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Max Monnehay, Corpus Christine

max monnehay corpus christineLe Salon du livre se termine aujourd’hui à Paris. De quoi réfléchir sur ce qui se publie, notamment en littérature. Et sa promotion par les « prix ». Par exemple…

Le Prix du premier roman 2005 ? Je n’ai vraiment pas aimé, je ne comprends absolument pas pourquoi donner un prix, même d’encouragement, à ce monologue dégorgé par chapitres d’un veule insignifiant et de sa grosse sadique. Minimaliste autocentré, ce livre n’est doté malheureusement d’aucun ingrédient indispensable pour faire un bon roman : un style, une histoire, de la psychologie…

Le style est parlé, familier ; s’il coule aisément, c’est pour ne rien dire, comme le compte-rendu plat d’un dictaphone. Avez-vous déjà essayé d’enregistrer une conversation ? Vous vous êtes bien amusé, vous avez trouvé vos interlocuteurs intéressants… mais écoutez l’enregistrement, vous verrez de suite la platitude. Car, hors contexte et hors relations physiques interactives (regards, mouvements, ton de voix, silences, caresses), les mots deviennent abstraits, sans la richesse de signification qu’ils ont lorsqu’ils sont vécus. C’est pourquoi nul écrivain digne de ce nom n’écrit comme il parle – ou alors il parle comme un livre. Dans ce roman, aucun style, même « l’humour » tant vanté par les commentateurs n’est qu’ironie de comptoir pour plateaux de télé qui ne s’élève pas du ras de terre.

L’histoire est réduite à sa plus simple expression. Un homme rampe pour trouver à bouffer ; sa femme, qu’il n’aime plus depuis longtemps, planque tout ce qui peut être à sa portée et verrouille portes et placards. On apprendra plus tard qu’il est tombé d’un toit et handicapé. Sa grognasse le hait – on ne sait pourquoi – et le laisse dépérir vaguement dans l’appartement sans radio, ni télé, ni téléphone et où tout est bouclé. Vaguement parce qu’elle le nourrit quand même – on ne sait pourquoi. L’invalide a épousé, lorsqu’il était fringant, une coureuse (de jogging) qui le « faisait bander » (notez le charme de cette affirmation d’auteur). Ladite épouse est devenue obèse – on ne sait pourquoi, vu que tous deux faisaient du cheval et bouffaient des sushis. Il n’y a pas de début, il n’y a pas de fin, les raconteries ennuient. J’ai lu en diagonale des pages entières, sauté des paragraphes insipides par poignées.

La psychologie est celle « pour les Nuls ». Le narrateur est lâche, passif, égocentré ; il ne fait rien pour s’en sortir et se complaît dans la crasse et la faim. Sa moitié fait plus du triple de lui-même, sadique, haineuse, dominatrice. Comment tout cela a-t-il évolué ? On ne sait pas.

En fait, on ne sait pas grand-chose dans ce roman. Je ne comprends pas l’éditeur, ni les jurés de prix : à éditer de tels navets, comment ne pas comprendre que les lecteurs préfèrent les séries télé ?

Et pourtant si, il y a une explication : Max s’appelle Amélie, « virée d’hypokhâgne en 1999 » comme elle l’avoue sur Amazon. Elle est de la bande à Nothomb, qui écrit comme elle parle – aussi mal – et pour dire aussi peu – mais bien démagogique, surfant sur la mode. Le dernier opus Monnehay est Comment j’ai mis un coup de boule à Joey Starr : tout un programme ! Il ne fait que 64 pages et délire sur le calendrier maya. La fin du monde était prévue le 20 décembre 2012, ne vous en souvenez pas ? Baste, comme à la télé, c’est du passé. On n’écrit que comme on est : si l’on est superficiel, dans le vent, inculte, on livre du prêt-à-blablater sur les podiums où toute pensée se résume à 15 secondes.

Que restera-t-il de tels romans dans la littérature ? Probablement pas grand-chose… Selon le Syndicat national de l’édition, la production en titres a augmenté de 10,6% en 2013 à plus de 95 000, mais le nombre d’exemplaires produits a baissé, ce qui a fait chuter le tirage moyen à 5 991. La littérature représente 26.1% du total (14.2% pour les romans contemporains) et a vendu 111 millions de livres. C’est dire si la concurrence est sévère, dans une tendance au moins de temps pour la lecture. Éditer et promouvoir de tels navets ne va pas dans le bon sens.

Max Monnehay, Corpus Christine, 2006, Albin Michel, 229 pages, €15.20

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Colonel Saladin

Connaissez-vous Saladin ? Le héros islamique Salâh ad-Dîn, sultan d’Égypte et de Syrie est né Kurde à Tikrit et a régné de Saddam à Gomorrhe. Mais cet illustre ancêtre du 12ème siècle, qui aimait bien battre le Franc, n’est pas notre homme. En inversant les chiffres, le 21ème siècle voit Saladin se tailler un prénom : Mathieu. Il n’est que colonel dans son premier album de chansons parlées, ou de poèmes mis en musique.

mathieu saladin colonel

Auteur, compositeur, interprète, musicien, arrangeur, il fait tout, ce Saladin. Il livre en 12 morceaux un rien baroques, parfois gothiques, son chant du siècle. Ça parle de personnage de roman, de sœurs en religion formées à l’usage de l’anneau de latex pour préserver la verge (« non, pas la Vierge, Mesdemoiselles !« ), de sa mère sous la terre, de licorne volante et d’Alzheimer qui vient en allant acheter du fromage pour rapporter des tomates. C’est traînant, lancinant, vampirique. On se laisse volontiers sucer l’attention.

Mais ce ne sera pas le cas de la ministre Belkacem pour « je suis gay » (même si c’est pas vrai). Je vois déjà d’ici les yeux réfrigérant de la prof Méduse paralyser l’auteur des propos incorrects, visage figé et maintien raidi de l’idéologie, si caractéristique de la ministre sur les plateaux télé lorsque son camp est en défense. « J’adore m’occuper de la maison (…), la cuisine ; j’adore m’occuper des enfants » : sont-ce là des critères gais ? Quels stéréotypes, Monsieur le colonel, héritier homonyme de sultan ! Les mâles ne s’occupent pas assez des enfants, pour leur équilibre, ni de la maison et de la cuisine, pour l’équilibre du couple. Révisez votre alphabet, Macho Saladin, allez dira la prof-en-chef du surveiller et punir mini sériel : « récitez ! A, B, C, D… » Car véhiculer les préjugés machos du populo bourré à demis aux comptoirs des cafés n’est pas politiquement correct et pas bobo du tout.

Dommage pour Saladin Mathieu, musicien des Lapins crétins et apprenti poète, mari de la chanteuse Robert et personnage de roman. Car l’Amélie médiatique l’a cité nommément. Depuis, emprisonné dans l’art d’un moment, ci-devant chômeur de l’imaginaire, amoureux immature, il décline ses gammes et ses regrets. Devrait-il ?

Mon expérience nothombique ne m’incite pas à l’encourager dans cette voie… On m’a dit que le seul opus jamais lu de l’auteurE (elle tient au e) était le plus mauvais. Mais comme il partait de vraiment bas, je reste dubitatif sur la qualité des autres. Le copinage du milieu très étroit des médias, dans le tout petit monde littéraire où les places sont si chères que les pires défauts humains fleurissent à l’envi, pire que dans la finance, fait que la foi remplace toute raison et le clientélisme tout talent. Se mettre derrière la leader permet de bénéficier de l’appel d’air. C’est utile pour se faire connaître des fanatiques de Nothomb, donc des bobos branchés sur les ondes et dans la presse parisiano-people. Mais il faut vite quitter le coach pour voler de ses propres ailes !

Testez donc le premier album de Mathieu Saladin, il se dit déjà Colonel de musique et mérite ses galons.

Mathieu Saladin, Colonel, 2014, CD label DEA, €17.00

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