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Nicolas Bouvier, Le vide et le plein

Nicolas Bouvier, grand voyageur, cueille ici le Japon avant qu’il ne soit connu, avant que l’industrialisation et la mondialisation ne l’ouvrent au grand large. C’est d’autant plus précieux que le pays, après le grand séisme de la défaite de 1945 qui a suivi un demi-siècle de nationalisme fier de lui et dominateur, s’est lentement transformé. Je l’ai connu pour la première fois en 1989, à la presque apogée de sa puissance financière, avant le krach et la décennie de récession et stagnation qui a suivie ; puis en 2004 et en 2006, après « la crise » des valeurs technologiques. Il avait déjà changé mais était difficile à appréhender. Remonter le temps jusqu’aux années 1960 permet de prendre la température d’une culture toujours vivace, bien qu’atténuée, d’un tempérament national original, puisque de la Japon est non seulement une île mais aussi un confins, l’extrême lieu d’une Asie qui se perd dans le Pacifique.

Dernière remarque du carnet de voyage de Bouvier : « Le Japon est un très grand pays (de Copenhague à Casablanca) qui n’a pas de grands paysages. Pour la grandeur, il n’y a que la mer » p.157. Ce fut le cas même de la Grèce, dans l’Antiquité, avant qu’Alexandre ne parte à la conquête de l’Asie. Peut-être est-ce pour cela que le Japon a envahi la Mandchourie, colonisé la Corée et Taiwan ? « La culture japonaise est trop particulière, trop détachée du reste de l’Asie (…), un terminus, ce n’est pas un carrefour » p.121. Malgré la proximité géographique de l’immense Chine, la culture japonaise lui est complètement imperméable, la cuisine chinoise n’a par exemple jamais fait école, le canard et le cochon ne sont pas frits mais bouillis. Même le bouddhisme, venu des Indes, a été adapté à la sauce nippone sous la forme du zen, assez loin du chan chinois. Il cohabite avec le shinto, sans exclusive, bien que cette religion – la plus ancienne encore vivante au XXIe siècle – soit un réseau de présences, de croyances et de fêtes. Malgré le zen et la discipline de soi qu’il promeut, la nature selon le shinto est habitée de forces opaques que chacun doit se concilier.

Est-ce l’origine de la tendance des Japonais à se réfugier derrière le « on » du groupe, du clan, du village ou de l’entreprise, au détriment du « je » ? La personne est aliénée aux autres, l’estime de soi se mesure au regard des autres, la personnalité se façonne au statut social, à l’uniforme d’appartenance, au rang dans la hiérarchie sociale. « Un Japonais, ôtez-lui sa situation, son grade, ses dans ; ses patrons qui le font trimer et ceux qu’il peut faire trimer à son tour, on a le sentiment qu’il ne reste rien ! » p.27. Il est analogue au bambou, arbuste très populaire dans l’archipel, dit Nicolas Bouvier. Il apparaît comme lui à la fois gracieux et dur, en même temps sensible et frémissant au bout des branchages – mais creux dedans. « Dans bien des cas, l’individu s’abstient de se prononcer ou de prendre un parti et laisse ce soin à sa compagnie, à sa famille, le club auquel il appartient, etc. Pour savoir véritablement où l’on en est, il faut attendre que ces instances plus ou moins occultes aient rendu leur arrêt » p.40.

Ce fonctionnement holiste de la société rappelle curieusement l’attitude actuelle des « gilets jaunes » : aucun « je », aucun leader, toute tentative de devenir « porte-parole » se heurte très vite à des jalousies envers qui « se croit » et même à des menaces de mort (!) de tous les envieux et méfiants. Pourquoi ? Parce que les classes moyennes qui portent un gilet jaune sont creuses comme les Japonais des années 60. Le « on » parle pour eux, le « je » n’existe pas faute de structure intime. Au Japon existe, selon l’auteur, « une sorte de correction technique (qui) vient souvent à la rescousse du manque d’invention » p.10. En France, « on » manifeste techniquement faute de savoir inventer la sortie, de traduire en politique concrète (et suivie) un mouvement spontané (probablement éphémère). Une éruption ne fait pas une pensée, ni une doctrine. Au Japon, « toutes les plus hautes vertus sont situées dans le social – des événements à la famille, au clan et au pays – et les perturbations et événements essentiels sont tous dépendants d’un système de référence sociale. C’est pour cela sans doute qu’un Japonais a tant de peine à sentir – plutôt à savoir ce qu’il sent – en dehors de son contexte habituel » p.54. Nous pouvons en dire autant du vide de la pensée braillarde : elle brandit, elle gueule aux médias, elle casse ou laisse casser dans un ressentiment jubilatoire. No future.

Explorer le monde permet de mieux se voir soi.

Nicolas Bouvier, Le vide et le plein – Carnets du Japon 1964-1970, Hoëbeke 2004, €18.50

Réédité en Folio 2009, 256 pages, €7.25

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Nicolas Bouvier, Le vide et le plein

Nicolas Bouvier, grand voyageur, cueille ici le Japon avant qu’il ne soit connu, avant que l’industrialisation et la mondialisation ne l’ouvrent au grand large. C’est d’autant plus précieux que le pays, après le grand séisme de la défaite de 1945 qui a suivi un demi-siècle de nationalisme fier de lui et dominateur, s’est lentement transformé. Je l’ai connu pour la première fois en 1989, à la presque apogée de sa puissance financière, avant le krach et la décennie de récession et stagnation qui a suivie ; puis en 2004 et en 2006, après « la crise » des valeurs technologiques. Il avait déjà changé mais était difficile à appréhender. Remonter le temps jusqu’aux années 1960 permet de prendre la température d’une culture toujours vivace, bien qu’atténuée, d’un tempérament national original, puisque de la Japon est non seulement une île mais aussi un confins, l’extrême lieu d’une Asie qui se perd dans le Pacifique.

Dernière remarque du carnet de voyage de Bouvier : « Le Japon est un très grand pays (de Copenhague à Casablanca) qui n’a pas de grands paysages. Pour la grandeur, il n’y a que la mer » p.157. Ce fut le cas même de la Grèce, dans l’Antiquité, avant qu’Alexandre ne parte à la conquête de l’Asie. Peut-être est-ce pour cela que le Japon a envahi la Mandchourie, colonisé la Corée et Taiwan ? « La culture japonaise est trop particulière, trop détachée du reste de l’Asie (…), un terminus, ce n’est pas un carrefour » p.121. Malgré la proximité géographique de l’immense Chine, la culture japonaise lui est complètement imperméable, la cuisine chinoise n’a par exemple jamais fait école, le canard et le cochon ne sont pas frits mais bouillis. Même le bouddhisme, venu des Indes, a été adapté à la sauce nippone sous la forme du zen, assez loin du chan chinois. Il cohabite avec le shinto, sans exclusive, bien que cette religion – la plus ancienne encore vivante au XXIe siècle – soit un réseau de présences, de croyances et de fêtes. Malgré le zen et la discipline de soi qu’il promeut, la nature selon le shinto est habitée de forces opaques que chacun doit se concilier.

Est-ce l’origine de la tendance des Japonais à se réfugier derrière le « on » du groupe, du clan, du village ou de l’entreprise, au détriment du « je » ? La personne est aliénée aux autres, l’estime de soi se mesure au regard des autres, la personnalité se façonne au statut social, à l’uniforme d’appartenance, au rang dans la hiérarchie sociale. « Un Japonais, ôtez-lui sa situation, son grade, ses dans ; ses patrons qui le font trimer et ceux qu’il peut faire trimer à son tour, on a le sentiment qu’il ne reste rien ! » p.27. Il est analogue au bambou, arbuste très populaire dans l’archipel, dit Nicolas Bouvier. Il apparaît comme lui à la fois gracieux et dur, en même temps sensible et frémissant au bout des branchages – mais creux dedans. « Dans bien des cas, l’individu s’abstient de se prononcer ou de prendre un parti et laisse ce soin à sa compagnie, à sa famille, le club auquel il appartient, etc. Pour savoir véritablement où l’on en est, il faut attendre que ces instances plus ou moins occultes aient rendu leur arrêt » p.40.

Ce fonctionnement holiste de la société rappelle curieusement l’attitude actuelle des « gilets jaunes » : aucun « je », aucun leader, toute tentative de devenir « porte-parole » se heurte très vite à des jalousies envers qui « se croit » et même à des menaces de mort (!) de tous les envieux et méfiants. Pourquoi ? Parce que les classes moyennes qui portent un gilet jaune sont creuses comme les Japonais des années 60. Le « on » parle pour eux, le « je » n’existe pas faute de structure intime. Au Japon existe, selon l’auteur, « une sorte de correction technique (qui) vient souvent à la rescousse du manque d’invention » p.10. En France, « on » manifeste techniquement faute de savoir inventer la sortie, de traduire en politique concrète (et suivie) un mouvement spontané (probablement éphémère). Une éruption ne fait pas une pensée, ni une doctrine. Au Japon, « toutes les plus hautes vertus sont situées dans le social – des événements à la famille, au clan et au pays – et les perturbations et événements essentiels sont tous dépendants d’un système de référence sociale. C’est pour cela sans doute qu’un Japonais a tant de peine à sentir – plutôt à savoir ce qu’il sent – en dehors de son contexte habituel » p.54. Nous pouvons en dire autant du vide de la pensée braillarde : elle brandit, elle gueule aux médias, elle casse ou laisse casser dans un ressentiment jubilatoire. No future.

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Nicolas Bouvier, Le vide et le plein – Carnets du Japon 1964-1970, Hoëbeke 2004, 192 pages, €18.50

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Baie de Halong et Hué

Pagode au petit-déjeuner, pagodes à midi, pagodes le soir, un peu indigeste tout cela. Alors prenons le bateau et laissons-nous voguer dans la baie de Ha Long ou baie d’Along (chez les francophones).

Sur une étendue d’eau d’environ 1 500 km2 située dans le golfe du Tonkin on trouve 1 969 îles et îlots rocheux, avec des criques pour certains. D’autres sont creusés de grottes. C’est le plus grand karst marin du monde. Peu de végétation vu la faible épaisseur d’humus. Si l’on écoute les géologues, la formation de ce relief karstique se serait produite au Paléozoïque (entre 543 et 250 millions d’années), ce site était en haute mer. Une épaisse couche de sédiments s’était formée, les mouvements de la croûte terrestre l’ont ensuite fracturée, le retrait de la mer l’a alors exposé à l’érosion. La pluie, les rivières souterraines ont alors creusé de nombreuses grottes. La légende de Ha Long (descente du dragon) raconte que « ce paysage extraordinaire est dû à un dragon, être merveilleux et bénéfique au Viêt Nam, qui serait descendu dans la mer pour domestiquer les courants marins. Il aurait en se débattant entaillé la montagne avec sa queue. Le niveau de la mer serait monté et seuls les sommets les plus élevés auraient émergé ».

VIETNAM BAIE D HALONG

Les cavernes des îles sont habitées depuis 4 000 ans avant notre ère. Un tel labyrinthe est bénéfique à l’armée pour stopper les envahisseurs. Telle l’histoire du général Tran Hung Dao qui stoppa les Mongols en 1288 en coulant leur flotte. Des pieux ayant servi alors ont été retrouvés dans la grotte « des bouts de bois », à l’île des Merveilles et sont exposés au musée de Haiphong. La baie a abrité des pirates à la fin du 18e siècle.

VIETNAM CHARBONNIER

Les Français ont cartographié la baie durant la colonisation et baptisé certains îlots. Des gisements de houille à ciel ouvert ont été exploités par la Société française des charbonnages du Tonkin. Les barques typiques des habitants et pêcheurs de cette baie sont faites en bambou tressés. Mille six cents habitants vivent dans des maisons flottantes dans deux cents îlots de la baie. Il est temps de descendre vers le sud, nous prendrons le train de nuit.

VIETNAM BAIE D HALONG

Arrivée dans l’ancienne capitale impériale du Viet Nam, Hué (1802-1945), située au centre du pays, juste au sud du très fameux 17e parallèle, non loin de la mer. Le fleuve Sông Hu’ong (la rivière des Parfums) la traverse et sépare la ville ancienne au nord de la cité moderne au sud. Le fait d’avoir été capitale impériale du Viet Nam, appelée à l’époque empire d’Annam par les Occidentaux, lui confère un caractère particulier par la culture aristocratique des mandarins, la finesse des poésies de ses lettrés, la musique raffinée, la gastronomie, l’agilité intellectuelle de ses habitants, tout cela donne un charme particulier à cette ville. L’offensive du Têt le 29 janvier 1968 par les Nord-Vietnamiens massacra plus de 2500 habitants (« l’élite »). Puis les bombardements des Américains mirent à mal la cité. La ville ne sera reprise que le 25 mars 1975.

VIETNAM HUE

La cité impériale est construite dans l’enceinte de la citadelle royale, au bord de la rivière des parfums. On y accède grâce à dix portes fortifiées, chacune munie d’un pont au-dessus des douves. Les deux ensembles la Cité jaune impériale et la Cité pourpre interdite se trouvent à l’intérieur de l’enceinte. La Cité pourpre, où vivaient l’empereur et sa famille, a été anéantie par l’attaque américaine.

Le pont Trang Tien (ancien pont Clemenceau) enjambe la rivière des Parfums, il a été construit par Gustave Eiffel en six arches en acier de 67 m de longueur et 6 m de largeur.

Le long de la rivière, sur une colline de la rive droite se situe la pagode de la Dame céleste, tour octogonale de sept étages et 21 m de haut. Sur la rive ouest on trouve les tombeaux des empereurs Nguyen (1802-1845).

Hiata de Tahiti

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Marche dans les rizières cinghalaises

Nous nous levons plus tôt que nécessaire dans le silence de la campagne où seuls s’élèvent les chants d’oiseaux. Même la route proche se tait ou se contente de ronronner dans le virage, de temps à autre. Petit-déjeuner d’ananas, banane, papaye. Les œufs frits sont appétissants, mais l’huile de coco employée leur donne un goût de mauvaise haleine.

petit dejeuner cinghalais

La promenade commence dès le matin, elle sera mi-route mi-chemin, et même sur des murets de rizière.

riziere sri lanka

Inoj adore montrer les arbres et donner leur nom français ou latin. Il désigne ainsi le « Grusillia » (?), de la famille de l’acacia, dont les fleurs blanc-mauve sont un poison bio pour les rats : « les rats ils mangent et ils sont morts » – dit-il. Je crois, moi, que les rats connaissent les poisons endémiques de leur contrée et que, s’ils ne connaissent pas, ils testent avec un seul d’entre eux avant de manger comme lui s’il n’est pas mort.

hibiscus sri lanka

Nous rencontrons aussi les lourdes gourdes fripées du jacquier, le gros durian puant, le bananier aux larges feuilles, le palmier à coco quand nous baissons en altitude et quelques-unes des 15 autres espèces, le dhoum bien plus haut qu’en Égypte, le tek, et le bambou, là (mais qui n’est pas noir comme au Japon). Il y a l’hibiscus aux pistils offerts dans sa corolle ouverte et l’hibiscus-piment à la fleur fermée comme une gousse, des bougainvillées violets, des daturas pâles et odorants, des magnolias et des tulipiers ; les poinsettias poussent leur fleur-feuille rouge verte, les lantanas éclairent de jaune, orange et mauve le bord des chemins.

magnolia sri lanka

Des frangipaniers ont la fleur blanche odorante aux pétales tournant vers la gauche, en roue solaire, dont on fait offrande à Bouddha dans les temples. C’est une véritable orgie végétale, tout prolifère et pousse à profusion entre le soleil et la pluie de mousson.

fleur de frangipanier sri lanka

Les arbres ont l’air de bondir, de danser, délirant de sève et de lumière : cet enthousiasme adolescent est celui que je ressens, comme Francis de Croisset, décrivant la forêt cinghalaise : « Des bambous métalliques partent comme des fusées ; des cocotiers font éclater en plein ciel leurs gerbes pluvieuses; des péronias dressent comme des baldaquins d’énormes plumes pourpres, — d’énormes plumes qui sont des fleurs. Des taliputs hissent à trente mètres des candélabres de muguets. Des palmes gonflées d’azur suspendent des parachutes. Des canéficiers érigent des fleurs en or, et d’autres des bouquets de fruits bleus. D’autres encore portent à la fois leurs fruits avec leurs fleurs, chargés comme d’immenses sapins de Noël. Des rhododendrons ont douze mètres et des pommiers-roses en ont vingt ; et des arbres inconnus, inouïs, montent et flambent comme des incendies. »

gamin medaille de shiva sri lanka

Il fait soleil et il pleut, parfois les deux en même temps. Fleurs immobiles, oiseaux de paradis mobiles, écureuil se filant de long des branches ou, d’un saut, d’une branche à l’autre, quelques singes du genre « cynique » (siniques), pas de singes noirs ici, et des chiens évidemment. Bien plus que de chats et bien moins discrets, mais pas de gamins car c’est jour d’école. Nous descendons dans les rizières où le seul chemin passe sur les murets larges de 10 cm qui les bordent. Chaussures en équilibre, appareil photo d’une main et parapluie de l’autre, nous tentons de coordonner tout ça pour avancer, admirer, clicher et ne pas tomber. Le comble, la pluie a fait sortir les sangsues et tout passage dans les herbes entraîne sa horde avide à l’assaut des chaussures. Nouveaux cris hystériques de celles qui croyaient en avoir à tout jamais fini avec ces mini pénis vampires.

curry paysan sri lanka

A l’abri chez l’habitant, nous déjeunons de divers curries pas trop épicés tandis que la pluie continue de tomber. La noix de coco râpée, légèrement humidifiée à l’eau, est souveraine pour calmer les brûlures du piment ; elle est une fin de repas fort agréable avant le thé chaud. Une petite chatte couleur poussière, qui ne quémande rien qu’un peu de compagnie, adopte les chaussures qu’elle flaire et s’endort en boule dessus. C. a beaucoup de mal à récupérer son bien et le garçon, rentré de l’école vient saisir son animal dans les bras.

cascade Bambarakanda de 263 m sri lanka

Nous sommes près du parc Hortons Plains, mais en contrebas, dans cet enfer de fin du monde que nous n’avions pas vu dans les nuages l’autre jour. Après déjeuner, il pleut toujours, mais nous montons dans les bois qui dégouttent voir la cascade Bambarakanda de 263 m qui tombe du rocher noir, la plus haute du Sri Lanka, à 1155 m d’altitude. Le jeu est de se baigner dans la vasque creusée par les siècles, mais seul un quart du groupe y va. L’eau est assez froide et l’atmosphère extérieure mouillée. Nous retournons par les bois puis par la route de ce matin, dans l’autre sens, avant de couper par des marches abruptes établies par les habitants entre les virages de la route. L’école est finie et les Hellos (nous) croisent les One pen (gosses) en échangeant toujours les mêmes propos et les mêmes gestes (sourires-photos). Même sous la pluie, ce pays est riant ; même dans l’orage, il est bien vivant. Le sol est mouillé, l’air moite, les arbres suintent, les nuages plombent le ciel dans une atmosphère d’aquarium, mais de jolis effets de brume montent sur les sapins.

brume de mousson sri lanka

Nous avons deux heures de bus pour rejoindre la réserve d’animaux où nous irons demain à l’aube. Le minibus a ses pneus avant lisses, je l’ai vu aujourd’hui. Voilà pourquoi ils crient parfois dans les virages. Le chauffeur est prudent, mais il doit négocier les chiens couchés sur la route, les vaches qui n’en font qu’à leur tête et à qui personne n’ose rien dire pour cause de sacré, les vélos non éclairés, les touk-touk aux allures d’escargot, les motos qui déboulent directement sans regarder, les bus qui doublent en forçant le passage… Je ne conduirais pas au Sri Lanka. La route est un déversoir de tout ce qui travaille, se promène et veut se rendre d’un endroit à un autre. Les chiens, habitués tout petit aux bruits et fureurs des camions et bus qui leurs passent sous la truffe ne se dérangent qu’à peine aux passages – au risque de se faire écraser une patte, voire choquer l’arrière-train. Des gosses presque nus courent librement après l’école et avant le coucher ; leur peau sombre ne se distingue pas de la route au crépuscule et leurs pieds sans chaussures ne font aucun bruit. La conduite du chauffeur est adaptée : il double les touk-touk qui n’avancent pas en double file, forçant ceux qui viennent en face à se ranger – sauf s’ils sont trop gros. Quand il double juste avant un virage, il est parfois obligé de se rabattre vite et c’est le plus petit qui cède.

gamin demi nu sri lanka

Nous avons vu deux Peugeot 504, voitures qui font chic mais d’un design désuet devant les japonaises omniprésentes. Sont-elles bien entretenues ou produites localement ? Arrêtées en 1983 en France, les berlines ont été produites au Nigeria jusqu’en 2005. L’intérêt de la 504 (j’en ai eu une durant dix ans) est qu’elle ne comprend aucune électronique et qu’elle se répare facilement. Les seules autres voitures européennes sont les Volkswagen Coccinelles, dont on voit quelques épaves routardes échouées dans les garages ouverts sur la route.

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Recette tahitienne

Connaissez-vous le poe de Ape ?

Déjà, l’ape s’appelle en langue savante Alocasia macrorrhiza. C’est une Aracée reconnaissable à ses rhizomes qui peuvent s’élever à 1m50 au-dessus du sol. Les feuilles cordiformes, énormes, peuvent dépasser 1m50 de long et 1m de large.

L’intérêt culinaire de la plante est sa tige. Elle est comestible mais coriace.

Il faut la faire cuire dans le himaa (four tahitien) pendant 24 heures. Elle devient alors d’un goût agréable et sucré.

Le poe ape est mis pour ce faire dans un bambou fermé par une feuille de bananier et d’un lien. Il est mis à mijoter à haute température dans le hima’a durant de longues heures.

Il sera vendu au marché de Papeete ou par des particuliers.

C’est très mangeable s’il n’est pas trop sucré mais vous êtes lestés dans l’estomac… pratique pour les jours de tempête, vous tenez mieux du bas (avis perso).

Ce ape était surtout consommé en temps de disette. Quiconque en a mangé comprend pourquoi.

En revanche, on employait les grandes feuilles de la plante en guise de parapluie pour couvrir les huttes provisoires. Mais attention à la sève caustique qui s’écoule lorsqu’on coupe un pétiole de ape !

Hiata de Tahiti

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