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Temples du site d’Angkor 2

Le temple de Preah Ko, du 9e siècle est dédié à Shiva. Le roi Indravarman I l’a fait bâtir en 879 pour le dédier à ses ancêtres. Son nom Preah Ko (= le bœuf sacré) vient du taureau Nandi, monture de Shiva, devant le temple. Il est composé de six tours sur une terrasse peu élevée gardée par des lions accroupis. Les décors sculptés sont en grès plaqués sur la brique. Des apsaras graciles s’élèvent des vagues de la mer de lait et chevauchent le naga. Shiva se tient en pied, viril, la poitrine haute et dure comme un bouclier, le trident à main droite, collier au cou et pagne sur les reins.

Le Bakong, du 9e siècle, est le premier temple-montagne khmer, consacré en 881 par le roi Indravarman I. Il comprend 22 monuments en briques, certains recouverts encore par la végétation, entourés de trois murs d’enceinte et une double ceinture de douves. Le temple-montagne se veut la figuration du mont Méru, montagne mythique où séjournent les dieux hindouistes. Macrocosme et microcosme se rejoignent dans la personne divinisée du roi, qui assure ainsi l’harmonie du monde. Il a été anastylosé après les fouilles entre 1936 et 1943 car il ne restait guère mieux qu’un tas de pierres.

La balustrade d’entrée au-dessus d’anciennes douves à sec est constituée de deux nagas dont la queue baratte la mer de lait. C’est une pyramide royale à cinq niveaux sur une base carrée de 65 mètres de côté. Elle est décorée de garuda, naga et yaksa. La tour centrale en grès, élevée sur une succession de terrasses décroissantes, est plus récente, du 12e siècle. Elle renferme le linga de Shiva (sa bite), propre aux dieux-rois. Il faut encore monter – et descendre – force marches. Le couple de médecin grimpe en se tenant la main.

Lolei a été réalisé sous Yashovarman 1er avant 900. L’une de ses quatre tours s’est effondrée. Il est au centre d’un baray, grand bassin aujourd’hui à sec de 3800 m de long sur 750 m de large, en rectangle parfait. Il pouvait contenir 10 millions de mètres cubes d’eau provenant de la rivière Roluos, détournée pour ce faire par les ingénieurs du premier millénaire de notre ère.

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Temples du site d’Angkor 1

Le régime est de deux douches par jour, ce qui n’est pas très écologique. Ce voyage, d’ailleurs, n’a d’ailleurs rien d’écologique avec son vol long-courrier depuis la France, ses trois vols intérieurs en avion, ses doubles douches quotidiennes et sa climatisation constante, sans parler de la débauche d’ampoules allumées dans la chambre d’hôtel lorsqu’il s’agit d’un quatre étoiles. Et, naturellement, des quatre bouteilles d’eau de 30 cl que nous buvons chaque jour. Une seule d’un litre et demi serait quand même plus écologique. L’adaptation au durable n’a pas été seulement pensée. Il est probable que, lorsque j’aurai 80 ans à mon tour, ce genre de grands voyages internationaux très énergivores pourraient n’être plus possibles. C’est la triste rançon de l’explosion humaine : il n’y avait que 2,5 milliards d’habitants lorsque je suis né au milieu des années 1950, nous en sommes à 8,5 milliards aujourd’hui, tous avides de vivre décemment et donc de consommer des ressources. Quant aux imbéciles qui ne voient pas pourquoi nous demanderions aux pays pauvres de limiter leurs naissances s’ils veulent se développer, ils ne savent pas ce qu’ils disent. Ils confondent le rejet du colonialisme avec le simple bon sens.

La grande journée de 7 heures à 17 heures sous la chaleur va être éprouvante. C’est la rançon d’un programme serré.

Au premier monument, le temple Banteay Srei en grès rose de la fin du 10e siècle, un couple de Français en fin de trentaine avec deux gosses, une fille de 13 ans aux seins nus qui pointent déjà sous le T-shirt, et un échalas maigre à lunettes de 11 ans qui a l’air de s’ennuyer comme un rat mort. Les parents discutent entre eux, comparant maniaquement les bas-reliefs du site avec les photocopies annotées qu’ils tiennent en main dans un dossier. Il est vrai que les sculptures sont fines et nombreuses, les jeunes femmes bien roulées et les jeunes hommes graciles. Ils observent aux jumelles les détails. Ils donnent l’apparence de cultureux plus que de chercheurs, ou même de simple professeurs d’histoire.

Le matin, nous commençons par trois temples, Peah Ko aux ancêtres du vizir, Lolei dédié à l’hydraulique, et Bakong le temple montagne. Ce sont les trois temples de Roluos, à une quinzaine de kilomètres d’Angkor Vat. Ils sont en briques avec des portes de grès. Les sculptures décoratives en forme de figures humaines sont protectrices. La porte voûtée qui mène aux cours s’appelle un gopura et des pavillons flanquent les cours des bibliothèques ; elles étaient destinées à conserver les manuscrits sacrés.

Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre – c’est ainsi qu’on visite les temples ici – on peut voir le démon à dix têtes Ravana secouer le mont Kailash, le palais de Shiva et d’Uma, ce qui rend le roi furieux et il presse la tête du démon sur la terre avec son orteil. Il n’est délivré que lorsque Ravana offre cent ans de prières à Shiva. Puis Indra, chevauchant son éléphant à trois têtes Airavata aidé de son ami le serpent naga Tatsaka, crée la pluie pour éteindre l’incendie de la forêt des Khandava, allumé par Agni, le dieu du feu, pour tuer le naga. Krishna et son frère Balarama interviennent pour arrêter la pluie en tirant leurs flèches. Ensuite, Krishna tue son oncle Kamsa, le roi de Mudhura. Un devin lui avait annoncé qu’il serait tué par son neveu, aussi, le roi avait ordonné de tuer tous les enfants mâles de ses sœurs dès leur naissance, mais Krishna et son frère Balarama avaient échappé au massacre, d’autres bébés leurs avaient été substitués. Lorsque Kamsa l’a su, il a cherché à les éradiquer mais Krishna l’a tué. Dans un autre cartouche, divers dieux sont gravés comme gardiens des quatre directions : à l’est Indra, le dieu du ciel sur son éléphant tricéphale ; à l’ouest Varuna, le dieu de la pluie sur son oie ; au sud Yama, le dieu de la mort sur son buffle ; au nord Kubera, le dieu de la santé et de la prospérité. Puis c’est le combat des deux frères singes Valin et Sougriva dans le Ramayana. Rama tire une flèche qui tue Valin, et Sougriva devient roi. Autre scène de pierre : Shiva réduit Kama en cendres d’un trait de son troisième œil, après que Kama l’ait blessé d’une flèche de sucre durant sa méditation. Mais le trait de Kama, qui est dieu de l’amour, fait tomber Shiva amoureux de Uma, qui met au monde un fils, Skanta, le dieu de la guerre, le seul apte à défaire le démon Taraka qui met la zizanie entre les dieux.

J’offre pour un dollar une noix de coco fraîche à N., qui n’en avait jamais goûté. Elle me promet en contre-don la bière ce soir, elle y tient. Nous déjeunons dans un restaurant classique à la salle climatisée classique avec un menu classique : nems, soupe potiron lait de coco, poisson tom yum, bœuf en sauce avec frites, légumes sautés, riz, pastèque et ananas en dessert. Le tout expédié en une heure.

Dans certains temples, des singes gibbons sont audacieux et vite agacés. L’un d’eux a couru et volé d’un seul geste la bouteille d’eau que l’un de nous tenait à la main ; un peu plus loin, il l’a ouverte en tournant le bouchon, a bu et l’a jetée encore à demi pleine. Ils apprennent vite. Pas de chapeau ni de nourriture nous avait dit Tom avant d’entrer.

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My Son

Le petit-déjeuner en extérieur au Royal Riverside, est rafraîchi par la fontaine qui coule sur une grande jarre, et un petit vent du matin. Le coq crie alentour et deux enfants s’ébattent dans la piscine, deux petits Chinois qui font chorus et que l’on voit passer à moitiés nus sous la serviette d’hôtel pour regagner leur chambre. Un groupe anglophone d’Américains, d’Anglais et d’Allemands voyage par la même agence. Je rencontre l’un des spécimens dans l’ascenseur, un grand adolescent qui m’interpelle pour savoir de quelle nationalité je suis – décidément, partout ça les travaille de « situer » de quelle identité l’on est.

Au pays des Champas, le sanctuaire de My Son est le plus important. Il est inscrit au patrimoine culturel de l’humanité par l’Unesco. Géographiquement, le pays est constitué de petites vallées coulant vers la mer. Il est peuplé d’Austronésiens de Java et leur civilisation est peu connue. Depuis les premiers siècles de notre ère, le royaume du Champa était une fédération de cités-États au centre du Vietnam actuel. Il faisait commerce. Autour des villes, les rois cham ont pu construire et embellir des temples où étaient vénérés les dieux indiens. Le shivaïsme était le culte essentiel du pouvoir royal ; le vishnouïsme jouait un rôle secondaire ; le bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana) occupait une place privilégiée aux VIIIe et IXe siècles. Puis l’empire Cham de la cité-état a été pris entre la poussée viet vers le sud, civilisation fondée sur la riziculture, de société villageoise et d’administration centralisée, et les Khmers de l’Ouest. La prise de Vijaya, dernière capitale du Champa, par le roi vietnamien Le Thanh Tong en 1471, marqua la fin du royaume en tant que tel.

My Son se prononce mi et pas maille. Le sanctuaire est dédié à Shiva. My Son est en usage du IVe au XIIIe siècle. L’année 1831 verra le dernier souverain Cham. La population est devenue musulmane pour le commerce. Les atouts militaires du peuple Cham ont été les éléphants, qui terrorisaient les Viets, et la marine qui concurrençait celle des Chinois. Le sanctuaire avait une importance stratégique puisque c’était une place forte facile à défendre. Les tours-sanctuaires ont été construites sur dix siècles de développement continu. Ces tours symbolisant le Mont Méru, la montagne sacrée mythique, berceau des dieux hindous au centre de l’univers. Les temples sont construits en brique cuite et en piliers de pierre décorés de bas-reliefs en grès représentant des scènes de la mythologie hindoue. Les danseurs sur grès ont des positions très gracieuses, étirées comme au yoga. Ils sont de pur art cham.

La particularité des Chams est leur brique : elle est anti-mousse. Une analyse chimique a montré qu’elle était constituée d’argile amalgamée avec de la sève d’un certain arbre. Elle était à la fois autoadhésive et empêchait la mousse de pousser. Le sanctuaire est un lingam, sexe mâle enserré dans un amphithéâtre naturel de collines de symbolique féminine. Le site représente le tout. Shiva est le dieu du contact entre le monde des hommes et le monde cosmique.

Le site a été redécouvert en 1889 par Henri Parmentier. Les kalans ou sanctuaires en forme de tour sont précédés d’un corridor et flanqués d’annexes au toit en forme de selle, et de tours-portail ou gopuras. Les kalans ont leur entrée à l’ouest et sont composés de trois toits superposés décroissants, avec des templions à chaque angle. La sculpture cham raffinée est surtout conservée au musée Cham de Da Nong, que nous verrons ; il ne reste sur le site que quelques éléments brisés de moindres importance : linga ornés, morceaux de Shiva, trompe de Ganesh, garuda ou naga, danseurs et danseuses célestes (apsaras), le tout en grès rose.

Le J termine la visite du site en eau, épaules basses à la Néandertal, et en traînant les pieds.

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Des temples, monastères et pension du Népal

Nous partons au soleil, les nuages ont filé pendant la nuit. Le temps change très vite. Nous apercevons en rose la chaîne des Himalaya et les terrasses se drapent à nouveau d’écharpes de brume. Quelques photos sont tentées car nous avons envie de capturer dans nos boites un peu de la magie de cet instant, pour nous le remémorer sur nos murs ou dans nos albums, plus tard, des années plus tard (comme aujourd’hui), nostalgiques de la jeunesse et de la sensation.

nepal trek

Nous passons dans Cipangau, moins animé qu’hier soir. Lily et Christine ont avoué avoir fait des rêves mystiques. Est-ce la proximité du bois magique ? Le spectre effrayant ? La sensualité des danseurs ? Le froid pénétrant de cette nuit ? « La mer s’ouvrait jusqu’à une grotte » et Christine y a entendu « la voix de Dieu ». Hum ! La psychanalyste n’en dit rien…

ado nepal bairajogini

Les paysages sont plus riants sous le soleil. Les fermes et les villages, aux gosses innombrables, nous font signe. Les enfants nous examinent avec curiosité, cette attention qui flatte et donne envie de communiquer, par le geste ou le sourire. Ils restent en groupe autour de nous, trouvant assurance dans leur nombre et dans la chaleur des frères. J’opère une saisissante photo d’une petite bande sur la crête. Christine est fatiguée, Lily définitive, Michel calmé, Christophe pressé, et Elle émerveillée. Moi, ça va. Le pays est rempli de beauté, le soleil brille en ce début de matinée, rendant plus vaste le paysage, la lumière plus transparente à cette altitude, les corps plus déliés, les peaux des enfants plus rayonnantes, comme les sourires des femmes.

gamins nepal

Nous traversons la Bagmati deux fois sur des ponts suspendus, au grand dam des filles qui n’aiment pas que le chemin bouge sous leurs pieds. Pharphaing : c’est une ville sale où l’on déjeune sur le « terrain de foot » entre les merdes humaines ou canines et les gosses loqueteux qui se démènent pieds nus avec une boule de chiffon. Nous visitons ensuite le monastère Ninchapa aux couleurs vives tout frais repeintes. Des moines en robe bordeaux, assis derrière leurs bancs le long des murs, psalmodient les feuillets du rituel. Le ton monocorde des voix est très prenant mais finit par assoupir. Aussi, tous les deux feuillets environ, l’un d’eux saisit la clochette, un autre les cymbales, un troisième la trompe, et l’ensemble réveille brutalement l’assistance par un bruit discordant (c’est du moins l’impression que nous en avons). Puis la psalmodie reprend, rythmée par le tambour lancinant.

nepal pharpaing

Tara consulte près de là un vieux baba dans sa cage vermillon. Il porte cheveux longs et barbe blanche comme l’idée qu’on s’en fait. Puis nous visitons trois monastères et deux temples dans la foulée. Les moinillons sont rigolards et curieux. Au temple de Vishnou Seshnarayan sont dessinés les pieds de Vishnou et là s’élève la vache sacrée Dhinu. Le temple contient un bassin avec des statues du dieu soleil du 12ème siècle. Au temple de Shiva erre un sâdhu et s’élève une statue de Shiva tout nu, sexe apparent, contre lequel les femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant viennent se frotter selon la tradition. Les nôtres s’en gardent bien !

nepal temple pharpaing

La Royal Boarding Secondary School s’élève un peu plus loin. Elle est entourée d’un beau jardin où Tara négocie de pouvoir camper, au lieu du terrain vague et merdeux d’en face. Le directeur très posé, très british dans son intonation comme dans sa componction, nous accueille et parle en anglais. À notre surprise, il nous demande de traduire en anglais les cartes de vœux qu’il a reçu de François Mitterrand, alors Président de la République française, et nous montre sa photo dédicacée. Il nous laisse ensuite sa carte à chacun, Dhruba Bahadur Shrestha, « Head Master », Secondary Boarding School, Tribhuvan Adarsha M. Vidyalaya, Phurping, Kathmandu, Nepal.

carte school headmaster nepal

À l’heure de la prière nous entendons les monastères bouddhistes tibétains : bom ! bom ! bom !bom ! poing ! poing ! tooooon ! Et reprend la psalmodie automatique. « Cela » prie. Puis la grotte de Gurakhnat : Padmasambhava – le moine qui a introduit le bouddhisme au Tibet – y aurait médité. Puis le temple de Bajrajogini avec un nœud en poils de yack sur la tête de Bouddha, et « l’astamandal », le nœud des huit déesses mères qui ressemble à une suite de neutrons entourés d’électrons. Puis un temple aux 21 Tara, 21 poupées dorées en vitrine. La religion y est naïve, populaire, les rites répétitifs et simples, les objets de culte criards. Tout le précieux est sous vitrine. On ne touche pas avec ses pattes sales ! Certes, la philosophie bouddhiste est autre chose, une grande pensée humaine. Mais il faut de tout pour faire une religion, de la superstition pour gens simples aux plus hauts concepts philosophiques. Chacun doit y trouver à croire, selon ses capacités et selon ses besoins. Le rite simpliste va au paysan, la réflexion aux sages. Ainsi peut-on interpréter ce que nous voyons, qui est un peu décevant pour les idées que l’on s’en faisait. Leçon du pays : ne jamais se faire d’illusions mais vivre ce qui vient. Je soumets ce raisonnement à « Dominique », mais il me regarde d’un air bovin.

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Christine, Michel et l’Inde

Ce soir, Christine nous raconte sa période hippie. Elle ne l’a jamais été « à fond », nous dit-elle (qu’entend-t-elle par-là ?), mais elle « en » a côtoyé pas mal. Chacun venait dormir chez celui ou celle qui avait une chambre, prenait le petit-déjeuner tout nu avec les autres, mangeait assis par terre avec les doigts. On faisait un pool de vêtement et chacun prenait n’importe quoi pour s’habiller ensuite, ce qui lui tombait sous la main, en général trop grand ou étriqué. Les garçons « ne portaient pas de slip » ni les filles de « soutifs » (cela « faisait bourgeois »), tous se lavaient rarement. Pour chasser les odeurs, on brûlait de l’encens. Les hippies allaient rituellement aux Indes et en rapportaient des robes safran, avant de « tout quitter » pour aller confectionner des marionnettes dans les MJC de banlieue ou élever des chèvres en Ardèche – tout un programme ! Christine nous dit qu’elle portait des robes indiennes, des parfums « pas possibles », et marchait toute l’année pieds nus dans des tongs, même en plein janvier.

nepal ciel

Mais sa période tongs s’est arrêtée le jour où elle a mis le pied dans une belle et grasse merde de chien, élément du décor très courant à l’époque sur un trottoir de Paris ! Elle a trouvé cela « tellement horrible », l’aspect pâteux et l’odeur, qu’elle a arrêté d’aller les pieds à l’air aussi sec. Ineffable Christine ! Vingt ans plus tard, nous en sommes déjà aux souvenir d’anciens combattants. En 1968, et dans les années qui ont suivi, j’étais trop jeune pour avoir connu cela, et tout s’était bien affadi à la fin des années soixante-dix. Quant à Elle, qui a passé le bac en 1968, elle est restée ensuite bien trop occupée par ses études de médecine pour se laisser aller à de telles rencontres.

nepal effets de brume

Lily me conseille à nouveau vivement de lire Le Banquet de Platon, « le plus beau livre sur l’amour, il y a tout, », selon elle. Y compris les prémisses de la psychanalyse (ah ?). Je ne vois pas pourquoi elle insiste tant sur ce point. Les soirées deviennent de plus en plus intéressantes et de plus en plus intellos.

nepal terrasses godawari

Le matin suivant connaît un froid humide. Tout le monde se lève tôt. Nous nous sommes couchés tôt le soir, en raison du froid déjà pénétrant et de la fumée du feu dans les yeux. Et Michel nous a saoulés par un monologue sur les pays qu’il a visité. Il nous a déjà tout dit plusieurs fois, mais il reprend et en rajoute. Et les Indes, et les États-Unis, et Java, et l’Allemagne, et encore les Indes… La vox populi m’avait dit que « les profs, en groupe, c’est l’horreur parce qu’ils parlent tout le temps ». Eh bien c’est vrai : Michel est gentil et intéressant, mais à petites doses. Il ne peut pas voir quelque chose de nouveau au Népal sans aussitôt nous sortir : « mais en Inde… » Cela finit par être agaçant. Nous sommes ici au Népal, dans un pays nouveau, et il faut le regarder tel qu’il est et non pas selon les images préconçues des scènes d’ailleurs.

ferme nepal

Montée de la vallée jusqu’au col, d’où l’on prend la descente vers Godawari. Le sentier est rendu très glissant par l’humidité qui persiste de la pluie d’hier. Le ciel est encore couvert, tout gris. Au programme, la visite des « botanical gardens » dont les serres sont garnies de divers fuchsias, impatiences, cactus et autres orchidées. Rien n’est très fleuri en cette saison et le tout fait un peu vrac, mais cet endroit est « célèbre » au Népal selon Tara la bleue (elle porte aujourd’hui une robe bleue).

Et la pluie commence à tomber. Heureusement, un kiosque du « botanical garden » nous protège à cet instant. Nos cuisiniers, qui officient dehors sur un pré, sont mouillés, mais ils n’ont pas l’air de s’en soucier. Le temps, pour eux, est simplement « vivifiant ». Nous commençons à trouver que les livres mentent. La « saison sèche », avec son seul « jour de pluie moyen » en décembre et un autre en janvier, est cette année hors norme !

Godawari nous offre son temple de Shiva, orné de cinq fontaines d’eau sacrée. La pluie cesse, mais le ciel reste chargé. Deux femmes passent avec chacune une lourde charge de feuilles, pour nourrir les bêtes je suppose.

Godawari nepal femmes portant charge

Michel s’empresse de nous donner des conseils pratiques sur l’Inde, au cas où il nous aurait donné envie d’y aller. Il ne peut pas se taire cinq minutes d’affilée. Pour lui, il faut aller en Inde en juillet, en zone sèche. Prendre deux nuits d’hôtel à l’arrivée pour se remettre du décalage horaire et de la moiteur du climat, qui saisit tout occidental à l’arrivée. Le mieux est de se faire confectionner (en quelques heures et pour quelques dizaines de roupies) un « costume indien », pantalon large et tunique dégagée au col, en coton léger ; c’est confortable à porter et aéré. Et l’on se fond mieux dans la population. Visiter Delhi, Agra, Simla éventuellement, Pushkar, célèbre pour sa foire aux chameaux en octobre ; aller aussi à Ajmer, Bikaner éventuellement, passer quatre jours à Jaisalmer, avec au moins une journée dans le désert, Jodhpur et le désert du Rajasthan, prendre un train couchettes pour Jaipur, puis Udaipur, Ahmadhabad, et finir à Bombay (où les hôtels sont chers). Prévoir deux jours de battement pour le retour en raison des retards possibles. Les transports locaux ne sont pas rapides, il faut compter de n’effectuer que trente kilomètres par jour. Réserver les billets d’avion bien à l’avance et arriver largement avant l’heure. Louer des vélos pour voir les villages. Essayer les trains couchettes. Tenter un bus pour l’expérience, mais ne pas insister, ils sont pleins, sales, et éprouvants ! Emporter une moustiquaire et son drap housse, ceux des hôtels étant crasseux. Ne mettre aucun objet précieux dans le bagage de soute. Prendre avec soi des cartes postales de l’endroit où l’on habite, éventuellement des photos de soi avec ses enfants ou ses parents (la famille est très appréciée). Si un jour nous y allons tout seul, nous serons ainsi parés. Toujours pédagogique, le prof.

gamin godawari nepal

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