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Angkor et encore

L’ascension des 45 marches abruptes pour accéder à l’intérieur du sanctuaire est un grand moment vertigineux. L’escalier actuel en bois, moins raide que les marches de pierre en dessous, est interdit aux moins de 12 ans, aux porteurs de chapeaux, et de shorts uniquement féminins. D’en haut, nous avons une vue aérienne sur l’entrée du site, les tours, le pont. Signe de modernité, les drones sont interdits. Je n’en ai pas dans mon sac.

A la redescente, un petit de trois ans me regarde de ses grands yeux noirs derrière la barrière de bois. Il est vêtu d’un tee-shirt safran bayant qui laisse voir ses talisman protecteurs, une corde ornée d’un bout de métal et une chaîne d’or portant une amulette dans un tube. Beaucoup de Cambodgiens sont touristes dans leur propre pays ; ils visitent comme nous leurs cathédrales anciennes, les temples des cités hydrauliques.

Il y a du soleil sans nuages, une chaleur lourde de 33° à 35°, mais nous nous habituons finalement. Nous sommes fatigués, mais pas autant que nous pouvions l’anticiper. En comparant les températures d’aujourd’hui à celles parues dans le recueil Saisons et climat datant de 2003, je constate que les températures moyennes en février au Vietnam comme au Cambodge ont pris dans les 2°. Il devait faire dans les 14 à 21° à Hanoï, nous avons constamment dépassé les 20° ; 22 à 33° à Hô-Chi-Minh-Ville, il a fait constamment plus de 31°. Quant au Cambodge, il dépasse les 33° presque toute la journée. Je ne sais pas où Abuela a pris sa météo, mais elle m’affiche 47° sur son smartphone ! J’ai connu 45° en Inde du sud et je suis certain que nous n’avons jamais subi 47° sur nos sites.

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Temples du site d’Angkor 2

Le temple de Preah Ko, du 9e siècle est dédié à Shiva. Le roi Indravarman I l’a fait bâtir en 879 pour le dédier à ses ancêtres. Son nom Preah Ko (= le bœuf sacré) vient du taureau Nandi, monture de Shiva, devant le temple. Il est composé de six tours sur une terrasse peu élevée gardée par des lions accroupis. Les décors sculptés sont en grès plaqués sur la brique. Des apsaras graciles s’élèvent des vagues de la mer de lait et chevauchent le naga. Shiva se tient en pied, viril, la poitrine haute et dure comme un bouclier, le trident à main droite, collier au cou et pagne sur les reins.

Le Bakong, du 9e siècle, est le premier temple-montagne khmer, consacré en 881 par le roi Indravarman I. Il comprend 22 monuments en briques, certains recouverts encore par la végétation, entourés de trois murs d’enceinte et une double ceinture de douves. Le temple-montagne se veut la figuration du mont Méru, montagne mythique où séjournent les dieux hindouistes. Macrocosme et microcosme se rejoignent dans la personne divinisée du roi, qui assure ainsi l’harmonie du monde. Il a été anastylosé après les fouilles entre 1936 et 1943 car il ne restait guère mieux qu’un tas de pierres.

La balustrade d’entrée au-dessus d’anciennes douves à sec est constituée de deux nagas dont la queue baratte la mer de lait. C’est une pyramide royale à cinq niveaux sur une base carrée de 65 mètres de côté. Elle est décorée de garuda, naga et yaksa. La tour centrale en grès, élevée sur une succession de terrasses décroissantes, est plus récente, du 12e siècle. Elle renferme le linga de Shiva (sa bite), propre aux dieux-rois. Il faut encore monter – et descendre – force marches. Le couple de médecin grimpe en se tenant la main.

Lolei a été réalisé sous Yashovarman 1er avant 900. L’une de ses quatre tours s’est effondrée. Il est au centre d’un baray, grand bassin aujourd’hui à sec de 3800 m de long sur 750 m de large, en rectangle parfait. Il pouvait contenir 10 millions de mètres cubes d’eau provenant de la rivière Roluos, détournée pour ce faire par les ingénieurs du premier millénaire de notre ère.

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Tombeau de Khaï Dinh et Pagode Tu Dam

Le monument funéraire de Khaï Dinh nous force à monter 127 marches, plus hautes au début et se réduisant à mesure que l’on monte. C’est l’inverse en descente, donc de plus en plus difficile. A noter que 127 est un nombre premier car il n’a que deux diviseurs distincts : 1 et lui-même. Il faut être en forme pour ce faire. Nous avons une vue sur la plaine environnante.

Le monument lui-même est de style facteur Cheval, construit entre 1920 et 1931. Il enferme la tombe de l’avant-dernier empereur du Vietnam, décédé en 1925. Les travaux ont duré onze ans, achevés en 1931 seulement. Il se compose de terrasses reliées par des escaliers. Il a été financé par une augmentation des impôts locaux avant la mort du roi, qui n’avait qu’un rôle de représentation, et ce monument n’a jamais été populaire. Il rapporte désormais grâce au tourisme.

L’intérieur du temple de Thien Dinh a un plafond aux neuf dragons dans les nuages (« Cuu Long an van »). Des motifs et des mosaïques de porcelaine et de cristal tapissent tous les murs dans un style kitsch qui n’est pas à notre goût. Le tombeau lui-même est un monument au mauvais goût, trop chargé, chantourné, les dragons et une horloge arrêtée à huit heures moins dix en fragments de mosaïques collées au mur, la statue d’or du souverain trônant avec orgueil sur tout ce luxe sans intérêt pour l’au-delà. Il y a même, conservés sous vitrine, deux vases de porcelaine de Sèvres représentant la Vierge Marie !

Une pagode est un lieu de culte qui abrite une relique bouddhique. C’est le cas de la pagode Tu Dam, une tour de plusieurs étages, ici huit. Pourquoi huit, qui n’est pas un chiffre symbolique ? Parce que huit plus le tout, font neuf, multiple de trois, le chiffre parfait. Le mot pagode vient du portugais, dérivé du sanskrit baghavat qui signifie saint.

A 2 km du centre-ville, la pagode a été fondée vers 1695 par le Grand bonze Minh Hoang Tu Dung, un Chinois appartenant à l’ordre de Thien, de la secte de Lam Te. En 1936, Madame Karpeies, présidente de la Société des études bouddhiques de France, y a rapporté une branche de figuier prélevée sur l’arbre sous lequel Bouddha a atteint le Nirvana. Des fresques décrivant la vie de Bouddha sont visibles sous le toit et, sur les colonnes du temple antérieur sont inscrites des sentences tandis que des tours à tambours et à cloches s’élèvent de chaque côté.

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