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Jeunesse napolitaine

Nous passons piazza Carita, dans un quartier plutôt populaire. Piazza Gesu Nuova, des ragazzi jouent au foot tout contre l’église. L’un d’eux s’est mis torse nu malgré les 19° qui frigorifient en général tout Napolitain. Mince et musclé, brun comme un arabe mais les cheveux châtains tirant vers le clair, il peut avoir 14 ans et est fier de son corps. Sa chaîne d’or tressaute à son cou et pare de rayons furtifs sa chair translucide, comme enfarinée.

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La lumière joue sur ses muscles en mouvement, tout en rondeur, aussi pleins qu’un marbre. Cet adolescent est superbe à regarder. Il le devine confusément et il en joue, multipliant les passes, s’exaltant dans le mouvement, criant plus fort que ses copains parce qu’il montre sa vigueur et que la société le regarde.

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Nous visitons l’église Santa Chiara de style gothique provençal, bâtie en 1328 par les Angevins. La nef est immense et rectangulaire, « rationnelle » pourrait-on dire, éclairée par des fenêtres à ogives. Le tombeau de Robert d’Anjou – ce qu’il en reste – s’est réfugié derrière le maître-autel.

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Sur le flanc de l’église, nous allons voir le cloître des Clarisses aux carreaux de majolique bleus et jaunes du 18ème siècle.

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Deux chats s’y poursuivent, souples et hardis comme de jeunes garçons. Il y fait calme, par contraste avec la place aux ragazzi que nous venons de quitter.

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L’église de Gesu Nuova, en face, contre laquelle jouent toujours les adolescents, a une façade taillée en pointes de diamant, dite « à bossages ». C’était celle du palais Sanseverino datant de 1470, du temps des Aragon. Trois nefs lumineuses éclairent les fresques des voûtes.

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Jean-Paul Sartre n’aimait pas Naples, du moins pas la ville fasciste qu’il a visité en 1932. Il en a fait une mauvaise nouvelle que son héros date de « septembre 1936 » – un anti-Front Populaire ? Intitulée Dépaysement, elle n’a pas été reprise dans ses nouvelles du Mur mais figure dans les Œuvres romanesques de la Pléiade, en annexe, dans son édition de 1981. Sartre qualifie Naples de « ville vérolée », il évoque « le purin des ruelles », « ça se colle à vous, c’est de la poix », « les chambres moites », l’air comme « de l’eau de vaisselle ». Une ruelle « c’est une colonie animale », les gens « jouissaient avec indolence de leur vie organique ».

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Le Nauséeux par philosophie avait un dégoût curieusement bourgeois de ce peuple vivant. Il décrit avec un sadisme érotique les ébats des petits : « des enfants rampaient (…) étalant leurs derrières tout nus près des viandes, des entrailles de poissons (…) raclant contre la pierre leurs petites verges tremblantes. » Faut-il ne pas aimer les enfants pour les décrire complaisamment dans l’ordure ? Toute l’humanité, d’ailleurs, est tirée par lui vers la bassesse de « l’organique » ; son héros est « pris par le bas-ventre. Ce n’était pas la Vierge qui régnait sur ces ruelles, c’était une molle Vénus, proche parente du sommeil, de la gale et du doux désir de chier. » Il n’a que mépris pour ce « quartier indigène » où même le vin a « un goût boueux ». Tout cela est matériel ; tout cela est le fascisme. L’idéologie l’aveugle, le Tartre (comme disait Céline), ce ne sera pas la première fois. Et moi qui aimais l’Existentialiste responsable de ses actes, je découvre un philosophe vil, usant de son esprit pour mépriser l’humanité, le regard obnubilé par l’ordure.

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Un tour dans le quartier populaire nous montre son animation, plus forte ces jours-ci en raison de la proximité de la Coupe nationale de foot. Les embouteillages y sont monstres. Des manifestations de rues défilent en faveur de Naples et de son équipe. Les ragazzi testent leur virtuosité en fonçant dans la foule avec leurs mobylettes ; les voitures, coincées, klaxonnent, sono à fond. Trompes, sifflet, c’est toute une cacophonie bon enfant, un théâtre qui exprime un trop-plein d’exubérance. Beaucoup d’Italiens de passage à Naples, photographient les décors populaires, les affiches sauvages, les banderoles spontanées.

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Un faire-part mortuaire, entouré d’un bandeau noir caractéristique où figurent en blanc des roses et deux croix de cercueil, profère : « après 34 jours d’interminable souffrance, elle est passée, pour la gloire de Naples et de ses tifosi, l’AC Milan, et son président Berlusconi (…) Les obsèques auront lieu au stade San Paolo à 17h45 le dimanche. Pax » Affichée un peu partout avant le match, cette propagande d’outre-tombe était une bouffée de Naples.

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Deux guaglione (gamins de Naples) d’à peine dix ans échangent des passes au ballon sur le pavé de la rue peint d’un grand écu aux couleurs du drapeau italien vert-blanc-rouge, frappé d’un « N » dans le blanc – comme Napoléon – « N » pour Naples… Une toute petite fille danse debout sur un étal de gadgets, sur l’air de la Lambada. Elle est vêtue de bleu et de blanc, aux couleurs de l’équipe napolitaine de football. Elle peut avoir trois ou quatre ans et elle danse avec lenteur, application, indifférente aux gens qui rient de la voir comme à ceux qui la photographient. Sa mère m’encourage à le faire. La fillette est déjà une actrice professionnelle, elle a conscience du spectacle qu’elle donne et du sérieux que l’on attend de sa prestation !

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De nombreuses églises sont fermées à nos regards touristiques. Nous réussissons quand même à voir San Lorenzo et le Duomo. San Lorenzo Maggiore a la pureté des églises cisterciennes de France. Elle a été bâtie par les Angevins au 13ème siècle. Boccace y aurait rencontré Fiametta en 1334 et en serait tombé éperdument amoureux.

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Le Duomo a une façade imitée du gothique, d’une laideur à pleurer, mais la nef centrale est ornée d’un plafond en bois orné de peintures. La chapelle de Saint-Janvier – dont le sang se liquéfie rituellement deux fois par an – a été érigée après la peste de 1526 et elle n’est qu’excès de richesses dédiées à la dévotion superstitieuse. Du marbre, de l’argent, du bronze, de la peinture, s’entremêlent comme dans une orgie. J’ai toujours la même réticence devant cet excès de décor, cette surcharge qui dégouline, et ces anges partout qui volettent. Cette chapelle San Genaro en est le clou avec son autel tarabiscoté en argent massif ! Nous sommes déjà en Orient où la profusion remplace le goût, où la richesse remplace la foi, où la démonstration remplace la morale.

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De retour à la piazza Dante, nous nous posons pour boire une bière, lire les guides, écrire les cartes dans l’intention de les poster dans la première boite venue. Notre promenade est courte dans la nuit tombante. Les familles sortent les gamins et déambulent, en apéritif, pour se montrer aux autres comme dans toutes les villes du sud. Nous décidons de dîner au Dante & Béatrice, sur la place Dante. Des pâtes composent l’entrée, comme dans tous les menus traditionnels italiens. Nous les faisons suivre d’un kid rôti, comme indiqué en anglais sur la carte – non pas un gosse, mais un chevreau. Nous terminons par un tiramisu glacé fort bon. Le vin rouge de l’année – et « de la maison » – pétille et n’est pas terrible, sauf pour nos estomacs. Nous regagnons notre hôtel à pied. L’effervescence de la foule s’est calmée avec la nuit.

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Château d’Able

Le lendemain matin nous voit passer dans le pays de Sault par Joucou, « village de 25 habitants mais 2 enfants », nous dit une artiste qui emballe ses créations en bois pour vendre à une foire.

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L’église, qu’elle nous ouvre, est entretenue par les habitants ; il ne s’y tient qu’une messe par an.

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Plus bas, près du lavoir public, se dressent encore les ruines d’une église abbatiale précarolingienne, attestée dès 768, à la mort de Pépin le Bref, mais qui a rayonné pendant plus de sept siècles sur le pays de Sault. Elle aurait été détruite par un glissement de terrain. Un cerisier gorge-de-pigeon nous offre ses fruits mûrs à point. La fontaine est décore d’un ours et d’un dragon « par les jeunes de Limoges et de Joucou », comme il est proclamé dans un coin.

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Nous suivons le sentier forestier de hêtres et de conifères qui commence au centre du village, le long de la rivière Rebenty. Il nous conduit au pont romain d’Able à arche unique, étroit comme la largeur d’un char d’époque, que nous traversons. Les ruines du château d’Able, détruite au 16ème, se trouvent au-dessus ; elles ne présentent aucun intérêt.

pont romain able sur riviere rebenty

Nous traversons une forêt avant de pique-niquer sur un pré herbu et fleuri du causse de Nébias. Au loin la montagne Saint-Barthélemy, 2348 m, au pied du lac du Diable, est enneigée. Au gros village de Belvis, 185 habitants, le vent tombe à petite brise. C’est à ce moment que le guide m’indique que le vin qu’il préfère est le Minervois du domaine Sainte-Léocadie, à Aigne. Avis aux amateurs, je n’ai pas goûté.

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Dans le bois qui s’étend après le village, les écoles ont créé du Land art sous la voûte envoutante. C’est un peu naïf, souvent cucul, parfois inventif, en tout cas scolaire (je vous présente le plus joli…). Je ne suis pas convaincu. Puisqu’il s’agit d’écrire un mot sur une pierre pour contribuer à une « œuvre » qui est une boite à vœux, M. écrit « épectase » ; il est féru des particularités du dictionnaire, M., il se documente en autodidacte sur des sujets parfois pointus qui laissent pantois. Est-ce que ce mot est pour lui une tension de l’homme vers Dieu ? Il serait bien protestant… Ou serait-ce un mot joli pour dire l’allongement de la verge (qui est la manifestation terrestre de la montée au paradis comme le vécurent Félix Faure et Jean Daniélou) ?

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Au sortir du bois s’élève un monument aux résistants des maquis de Picaussel, 1943-44.

maquis de picaussel 1943

Le hameau La Malayrèdes nous offre sa fontaine rafraichissante et son église où, sous les voûtes sonores, M. pousse le chant religieux en l’honneur de Marie.

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Mais après l’extase, la chute : une descente pentue par « le sentier 13 » (2 km), traitresse aux chevilles et interminable nous conduit, par la forêt. C’est casse-pattes, créateur d’ampoules aux orteils, ennuyeux au possible.

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Nous rejoignons le « sentier K » jusque dans la plaine sèche où plusieurs kilomètres nous séparent encore du gîte. Le chemin fait une boucle pour contourner une zone boueuse et nous avons l’ennui supplémentaire de tirer un bord loin de notre destination avant d’y revenir ! Nous avons sous les yeux, bouchant l’horizon, la crête du château de Puivert que nous visiterons demain.

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Un passage à gué sur des plots nous conduit jusqu’à un lac artificiel, où une curieuse bouée munie de battoirs aériens sert à brasser l’eau. Deux gamins s’ébattent en slip tout au bord après l’école, un Killian de sept ans bien bâti et un Stéphane de dix ou onze ans un peu mou. Ledit Killian vient chercher une glace à la buvette, où l’on semble bien le connaître, ce qui nous permet de connaître les prénoms. Nous nous posons juste un instant dans l’herbe face au lac, tant nous avons la plante des pieds et les chevilles fatiguées. Nous aurons marché 28 km aujourd’hui, selon le GPS, confirmé plus ou moins par le podomètre de M.

Nous ne sommes pas fâchés du tout de rejoindre, au centre du village près de l’église de Puivert, 521 habitants, le gîte Les Marionnettes. La nuitée en gîte coûte 15€ par personne, le dîner 16€ et le petit-déjeuner 6€ ; si l’on veut une chambre, il faut payer 36€ + 0.40€ de taxe de séjour. Sa terrasse donne sur une pelouse ombragée par un gigantesque cerisier et surplombe la rivière Blau dont le fonds sonore est calmant et l’atmosphère rafraichissante. Un titi de douze ans en débardeur macho, qui sert d’exemple à un short et lunettes de neuf ans, nous indique le musée du Quercorb (arts, traditions, instruments de musique médiévaux), mais nous sommes trop fatigués par le chemin et la descente pour y aller voir. Nous rencontrons enfin une progéniture, dans cette campagne à l’abandon.

Le dîner sur la terrasse nous sustente en soupe de légumes verts, filet de dinde aux oignons, pâtes et ratatouille de conserve, enfin un fraisier confectionné par la dame, paraît-il très moelleux (je ne suis pas dessert et n’en prends pas). Elle et lui sont Parisiens, émigrés ici à la retraite depuis quelques années. Nous sommes si fatigués, meurtris et déshydratés, que nous allons nous coucher à 21h30. La nuit n’est même pas entièrement tombée.

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Menteries de mairie à Paris

Dans son dernier bulletin de décembre 2014 distribué dans les boites des Parisiens, la maire socialiste Hidalgo annonce à sons de trompe que « la Ville a installé en septembre des panneaux vitrés en remplacement des grilles sur la passerelle des Arts (6e) ». En septembre ? Il suffit – en décembre – d’y aller voir : il n’en est rien. N’hésitez pas à faire une visite, vous constaterez de vos propres yeux le mensonge socialiste.

Paris cadenas promesses mairie socialiste

Les cadenas de la mode moutonnière se sont entassés encore plus, les grilles se détachent brin après brin sous le poids des serrures d’éternité, scellées là par les amourettes éphémères.

Paris cadenas decembre 2014

La Mairie socialiste n’a rien trouvé de mieux que l’effet d’annonce pour tenter de décourager – mais les étrangers n’en ont cure, eux qui ne parlent pas français ni ne lisent « A Paris », le bulletin de propagande municipal voué au culte de la Culture bobo. Ce même effet d’annonce au performatif (comme se piquent de dire les enfeignants), que « la gauche » reprochait à Sarkozy comme un crime de lèse-réalité, Hidalgo l’use jusqu’à la corde : dire, c’est faire; je l’ai dit, donc c’est fait. Ce qui est mal pour « la droite ultralibérale » (libéral, Sarkozy ?) est bien pour « la gauche bobo », jamais en peine de se féliciter d’être si vertueuse, dans le sens de l’Histoire, des Droits de l’Homme et du Progrès humain (plus il y a de majuscules, plus les vaniteux du parti du Bien se gonflent de leur importance).

Paris cadenas decembre 2014 profusion

Faute de « panneaux de verre », la bureaucratie municipale a fait installer de ridicules panneaux de contreplaqué – aussitôt tagués dans le style diarrhéique qui plait tant à Jack Lang. De vrais « panneaux de banlieue », pour faire plus « solidaire » peut-être. Les ouvriers municipaux sont probablement surchargés de travail en cette période de rentrée, et on les comprend : vider encore plus de poubelles à cause des étrangers venus plus nombreux aux beaux jours du réchauffement climatique, souffler à grand bruit (écologique ?) toujours plus de feuilles dues à cet automne indien, installer à grande débauche d’électricité cette patinoire (désertée en ces jours trop chauds) devant l’Hôtel de ville, les projecteurs donnant leur maximum en plein soleil pour éclairer l’inanité socialiste des vœux pour la planète (dire écologie suffit pour faire croire), monter force guirlandes et arbres verts de « fêtes » (on ne dit plus Noël, mot tabou chez les bobos de gauche, de peur de froisser les islamistes irascibles).

Paris cadenas decembre 2014 plaques en bois

Donc les cadenas subsistent, toujours plus nombreux, lesdits contreplaqués style bidonville ne les gardant que d’un côté, les esclaves de la mode s’empressant d’en sceller d’autres à l’extérieur.

Paris cadenas decembre 2014 touristes insistent

Ah si, vers le centre aval de la passerelle, trois panneaux de verre sont quand même installés : TROIS ! Sur près de cent panneaux au total. Suffit-il de « faire » 3% des choses pour dire « j’ai installé« , comme si 100% étaient réalisés ? Il faut croire que oui, pour le socialisme français. Se gonfler de mots ronflants suffit à se croire le phénix des hôtes de cette ville, à résorber le chômage et à célébrer la culture.

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Les cadenas essaiment sur les ponts à côté, aval et amont, de la passerelle d’Orsay devant le musée au pont Marie derrière Notre-Dame, en passant par le Pont-Neuf devant la statue d’Henri IV.

Leur masse fait de plus en plus laid, prolifération cancéreuse sans idée ni beauté. Et oui, les grilles se détachent, risquant de tomber à la fin sur les bateaux-mouches qui passent sur la Seine.

Paris cadenas decembre 2014 derriere panneaux

Un bobo de la Mairie avait vaguement suggéré l’érection d’arbres à cadenas (les bobos adorent les érections quand leur prétexte est « l’Hart » comme disait Flaubert, ainsi la bite gonflable place Vendôme ou les bites en chocolat de McCauley à la Monnaie). Mais les Femen-inistes ont dû rembarrer le macho qui osait sceller l’amour à un substitut de verge, « égalitarisme » oblige. Pourtant, l’idée n’était pas bête : canaliser la mode pour que son panurgisme stupide serve à quelque chose, notamment à cet Hart révéré des bobos socialistes.

Pourquoi en effet ne pas envisager, comme au Japon, le grand vide annuel des cadenas lors d’une cérémonie publique, afin de les fondre en œuvre d’art confiée à un artiste avide de création sur deniers publics ? Hidalgo la socialiste dénie-t-elle que Paris soit jumelée à Kyoto, la capitale culturelle du Japon ? Pas assez politico-culturellement correct, le Pays du soleil levant ? Pourtant, en ses temples, les arbres à vœux sont dépouillés de leurs papillotes en papier une fois l’an, qui sont brûlées par le prêtre en un spectacle social et religieux : il s’agit de faire monter les vœux au ciel pour que les dieux les exaucent.

Fondre les cadenas en œuvres d’art périodiques ayant pour thème l’amour serait une belle fin pour ces rebuts de métal fondus en Chine. La cérémonie consacrerait le sentiment derrière la mode, l’aspiration éternelle derrière le panurgisme béat, l’élévation apportée par la culture au mouvement de la société.

Ce serait « élever » les gens. Mais les socialistes français parisiens songent-ils encore – comme du temps de Jaurès – à « élever » le peuple ? On l’observe sans avoir fait d’études, ils songent à le dominer, de leur pouvoir public et de leur moraline catéchiste (Aubry déplorant la consommation du dimanche, Duflot posant en selfie avec une lesbienne, Hollande agitant ce droit de vote des étrangers qu’il n’a aucune majorité pour faire passer). Ils ne songent manifestement pas à l’élever.

Ne serait-ce pourtant pas une idée culturelle exaltante que de fusionner les minables cadenas de la globalisation en une inspiration artiste à la gloire de l’amour, cette conviction française ?

Mais je me demande : nos socialistes sont-ils encore français ? Ne laissent-ils pas cette identité ringarde au bas peuple ? C’est le même ineffable Hollande qui a réduit récemment la France à l’idée républicaine sans racines ni histoire, sans rien de plus que « l’apport de l’immigration ». S’il est indéniable, fait-il société ? Un abandon de plus qui montre combien le souffle du socialisme, né vers 1848 et chanté par Victor Hugo et Jean Jaurès, est bien mort sous Hollande, Aubry, Hidalgo et consorts.

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Colonel Saladin

Connaissez-vous Saladin ? Le héros islamique Salâh ad-Dîn, sultan d’Égypte et de Syrie est né Kurde à Tikrit et a régné de Saddam à Gomorrhe. Mais cet illustre ancêtre du 12ème siècle, qui aimait bien battre le Franc, n’est pas notre homme. En inversant les chiffres, le 21ème siècle voit Saladin se tailler un prénom : Mathieu. Il n’est que colonel dans son premier album de chansons parlées, ou de poèmes mis en musique.

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Auteur, compositeur, interprète, musicien, arrangeur, il fait tout, ce Saladin. Il livre en 12 morceaux un rien baroques, parfois gothiques, son chant du siècle. Ça parle de personnage de roman, de sœurs en religion formées à l’usage de l’anneau de latex pour préserver la verge (« non, pas la Vierge, Mesdemoiselles !« ), de sa mère sous la terre, de licorne volante et d’Alzheimer qui vient en allant acheter du fromage pour rapporter des tomates. C’est traînant, lancinant, vampirique. On se laisse volontiers sucer l’attention.

Mais ce ne sera pas le cas de la ministre Belkacem pour « je suis gay » (même si c’est pas vrai). Je vois déjà d’ici les yeux réfrigérant de la prof Méduse paralyser l’auteur des propos incorrects, visage figé et maintien raidi de l’idéologie, si caractéristique de la ministre sur les plateaux télé lorsque son camp est en défense. « J’adore m’occuper de la maison (…), la cuisine ; j’adore m’occuper des enfants » : sont-ce là des critères gais ? Quels stéréotypes, Monsieur le colonel, héritier homonyme de sultan ! Les mâles ne s’occupent pas assez des enfants, pour leur équilibre, ni de la maison et de la cuisine, pour l’équilibre du couple. Révisez votre alphabet, Macho Saladin, allez dira la prof-en-chef du surveiller et punir mini sériel : « récitez ! A, B, C, D… » Car véhiculer les préjugés machos du populo bourré à demis aux comptoirs des cafés n’est pas politiquement correct et pas bobo du tout.

Dommage pour Saladin Mathieu, musicien des Lapins crétins et apprenti poète, mari de la chanteuse Robert et personnage de roman. Car l’Amélie médiatique l’a cité nommément. Depuis, emprisonné dans l’art d’un moment, ci-devant chômeur de l’imaginaire, amoureux immature, il décline ses gammes et ses regrets. Devrait-il ?

Mon expérience nothombique ne m’incite pas à l’encourager dans cette voie… On m’a dit que le seul opus jamais lu de l’auteurE (elle tient au e) était le plus mauvais. Mais comme il partait de vraiment bas, je reste dubitatif sur la qualité des autres. Le copinage du milieu très étroit des médias, dans le tout petit monde littéraire où les places sont si chères que les pires défauts humains fleurissent à l’envi, pire que dans la finance, fait que la foi remplace toute raison et le clientélisme tout talent. Se mettre derrière la leader permet de bénéficier de l’appel d’air. C’est utile pour se faire connaître des fanatiques de Nothomb, donc des bobos branchés sur les ondes et dans la presse parisiano-people. Mais il faut vite quitter le coach pour voler de ses propres ailes !

Testez donc le premier album de Mathieu Saladin, il se dit déjà Colonel de musique et mérite ses galons.

Mathieu Saladin, Colonel, 2014, CD label DEA, €17.00

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