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Et le tourisme sur Makatea ?

Certes le touriste, consommateur de paysages, pourrait apprécier le karst de Makatea… Mais il n’y a pas d’aérodrome, il faut venir en bonitier ou avec un catamaran.

Pour séjourner quelques jours dans l’île, il n’y a pas de logement. Je n’en ai pas découvert sur Internet, mais… Il semble que le maire délégué possède lui-même une « pension de famille », mentionnée nulle part. Le village, d’après des amis partis en découverte, est « séparé » en deux. Non, non, pas le mur de Berlin mais un petit peu quand même.

Le clan du tavana (maire) et de l’église Sanito d’un côté, les autres, probablement protestants, de l’autre. On peut mieux comprendre pourquoi, quand le tavana a été approché par des investisseurs australiens pour une nouvelle exploitation du phosphate, il n’a pas réussi à fédérer les habitants de son île !

Makatea (2)

La visite de l’île, en faisant attention aux trous, semble intéressante. Les falaises de 80 m de haut forment un rempart. Les profils dessinés dans les corniches sont surprenants : le nez de Pinocchio, la tête de lion ou moai à la pointe nord de la falaise de Moumu ; le rocher d’Anapoto sur la plage est un bloc de corail en forme de champignon.

Makatea (5)

Il existe de formidables belvédères tout en haut sur le plateau : à l’Est le belvédère de Temao domine les ruines des installations de l’ancien port. Le belvédère de Ta Ava surplombe la seule « plaine » littorale, Moumu. Il existe un sentier de 8 km qui serpente entre les feo. Pour se faire bronzer 3 km de sable blanc corallien vous attendent en contrebas.

Des ana (grottes) grâce à la dissolution du calcaire ont donné lieu à des légendes. Chut ! On dit que des pirates, ou des galions espagnols poursuivis, y auraient caché leurs trésors. Il vous reste à les découvrir – et à taire l’endroit si vous les avez trouvés.

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D’autres grottes ont été des sépultures pour les hauts personnages des sociétés polynésiennes pré-européennes. Accrochées en altitude dans la falaise, leurs corps y étaient déposés par les pirimato, êtres de légendes capables de voler dans des endroits inaccessibles.

Ana Tau i ra’i sur la falaise de Temao est tapu (tabou).

Makatea (18)

La grotte de Hina, à proximité du chemin de Moumu est la plus fréquentée de nos jours. Son bassin d’eau douce est alimenté par la nappe phréatique.

Dans la grotte Vaimarui, de la voûte de la première salle tombe une énorme stalactite d’une cinquantaine de diamètre « le pied d’éléphant ». La légende dit qu’il suffit de la toucher avec la main gauche et de faire un vœu pour que cela vous porte bonheur. Cette salle communique avec la grotte Vairoa (la grande eau). Au milieu, hors de l’eau la stalagmite « La Princesse ». Ici venait Hina, elle se baignait les soirs de pleine lune, enduite d’huile de maiere ma’atea (la fougère de Makatea).

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La grotte de la princesse espagnole dans la falaise de Temao abrite des cercueils en bois d’arbre à pain.

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La faune se compose de crabes kaveu, de rousseroles à long bec, de rupe (pigeon gris), de ptilope (pigeon vert) endémiques, de frégates, hérons, fous, paille en queue…

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La flore est riche de manguiers, uru (arbres à pain), citronniers, faux pistachiers, acacias, néfliers, kapokiers ; le palmier de Makatea et la maiere (fougère de Makatea) sont endémiques.

Portez-vous bien.

Hiata de Tahiti

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Baie de Halong et Hué

Pagode au petit-déjeuner, pagodes à midi, pagodes le soir, un peu indigeste tout cela. Alors prenons le bateau et laissons-nous voguer dans la baie de Ha Long ou baie d’Along (chez les francophones).

Sur une étendue d’eau d’environ 1 500 km2 située dans le golfe du Tonkin on trouve 1 969 îles et îlots rocheux, avec des criques pour certains. D’autres sont creusés de grottes. C’est le plus grand karst marin du monde. Peu de végétation vu la faible épaisseur d’humus. Si l’on écoute les géologues, la formation de ce relief karstique se serait produite au Paléozoïque (entre 543 et 250 millions d’années), ce site était en haute mer. Une épaisse couche de sédiments s’était formée, les mouvements de la croûte terrestre l’ont ensuite fracturée, le retrait de la mer l’a alors exposé à l’érosion. La pluie, les rivières souterraines ont alors creusé de nombreuses grottes. La légende de Ha Long (descente du dragon) raconte que « ce paysage extraordinaire est dû à un dragon, être merveilleux et bénéfique au Viêt Nam, qui serait descendu dans la mer pour domestiquer les courants marins. Il aurait en se débattant entaillé la montagne avec sa queue. Le niveau de la mer serait monté et seuls les sommets les plus élevés auraient émergé ».

VIETNAM BAIE D HALONG

Les cavernes des îles sont habitées depuis 4 000 ans avant notre ère. Un tel labyrinthe est bénéfique à l’armée pour stopper les envahisseurs. Telle l’histoire du général Tran Hung Dao qui stoppa les Mongols en 1288 en coulant leur flotte. Des pieux ayant servi alors ont été retrouvés dans la grotte « des bouts de bois », à l’île des Merveilles et sont exposés au musée de Haiphong. La baie a abrité des pirates à la fin du 18e siècle.

VIETNAM CHARBONNIER

Les Français ont cartographié la baie durant la colonisation et baptisé certains îlots. Des gisements de houille à ciel ouvert ont été exploités par la Société française des charbonnages du Tonkin. Les barques typiques des habitants et pêcheurs de cette baie sont faites en bambou tressés. Mille six cents habitants vivent dans des maisons flottantes dans deux cents îlots de la baie. Il est temps de descendre vers le sud, nous prendrons le train de nuit.

VIETNAM BAIE D HALONG

Arrivée dans l’ancienne capitale impériale du Viet Nam, Hué (1802-1945), située au centre du pays, juste au sud du très fameux 17e parallèle, non loin de la mer. Le fleuve Sông Hu’ong (la rivière des Parfums) la traverse et sépare la ville ancienne au nord de la cité moderne au sud. Le fait d’avoir été capitale impériale du Viet Nam, appelée à l’époque empire d’Annam par les Occidentaux, lui confère un caractère particulier par la culture aristocratique des mandarins, la finesse des poésies de ses lettrés, la musique raffinée, la gastronomie, l’agilité intellectuelle de ses habitants, tout cela donne un charme particulier à cette ville. L’offensive du Têt le 29 janvier 1968 par les Nord-Vietnamiens massacra plus de 2500 habitants (« l’élite »). Puis les bombardements des Américains mirent à mal la cité. La ville ne sera reprise que le 25 mars 1975.

VIETNAM HUE

La cité impériale est construite dans l’enceinte de la citadelle royale, au bord de la rivière des parfums. On y accède grâce à dix portes fortifiées, chacune munie d’un pont au-dessus des douves. Les deux ensembles la Cité jaune impériale et la Cité pourpre interdite se trouvent à l’intérieur de l’enceinte. La Cité pourpre, où vivaient l’empereur et sa famille, a été anéantie par l’attaque américaine.

Le pont Trang Tien (ancien pont Clemenceau) enjambe la rivière des Parfums, il a été construit par Gustave Eiffel en six arches en acier de 67 m de longueur et 6 m de largeur.

Le long de la rivière, sur une colline de la rive droite se situe la pagode de la Dame céleste, tour octogonale de sept étages et 21 m de haut. Sur la rive ouest on trouve les tombeaux des empereurs Nguyen (1802-1845).

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Guilin

En fin d’après-midi, l’avion nous transporte à Guilin. Edmond, guide national, nous attend avec un bus et un camion pour les valises… tahitiennes. Le restaurant est immense, plein à craquer, super bruyant. Des Chinois éméchés hurlent, trinquent, portent des toasts. On dit qu’il y aurait 1,5 milliard de Chinois. Quand même pas autant dans ce restaurant, mais cela nous donne immédiatement l’idée que la Chine est effectivement très peuplée. Retour à l’hôtel pour un repos bien gagné où nous découvrons une assiette remplie de raisins, bananes et mangoustans, délicate attention en signe de bienvenue de la part de notre guide.

chine itineraire

Passionnante, la Chine du Sud-Ouest. La cinquième province par la taille, est caractérisée par une grande diversité géographique et humaine. Autrefois capitale de la province du Guangxi, Guilin demeure une des villes les plus célèbres de Chine grâce à ses magnifiques paysages de montagnes calcaires, sa rivière Lijiang ou Li, chantés par les poètes et les peintres depuis plus de 1000 ans. La ville est entourée de collines aux grottes creusées dans les parois qui abritent des statues bouddhiques de la dynastie Tang (618-917). Les pics et les grottes ont reçu des noms poétiques tels Le Pic de la beauté solitaire, la Colline des Couleurs accumulées, la Colline des quatre vues, la Colline du chameau, la Colline en trompe d’éléphant, la Grotte des flûtes de roseau.

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La croisière en bateau sur la rivière Li est considérée comme l’une des plus belles que l’on puisse faire en Chine. Ce sera le programme de cette journée. Nous embarquerons, avec des Chinois et d’autres touristes, pour une croisière de 83 km sur le Lijiang. On passe ainsi devant des formations rocheuses aux noms évocateurs. On navigue au milieu de forêts de bambous, de villages calmes, de pics karstiques, de champs bien entretenus. On croise des barques de pêcheurs, des bateaux de croisière fluviale, tout un petit monde de buffles, de canards. Là aussi les falaises ont reçu des noms poétiques comme la Colline du Stupa, la Colline des Coqs combattants, la Colline percée. Après la ville de Daxu, la Colline de la Chauve-souris (symbole de bonne fortune en Chine ; les mots chauve-souris et prospérité sont homonymes en chinois), les Dragons jouant dans l’eau, le Rocher de l’Attente du mari. Le bateau longe alors le village de Caoping et le gouffre noir de la grotte de la Couronne. Au niveau du village de Yangdi, des frondaisons épaisses de bambous bordent le fleuve et les collines semblent se fondent dans les eaux fluviales. Avant d’atteindre Xingping, la Montagne des neuf chevaux.

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Les Chinois nous accompagnant avouaient qu’ils n’en avaient découvert que trois sur neuf. Las, nous n’avons pas battu leur record. Le bateau termine son périple à Yangshuo où nous passerons la nuit. Après un spectacle son-et-lumières en soirée où les Chinois parlent durant le spectacle, se lèvent, sortent, rentrent, s’interpellent, nous irons rêver aux paysages enchanteurs du Lijiang. Le lendemain matin, nous troquerons notre bus contre de petites voiturettes, sur une route défoncée, au milieu de constructions inachevées, de champs de riz récoltés, de nouvelles plantations, de vergers, nous admirerons la campagne. Les plantations d’arbres fruitiers remplacent de plus en plus les rizières. Cela contrarie les vieilles personnes qui craignent la pénurie de riz, eux qui ont connu les disettes ne peuvent comprendre ce changement. Si, dans cette région, les Han sont majoritaires, une vingtaine d’ethnies dont les Naxi, les Dai, les Yi, les Bai, les Hani et les Yao peuplent cette province.

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Speos d’Horemheb

Après un mille de navigation, le bateau à moteur rejoint les felouques, amarrées près de « la surprise » promise par Dji.

paysage du nil

C’est le site éclairé d’un temple creusé dans la roche, un spéos, celui du couronnement d’Horemheb. Autour s’étendent les carrières de grès qu’il était facile de charger directement sur les radeaux du Nil. Nous dînons face au spectacle de lumière, le site étant éclairé de puissants projecteurs orange visibles pour les bateaux de tourisme qui passent au centre du fleuve. Une tourte aux restes de viande d’hier compose le principal, à la pâte-purée étouffe-chrétien (ce que nous sommes, justement).

papyrus speos horemheb

Après le dîner, nous descendons des felouques sur les passerelles branlantes qui sont de simples planches. Nous longeons dans la nuit les falaises éclairées, d’où étaient extraites les pierres. Une ombre, des yeux brillants : un chacal détale sous les lampes. La falaise est parfois creusée en grotte où trois personnages sont assis, figés dans la pierre. Sur le Nil, les bateaux-usines continuent de brasser l’eau à grands bruits d’hélices, illuminés comme des HLM. Les vagues qu’ils provoquent viennent balancer les felouques et entamer un peu plus les rives. Pierre Loti notait déjà, en 1907, la « kyrielle de ces bateaux à trois étages, pour touristes, qui font tant de vacarme en sillonnant le fleuve, et sont bondés en grande partie de laiderons, de snobs ou d’imbéciles. » Comme nous souhaitons n’être rien de tout cela, nous avons volontairement choisi une autre voie d’exploration des bords du Nil. Loti nous en rendrait-il justice ?

felouques bord du nil

La nuit est calme, plus chaude que les précédentes. Les gros navires ont envoyé dès le matin des vagues qui font grincer la felouque. L’intérieur du bateau aux deux couples a même été mouillé ! C’est le soleil qui nous éveille, de son doigt caressant. Sa bienfaisante chaleur est le sourire du matin. Selon les Égyptiens d’il y a 5000 ans, c’est la création tout entière qui se répète à chaque lever de soleil et, ce matin, je suis prêt à les croire. Le dieu créateur rend au monde la fraîcheur juvénile de son commencement. Une toilette sommaire – forcément sommaire aurait dit la vieille alcoolo – dans l’eau du Nil (chlorée pour l’occasion) et le petit-déjeuner nous attend sur le bateau-terrasse en bord de rive. Feta, omelette, galette.

speos horemheb bord du nil

Nous partons visiter le speos d’Horemheb. Comme cet ex-général, qui a pris le pouvoir après la mort de Toutankhamon, n’était pas de sang pharaonique, les murs revisitent la mythologie afin de lui donner une lignée digne de l’Égypte. Isis donne ainsi le sein à Horemheb, dessiné en enfant debout, en présence d’Amon. Imparable. Au-dessus, le vautour protecteur plane. Cet oiseau de proie symbolise paradoxalement la protection parce que la femelle protège très bien ses petits. Horemheb signifie « Horus est en fête ». Les scènes gravées en mouvement sont très vivantes – le réalisme était le style d’Akhenaton.

speos horemheb interieur

Ce réalisme ne durera d’ailleurs pas après Horemheb ; la tradition figée reprendra ses droits pour l’éternité ou presque, tant le conservatisme est la tendance naturelle de tout humain et l’objectif de l’art de la représentation égyptienne. Il s’agissait de conserver pour garder vivant dans l’éternité – une sorte de philosophie écolo avant la lettre. Champollion, de passage ici, a dessiné ces bas-reliefs pour ses archives et c’est heureux pour nous, car certains aujourd’hui sont détruits. La fresque des prisonniers révèle de jolis mouvements des corps. Amon donne la vie à Horemheb en dirigeant vers sa bouche la clé de vie, cette croix ansée qui représente sans doute une vertèbre de bovin. La moelle, croyait-on, produit le sperme, symbole de vie. Une autre interprétation veut que ce signe dessine un miroir de cuivre qui piège la lumière céleste comme la vie retient la lumière divine.

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Tifaifai et lavatubes à Tahiti ?

Le tifaifai est conçu sur une surface de 2m40 de large et 2m60 de long, c’est un élément de décoration du fare (maison) tahitien. C’est un dessus de lit (iripiti), décoratif, pratique et confortable pour la saison fraîche. De très grandes pièces peuvent atteindre les 75 000 XPF pour les versions cousues mains. A deux personnes, il faudra plus de trois mois de travail à mi-temps. Au début du 19e siècle, ce sont les missionnaires qui ont apporté des patchworks dans leurs malles et ont transmis aux mamas l’idée de fabriquer  des couvertures avec des motifs polynésiens. C’est souvent un travail familial car il faut couper, épingler, bâtir avant de coudre. Il en existe plusieurs sortes.

tifaifai

Le tifaifai pu, qui vient des Australes, est le résultat de l’assemblage de plusieurs milliers de petits carrés ou rectangles de tissus de la même dimension. C’est un travail d’orfèvre.

Le tifaifai Pa’oti, vient les Iles de la Société et des Tuamotu, est l’assemblage généralement de deux tissus de couleurs différentes, un pour le fond, un autre appliqué dessus pour le motif utilisé, souvent uru, ape, taro, tiare. En général, c’est un motif en quatre parties symétriques d’une ou plusieurs couleurs.

Des concours du plus beau tifaifai sont organisés chaque année à l’occasion des fêtes de juillet et de l’exposition Tifaifai à la mairie de Papeete.

Vous serez à Hitiaa, au PK 40 sur la côte est de Tahiti. Vous aurez pris un guide, c’est plus sûr ! Une demi-heure de 4×4, puis une vingtaine de minutes à pied pour atteindre le début de cette randonnée sportive, vous serez à 600 m d’altitude.

lavatubes

Les lavatubes ? Ce sont des tunnels de lave apparus lors des différentes éruptions volcaniques qui formèrent l’île. Ils sont trois, de tunnels en cascades la randonnée se déroule les pieds dans l’eau et sur un sol glissant le long d’une rivière dont on doit parfois escalader les parois à la force des bras. Certes, des cordes placées le long du parcours et facilitent les montées et descentes. Pour les deux premiers lavatubes pas de problème mais le troisième réserve paraît-il de nombreuses surprises.

Une véritable galerie à plusieurs étages dont les roches et voûtes aux formes bizarres sont recouvertes de mousse, lichen. Les reflets dorés ont contribué au nom Grottes  d’or. Les Tahitiens n’aimaient guère s’y aventurer. Elles étaient souvent peuplées de lézard géant (te moo) qui vivait là se nourrissant d’animaux et d’hommes qui avaient eu l’audace d’y pénétrer. Vous serez prudents, sinon !…

Hiata de Tahiti

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Jean M. Auel, Le pays des grottes sacrées

L’auteur, née en 1936 à Chicago et mère de cinq enfants, a publié entre 1980 et 2011 une saga préhistorique en 6 tomes, Les enfants de la terre. L’histoire se passe il y a 30 000  ans en Europe, et met en scène une Cro-mignonne de 5 ans, Ayla, devenue orpheline à cause d’un tremblement de terre et recueillie par les Néandertaliens. La petite fille grandit mais elle est le vilain petit canard de la portée. Exclue du Clan, elle est suffisamment fine et intelligente pour avoir appris à chasser et à guérir ; elle apprivoise un lion, une jument, recueille un louveteau… puis rencontre le grand amour en la personne d’un jeune homme de sa race, grand, blond aux yeux bleus, Jondalar, un Homo doublement Sapiens comme elle (et pas Sapiens Neandertalensis). Elle part avec lui et ils explorent la contrée entre Caucase et Atlantique. Ils rencontrent les chasseurs de mammouths et autres peuplades proches mais différentes, chaque « caverne » se créant ailleurs quand il y a trop de monde.

jean m auel le pays des grottes sacrees 6

Nous sommes dans l’univers darwinien de Tarzan, revu par le féminisme gender américain des années 1980. Le grand mâle blanc est une femme, les Homo double Sapiens forment une société matriarcale dans laquelle seules les femmes sont chefs de famille, prêtresses et guérisseuses, parfois « Femmes qui commandent ».

Les mâles ne sont que des bites à offrir le Plaisir, et des muscles destinés à la chasse. Pour le reste… ils sont flemmards, insouciants – des enfants. Ils sont portés sur l’alcool, bagarreurs et frimeurs lorsqu’ils sont jeunes. Seule la Mère est la déesse adorée, Doni, semblable à la statuette de « Vénus » callipyge découverte sculptée en ivoire de mammouth (dont l’auteur semble avoir pris les formes plantureuses). Il n’y a aucun dieu masculin, pas même ces « sorciers » bandant ou ces bisons sexués, peints pourtant sur les parois des grottes. Ce féminisme militant a quelque chose d’agaçant, parce que systématique.

Dans le monde réel connu des ethnologues, depuis quelques siècles que l’observation ethnologique existe, aucune société n’est matriarcale ; il ne s’agit que d’une utopie véhiculée par Engels et les marxistes, sans aucun fondement attesté. La transmission matrilinéaire existe (héritage de la famille maternelle via l’oncle), mais pas le pouvoir aux femmes : les Amazones ne sont qu’un mythe.

jean m auel

C’est dire combien le féminisme affiché par l’auteur passe mal en Europe, moins candidement naïve que l’Amérique – pour qui tout ce qui est « nouveau » est forcément vrai et bon. La doxa dit que Jean M. Auel se documente toujours plus, lisant, reprenant des cours à l’université, participant en 1990 «  pendant quatre mois » à une campagne de fouilles en Périgord, écoutant le préhistorien Jean Clottes… Mais tous les indices des fouilles ou des peintures de grottes sont tordus par l’idéologie politiquement correcte de la femme de pouvoir.

Les Néandertaliens, appelés « têtes plates » dans le roman, sont considérés comme les Noirs aux États-Unis : pas très doués mais respectables, machos mais nantis de mémoire, sachant à peine parler mais ayant le sens du rythme, les mariages mixtes avec les Blancs aboutissant toujours à des traumatismes de sang-mêlé. On croirait la description d’une banlieue de Chicago…

jean m auel ayla et la tete plate

Le pays des grottes sacrées est le dernier des 6 tomes (en 2 volumes chez Pocket). Il a été publié 10 ans après le précédent. Le couple s’est sédentarisé, parent d’une petite fille au nom composé des deux leurs : Jonayla. Il est promis un fils à la fin du tome, mais un bébé intermédiaire a été « pris par la Mère », autrement dit avorté. Puisque Jean M. Auel s’est « documentée » auprès des sources scientifiques, porte ouverte par le succès des premiers tomes, elle nous convie à un American tour des grottes ornées du Périgord. Disparues Rouffignac, Castelmerle, Laugerie, Cap Blanc, Combarelles et Font de Gaume…

Foin de la chronologie, tout est prétexte à ramener ce qui existe au fantasme auélien : Ayla-First. La tarzanide Ayla a tout vu tout compris, tout créé à partir de rien. Le monde moderne commence avec elle, comme avec les États-Unis commence le monde contemporain : apprivoiser cheval et chien, répandre le propulseur à sagaies, guérir par les plantes inconnues, communiquer avec l’au-delà, ajouter une strophe au Credo religieux récité par tous, rééquilibrer les relations hommes-femmes… Superwoman en pagne (et souvent seins nus), manipule son mâle comme un rien (et pas seulement par la queue).

Je reste sceptique sur l’idée (biblique) que les hommes préhistoriques « croyaient » en l’esprit qui apportait les enfants, resucée de Gabriel archange.

Sceptique sur l’invention (biblique) que la Femme a forcé l’homme à la Connaissance du bien et du mal, autrement dit du sexe.

Sceptique sur l’inutilité (féministe) des mâles aux époques farouches. Tous les indices matériels vont dans l’autre sens…

Étaient-ils si niais, ces humains d’avant l’histoire ? Ils avaient pourtant les mêmes capacités intellectuelles que nous. Leurs peintures et dessins des grottes sont d’une précision aiguë. Leurs outils de silex montrent qu’ils étaient ingénieux. La façon qu’ils avaient d’enterrer leurs morts prouve leur sensibilité au mystère de la vie. Observateurs, habiles et sociaux, pourquoi auraient-ils laissé la naissance hors de leur réflexion ? Le tabou biblique, revu censure morale américaine, n’étaient pas leur premier souci !

jean m auel les enfants de la terre 9 volumes pocket

Ce tome 6 est un peu long, pas toujours intéressant, avec une fin abrupte. Mais reste un vrai talent de conteuse, malgré le tourisme obligé et la psychologie de série télé dans ce dernier volume. Quelques remarques de bon sens « humanisent » le temps lointain où, pourtant les êtres étaient double sapiens comme nous. « S’ils décidaient par exemple d’aller chasser, ils ne choisissaient pas forcément de suivre le meilleur chasseur mais plutôt celui qui dirigerait le groupe de façon qui garantirait une chasse fructueuse pour tous » p.48. Le tome 6 commence d’ailleurs par une chasse impromptue aux lions des cavernes…

Mais cela ne va pas sans quelques naïvetés spontanéistes : « Le monde l’âge glaciaire, avec ses glaciers étincelants, ses rivières aux eaux claires, ses cascades grondantes, ses troupeaux gigantesques, était d’une beauté spectaculaire mais terriblement dur, et les rares êtres humains qui y vivaient avaient conscience de la nécessité absolue de maintenir des liens puissants. Vous aidiez quelqu’un aujourd’hui parce que vous auriez probablement besoin d’aide demain » p.69. Ou la préhistoire revue par les yeux américains, l’expérience des pionniers du Nouveau monde…

Il y a des restes soixantuitards tirés du baiser sans entraves avec « l’initiation » des jeunes garçons dès la puberté (vers 12 ou 13 ans) aux relations sexuelles par des « femmes-donii » plus mûres (elles existent aujourd’hui sous le nom américain de femme-cougar). Mais seules les très jeunes filles de 11 à 12 ans se voient gratifiées d’une cérémonie des « Premiers rites » en bonne et due forme, initiées au sexe par des hommes plus âgés (chose aujourd’hui réprouvée par le politiquement correct américain). Ces étalons sont cependant choisis par les Femmes qui savent… En revanche, ni gai, ni lesbienne, ni bi ou trans, dans ce naturel humain : l’auteur choisit son politiquement correct !

jean m auel film ayla jeune

Ce sont les petits détails de la vie matérielle qui font le principal intérêt romanesque. Le lecteur entre en empathie avec l’humain livré à lui-même dans la nature foisonnante et dure à vivre. Ayla se harnache de tout un équipement avant d’aller voyager : « Elle passa son bâton à fouir sous la lanière en cuir qui lui ceignait la taille et accrocha l’étui de son couteau à droite. Sa fronde lui entourait la tête et elle portait les pierres qui lui servaient de projectiles dans un des sacs qui pendaient à sa ceinture. Un autre sac contenait un bol et une assiette, de quoi allumer un feu, un petit percuteur en pierre, un nécessaire de couture avec des fils de tailles diverses… » p.169. Nous nous retrouvons tel Robinson sur son île déserte ou comme un jeune scout (jeannette pour les filles) parti camper en pleine nature.

Si l’on veut quitter le quotidien et le contemporain pour rêver à l’humanité en ses aubes, rien de tel que ces gros livres. Ne pas croire qu’ils disent le vrai, ignorer leur côté vulgairement américain, laisser aux chiennes de garde le militantisme du « genre ». Se laisser emporter par les personnages, humains et animaux, et par les péripéties de l’histoire. Il est préférable de commencer par le tome 1 et de les lire dans l’ordre.

Jean m auel les enfants de la terre 7 volumes

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 1, Pocket 2003, 537 pages, €6.84

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 2, La vallée des chevaux,  Pocket 2003,   €6.84 

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 3, Les chasseurs de mammouths,  Pocket 2008,  914 pages, €7.22 

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 4-1, Le grand voyage, Pocket 2003, €6.84 

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 4-2, Le retour d’Ayla, Pocket 2003, €6.84

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 5-1, Les Refuges de pierre, Pocket 2004, 510 pages, €6.84 

Jean M. Auel, Les Enfants de la terre – tome 5-2, Les Refuges de pierre, Pocket 2003, 510 pages, €6.84 

Jean M. Auel, Les Enfants de la Terre – tome 6-1 – Le pays des grottes sacrées, Pocket 2012, 606 pages,  €7,69

Jean M. Auel, Les Enfants de la Terre – tome 6-2 – Le pays des grottes sacrées, Pocket 2012, 568 pages,  €7,69 

Film en DVD : Le Clan de la caverne des ours, réalisé par Michael Chapman, avec Daryl Hannah et Pamela Reed, en français Metropolitan video 2009, 98 mn, €12.15 

Le site en français de Jean M. Auel avec interviews vidéo.

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Aspects de l’Atlas central

Nous partons dans les gorges en longeant la rivière. Les champs se font plus nombreux, séparés par de petits murets de pierres sèches, comme dans le Connemara.

D’après le guide alpin d’André Fougerolles, édité à Casablanca en 1981 qui est dans le sac de Marie-Pierre, j’en apprends un peu plus sur la géologie du coin. Le Paléozoïque et le Permotrias affleurent au sud-ouest. Les roches du Précambrien que l’on observe sont les schistes, les grès, les quartzites à l’ouest et au sud, sous couverture calcaire. Des basaltes doléritiques, des argiles gypsifères et solifères apparaissent largement à l’ouest, et dans les failles du massif, reste du Trias supérieur. Les roches du Jurassique sont calcéro-dolomitiques dans la majeure partie du domaine montagneux. Les vallées présentent des séries marneuses avec empreintes et ossements de dinosaures. Les grandes cuvettes et les principales rivières sont des grès et basaltes du Mésojurassique, ou des grès rouges du Crétacé, sauf au centre du Haut-Atlas. Le dir méridional est Tertiaire, composé de roches détritiques et de conglomérats.

« En résumé – l’Atlas central tire l’originalité de ses formes et de son aspect des très importantes séries calcaires qui le composent, de sa nature de chaîne jeune du type épicontinental, et de l’importance des phénomènes karstiques qui s’y manifestent. Beaucoup de sources vauclusiennes donnent naissance à des rivières, alors que les vallées en amont sont sèches. On y rencontre des canyons étroits et profonds, des grottes, ainsi que de hauts plateaux hérissés de lapiés, parsemés de dolines, constituant par endroits de véritables poljés aux réseaux hydrographiques incertains, des crêts parfois aigus quand les séries sont redressées, des auges glaciaires puissamment sculptées. » Tout cela paraît un peu ésotérique au profane, mais est finalement simple lorsque l’on comprend tous les mots. Le relief « karstique » est un plateau calcaire creusé en tous sens par érosion chimique. Les sources « vauclusiennes » sont des rivières souterraines qui arrivent au jour comme les eaux de la Fontaine du Vaucluse. Les « lapiés » sont des failles creusées par l’eau dans le calcaire, les « dolines » des dépressions circulaires dans le calcaire, les « poljé » des dépressions entourées de rebords rocheux (les « crêts »), à fond plat et alluvial. En fait, le centre du Haut-Atlas est un gruyère calcaire.

La végétation s’étage ainsi :

– de 300 à 900 m d’altitude : une steppe à jujubiers, bétouns et gommiers, des oliviers. Sur les premiers contreforts calcaires, un manteau d’euphorbe et de doum (palmier nain). Un peu plus haut, le pin d’Alep et le chêne-vert.

– de 900 à 1500 m : le thuya de Berbérie et le genévrier rouge de Phénicie, les pins d’Alep et le genévrier Oxyèdre, des amandiers et des noyers. Des stations localisées de chêne Zen, d’if, d’alisiers blancs, d’érables de Montpellier, de cistes à feuilles de laurier, de buis des Baléares, de genêts, d’asphodèles, de jonquilles, de glaïeuls, de campanules, renoncules et pivoines, peuvent apparaître.

– de 1500 à 2200 m : c’est le domaine du chêne-vert en taillis, du lentisque, du ciste, de la lavande.

– de 2200 à 2500 m : pousse alors le genévrier thurifère, mais le climat se dégrade peu à peu, ajouté aux Berbères qui coupent les branches. Les forêts qui existaient sont pour la plupart mortes.

– de 2500 à 3600 m : la flore est peu variée mais endémique, proche de celle des Pyrénées, mais propre au Maroc. Apparaissent ensuite les coussinets épineux typiques.

– au-delà de 3600 m : les coussinets se raréfient, la végétation est maigre, principalement des campanules de Haire.

La faune de l’Atlas central est variée. On y rencontre le lynx, le chacal, le renard, le chat sauvage, le porc-épic, le lièvre, l’écureuil de roches. Parmi les oiseaux, on trouve le faucon, les pigeons, palombes et tourterelles, les bécasses. Les poissons sont la truite fario et la truite arc-en-ciel.

Les premiers textes connus qui font mention des habitants du Haut-Atlas sont ceux du Périple d’Hannon, vers le V° siècle avant notre ère. Les proto-berbères sont les Capsiens, venus sans doute d’orient, qui ont occupé le site de -8000 à -5000. Entre -6000 et -2000 apparaît le type insulaire gracile du Rif et le type atlanto-méditerranéen robuste dans le Maroc central, méridional, et le Sahara. Puis arrivent les Berbères, de langue chamito-sémitique.

Les Anciens distinguaient les Gétules, cavaliers nomades, et les Libyens plutôt sédentaires. Les Romains appelleront ces Gétules les « Numides » ou « Maures », habitant l’est et le centre du Maghreb. On distingue les paléoberbères Imazighen et les néoberbères Zenafa, venus de l’est par vagues. Ils seront convertis à l’Islam au XII° siècle de notre ère. Dès le XI° siècle, des conquérants Almohavides venus des bords du fleuve Sénégal deviennent les Berbères Sanhadja (Imaghizen). Sous prétexte de pureté de l’islam, ces cavaliers des steppes font la guerre aux sédentaires des plaines et des montagnes fertiles. Ils créent Marrakech en 1062 et débordent jusqu’en Espagne.

Les Marabouts ont été à l’origine des « prêtres » destinés à compléter l’islamisation des Berbères et à lutter contre les conquêtes chrétiennes. Ils étaient porteurs de la « baraka » (la chance) et faiseurs de miracles, animateurs de la guerre sainte, professeurs de sciences religieuses. Les maîtres des Zawyats perçoivent la dîme et constituent des abris sacrés. Par l’afflux des pèlerins et des quémandeurs, les Zawyats étendent leur clientèle et deviennent des seigneuries.

Le guide d’André Fougerolles n’est plus disponible, mais le même auteur a édité en 1191 un beau livre sur le Haut-Atlas que l’on peut se procurer.

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