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Marché de Hué

Parce que nous avons du temps, et que le touriste troisième âge adore acheter tout et n’importe quoi, Tom nous emmène au marché de Hué. Le Dong Ba a été reconstruit en 1887 après un incendie ; il a été restauré et agrandi en 1987.

Il est sombre, encombré, sans ordre. On y trouve de tout, des chaussures et des claquettes, du thé et des herbes traditionnelles, des légumes et des fruits dont le durian à l’odeur de cadavre et le joli fruit du dragon, des crevettes et des calamars séchés, des pâtes et du riz, des gâteaux de riz gluant, du cochon débité à la hache sur un étal en plein vent, des bijoux fantaisie et des chaînes pour les cols des garçons. C’est un marché de gros, une vraie caverne d’Ali barbare. Je m’y ennuie après y avoir déambulé pour faire quelques photos.

Je ne suis pas le seul, mais la moitié du groupe au moins est contaminé de fièvre acheteuse. C’est la plaie des groupes de tourisme. Une quinzaine de minutes suffisent largement pour qui n’a pas l’intention de brocanter et marchander. Les odeurs sont fortes, le poisson faisandé, la chimie des chaussures ou de la teinture des vêtements. Rien de particulièrement joli ou remarquable à mes yeux dans tout ce fatras. Lorsque nous sortons, il fait déjà presque nuit. Et les visiteurs repartent à quatre sur un scooter, sans casque sauf la conductrice.

Nous allons au restaurant The Tropical Garden, où nous dînons dans une salle qui ressemble à celle d’une pagode. Mais les piliers ne sont pas de bois de jacquier, dit « de fer » ; ils sont en béton et plâtre peint… La vie est animée le soir, des jeunes, des familles avec enfants petits dînent en gargote, prennent un pot avec de la musique disco. C’est une ambiance américaine dans les rues, la vie d’aujourd’hui – bien loin de l’autoritarisme moral des peines à jouir qui voudraient imposer la rigueur communiste.

Nous prenons le bus pour l’aéroport de Hué. Le petit avion est plein : nous sommes dimanche soir et à la fin des vacances scolaires du Nouvel an chinois. Au contrôle des bagages, il faut rituellement enlever ses chaussures, comme dans les temples, mais une bouteille d’eau peut passer. L’avion de la compagnie charter Vietjet Air, prévu à 22h35, est retardé d’1h30 au moins, on ne sait pourquoi. Cette compagnie à bas coût a une organisation défaillante. Cela fait la deuxième fois que nous subissons ses retards, ce qui chamboule un programme très chargé et nous fait dormir à pas d’heure.

Dans l’aéroport, les mamans et les papas tiennent les bébés dans les bras ; les petits sont fatigués et s’impatientent. L’un s’agrippe au vêtement du père comme un petit singe ; c’est un réflexe ancestral émouvant. Un autre rampe à quatre pattes sur le carrelage, suivi par sa mère que cela amuse beaucoup. Un troisième, un bras dans le plâtre et un œil au beurre noir, pleure ; est-il maltraité ? Pourtant, son papa a l’air de l’aimer bien et le console contre lui. Ma voisine, jeune et branchée Vietnamienne, manie son smartphone comme un tableau de bord de Boeing. Elle a une conversation en visio avec son petit ami à l’autre bout du vol, tout en surfant sur WhatsApp et prenant en photo de loin le panneau d’affichage qui indique le vol « délayé ». Cela lui permet, sans quitter sa place, d’agrandir l’image et de lire ce qui est écrit.

L’avion est un Airbus 320 mais les consignes sur les sièges sont en anglais et en turc. L’avion est-il loué ou cédé en troisième occasion ? À l’arrivée à Hô-Chi-Minh-Ville, noté « city » en globish, l’avion est parqué en bout des pistes avec les charters, et nous devons effectuer un très long trajet en bus de piste pour rejoindre le sas des bagages. Un petit garçon est malade et vomit, ce qui fait s’écarter les gens dans un véhicule pourtant bondé. Les bagages n’arrivent que par vagues, conteneur après conteneur, que des bagagistes vident comme des sacs. Ils les balancent sur le tapis roulant sans aucune précaution. D’où l’intérêt des coques solides de valises.

Nous trouvons le nouveau guide de Saïgon qui se prénomme Té, à moins que ce soit son surnom. C’est un grand jeune homme à lunettes et en bermuda, au polo rose. Nous devons faire 500 m dans les couloirs de sortie très encombrés pour trouver le parc à bus et quelques kilomètres encore pour notre hôtel en centre-ville, le Parangon Saïgon Hotel. La chambre est moderne et confortable, nous sommes toujours dans le quatre étoiles. Mais il est déjà trois heures le lendemain lorsque je pose enfin ma tête sur l’oreiller.

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Tombeau de Khaï Dinh et Pagode Tu Dam

Le monument funéraire de Khaï Dinh nous force à monter 127 marches, plus hautes au début et se réduisant à mesure que l’on monte. C’est l’inverse en descente, donc de plus en plus difficile. A noter que 127 est un nombre premier car il n’a que deux diviseurs distincts : 1 et lui-même. Il faut être en forme pour ce faire. Nous avons une vue sur la plaine environnante.

Le monument lui-même est de style facteur Cheval, construit entre 1920 et 1931. Il enferme la tombe de l’avant-dernier empereur du Vietnam, décédé en 1925. Les travaux ont duré onze ans, achevés en 1931 seulement. Il se compose de terrasses reliées par des escaliers. Il a été financé par une augmentation des impôts locaux avant la mort du roi, qui n’avait qu’un rôle de représentation, et ce monument n’a jamais été populaire. Il rapporte désormais grâce au tourisme.

L’intérieur du temple de Thien Dinh a un plafond aux neuf dragons dans les nuages (« Cuu Long an van »). Des motifs et des mosaïques de porcelaine et de cristal tapissent tous les murs dans un style kitsch qui n’est pas à notre goût. Le tombeau lui-même est un monument au mauvais goût, trop chargé, chantourné, les dragons et une horloge arrêtée à huit heures moins dix en fragments de mosaïques collées au mur, la statue d’or du souverain trônant avec orgueil sur tout ce luxe sans intérêt pour l’au-delà. Il y a même, conservés sous vitrine, deux vases de porcelaine de Sèvres représentant la Vierge Marie !

Une pagode est un lieu de culte qui abrite une relique bouddhique. C’est le cas de la pagode Tu Dam, une tour de plusieurs étages, ici huit. Pourquoi huit, qui n’est pas un chiffre symbolique ? Parce que huit plus le tout, font neuf, multiple de trois, le chiffre parfait. Le mot pagode vient du portugais, dérivé du sanskrit baghavat qui signifie saint.

A 2 km du centre-ville, la pagode a été fondée vers 1695 par le Grand bonze Minh Hoang Tu Dung, un Chinois appartenant à l’ordre de Thien, de la secte de Lam Te. En 1936, Madame Karpeies, présidente de la Société des études bouddhiques de France, y a rapporté une branche de figuier prélevée sur l’arbre sous lequel Bouddha a atteint le Nirvana. Des fresques décrivant la vie de Bouddha sont visibles sous le toit et, sur les colonnes du temple antérieur sont inscrites des sentences tandis que des tours à tambours et à cloches s’élèvent de chaque côté.

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Cité impériale de Hué 2

Nous effectuons un long, très long (parce que nous marchons lentement) périple dans la cité impériale avec le palais de l’Harmonie Suprême et l’esplanade des Grandes salutations, le temple du Culte des rois Nguyễn (Thê To Miêu), le Pavillon de la Splendeur, les pavillons de la reine mère, des concubines, et les tombeaux des Nguyen. Le temple The To Mieu construit en 1821 et 22 a été consacré au culte des empereurs Nguyen sous l’occupation française de 1884 à 1954. Seuls sept empereurs y étaient honorés. Chacun a sa photo au-dessus de son autel.

Il y a même un pavillon des Neuf urnes dynastiques en bronze. Les urnes en bronze sont le symbole du pouvoir, de l’orthodoxie et de la continuité de la dynastie Nguyen. Elles sont fondues du métal apporté par les chefs de province et restent comme un trésor sur la durée. Remplies d’eau, elles servent aussi de lutte contre les incendies. A l’intérieur du bâtiment, un escalier en bois permet d’accéder à l’étage mais a aussi une fonction symbolique avec ses deux rampes sculptées de dragons à cinq griffes qui symbolisent l’empereur et sa puissance, et permettent d’accéder au ciel. Les marches sont sculptées de nuages et de vagues de la mer tandis que les rampes sont ajourées en forme de svastikas pour signifier longévité et éternité.

Après les danses, nous avons déambulé deux heures avant de passer la porte Mieu, entrée principale du The To Mieu et formée de trois entrées aux toitures superposées, aux couleurs rouge, jaune, bleu, vert et ses décors des diverses religions confucianiste, bouddhiste et taoïste. Ce sont des animaux sacrés, dragon, licorne, tortue, phénix, les quatre saisons, les quatre plantes sacrées que sont l’abricotier, l’orchidée, le chrysanthème et le bambou, et les huit objets précieux des immortels.

Après ce long et chaud périple, il est temps d’aller au restaurant au nom de Little Italy : nous y avons mangé viet.

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Cité impériale de Hué 1

Nous sommes dimanche et au neuvième jour de notre voyage. Nous allons visiter la cité impériale de Hué. Elle est inspirée du modèle de la cité interdite de Pékin avec une répartition symbolique appuyée sur la géomancie qui oppose les fonctions masculines et féminines. Il y a beaucoup de monde.

Beaucoup de monde aussi au petit-déjeuner de l’hôtel à 7h30. Une majorité de Vietnamiens, me dit un voisin à ma table. Lui est né ici mais habite Hô-Chi-Minh-Ville. Les clients sont des familles avec enfants, pour la plupart des garçons éveillés dont le cou tout neuf est orné de l’inévitable chaîne, ce qui met en valeur le doré de leur teint et la fragilité de leur peau. Je remarque, ce qui n’est pas courant, le T-shirt blanc qui moule bien la vigueur d’un garçon asiatique de 11 ans en short noir (et chaîne d’or) mais au petit bide à plis lorsqu’il s’assoit. Il contraste avec un filiforme 8 ans au polo bleu ciel à col ouvert, caressé affectueusement sur les épaules par son papa. Un 10 ans en T-shirt vert bois, cheveux en brosse et visage haut dans le style des années 50, ressemble à une publicité pour les scouts ou pour les pionniers communistes des premiers temps. Il y a de tout, et cela virevolte autour du buffet, enivré d’abondance. Il n’est pas facile de s’immiscer pour se servir. Peu de fillettes, ou couleur de muraille. Le déséquilibre massif entre sexes en Chine est marqué par un déficit de femmes compris autour de 40 millions. La société préfère les enfants mâles, et la politique de l’enfant unique, instaurée par Deng Xiaoping dès 1979 pour assurer le décollage économique, a entrainé des millions d’avortement sélectifs et d’infanticides.

Le temps est couvert mais il ne fait pas encore trop chaud, c’est un temps « idéal » me dit mon Vietnamien, à ma table, tout en engouffrant une soupe aux nouilles et à la viande avant toute une assiette de viennoiseries. Il joint un petit-déjeuner américain au petit-déjeuner traditionnel vietnamien, ce qui explique son embonpoint. Il me dit que les Chinois préfèrent les grandes villes pour passer leurs vacances. Les campagnes sont pour eux moins confortables et les hôtels sans standing.

Devant la cité impériale, sur les berges de la rivière des Parfums, des hommes roulent à la main des tondeuses à gazon ; le moteur, c’est l’homme.

Nous passons devant les neufs canons d’apparat qui n’ont jamais servis que pour leur pouvoir symbolique. Ils sont installés près des portes The Nhon et Quang Duc, dans l’enceinte de la citadelle de Hué. Ils ont été fondu sur ordre de Gia Long le 31 janvier 1803. Les canons de 5,10 m de long pesant 10 tonnes portent le nom des quatre saisons et des cinq éléments : métal, bois, eau, feu, terre. De petits garçons caressent les fûts phalliques avec gourmandise, dont encore une paire de jumeaux, tandis que les petites filles les chevaucheraient bien. Mais ils sont trop élevés pour qu’elles puissent grimper dessus ; ce n’est pas sans avoir essayé, mais il est écrit très clairement « no entry » en vietnamien et en anglais.

La cité impériale a été bâtie de 1804 à 1833 sur 36 hectares et a été le centre du gouvernement de la dynastie Nguyen qui ont régné de 1802 à 1845. Elle se compose d’une aire administrative et d’une aire rituelle, avec au entre la Cité pourpre interdite de 9 hectares, en deux parties, celle ou l’empereur travaillait et recevait, et une partie centrale réservée à l’intimité. Les résidences de la reine mère et de la reine étaient situées à l’ouest de la Cité pourpre interdite, et sont aujourd’hui autorisées. Nous arpentons tous les lieux, piétinant l’intime d’hier avec nos bottes d’aujourd’hui. C’est que les temps ont changé.

Nous commençons, une fois passée la porte du Midi Ngo Môn, par quarante minutes de danses traditionnelles dans le Théâtre royal de la Cité pourpre. Elles sont reconstituées selon les postures gravées en bas-reliefs sur les temples. C’est une ambiance sonore de craquements, d’ondulations, de miaulements. Les costumes sont chatoyants, où dominent le rouge et l’or. C’est assez plaisant à nos yeux. La ronchonnne du Sud-Ouest a zappé le spectacle, encore et toujours agacée par ce qu’elle n’aime pas.

Nous arpentons les galeries autour de la bibliothèque du roi. Elle date de 1821. Minh Mang a fait bâtir une maison Tri Nhan Duong (Maison de l’intelligence et de la clémence). Sous Thiệu Trị, a été rebaptisée une Thanh Ha Thu Lau (maison de la Littérature). Des visiteurs locaux louent des costumes d’époque, ce qui fait joli sur les photos et redonne vie aux vieux restes. Les Vietnamiens sont très férus de ce genre de photos en situation qu’ils doivent poster, comme tous les jeunes branchés, sur les réseaux sociaux. Les femmes surtout sont très élégantes en costume ; plus rares sont les garçons, quelques enfants sont habillés par leurs parents.

Le palais de réception est d’un curieux style qui mêle l’austérité des formes de Versailles à la dentelle kitsch des temples asiatiques. Murs jaunes, contours de fenêtres gris, volets rouges, tout est fait pour en jeter plein la vue. L’intérieur est pire dans le mobilier empire et le style rococo des décors. Des frises florales et dragonesques sont composées de tesselles de mosaïque colorées où domine le bleu, le blanc et le vert tandis que les murs sont peints de fleurs romantiques éclairées par des lustres à la verrerie Grand siècle. La vaisselle sur la table est en porcelaine de Limoges blanche à liseré d’or ; elle a coûté une fortune.

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Tombeau de Tu Duc à Hué et de Minh Mang

Nous nous rendons ensuite au tombeau de Tu Duc, quatrième empereur de la dynastie Nguyen, qui a régné 36 ans, de 1848 à 1883. Il est situé dans un grand parc planté de pins. C’était tout d’abord une maison de campagne de 12 hectares avant de devenir la dernière demeure. Entouré d’une muraille de 1500 m de longueur, il comprend un petit lac, un îlot au milieu, trois ponts, deux pavillons de chaque côté. L’aire rituelle comprend un complexe de construction dont le temple Hoa Khiem pour le roi et son épouse, le temple Luong Khiem pour la reine mère, un théâtre royal et un pavillon de repos. Le tombeau du roi est « modeste » ainsi que celui de la reine et de l’empereur Kien Phuc, neveu et fils adoptif de Tu Duc, qui ne régna que sept mois à l’âge de quinze ans. Dans le hall, des peintures du roi Thieu Tri lui-même. De jolies bonzesses passent nonchalamment en uniforme religieux. Tu Duc avait une centaine d’épouses et concubines mais aucun enfant ; il était stérile et a dû adopter son neveu.

Un tout petit blond américain adorable, aux cheveux bouclés, court partout sans souci de la chaleur. Sa mère le ramène en le tenant par une oreille, ce qui fait crier de réprobation la prof d’anglais. Le petit obéit et ne pleure pas, cela n’a pas dû lui faire très mal. Il est tellement touchant de voir un petit blond en ces contrées lointaines, l’espèce étant mondialement en voie de disparition.

Dans le palais, une bande de déguisés a loué des costumes royaux et s’en donne à cœur joie pour se faire clicher en mandarins de cour ou empereur lui-même. Nous profitons de leurs jeux pour accumuler aussi quelques images de cette illusion.

La journée est chargée, « beaucoup de marches » avait dit Tom et nous avions compris de marche à marcher, pas à monter.

Nous devons encore visiter le tombeau de Minh Mang de 15 hectares sur le mont Cam Ke, bâti de 1840 à 1843. La chaleur est moite, nous sommes fatigués, mais il fait très beau. Le second monarque de la dynastie Nguyen a érigé un site clair à comprendre, un parc qui mène de pavillon en pavillon (40 constructions) jusqu’au mausolée conçu comme un lingam collinaire dans le yoni de l’étang en croissant de lune – intégré dans la nature. Palais, pavillons, temples, sont disposés symétriquement sur un axe allant de la Porte Dai Hong jusqu’au pied du mur d’enceinte La Thanh, derrière le tombeau royal. Nous croisons de jolis gamins viets, vifs mais peu turbulents passé trois ans. Une harmonie avec la nature.

Nous sommes de retour à l’hôtel comme le soleil se couche. Phap a proposé de réserver un restaurant, le DMZ Café pas très loin de l’hôtel, mais seuls les deux dames sorties d’Agatha Christie ont levé la main. Les couples veulent se retrouver entre eux, flâner, dîner ensemble. C’est un bon groupe mais l’esprit collectif a bien baissé depuis vingt ans.

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Pagode de la Dame céleste à Hué

Hué est une ville impériale des Nguyen. L’ordonnancement de la demeure des morts est calqué sur celle des vivants. Nous allons visiter des tombeaux, celui de Minh Mang et celui de Tu Duc. Le bus va rouler à tombeau ouvert.

La ville de Hué comprend environ 300 000 habitants, elle a été très meurtrie par la guerre lors de l’offensive du Têt en 1968. Le Vietminh a massacré les élites, faisant 25 000 morts. Les Américains ont alors bombardé et détruit le temple de la littérature où s’étaient réfugié les assaillants. La garnison américaine a tenu mais la ville a été ravagée. Hué est restaurée pour le tourisme depuis les années 2000. Nous jouons désormais l’offensive du thé impérial.

Nous visitons la pagode de la Dame céleste Thien Mu, le temple de la coupe de jade Dien Hean Chen, avant de nous rendre au restaurant où nous sont servis les neuf plats traditionnels. La pagode de la Dame céleste est la plus haute du Vietnam avec ses sept étages de 21 m de haut. Elle a été érigée en 1601 selon la légende d’une vieille dame prédisant que celui qui bâtirait une pagode sur cette colline fonderait une grande dynastie. A l’intérieur, la statue en marbre d’une tortue, symbole de longévité. Thalès me montre un lézard à longue queue qui file entre les herbes.

Dans un bâtiment, une vieille voiture bleue de marque anglaise. Dans cette auto, le vénérable Thich Quang Duc est parti en 11 juin 1963 de la pagode An Quang pour Saïgon. Il a fait arrêter la voiture à l’angle des rues Phan Dinh Phung et Lê Van Duyet, s’est assis en position du lotus et s’est immolé par le feu pour protester contre le régime de Ngô Dinh Diêm qui discriminait les Bouddhistes et violait la liberté religieuse.

Plus joyeusement, un trio en rouge se fait photographier par maman et je note que la petite fille de 5 ans porte elle aussi une chaîne de cou comme les garçons. Plus loin, deux amis ados en jaune se tiennent par les épaules et se regardent avec une amitié tendre, leur chair lisse tout en émoi dans le triangle du cou laissé par leurs polos.

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Hué

Dans la ville de Hué, ancienne capitale de l’Annam située sur la rivière des Parfums, puis capitale de l’ensemble du pays en 1802 sous l’empereur Gia Long, notre hôtel est le Huong Giang Hotel Resort et Spa au nom à rallonge, 51 rue Le Loi. C’est un ancien établissement américain gigantesque mais qui a mal vieilli. Nous sommes au troisième étage et le dîner est servi à 19 heures au rez-de-chaussée.

La susceptible du Sud-Ouest qui ne veut pas parler de son ancien métier dans la finance, peut-être parce qu’elle a été virée, m’a piqué ma valise pour aller au plus vite rejoindre sa single. Elle avait laissé la sienne. Heureusement que son nom était écrit dessus. Lorsqu’elle est revenue en coup de vent, elle ne s’est même pas excusée sur le moment, toujours agacée.

Au dîner, nous dégustons un curieux dessert local, une sorte de jelly à la patate douce faite de riz gluant et de sucre de canne. La jelly est une gélatine animale ou parfois une pectine végétale colorée chimiquement. Les Anglais idolâtrent ça, les Américains colorent et adorent les jus de fruit cuits jamais assez vifs pour leurs yeux. L’hôtel s’avère bruyant. La grande rue animée reste passante jusqu’après deux heures du matin et s’entend malgré la distance de la cour, du balcon et des vitres. Cris, klaxons, atmosphère moite ou climatisation glaçante. En bref, une nouvelle douche au matin. Beaucoup ont mal dormi et demandent à changer de chambre pour la nuit suivante. Je reste dans la mienne.

Petit-déjeuner buffet plantureux et surtout chinois. Tout un arrivage est en effet venu avec des enfants petits, des enfants-rois à qui on laisse tout faire, de vrais petit Kim Jong Il en puissance.

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Baie de Halong et Hué

Pagode au petit-déjeuner, pagodes à midi, pagodes le soir, un peu indigeste tout cela. Alors prenons le bateau et laissons-nous voguer dans la baie de Ha Long ou baie d’Along (chez les francophones).

Sur une étendue d’eau d’environ 1 500 km2 située dans le golfe du Tonkin on trouve 1 969 îles et îlots rocheux, avec des criques pour certains. D’autres sont creusés de grottes. C’est le plus grand karst marin du monde. Peu de végétation vu la faible épaisseur d’humus. Si l’on écoute les géologues, la formation de ce relief karstique se serait produite au Paléozoïque (entre 543 et 250 millions d’années), ce site était en haute mer. Une épaisse couche de sédiments s’était formée, les mouvements de la croûte terrestre l’ont ensuite fracturée, le retrait de la mer l’a alors exposé à l’érosion. La pluie, les rivières souterraines ont alors creusé de nombreuses grottes. La légende de Ha Long (descente du dragon) raconte que « ce paysage extraordinaire est dû à un dragon, être merveilleux et bénéfique au Viêt Nam, qui serait descendu dans la mer pour domestiquer les courants marins. Il aurait en se débattant entaillé la montagne avec sa queue. Le niveau de la mer serait monté et seuls les sommets les plus élevés auraient émergé ».

VIETNAM BAIE D HALONG

Les cavernes des îles sont habitées depuis 4 000 ans avant notre ère. Un tel labyrinthe est bénéfique à l’armée pour stopper les envahisseurs. Telle l’histoire du général Tran Hung Dao qui stoppa les Mongols en 1288 en coulant leur flotte. Des pieux ayant servi alors ont été retrouvés dans la grotte « des bouts de bois », à l’île des Merveilles et sont exposés au musée de Haiphong. La baie a abrité des pirates à la fin du 18e siècle.

VIETNAM CHARBONNIER

Les Français ont cartographié la baie durant la colonisation et baptisé certains îlots. Des gisements de houille à ciel ouvert ont été exploités par la Société française des charbonnages du Tonkin. Les barques typiques des habitants et pêcheurs de cette baie sont faites en bambou tressés. Mille six cents habitants vivent dans des maisons flottantes dans deux cents îlots de la baie. Il est temps de descendre vers le sud, nous prendrons le train de nuit.

VIETNAM BAIE D HALONG

Arrivée dans l’ancienne capitale impériale du Viet Nam, Hué (1802-1945), située au centre du pays, juste au sud du très fameux 17e parallèle, non loin de la mer. Le fleuve Sông Hu’ong (la rivière des Parfums) la traverse et sépare la ville ancienne au nord de la cité moderne au sud. Le fait d’avoir été capitale impériale du Viet Nam, appelée à l’époque empire d’Annam par les Occidentaux, lui confère un caractère particulier par la culture aristocratique des mandarins, la finesse des poésies de ses lettrés, la musique raffinée, la gastronomie, l’agilité intellectuelle de ses habitants, tout cela donne un charme particulier à cette ville. L’offensive du Têt le 29 janvier 1968 par les Nord-Vietnamiens massacra plus de 2500 habitants (« l’élite »). Puis les bombardements des Américains mirent à mal la cité. La ville ne sera reprise que le 25 mars 1975.

VIETNAM HUE

La cité impériale est construite dans l’enceinte de la citadelle royale, au bord de la rivière des parfums. On y accède grâce à dix portes fortifiées, chacune munie d’un pont au-dessus des douves. Les deux ensembles la Cité jaune impériale et la Cité pourpre interdite se trouvent à l’intérieur de l’enceinte. La Cité pourpre, où vivaient l’empereur et sa famille, a été anéantie par l’attaque américaine.

Le pont Trang Tien (ancien pont Clemenceau) enjambe la rivière des Parfums, il a été construit par Gustave Eiffel en six arches en acier de 67 m de longueur et 6 m de largeur.

Le long de la rivière, sur une colline de la rive droite se situe la pagode de la Dame céleste, tour octogonale de sept étages et 21 m de haut. Sur la rive ouest on trouve les tombeaux des empereurs Nguyen (1802-1845).

Hiata de Tahiti

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