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Hoi Han

Nous allons visiter à pied un atelier de soieries, dont les explications visent à nous faire acheter. J’en suis vite lassé.

Nous suivons ensuite les rues de la vieille ville de Hoi Han qui est l’ancien port cham de Fai Fo, ouvert au XVe siècle aux Occidentaux qui y ont établi des comptoirs et qui a connu une très grande prospérité au XVIIe siècle. La vieille ville a des maisons en bois conservées du XVIIe, toutes transformées en boutiques au rez-de-chaussée. Une maison chinoise en bois jointoyé sans aucun clou montre une trappe au plafond pour y monter les meubles et les marchandises en cas de crue. Lors de la mousson, encore aujourd’hui, l’eau recouvre les rues et les rez-de-chaussée sur plus d’un mètre de hauteur. Tom en a été témoin l’an dernier et les hôtels ont prévu des tongs marquées à leur logo pour que leurs clients puissent circuler en short. Les enfants s’y ébattent en simple slip. Il y a foule aujourd’hui, mais presque exclusivement des touristes chinois, vietnamiens, occidentaux. La crue est encore loin. Passe un jeune Allemand de 11 ans avec sa mère, en polo ouvert, chair rose et cheveux longs ; son grand-frère l’appelle Ube, comme l’un des fils de Ragnard dans la série Vikings. C’est touchant, un petit Blanc pâle parmi tous ces Jaunes dorés.

Nous visitons le temple taoïste du mandarin Quan Cong, aux dragons très chinois. Divers personnages sont représentés pour les prières : la mère et ses avatars enceintes avec poupon dans les bras, neuf sages, un vénérable. Le temple a été érigé en 1653 et destiné au culte à Quan Van Truong, général reconnu pour son talent, son esprit indomptable, sa bravoure et ses vertus d’homme honorable qui a vécu à l’époque des royaumes combattants sous la dynastie chinoise Han. La porte principale est sculptée de dragons serpentant entre des nuages bleus. Quan Cong incarne le Dragon Bleu (Thanh Long) et le Tigre Blanc (Bach Ho). A l’intérieur, sur l’autel du hall principal se trouve une statue de Quan Cong faite de papier mâché entouré des deux statues de ses gardes, Quan Binh et Chau Thuong.

La ville a été sauvée et restaurée par un Polonais, Kazimierz Kwiatkowsky (1944-1997) quand il a préparé son admission au Patrimoine mondial de l’Unesco, effective en 1999. Une statue lui est dédiée, en grès, sur une petite place et fait l’objet d’offrande de fleurs, de fruits et d’encens chaque jour. Nous passons à côté du pont Japonais (Chùa Cầu), en réfection après sa destruction par les crues, pont couvert construit en 1593 pour relier les quartiers habités par les communautés chinoises et japonaises. Chaque extrémité est gardée par un couple de statues, figurant des chiens d’un côté et des singes de l’autre.

Nous revenons par la nuit tombée le long de la rivière. Des sampans à lanternes, glissant sur le fleuve Thu Bồn, des lanternes dans les rues, tout cela brille de couleurs et donne une atmosphère de fête bon enfant, même avec les vélo-pousses qui se frayent un chemin en bancs successifs, parmi la foule. Ils sont envoyés par les hôtels. Plusieurs du groupe sont rentrés seuls, il y a beaucoup de marche dans la journée et je suis fatigué. C’était intéressant mais chargé.

Le dîner est prévu à l’hôtel à 20 h, un menu traditionnel avec les différents plats dont le poisson-chat. Nous commençons par des rouleaux de printemps au porc et crevettes, suit une soupe de maïs au crabe, puis le poisson-chat à queue jaune (Yellowtail Catfish) frit au piment, du chou pak choi frit au wok à l’ail, du riz vapeur et des fruits tranchés de saison.

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My Son

Le petit-déjeuner en extérieur au Royal Riverside, est rafraîchi par la fontaine qui coule sur une grande jarre, et un petit vent du matin. Le coq crie alentour et deux enfants s’ébattent dans la piscine, deux petits Chinois qui font chorus et que l’on voit passer à moitiés nus sous la serviette d’hôtel pour regagner leur chambre. Un groupe anglophone d’Américains, d’Anglais et d’Allemands voyage par la même agence. Je rencontre l’un des spécimens dans l’ascenseur, un grand adolescent qui m’interpelle pour savoir de quelle nationalité je suis – décidément, partout ça les travaille de « situer » de quelle identité l’on est.

Au pays des Champas, le sanctuaire de My Son est le plus important. Il est inscrit au patrimoine culturel de l’humanité par l’Unesco. Géographiquement, le pays est constitué de petites vallées coulant vers la mer. Il est peuplé d’Austronésiens de Java et leur civilisation est peu connue. Depuis les premiers siècles de notre ère, le royaume du Champa était une fédération de cités-États au centre du Vietnam actuel. Il faisait commerce. Autour des villes, les rois cham ont pu construire et embellir des temples où étaient vénérés les dieux indiens. Le shivaïsme était le culte essentiel du pouvoir royal ; le vishnouïsme jouait un rôle secondaire ; le bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana) occupait une place privilégiée aux VIIIe et IXe siècles. Puis l’empire Cham de la cité-état a été pris entre la poussée viet vers le sud, civilisation fondée sur la riziculture, de société villageoise et d’administration centralisée, et les Khmers de l’Ouest. La prise de Vijaya, dernière capitale du Champa, par le roi vietnamien Le Thanh Tong en 1471, marqua la fin du royaume en tant que tel.

My Son se prononce mi et pas maille. Le sanctuaire est dédié à Shiva. My Son est en usage du IVe au XIIIe siècle. L’année 1831 verra le dernier souverain Cham. La population est devenue musulmane pour le commerce. Les atouts militaires du peuple Cham ont été les éléphants, qui terrorisaient les Viets, et la marine qui concurrençait celle des Chinois. Le sanctuaire avait une importance stratégique puisque c’était une place forte facile à défendre. Les tours-sanctuaires ont été construites sur dix siècles de développement continu. Ces tours symbolisant le Mont Méru, la montagne sacrée mythique, berceau des dieux hindous au centre de l’univers. Les temples sont construits en brique cuite et en piliers de pierre décorés de bas-reliefs en grès représentant des scènes de la mythologie hindoue. Les danseurs sur grès ont des positions très gracieuses, étirées comme au yoga. Ils sont de pur art cham.

La particularité des Chams est leur brique : elle est anti-mousse. Une analyse chimique a montré qu’elle était constituée d’argile amalgamée avec de la sève d’un certain arbre. Elle était à la fois autoadhésive et empêchait la mousse de pousser. Le sanctuaire est un lingam, sexe mâle enserré dans un amphithéâtre naturel de collines de symbolique féminine. Le site représente le tout. Shiva est le dieu du contact entre le monde des hommes et le monde cosmique.

Le site a été redécouvert en 1889 par Henri Parmentier. Les kalans ou sanctuaires en forme de tour sont précédés d’un corridor et flanqués d’annexes au toit en forme de selle, et de tours-portail ou gopuras. Les kalans ont leur entrée à l’ouest et sont composés de trois toits superposés décroissants, avec des templions à chaque angle. La sculpture cham raffinée est surtout conservée au musée Cham de Da Nong, que nous verrons ; il ne reste sur le site que quelques éléments brisés de moindres importance : linga ornés, morceaux de Shiva, trompe de Ganesh, garuda ou naga, danseurs et danseuses célestes (apsaras), le tout en grès rose.

Le J termine la visite du site en eau, épaules basses à la Néandertal, et en traînant les pieds.

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Palais normand de Palerme

Au petit-déjeuner, nous avons des fromages de Sicile fades, ce pourquoi ils ajoutent parfois des épices, mais ils restent caoutchouteux. Des œufs sur le plat au jaune pris, du jambon cru salé, mais des gâteaux variés : un cake à l’orange, un quatre-quarts aux pommes, une tarte à la pâte d’abricot très sucrée. Certains offrent également des morceaux de pizza, des œufs durs, des salades, des tomates crues.

Cette journée du retour ne se passe pas sans quelques visites le matin. Nous partons à huit heures et notre programme est chargé jusqu’à l’avion.

Nous commençons par le palais normand Unesco sur base phénicienne du septième siècle, un ksar arabe du Xe transformé par les Normands en palais royal au XIIe. Son prestige a été retrouvé au XVIe siècle sous les vice-rois espagnols et sous les Bourbons. Aujourd’hui c’est le siège de l’assemblée régionale de Sicile.

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Cefalu 1

Nous prenons le petit-déjeuner tôt dans la lumière dorée du matin. Nous partons en effet à 7h45 pour le bateau à 8h30 en direction de Milazzo où le bus nous attend. Les bagages sont emmenés en camionnette et nous allons à pied jusqu’au port. L’hôtel est une vaste villa méditerranéenne étirée sur deux niveaux dans son parc tout en longueur, au milieu d’un jardin fleuri de bougainvillées, de grenadiers, de manguiers, d’oliviers, de lantanas. de lauriers roses, de palmiers, avec une piscine près de l’accueil.

Cefalu montre une ville basse grecque et une ville perchée byzantine. Vue au loin de la citadelle avec son campanile en restauration, les maisons blanches et basses sont accroupies au pied comme un troupeau auprès de son berger. Des seigneurs au Seigneur.

Il y a la queue pour le bateau, mais trois partent avant le nôtre, vers les autres îles. Tous sont à peu près pleins de travailleurs du matin. Les bateaux ici sont une sorte de métro ou les touristes sont minoritaires.

Une heure d’hydrofoil et deux heures en bus sur l’autoroute Messine-Palerme, tout en ponts, tunnels et échangeurs.

Les Normands de Sicile ne sont pas seulement venus de Normandie mais on ramassé aussi sur leur passage des Francs et des Lombards. La famille de Hauteville a conquis la Sicile à peu près au moment où le duc Guillaume effectuait la conquête de l’Angleterre.

Cefalu doit son nom à la tête, surnom du rocher calcaire qui domine la ville. La ville est célèbre parmi les Français à cause de son Club med le guide nous le montre, un peu à l’écart de la ville, en bord de mer. C’est une grande villa XVIIIe aux murs jaunes. Désormais, finie l’ambiance Bronzés, le tutoiement est terminé en 2001, les cases ouvertes à tous vents disparaissent dans la foulée, les « gentils » machins sont devenus employés. C’est du luxe et le Club va à la pêche aux riches : 2200 € pour sept jours au « Resort Club Med Exclusive Collection » selon les termes anglo-saxonisés et désormais consacrés. Bobos exclusivement, entre-soi, cuisine, amour intime et bains de mer, yoga à la mode, escapades en scooters, toute culture évacuée. Club med est devenu une entreprise chinoise en 2015 et coté en bourse de Hongkong en 2018. Fin du rêve français.

Nous visitons la cathédrale Unesco bâtie sur ordre de Roger II, roi de Sicile en 1132 après une tempête où il avait failli y rester. Deux tours romanes carrées, de pierre blonde et le dôme – en réfection, tout emmailloté d’échafaudages. A l’intérieur, la mosaïque du Christ Pantocrator de 1148 et de la Vierge orante nous sont invisibles. La nef est composée de colonnes de basalte aux chapiteaux grecs retaillés, surmontés d’arcs arabes. Un baptistère, des statues en stuc autour de l’autel, un ange de l’Annonciation. L’église ferme juste quand nous partons. De même que le lavoir médiéval, juste le temps de le voir dans une impasse de la via Vittorio Emmanuele.

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Agrigente, la vallée des temples 1

L’après-midi dans la vallée des temples est une visite très courue, au patrimoine de l’Unesco. Il y a du monde, même des lycéens et collégiens italiens. Il fait très chaud au début mais nous nous arrêtons souvent, à l’ombre, et le guide nous saoule moins. Il digresse peu et explique plutôt ce que l’on voit. La marche est lente parmi les sept temples de la colline méridionale, et les arrêts fréquents, ce qui nous laisse le temps de nous reposer.

Tout cela afin d’arriver au coucher du soleil seulement au temple dit « de la Concorde » et pour les illuminations de nuit au dernier temple. Celui-ci est fort imposant avec sa symétrie classique. Après la porte cinq, est remonté en partie le temple faussement appelé de Castor et Pollux, mais qui s’avère celui de Déméter, une déesse chthonienne. Sa reconstitution est un pastiche du XIXe siècle avec des pièces raboutées et récupérées sur le site, resculptées pour l’occasion. Mais faut-il railler cette tentative de redonner vie à un mythe ? Au vu des ruines éparses des temples suivants, peu attrayantes, reconstituer pour donner à voir, si ce n’est vrai, c’est bien trouvé – selon le célèbre proverbe italien si non est vero, e bien trovato !. Maupassant parlait de « colonnes éboulées (…) tombées (…) comme des soldats morts. »

Sous le temple, ont été retrouvés des statuettes de Déméter, ce qui peut laisser supposer un temple destiné aux Thesmophories, réservé aux femmes en âge de procréer, mariées et abstinentes depuis un mois avant la cérémonie, et cooptées entre elles. Il s’agit d’un rite de fertilité pour l’agriculture. Ces quatre colonnes sont devenues le symbole touristique de la ville.

Le temple de Zeus olympien in situ est immense. Il comprenait sept colonnes sur le devant et quatorze sur les côtés, 110 m de long. Les télamons, alternativement barbus et imberbes, étaient peut-être orientés vers l’intérieur et non pas vers l’extérieur comme on l’a longtemps supposé et tel que la reconstitution du musée le présente. Il n’y avait pas de toit, le sanctuaire était à l’air libre. Le temple n’était pas fini lorsqu’il fut détruit en 406 par les Carthaginois.

Toute une bande de ragazzi des deux sexes est en promenade sur le site, bavardant plus qu’écoutant leur professeur pérorer – il est vrai qu’il s’agit surtout d’un tas de pierres. Une petite espagnole de cinq ans s’amuse à monter et descendre les tambours brisés de colonnes et les morceaux morceaux épars des murs. Elle se fait morigéner par sa mère qui veut quitter le site, fatiguée. Je croise une jeune fille aux seins nus sous son corsage translucide noué négligemment. Le tissu lâche laisse voir l’intégralité du ventre et du nombril et, au-dessus, les deux renflements dégagés de la poitrine.

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