cadenas accrochés là, la clé jetée à l’eau, un message très court d’amour éternel entre deux prénoms feutré dessus.

On dit que la coutume vient d’Allemagne, jamais en reste de romantisme. Les couples y agrippent leur amour chancelant au-dessus du Rhin, au pont Hohenzollern. Inévitablement, l’Europe centrale, l’Italie l’ont adoptée. Avant l’Asie et l’Amérique. J’ai vu les premiers cadenas au Japon en 2004, mais je peux attester que Paris en était encore vierge en 2005. Depuis…

Ce sont des milliers de cadenas de toutes formes, de toutes marques et de tout poids qui sont enchaînés aux grilles. Ils disent beaucoup du couple qui les a posés là.

Les plus gros et les plus brillants apparaissent les plus popu. Les plus petits sont les plus mignons, amours timides, pudiques, presque chastes. Il y a les moyens et les frimeurs, les techniques et les gros bruts, les lourdingues et les discrets.

Mais tous alourdissent le pont, fragilisent les rambardes, gaspillent de l’acier et polluent la Seine. Au point que la Mairie les a fait un temps couper à la pince. Plus aujourd’hui, à genoux devant l’art nouveau. Que disent les écolos ? Évidemment rien, toujours branchés les écolos, pas rationnels pour un sou. Car les cadenas sont de l’art, n’est-ce pas ? Comme Jack Lang le disait des tags, jamais en reste de « populisme bobo ».

La mode… Rien de plus que le vent qui passe. L’amour « éternel » ne dure pas toujours. Le plus souvent, lorsque la fièvre sexuelle retombe, c’est le divorce assuré. L’infantilisme égoïste fait qu’on ne s’inscrit plus dans la durée mais pour jouir tout de suite. Les gosses payent les pots cassés, avant de reproduire à leur tour. Le cadenas tente de conjurer le sort, ce qui est risible.

Nul ne peut enchaîner l’amour, ce gamin espiègle qui n’en fait qu’à sa tête et tire ses flèches où il veut. Ne pas confondre le désir, qui peut s’assouvir s’il est partagé au présent, et l’amour, qui exige quand même plus que des serments intenables ou des symboles idiots. Jetez la clé, la pince suffira. Combien de ceintures de chasteté ont été forcées avant le retour des croisades ? Combien d’hymens recousus pour masquer l’écart dans les pays machos ? Combien de Claudia & Andreas verrouillés 2008 sont-ils encore « en couple » en 2012 – comme on dit sur Fesses-book ?

Ils sont la suite des cœurs gravés sur l’arbre, des graffitis au couteau sur les bancs de collège, des tags à la bombe sur les murs. Aussi gentils, aussi infantiles, aussi vains.

Ce n’est pas une tradition de Paris mais une mode venue d’ailleurs. Bonne pour les affaires : le vendeur de cadenas officie à 5€ la chose, comme on vendait des oublies aux temps renaissants. Le désir est marchandise, pas l’amitié ; elle n’a pas besoin de menottes pour durer.

Verlaine disait juste, qui était amoureux de l’adolescent Rimbaud, espiègle et cruel comme l’Amour grec…

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va

Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure

La liste commence à être longue des références sur ce phénomène :

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