Articles tagués : berbères

Dans les gorges de l’Atlas

Nous partons à 8 h sur le grand plateau, depuis lequel on aperçoit les pentes enneigées du M’goun. De l’autre côté, le djebel Tarkeddid élève ses 3565 m. On rencontre des ânes et quelques chameaux bruns à la bosse bien garnie. Ouarzazate n’est pas loin, même si nous n’irons pas jusque là.

Nous descendons dans les gorges de l’Arous parmi les bergers et les troupeaux. Une famille entière campe sous une tente d’osier, entourée d’un muret de pierres sèches pour que les bêtes ne viennent pas en bousculer la paroi la nuit.

Brahim nous conseille de nous mettre en short et en baskets pour les gorges. La descente commence. Comme hier, nous passons et repassons à gué la rivière. Cette fois, l’eau nous semble moins froide. Nous suivons l’Arous qui est grosse encore en cette saison car il a plu tard cette année. Nous avons d’ailleurs de la chance, car le paysage est plus vert et les rivières sont plus remplies qu’à l’habitude. Dans le fond des gorges, l’eau a creusé un tunnel capricieux que nous suivons. Il y a des passages de cascade épiques, que nous descendons en nous jetant carrément dans les remous sur plusieurs mètres !

Parfois, nous descendons plus prudemment, pied à pied dans le torrent en pente moins raide, l’eau nous tombant dessus. Un petit saut, et nous voici avec de l’eau jusqu’au ventre. Brahim teste le passage le premier, en général. Il s’est fait accompagner aujourd’hui exceptionnellement de Mohammed le cuisinier, au cas où il y aurait besoin de récupérer quelqu’un ou de partir chercher du secours en arabe. L’air qui s’engouffre dans la gorge donne froid avec les vêtements mouillés, et je reste en simple short. Certains mettent un k-way, d’autres carrément une cape de pluie ! Mais l’homme est fait pour aller nu et c’est bien le plus confortable pour cet exercice. Les mouvements ne sont pas gênés par les vêtements gorgés d’eau, la peau ne sent pas le froid car l’eau sèche dans le vent tiède qui parcourt le défilé. Tout ce qui craint l’eau, dans le sac, est enfermé sous plastique.

Après cet intermède mouillé, nous séchons au soleil sur les rochers, au débouché d’une voûte. Au pique-nique, Brahim mange du saucisson pour montrer qu’il est indépendant de sa religion. De même, le soir, il boit de l’alcool. Je pense que ce n’est pas par goût, mais pour faire affranchi vis-à-vis des autres, toujours englués dans les traditions. Il est compétent professionnellement, mais il ne parle pas beaucoup.

Deuxième émotion du jour, une descente en rappel d’une cascade. Les gorges se resserrent et le sentier disparaît sur les pentes. Il faut descendre une dizaine de mètres à côté d’une cascade. L’itinéraire est plutôt bosselé, avec une arrivée sous grotte, où les pieds n’ont plus prise sur la paroi. Nous nous sentons alors tels une araignée au bout de son fil, à laisser glisser la corde pour arriver en bas. D’autant qu’un gros trou d’eau s’ouvre sous les pas. Il faut un comité de réception, à qui l’on tend la main à quelques centimètres de la surface, pour se faire tirer sur la terre ferme à côté.

J’ai toujours l’appréhension du départ en rappel. Me mettre au-dessus du vide, suspendu à la corde raidie, les pieds en équerre contre la paroi, m’est difficile. Je dois me raisonner et y aller d’un coup. Mais je n’aime pas ce lancement. Une fois parti, tout va parfaitement. Aucune peur ne m’habite plus, même si la hauteur est grande. C’est le basculement qui m’impressionne, pas « le gaz ». Cette expression est celle des alpinistes pour désigner le vide et Marie-Pierre l’utilise volontiers. Je reste torse nu en attendant que mon tee-shirt veuille bien sécher, et cela impressionne les filles. Cela fait plus viril de faire des acrobaties sans vêtements. Pourtant, je me sens plus comme un gamin innocent heureux de se dépenser sans contraintes que comme un objet de désir.

Le bivouac est au débouché des gorges, sur le plateau de l’Arous. Pour l’atteindre, nous traversons un torrent à sec dans lequel brillent des milliers de cristaux de gypse. On dirait qu’une auge de plâtre a été lavée là. Le ciel est toujours bleu. Des formations calcaires dolomitiques se découpent sur fond de crêtes, dans une brume de chaleur d’un bel effet. Le paysage est grandiose à 2300 m.

Mimoun a lavé sa chemise dans la rivière Arous aujourd’hui et il change de tee-shirt pour la première fois depuis le départ. Il sent la fin et veut se faire beau pour le retour. Sa peau est naturellement bronzée, même si elle ne voit pas souvent le jour, toujours vêtue de pudeur paysanne ennemie des vicieux courants d’air et des impudiques regards des filles et des aînés. Son torse est maigre. Les autres Berbères font aussi leur lessive. Ce soir, après la ratatouille aux œufs mêlés, nous donnons une enveloppe à Brahim pour tous les Berbères à se partager, Brahim compris.

Catégories : Maroc, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Aspects de l’Atlas central

Nous partons dans les gorges en longeant la rivière. Les champs se font plus nombreux, séparés par de petits murets de pierres sèches, comme dans le Connemara.

D’après le guide alpin d’André Fougerolles, édité à Casablanca en 1981 qui est dans le sac de Marie-Pierre, j’en apprends un peu plus sur la géologie du coin. Le Paléozoïque et le Permotrias affleurent au sud-ouest. Les roches du Précambrien que l’on observe sont les schistes, les grès, les quartzites à l’ouest et au sud, sous couverture calcaire. Des basaltes doléritiques, des argiles gypsifères et solifères apparaissent largement à l’ouest, et dans les failles du massif, reste du Trias supérieur. Les roches du Jurassique sont calcéro-dolomitiques dans la majeure partie du domaine montagneux. Les vallées présentent des séries marneuses avec empreintes et ossements de dinosaures. Les grandes cuvettes et les principales rivières sont des grès et basaltes du Mésojurassique, ou des grès rouges du Crétacé, sauf au centre du Haut-Atlas. Le dir méridional est Tertiaire, composé de roches détritiques et de conglomérats.

« En résumé – l’Atlas central tire l’originalité de ses formes et de son aspect des très importantes séries calcaires qui le composent, de sa nature de chaîne jeune du type épicontinental, et de l’importance des phénomènes karstiques qui s’y manifestent. Beaucoup de sources vauclusiennes donnent naissance à des rivières, alors que les vallées en amont sont sèches. On y rencontre des canyons étroits et profonds, des grottes, ainsi que de hauts plateaux hérissés de lapiés, parsemés de dolines, constituant par endroits de véritables poljés aux réseaux hydrographiques incertains, des crêts parfois aigus quand les séries sont redressées, des auges glaciaires puissamment sculptées. » Tout cela paraît un peu ésotérique au profane, mais est finalement simple lorsque l’on comprend tous les mots. Le relief « karstique » est un plateau calcaire creusé en tous sens par érosion chimique. Les sources « vauclusiennes » sont des rivières souterraines qui arrivent au jour comme les eaux de la Fontaine du Vaucluse. Les « lapiés » sont des failles creusées par l’eau dans le calcaire, les « dolines » des dépressions circulaires dans le calcaire, les « poljé » des dépressions entourées de rebords rocheux (les « crêts »), à fond plat et alluvial. En fait, le centre du Haut-Atlas est un gruyère calcaire.

La végétation s’étage ainsi :

– de 300 à 900 m d’altitude : une steppe à jujubiers, bétouns et gommiers, des oliviers. Sur les premiers contreforts calcaires, un manteau d’euphorbe et de doum (palmier nain). Un peu plus haut, le pin d’Alep et le chêne-vert.

– de 900 à 1500 m : le thuya de Berbérie et le genévrier rouge de Phénicie, les pins d’Alep et le genévrier Oxyèdre, des amandiers et des noyers. Des stations localisées de chêne Zen, d’if, d’alisiers blancs, d’érables de Montpellier, de cistes à feuilles de laurier, de buis des Baléares, de genêts, d’asphodèles, de jonquilles, de glaïeuls, de campanules, renoncules et pivoines, peuvent apparaître.

– de 1500 à 2200 m : c’est le domaine du chêne-vert en taillis, du lentisque, du ciste, de la lavande.

– de 2200 à 2500 m : pousse alors le genévrier thurifère, mais le climat se dégrade peu à peu, ajouté aux Berbères qui coupent les branches. Les forêts qui existaient sont pour la plupart mortes.

– de 2500 à 3600 m : la flore est peu variée mais endémique, proche de celle des Pyrénées, mais propre au Maroc. Apparaissent ensuite les coussinets épineux typiques.

– au-delà de 3600 m : les coussinets se raréfient, la végétation est maigre, principalement des campanules de Haire.

La faune de l’Atlas central est variée. On y rencontre le lynx, le chacal, le renard, le chat sauvage, le porc-épic, le lièvre, l’écureuil de roches. Parmi les oiseaux, on trouve le faucon, les pigeons, palombes et tourterelles, les bécasses. Les poissons sont la truite fario et la truite arc-en-ciel.

Les premiers textes connus qui font mention des habitants du Haut-Atlas sont ceux du Périple d’Hannon, vers le V° siècle avant notre ère. Les proto-berbères sont les Capsiens, venus sans doute d’orient, qui ont occupé le site de -8000 à -5000. Entre -6000 et -2000 apparaît le type insulaire gracile du Rif et le type atlanto-méditerranéen robuste dans le Maroc central, méridional, et le Sahara. Puis arrivent les Berbères, de langue chamito-sémitique.

Les Anciens distinguaient les Gétules, cavaliers nomades, et les Libyens plutôt sédentaires. Les Romains appelleront ces Gétules les « Numides » ou « Maures », habitant l’est et le centre du Maghreb. On distingue les paléoberbères Imazighen et les néoberbères Zenafa, venus de l’est par vagues. Ils seront convertis à l’Islam au XII° siècle de notre ère. Dès le XI° siècle, des conquérants Almohavides venus des bords du fleuve Sénégal deviennent les Berbères Sanhadja (Imaghizen). Sous prétexte de pureté de l’islam, ces cavaliers des steppes font la guerre aux sédentaires des plaines et des montagnes fertiles. Ils créent Marrakech en 1062 et débordent jusqu’en Espagne.

Les Marabouts ont été à l’origine des « prêtres » destinés à compléter l’islamisation des Berbères et à lutter contre les conquêtes chrétiennes. Ils étaient porteurs de la « baraka » (la chance) et faiseurs de miracles, animateurs de la guerre sainte, professeurs de sciences religieuses. Les maîtres des Zawyats perçoivent la dîme et constituent des abris sacrés. Par l’afflux des pèlerins et des quémandeurs, les Zawyats étendent leur clientèle et deviennent des seigneuries.

Le guide d’André Fougerolles n’est plus disponible, mais le même auteur a édité en 1191 un beau livre sur le Haut-Atlas que l’on peut se procurer.

Catégories : Maroc, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Méchoui

Au lever, avant le soleil, il fait froid, l’atmosphère est bleutée. Soudain, l’astre apparaît sur la crête du Rhat. C’est magnifique comme un sourire paternel à un enfant éperdu. Quelques minutes plus tard, la température monte et l’on enlève le pull. Immense et mystérieux bienfait. En un clin d’œil, tout est joie.

Nous partons sur une piste vallonnée entre 2600 et 3200 m. Depuis hier, plusieurs jours après le début de la randonnée, la marche devient automatique, permettant à l’esprit de s’évader. Le processus est le même que le rêve : une pensée en entraîne une autre, les images s’associent, une histoire naît, décousue. L’esprit est libre, il souffle où il veut, une veille faisant se mouvoir le corps et s’adapter en souplesse au terrain. C’est un processus que j’ai remarqué maintes fois, une sorte de mise en méditation. Il semble qu’il faut au moins quatre jours de marche et de mise en condition pour que cette libération intervienne. Le premier regard sur le pays doit être saturé, les nouvelles habitudes de la vie de randonneur doivent être reprises.

Nous changeons de vallée en grimpant face au Rhat. Les mules nous suivent, puis nous rattrapent au col de Tizi n’Ibouzene que nous devons passer, à 3600 m. Le camp est installé plus bas dans un petit vallon vert, bien isolé, près d’un torrent. L’étape est peu fatigante aujourd’hui, sauf le départ en bosse de chameau, délicat à négocier sans échauffement après nos efforts d’hier. Marie-Pierre, par inadvertance, a la manie d’intervertir les prénoms. Nous ne sommes pourtant pas nombreux. Monique devient Simone, Bernard est appelé Bertrand, et moi je suis Daniel. Nous en rions, il faut bien rire de quelque chose.

Le soir, à 3100 m, nous passons en quelques minutes du tee-shirt à la veste de montagne lorsque le soleil disparaît derrière la crête. Avec le dessert, une crêpe fourrée à la confiture, œuvre de Brahim, nous buvons de la poire Williams, alcool d’Alsace acheté par l’un d’entre nous à l’aéroport avant le départ. La crêpe fourrée « pègue » un peu, ce qui veut dire qu’elle « poisse » les mains. Mais Marie-Pierre a ainsi tout un lexique régional briançonnais d’expressions savoureuses à nous sortir. Je n’en note que quelques-unes lorsque j’y repense ou qu’elles m’amusent particulièrement.

La montée du lendemain est elle aussi en creux et bosses, de crête en crête, de touffes d’épineux en pierriers. Le paysage est raviné en ocre et rose, en jaune et vert. Les mules passent par le même sentier que nous, où il faut parfois bien regarder avant de poser le pied, la trace étant à peine perceptible sur la pente caillouteuse. Mais ces bêtes sentent où il faut aller, et elles ont quatre pattes bien plantées pour se maintenir. Ce n’est pas notre cas.

A la redescente, nous rencontrons des bergers et leurs troupeaux de chèvres et moutons mêlés. Le village s’appelle Ichbakene. Nos Berbères négocient une chèvre avec les adultes qui surveillent les petits gardiens du troupeau, plusieurs enfants en vêtements bien vieillis. Une crête, un passage à flanc, et c’est soudain la plongée dans un véritable canyon. Tout au fond serpente une rivière au débit assez vif : la Tessaout. Sur un piton au-dessus d’elle, un village s’est perché comme une forteresse. Un village du bout du monde. Au bas de la pente, nous retrouvons la végétation, les noyers et leur ombre noire, les champs cultivés. Comme il est tôt, nous poursuivons directement jusqu’au lieu de bivouac, sans pause intermédiaire prévue pour midi. Nous aurons marché en tout 7 h aujourd’hui, avec deux pauses d’une demi-heure. Nous sommes en forme. Il nous reste donc le temps de « bulleter », selon l’expression de Marie-Pierre pour buller.

La traversée du village aux maisons pittoresques est marquée par un nuage de gamins qui fond sur nous. Ils sont en loques, couleur terre comme de petits paysans toujours à se traîner. Par habitude et par curiosité, ils sont collants envers les étrangers. Ils nous suivront encore loin après le village, jusqu’à ce que Brahim prenne sa grosse voix en arabe et les chasse. Seul un jeune mâle qui sait se faire respecter pouvait les faire obéir. Marie-Claire n’y suffisait pas.

Le bivouac est installé au bord de la rivière, à 2200 m, dans la vallée de la Tessaout. Il y fait chaud comme dans un four, nous n’en avons plus l’habitude. Corinne ne se sent pas très bien, Monique non plus, peut-être à cause de la température en plus de problèmes intestinaux. Pamplemousses et thé à la menthe nous désaltèrent et nous rafraîchissent. La rivière est trop froide pour s’y baigner entièrement, mais on peut s’y laver.

Le soir venu, nos Berbères tuent la chèvre par égorgement, selon les rites musulmans. Une femme et deux gamins en guenilles regardent faire ce travail réservé aux hommes, et attendent pour emporter certains restes : la tête (sauf la langue, réservée à la famille de Brahim), l’extrémité des pattes, les intestins. Chaque famille a ses coutumes pour les parties de la tête à manger. Ce soir, nous avons des grillades de chèvre. Une femme fait le pain. C’était d’habitude le rôle de Mimoun ou du cuistot de faire le pain, mais comme elle était là, ce n’est pas aux hommes de le faire. Des gamins tournent autour de nous et surtout de la cuisine. Ils ont de belles têtes aux traits réguliers mais leurs guenilles laissent le ventre ou la gorge à nu. Ils ont l’air bien nourri, si l’on en juge par leur vigueur physique et ce que l’on aperçoit par les vêtements déchirés : sur les poitrines brunes, on ne compte pas les côtes.

La soirée est joyeuse : on boit et on mange tout le temps, ce qui est une façon plutôt agréable de passer le temps après une rude journée de marche. Puis les Berbères viennent chanter et taper des casseroles en rythme. Mimoun est moins rieur que l’autre soir, ses grands yeux verts se plissent moins, mais il est bien aimé de Brahim, le chef, qui lui offre une place sur son coussin. Mimoun est peut-être intimidé face à ce chef, ce serait pourquoi il nous paraît moins en forme ce soir. Les chants berbères sont des complaintes qui se répondent. « Bien » chanter c’est être dans les temps, répondre quand il faut, être un élément au rythme de l’ensemble. La qualité de la voix est secondaire.

La nuit est tiède et calme sur le sable, avec le bruit assourdi de la rivière en berceuse. Dès 5 h du matin, au lever du jour, les gamins du village sont déjà là, à regarder. Nous sommes leur cirque, ils ne doivent pas le voir souvent. Brahim, toujours grand seigneur à l’arabe, leur donne du pain et parle avec eux.

Catégories : Gastronomie, Maroc, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Gravures rupestres de l’Atlas

Au lever, à 6 h, un superbe soleil éclaire les alentours et il fait déjà chaud. Dans la vallée, une mer de nuages crémeux stagne ; ils se disperseront peu à peu durant la matinée. Nous sommes au-dessus de tout cela. Sur nous, le ciel reste bleu. Un petit berger chante quelque part et sa voix résonne sur les parois. La source murmure, les mules tournent autour de leurs piquets et mâchent la paille qu’on leur a donnée. La terre est rouge et produit d’étranges fleurs vertes sur les touffes d’euphorbes.

En berbère, praline se dit « kaokao » mais bonbon se dit « fanide ». C’est un mot que nous entendrons souvent de la part des enfants. L’injure de surprise, qui se dit merde en français est en berbère « zeit » (prononcer khsiete en crachant le kh). « Balek » signifie dégage ! et « azi », viens. De même nous avons « makein moukhil » = pas de problème, « chrob » = boite, « magana » = montre, « chbib » = raisin sec, « louze » = amande, « tierbatine » = gazelle. « Ya » veut dire oui et « hoho », non. En arabe ou en berbère, « yallah » signifie « on y va » et « la choukrane al anajib », merci.

Nous partons explorer le col de Tizi n’Tirghist, une centaine de mètres plus haut que le camp. Il se situe au pied de la corne nord de la table du Rhat, où sont gravés des signes rupestres sur les dalles de grès rose. Boucliers, lances, chevaux, attelages… les signes sont ceux d’un peuple agriculteur et guerrier, il y a probablement 3000 ans. Mais les gravures ont pu subsister jusque vers l’an 1000 de notre ère.

Le col est un lieu remarquable, peut-être inquiétant. Mettre sa marque en cet endroit, c’est marquer son territoire. Les chats pissent contre un buisson, les hommes, plus subtils, gravent des symboles. Justement, marquer des boucliers en grand nombre à cet endroit est sans doute une forme de protection contre ce qu’il y a au-delà, démons de la montagne ou hommes de la vallée suivante. Les « boucliers » sont des gravures rondes, munies d’un point central et striées en demi-cercle.

Le ciel est pur à cette hauteur, d’un bleu pastel. L’herbe est bien verte fleurie de boutons d’or, l’une de mes fleurs d’enfance avec la pâquerette et la giroflée. Des coquelicots mettent leur note rouge dans les champs encore verts. Une petite fille que nous croisons en porte un chargement sur le dos, « pour les vaches », nous dit-on. De jeunes bergers curieux descendent jusqu’à nous, à qui nous donnons des figues sèches et des amandes. Des villages surgissent un peu partout. On entend dans les lointains des cris d’enfants. Le cricri des grillons, les trilles des oiseaux peuplent l’étendue, sous le soleil à peine voilé parfois de légers cumulus. Les montagnes alentour alignent leurs strates horizontales comme un rempart protecteur. Des plaques de neige éternelle rappellent cependant que le climat est rude en hiver.

Nous suivons la vallée sur une petite piste creusée par le pas des mules et des vaches qui vont aux pâturages. Nous croisons plusieurs troupeaux de tous ordres sur la piste, deux ou trois vaches rousses aux petites cornes, conduites par une fillette ou un garçonnet. Plusieurs filles déjà adolescentes ramènent sur leurs dos des bottes de coquelicots et autres herbes mélangées. Elles avancent courbées en deux, la botte deux fois plus grosse que leur corps, tenue sur les épaules par une corde. On dirait des fourmis, grignotant pas à pas la distance du champ à l’étable.

La terre est irriguée de rigoles tracées depuis des générations et les champs se multiplient. Souvent l’orge est mélangé à l’avoine, un peu de maïs pousse plus loin, puis des pommes de terre. Tout est conçu pour l’autarcie : nourrir les hommes et les bêtes, mais sans guère de surplus à vendre sur les marchés. Les gamins qui nous regardent, de leurs grands yeux emplis de curiosité pour l’étrange que nous représentons, sont habillés selon la tradition, en djellaba. A force de jouer dans la terre, ils en ont pris la couleur. Seuls deux yeux noir ou brun qui brillent dans leur visage paraissent éternellement neufs.

Pique-nique et campement à 2300 m d’altitude, à une heure du dernier village de Tarbat n’Tirsal. Demain, nous attaquons la montagne. Le ciel se couvre, le vent suit les méandres de la vallée. Si le soleil est brûlant lorsqu’il règne au ciel, il fait frais dès qu’il se cache. L’après-midi est consacrée au repos, dans l’attente des fatigues de demain.

Ce soir, nous avons du couscous pour dîner. Après le service, les Berbères viennent chanter et jouer du tam-tam sur des casseroles dans la tente mess où nous nous sommes réfugiés en raison du froid qui descend. Le boute en train du lot est le jeune Mimoun. Il chante d’une voix bien posée, avec certaines notes encore adolescentes. Il sourit tout le temps, comme s’il se réjouissait de tout ce qui arrive. Il est rempli de vie et sa joie d’exister est une contagion permanente. Les autres Berbères l’aiment bien. Il change parfois malicieusement les paroles des chansons traditionnelles pour les faire rire. Nous chantons aussi, après qu’ils l’aient demandé, mais notre voix a moins de conviction. L’habitude s’est perdue, depuis l’école. Je me lance dans un solo avec le succès appris d’un étudiant en médecine : « je suis allé jusqu’à la morgue » est un air de salle de garde, mais rythmé et facile à retenir. Vis-à-vis d’étrangers qui ne comprennent pas les paroles, cela a son effet.

Catégories : Archéologie, Maroc, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Colique en randonnée berbère

Nous campons près du village d’Ighir n’Ighrazène. Les tentes sont installées au bord du torrent dont le bruit continu aide à s’endormir. Deux gamins poussiéreux mais amicaux nous observent. Nous leur donnons du chewing-gum et des stylos, ce qui devait être le but de leur présence après la curiosité. Même s’il fait chaud, nous dormons sous la tente. Mais la nuit a été dure, j’ai du me lever trois fois en catastrophe, à cause de la colique. Chier nu sous la lune, le nez dans la menthe, est de fait assez drôle. La température est heureusement douce, même à cette altitude. Hier midi, en effet, nous mettions soigneusement nos pastilles de purification dans l’eau des gourdes. Mais les cuisiniers berbères, s’ils se sont bien lavés les mains selon les instructions, ont pris de l’eau directement dans la rivière pour y nettoyer la salade et les tomates, que nous avons mangées cru.

Je me réveille déshydraté, ayant peu dormi, il paraît que je suis pâle et mou. Mais nous marchons doucement. Pascal, en blaguant, dit : « Alan, c’est une belle mécanique, mais il suffit d’un grain de sable. » Lorsque cela lui arrivera, un peu plus tard et pour plusieurs jours, il sera en pire état que moi. A un coude du torrent, près d’une source, Bernard arrive à ramasser dans une boite de conserve des paillettes argentées qui stagnent sur la rive. Elles brillent comme de l’argent, mais il s’agit peut-être seulement de plomb argentifère.

La montée est progressive. De petites filles d’une douzaine d’années avancent, courbées en deux sous d’énormes bottes de foin frais coupé. Elles se rendent au souk local d’Abachou. Elles ont le costume traditionnel de la région, une sorte de boubou très coloré, et portent un foulard sur la tête.

Les hommes et les garçons sont habillés le plus souvent à l’européenne, de pantalons de survêtements et de vieux tee-shirts. Certains portent, par-dessus, la djellaba ou la gandoura de laine. Il ne fait pas chaud ici, le soir venu.

A la pause de midi, au bord du torrent, au Vieux-Abachou, les Berbères installent le pique-nique, débâtent les mules, et préparent le repas. Tomates et concombres sont encore lavés directement dans l’eau du torrent ; la vaisselle y sera faite aussi. On peut toujours mettre des pastilles dans l’eau à boire ! Mais cette fois je suis prudent et j’évite les crudités. Réhydraté par le thé depuis ce matin, je revis.

Les villages succèdent aux champs en terrasse qui paraissent, de loin, des rubans accrochés aux flancs de la montagne. Le jeu des couleurs est fascinant en cette saison, du jeune au vert tendre, du gris à l’ocre rouge, tout cela sous le bleu pur du ciel. La Berbérie est un beau pays. Des gamins nous suivent toujours un moment lorsqu’ils nous voient ; ils nous sortent les seuls mots de français qu’ils aient aussitôt appris : « bonjour », « donne-moi un stylo », « un bonbon ». Au premier village après la halte de midi, un petit d’environ 7 ans au beau visage avait le vrai type berbère aux cheveux bruns, aux grands yeux. Ses dents de lait commençaient à tomber et son tee-shirt était déchiré sur la poitrine. Je lui ai donné mes derniers chewing-gums. Sa petite main était ridée par la terre.

Nous montons encore en altitude. Des troupeaux sont disséminés sur la montagne. Du haut, des gamins crient pour se faire remarquer. Nous atteignons 2200 m au col Tizi n’Tighist et faisons la pause vespérale sur un versant herbu, garni aussi de coussins épineux. De l’eau coule encore dans le coin. Il y en a partout.

Le soir, je suis fatigué mais moins qu’hier. Je commence à trouver le rythme. Pastis, puis Poire Williams apportés de France par les uns et les autres pour les fraîcheurs vespérales ; le repas ne peut ensuite qu’être joyeux. Nous faisons plus ample connaissance avec les Berbères qui nous accompagnent. Il y a deux Mohammed, le chef des muletiers et le cuistot ; il y a un Ahmet, et le benjamin, Mimoun qui déclare avoir 19 ans. Il en paraît 16 avec sa face ronde et son corps fluet. Le coucher du soleil envahit les montagnes de rose et de violet, en dégradé. La nuit est très étoilée, immense. Il ne fait pas si froid, bien que nous dormions à 2400 m.

Catégories : Maroc, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’Islam et les garçons

Coïter un garçon n’est pas permis par la charia, bien que Mahomet lui-même semble n’en avoir rien dit explicitement dans le Coran. La seule mention est celle de la mission de Loth (sourates 7 verset 80, 21 verset 74, 27 verset 55, 29 verset 28), qui doit corriger ceux qui s’adonnent à l’homosexualité entre adultes. Mais le péché est de faire de son semblable une ‘femme‘ un objet passif de la relation sexuelle. Pas question de toucher aux enfants (musulmans), mais si la situation n’est pas celle d’égaux, ça se discute : ainsi les esclaves ne sont pas concernés puisqu’objets conquis, les efféminés et travestis non plus car créés ainsi par Dieu, ni les éphèbes qui sont pubères mais pas finis, et tourmentés de désirs quand on ne peut les marier dès 14 ans. Ils sont surtout d’une beauté reconnue au paradis à l’égal des houris (sourate 52 verset 24 et 56 verset 17).

Si la beauté des adolescents vient de Dieu, n’est-il pas licite de les ‘adorer’ ? Mais l’acte d’adoration signifie-t-il baiser ? Grandes discussions dans l’histoire entre les oulémas, juristes et soufis. L’Islam a choisi de faire comme tout le monde méditerranéen après l’empire romain, d’ériger la Morale contre le sexe (moyen de contrôle clérical), les femmes tentatrices en premier et les adolescents en second. La finalité est la procréation, le moindre mal la chasteté (l’inverse des prescriptions chrétiennes). Tout le reste détourne de l’adoration de Dieu seul. Cela dit, la loi est une chose, les mœurs une autre. Le monde musulman est très vaste et les façons de faire diverses.

Fréquenter un éphèbe est un péché véniel qui peut être pardonné – en regard des feux de l’enfer si l’on touche une femme qui n’est pas la sienne ! Les mœurs bédouines et paysannes se conjuguent avec la religion pour interdire absolument la défloration hors mariage. On ne saurait plus de qui sont les enfants ! La femme est un bien, que l’on vendra à une autre famille par mariage pour se l’allier. Ce pourquoi le mariage entre cousins est si courant : la dot ne sort pas de la famille élargie. Comme partout où le sexe opposé est « interdit », sauf à être membre d’une vaste tribu et assez riche pour être marié dès 14 ou 15 ans, les célibataires forcés trouvent d’autres voies pour le désir sexuel irrépressible. Ils se font parfois sodomites.

Selon Auguste Mouliéras à la fin du XIXème siècle au Maroc, « les Arabes et les Berbères du sud et du centre ne connaissent que la femme, tandis que des Djebala, le Sous et le Rif préfèrent les gitons. C’est à ce goût particulier qu’ils reçoivent leur surnom de K’aoum Lout’ (peuple de Loth) » p.15.

Il explique : « Près de la mosquée du village se trouve le beït eç-çoh’fa, arsenal communautaire. Les soldats du corps de garde, illettrés la plupart, n’ayant ni la distraction de la lecture, ni le passe-temps des cartes, eurent l’idée de se divertir en faisant du temple de Mars une maison de prostitution, abominable lieu de débauche, où le giton et la âïla se livrent à la bestialité des brutes, dont ils sont la propriété, la chose, les esclaves. (…) Maintenant, comment concilier deux sentiments, en si apparence contraires le zèle religieux et la lubricité ? Où trouver un homme plus dévot que le Djebalien, et, en même temps, plus impudique ? Si vous avez étudié l’Histoire en philosophe, sans esprit de secte, uniquement préoccupé de chercher la vérité, vous avez pu constater que le fanatisme a été la cause de toutes les horreurs, de tous les fléaux, de toutes les infamies qui ont désolé, pendant tant de siècles et chez toutes les nations, notre malheureux globule. » p.17

Il décrit : « La fête commence. On se donne d’abord le baiser de paix, en embrassant l’épaule de tous ceux que l’on rencontre. La mosquée se remplit de monde et de victuailles. C’est un envahissement de grands plats de bois, débordants de kouskous, des viandes, du miel, des assiettes creuses, pleines de pâtes, potages, beurre, raisins secs, figues. Des groupes se forment dans la salle même de la prière on s’accroupit en rond. Au centre, prennent place les anciens du village avec l’instituteur. Toutes les mains se mettent à pétrir des boulettes de kouskous, très adroitement lancées dans la bouche, à distance, sans jamais manquer le but. Il y a des gloutons qui se mettent à quatre pattes, humant longuement le miel des gaçaâ. Le bruit des mâchoires se ralentissant, les estomacs donnent des signes non équivoques de satiété. Alors un vieillard récite à haute voix la fatih’a, premier chapitre du Coran, répétée à voix basse par toute l’assistance. On laisse dans un coin les reliefs du festin. à la disposition des pauvres et des étrangers. Tout le monde se porte hors du village, dans une sorte de cirque, où, jusqu’à la tombée de la nuit, se livrent les mêmes simulacres de combat.

Après l’énorme repas du soir, fait comme toujours à la mosquée, les célibataires et les jeunes gens, ne pouvant plus souffler, tellement ils sont repus, vont naturellement terminer la soirée au beït eç-çoh’fa. Ce jour-là, le derviche avait rôdé dans tout le bourg d’Eç-Çafiy yin observant avec attention des mœurs si nouvelles pour lui. La nuit, ne sachant que faire, il s’était faufilé dans un coin obscur du maudit immeuble, regardant de tous ses yeux l’incroyable spectacle offert par une population éhontée. Deux filles et deux gitons exécutaient, au milieu de la pièce, les danses les plus lascives aux sons d’un assourdissant orchestre composé de tambourins, flûtes en roseau, guellal et r’aït’a (sorte de hautbois). L’épaisse fumée des pipes de kif et des lampes à huile, les cris, les rires ; les allées et venues des uns et des autres, les coups sourds du guellal, les notes stridentes des r’aït’a, les évolutions des danseurs, l’air abruti et terrible de tous ces hommes ivres, l’atroce puanteur de ce charnier humain très mal aéré, tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il entendait ahurissait l’explorateur, le jetait au comble de l’étonnement. Il distinguait confusément, le long des murs, les armes de ces gredins, d’étranges panoplies montrant leurs interminables fusils arabes, des poignards, des poires à poudre, des sabres. Étendus sur le dos, à plat ventre, accroupis sur de mauvaises nattes d’alfa, ceux que la fumée du chanvre n’avait pas encore terrassés, empilaient autour d’eux des monceaux de figues et de raisins secs, conservant à portée de la main d’énormes plats de viande, des poules rôties ou bouillies, du kouskous, des théières, des tasses fumantes de thé, du çamet [gelée de raisin] enivrant. A chaque instant, les prêtresses de Vénus et les éphèbes quittaient la danse, se mêlaient aux groupes, répondant aux obscénités par des attitudes provocantes. Les gitons surtout n’avaient aucune pudeur.

Ainsi, dans cette délicieuse contrée des Djebala, surnommée Ech-Cham Ee-Cer’ir (la petite Syrie), tant la nature l’a gratifiée de ses dons, toutes les nuits, tous les soirs que Dieu fait, depuis Tétouan jusqu’à l’Ouad Çbou, des milliers de satyres ardents souillent, dans leurs priapées nocturnes, des êtres humains des deux sexes, en présence souvent de leurs compagnons de débauche » p.20.

« En parcourant ce pays, si différent de sa patrie, le derviche, qui n’est pas un ange, devait succomber un jour ou l’autre aux tentations de la chair. Jusqu’à présent, il avait constamment refusé toutes les bonnes fortunes qui se présentaient à lui, évitant de se mêler des affaires qui ne le regardaient pas, fuyant les prostitués des deux sexes. Son séjour chez les Beni-Zéroual, où il célébra trois fois la Fête des Moutons, en 1872, 1873 et 1875, lui fut fatal. En 1874, revenu à El-Djaya après de longues courses poussées jusqu’à la Méditerranée, on l’avait vu reparaître dans le hameau des Beni-bou-Zoulaih. Pour son malheur, un jeune écolier, comme il y en a tant dans les abominables universités djebaliennes, s’attacha à l’explorateur, s’instruisant près de lui, prodiguant à son mentor une fidélité de chien couchant. Le vagabond était servi comme un prince. L’éphèbe lui évitait toutes les corvées, faisant chauffer, apportant l’eau de ses ablutions, allant mendier pour lui la nourriture quotidienne, lui procurant toutes les douceurs qu’un instituteur marocain est en droit d’attendre de son élève. Un mercredi matin, le derviche, dans le but de faire une surprise agréable à son page, lui annonça son intention de le mener au Souk’ el-Arbâ, tout près de Zrarda. L’enfant, ravi, s’écria – Partons tout de suite. Ils se mirent en route. Il est de mode, chez les Djebaliens, de ne jamais conduire un giton ou une gitonne au marché sans lui acheter des meh’asin, c’est-à-dire des raisins secs, des noix, des amandes, oranges, sucreries, etc. Aller au souk’ est une fête pour ces misérables créatures. Aussi Moh’ammed gava l’écolier de friandises avec les 2 ou 3 sous qu’il avait gagnés en vendant des talismans. Leurs emplettes faites, les deux amis sortirent du marché.

En gravissant la côte, au-dessous de Zrarda, ils s’aperçurent qu’ils étaient suivis. C’était un groupe d’individus, vêtus de djellabas noires, le fusil sur l’épaule, le sabre au côté. Les malandrins, pressant le pas, eurent bientôt fait de les rejoindre. Halte-là aïl, dirent-ils au giton à moitié mort de peur. Immédiatement, un fort gaillard, saisissant l’enfant par la main, l’entraîna sous bois. Pendant ce temps, deux hommes immobilisaient l’explorateur, lui faisant subir un long interrogatoire. – D’où es-tu ? – De Cenhadja. – Et le giton ? – Des Beni-bou Zoulath. – Comment ! Tu es Cehnadjen et tu te permets d’enlever un aïl de notre tribu ? Mohammed expliqua que c’était son élève ; il faisait son instruction, lui enseignait le Coran (…)

Un peu plus tard, réfugié dans une mosquée, il entend une agitation à l’extérieur : c’est le garçon qui s’est échappé. Mohammed sortit, aperçut l’enfant debout contre le mur de la mosquée, entouré d’une meute de clercs qui lui faisaient des avances. A la vue de son maître, l’aïl se précipita vers lui, le tira à l’écart, lui raconta que ses agresseurs, après lui avoir fait subir dans le bois les derniers outrages, l’avaient entraîné dans ce hameau, au beit eç-çoh’fa, où il avait été obligé de danser avec les autres gitons et gitonnes. Profitant d’un moment d’inattention de ses geôliers, il avait fui, espérant trouver à la mosquée aide et protection auprès de l’instituteur. Et maintenant, ses terreurs redoublaient en présence des étudiants, de cette bande de satyres, dont l’unique désir était de lui faire subir l’horrible supplice de la touiza. Il y a, chez ces brutes humaines, une coutume d’une immoralité, d’une atrocité révoltante. Quand un giton ou une gitonne tombe, à la suite d’un vol ou d’une guerre, entre les mains des clercs de la mosquée ou des célibataires du club de la Gamelle (béït eç-çoh’fa), on le fait danser d’abord. Ensuite, tous les assistants, à tour de rôle, souillent la malheureuse victime. Cette abomination, la plus monstrueuse de toutes celles qui se passent sur notre petit tas de boue, a reçu le nom de touiza, par analogie avec la corvée de labour chez les Arabes. On punit aussi de la touiza tout mignon, toute courtisane, qui tente de s’évader, qui vole ses maîtres, leur désobéit, etc. » p.40.

« Et si quelqu’un s’avise de s’élever contre l’abominable coutume, on lui répond, en haussant les épaules : – C’est écrit sur le soulier : tout sodomisé devient sodomite. Il est impossible d’avouer plus cyniquement la lèpre générale qui ronge la société (…et) a contaminé les femmes messariennes elles-mêmes. Moitié par lubricité, moitié par vengeance, elles se ruent sur les gitons, les entraînent à l’écart, et alors ce sont des scènes que je me refuse à décrire. Dans les petits centres dépourvus de bèït-eç-çoh’fa, les célibataires, les travailleurs des champs, les veufs, n’ont que la ressource du gros bétail » p.472.

« Quelle énumération fastidieuse de villages-lupanars ! C’est d’abord Zahdjouka, avec ses cent joueurs de hautbois et son corps de ballet ; ensuite le hameau de Lekkous ; puis le bourg de Méliana, où les tambourinaires et les violonistes efféminés sont en majorité ensuite encore Ktama, vaste coïtorium, métropole des gitons danseurs et des ballerines demi-nues, bétail humain dont l’économiste est cependant obligé de s’occuper parce qu’il fait l’objet de transactions commerciales incessantes. On le vend, on l’achète ce bétail, on l’expose sur les marchés, en vantant la marchandise, la perversité connue de certains sujets, leurs grâces, l’incomparable maestria de leurs déhanchements. Ceux-ci, aux talents cachés et délirants, valent jusqu’à trois cents francs, et on les conduit à grand orchestre au temple de Vénus, ou à la maison paternelle, au milieu des femmes légitimes et des enfants » p.511.

« On se chuchote à l’oreille, entre initiés, cette incroyable aventure. Un jour, un homme surprend son grand gaillard de fils avec son giton. Il sort, sans rien dire aux coupables, ne desserre plus les dents de la journée, perdu dans une méditation profonde. Le soir, en soupant, s’adressant à sa digne progéniture : – Mon enfant, dit-il, toi qui es t’aleb, ne sais-tu pas que Dieu a dit « Ne coïtez pas ce que vos pères ont coïté ? » – Pardon sidi, répond l’étudiant très ferré sur le Coran. Dieu a dit « – Ne coïtez point les femmes que vos pères ont coïtées ». Mais il n’a jamais dit les hommes [Coran, chapitre 4, verset 26] » p.513.

Eh bien !

Auguste Mouliéras, Le Maroc inconnu tome 2 – exploration des Djelaba, 1899, disponible gratuitement sur Gallica

  • La prostitution des adolescents continue au Maroc…
  • Surtout en période de crise
  • Le Maroc n’est pas le seul pays, loin de là, mais peut-être le nombre de journalistes au mètre carré en raison des people de la gauche caviar a-t-il une influence sur l’information ?
  • Sur ce que le Coran a dit ou pas dit, sur ce qui a été rajouté par les interprétations en fonction des lieux et des époques, voir Dictionnaire du Coran sous la direction de Mohammed Ali Amir-Moezzi, directeur à l’École pratique des hautes études, 2007, Robert Laffont, €28.98, notamment les articles adultère, éphèbes, homosexualité, Lot, sodomie.
  • Lire le Coran en édition universitaire : Le Coran, traduction Jacques Berque, 1967 révisé 1995, Gallimard Pléiade, €43.41
  • En collection de poche : Le Coran, traduction Mohammed Arkoun, 1993, Garnier-Flammarion, €6.65
Catégories : Livres, Maroc, Religions, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Mariage dans le bled marocain fin XIXème

Auguste Mouliéras, professeur de la chaire publique d’arabe d’Oran vers 1890 parle l’arabe littéraire et l’arabe vulgaire, ainsi que le berbère. Ses cours d’arabe pour les Français sont encore édités. Il compose une encyclopédie anthropologique sur le Maroc. Il utilise notamment les 23 années d’enquête du derviche Mohammed ben Tayyeb, un voyageur kabyle né en Tunisie, taleb passionné, parti étudier sur les routes dès l’âge de dix ans. Il a vérifié avec des centaines de Marocains les indications de son guide à la mémoire prodigieuse.

Mouliéras est animé d’un optimisme des Lumières sauce saint-simonienne bien loin de la mission civilisatrice des coloniaux à la même époque, sans parler des évangélistes catholiques. Il évoque « la grande Association universelle et fraternelle qui transformera un jour notre planète en un vaste atelier de charité, de paix et de travail » p.786. Bien que non exempt de préjugés de son époque, notamment sur les Juifs qui vivaient au Maroc, l’auteur est attentif aux témoignages bruts et au compte-rendu d’observations sans jugements des habitants eux-mêmes.

Le second tome de son œuvre sur ‘Le Maroc inconnu’ décrit les mœurs des Djebala, ces montagnards du Rif marocains, Berbères islamisés. Par exemple le mariage au village :

« A son arrivée à la déchra d’El-K’alaâ, le derviche eut la satisfaction de tomber sur une noce arabe, la propre noce du caïd de la tribu. On attendait justement la fiancée, qu’un détachement de 200 hommes armés était allé chercher au village voisin. Dans le lointain, de sourdes détonations annonçaient le retour du cortège nuptial. Tout El-K’alaâ était dans.la banlieue, en habits de fête, attendant impatiemment la nouvelle mariée.

Au bout d’une heure, on vit s’avancer, voilée de pied en cap et montée sur une mule, une petite poupée blanche qui pouvait avoir une douzaine d’années. Autour d’elle, les feux de salve crépitaient, effrayant sa monture, dont les brusques écarts entraînaient, pendus à la bride, les deux hommes qui la maintenaient. On vit soudain des femmes, les parentes du caïd, courir vers la poupée, l’emporter pantelante dans la maison conjugale, pendant que les guerriers restés dehors continuaient l’infernale fusillade. Les cris déchirants des hautbois arabes, les coups profonds et répétés des grosses caisses éclataient à leur tour, pendant les intermèdes.

Dans la riante contrée des Djebala, les mariages se font généralement en automne, époque de l’année où tout est en abondance, même dans les plus humbles chaumières. Avec l’inflexible loi coranique, il ne faut pas s’attendre à trouver chez les disciples du Prophète la douce poésie des fiançailles de nos-pays d’Occident. Très souvent, l’homme épouse une femme ou une jeune fille qu’il n’a jamais vue. Sa mère, ses sœurs l’ont renseigné à peu près sur le physique de celle qui doit venir s’asseoir à son foyer, et cela lui suffit. La question importante, c’est le douaire. Achetant sa femme, il entend ne pas la payer cher. C’est une affaire commerciale à débattre, comme s’il s’agissait de la vente d’une bête de labour, d’un animal de boucherie. La demande se fait selon des règles fixes, dans le cérémonial. Accompagné de plusieurs notables de son hameau, le prétendant arrive au domicile de celle dont il sollicite la main. D’abord, le futur beau-père offre un repas aux étrangers. Il feint d’ignorer le but de la démarche de ses hôtes et il s’entretient avec eux de choses banales. Quand le thé est servi, le plus distingué de la députation prend solennellement la parole et s’exprime en ces termes : – Donne ta fille à A conformément à la loi de Dieu et du Prophète.

Tous, en entendant le nom sacré de l’Apôtre, se passent la main sur le visage et la barbe, en prononçant gravement la formule obligatoire – Çalla Llahou àléïhi oua sellama : que Dieu Lui accorde sa bénédiction et sa paix. Ensuite le père répond – Voici mes conditions. Et il énumère la dot, le trousseau, les cadeaux qu’il exige. S’il est pauvre, il se contente d’une cinquantaine de francs. Mais il en demande 100, 200, 300, 500, et parfois davantage, s’il a quelque fortune. Puis, toutes les questions réglées, il dit, non sans solennité – Elle est à vous.

Cependant le jour du mariage n’est pas encore fixé. Le futur est obligé de retourner chez lui avec ses compagnons pour se mettre en mesure de remplir ses engagements, Il court les boutiques, les marchés, achetant le trousseau, les bijoux, le linge, les vêtements promis. Alors seulement il annonce la grande date et il fait les préparatifs de la fête. Chez lui, la maison est bouleversée. Sa mère, ses sœurs, ses tantes allument les fourneaux, font cuire dans vingt marmites des quartiers de bœuf et de chèvre, préparent le beurre, l’huile, le miel, tous les aliments qui seront dévorés dans l’énorme liesse. Et, à l’époque fixée par l’époux, musiciens, hautbois, grosses caisses et tambourins, font éclater, dès l’aurore, devant la porte du marié, une aubade endiablée.

C’est le grand jour. Le fiancé, peinturé de henné aux chevilles, aux poignets, fait son apparition dans une chambre remplie d’amis. Son burnous blanc le distingue suffisamment de ses camarades qui sont vêtus de djellaba plus ou moins sombres. Il est leur sultan, et eux sont ses ministres, ses ouzara, de véritables vizirs, attachés à sa personne, ayant à remplir auprès de lui un rôle important que nous indiquerons dans un instant. Remarquons, en passant, que les Djebaliens ne portent le burnous que le jour de leur mariage. Chaque hameau a son burnous des noces. Il sert à tous ceux qui se marient et il se trouve en dépôt chez un notable de l’endroit.

Voyons maintenant ce qui se passé chez la fiancée. Aussitôt après le consentement du père, la jeune fille s’abandonne à ses parentes et à ses amies. La première des opérations de la toilette y est celle de l’application du henné aux chevilles et aux poignets. La chevelure est lavée au r’asoul, débroussaillée au peigne fin, emplâtrée de henné. Par-dessus la chemise, on enveloppe la petite poupée de cotonnades, de tissus légers, de h’aïk d’une blancheur éclatante. Chaussée de babouches rouges, voilée des pieds à la tête, elle va en visite chez toutes ses parentes, à tour de rôle. Elle s’y rend avec le cortège de ses amies, et elle est reçue à la porte par les graves matrones qui la saluent d’un joyeux – El-IFamdou llah Mbarek ez-zouaj, in cha Allah : Dieu soit loué Votre union sera bénie, s’il plaît à Dieu.

Introduite dans le gynécée, elle se débarrasse de ses voiles, grignote des friandises, boit du thé, jacasse avec ses compagnes. Celles-ci ne doivent jamais la quitter d’un pas, et nous verrons tout à l’heure pourquoi. Durant sept jours, la mariée fait ses tournées dans le village, fêtée partout, gracieusement et copieusement hébergée. Le septième jour, elle attend l’arrivée de la députation qui doit l’amener sous le toit conjugal.

Ce jour-là, l’animation est grande chez les amis et compatriotes du futur. Ils font leurs préparatifs de départ. Sanglés, habillés comme s’ils allaient au combat, le fusil au poing, ils font marcher devant eux l’assourdissant orchestre des hautbois et des tambours, dont le vacarme ne cesse que devant la demeure du beau-père. Quelques parentes du prétendant suivent la députation et pénètrent seules chez la fiancée, qu’elles sont chargées d’accompagner à sa nouvelle résidence. Pendant ce temps, les hommes du cortège sont reçus chez les proches parents du beau-père où on leur offre un grand repas.

Enfin, somptueusement vêtue, le visage couvert d’un grand voile, l’épousée quitte sa maison au milieu de ses sœurs, de ses tantes, de ses cousines, les parentes de son mari la font monter sur une mule sellée d’un vaste bât, et l’on se met en marche.

Dès les premiers pas, la fusillade commence elle dure, sans interruption, jusqu’à l’arrivée du cortège devant l’habitation de l’époux, avec accompagnement des you-you stridents des femmes et du tapage infernal de l’orchestre. Tandis que les femmes emportent la jeune fille dans sa chambre, le fiancé reste dans la sienne avec ses amis. Il s’est bien gardé d’aller chercher sa fiancée. La peur du thik’af le tient cloué chez lui. Patience! Vous connaîtrez bientôt le thik’af, le grotesque, le ridicule maléfice dont tout le monde a peur au Maroc [sortilège pour rendre impuissant].

Les invités affluent à la tombée de la nuit, et les douzaines de plats de viande, cuite à l’huile, selon la mode djebalienne, les corbeilles de pain, le beurre, le miel, les msemmen, le thrid, les beignets, les fruits, font leur apparition dans les pièces respectives des hommes et des femmes, pendant que des babour de thé se préparent devant l’assistance. Des lampes à huile en terre cuite éclairent la mastication des affamés. Quand tout le monde est rassasié, des gitons et des gitonnes, dans la salle des hommes, exécutent leurs danses, évoluent à travers les épais nuages des pipes de kif. Les musiciens soufflent et tapent sans désemparer, accompagnant successivement les chorégraphes et les épithalames des bardes populaires.

Au dehors, la fusillade pétarde sourdement, en un roulement lointain de tonnerre. Ce sont les jeunes, les impatients, ceux qui n’ont pu supporter l’immobilité, après les formidables agapes, qui vont ainsi se dégourdir les jambes, rire, causer et décharger en plein air leurs fusils bourrés jusqu’à la gueule. Et, jusqu’à l’aurore, les mêmes réjouissances se poursuivent de cette manière, sans la moindre variation, telles qu’elles devaient être dans le cours lointain des âges.

Revenons au marié. Le premier soir, au crépuscule, il sort de sa chambre, fausse compagnie à ses vizirs, et il entre, armé d’un fusil, dans la pièce où ces dames tiennent société à celle qu’il considère comme sa proie, sa chose à, lui. A la vue du mâle, la nichée féminine s’envole, le laissant en tête-à-tête avec sa fiancée. Entre ces deux êtres qui se voient pour la première fois, la conversation n’est pas longue. Saisissant la frêle poupée par le bras, le guerrier l’entraîne vers le lit, ou sur la natte, s’il n’y a pas de lit. Se donne-t-il seulement la peine de regarder sa douce moitié à la lueur du lumignon fumeux qui éclaire cette scène d’un réalisme si peu poétique ? Le rustaud n’a qu’une pensée en finir au plus tôt, prouver au bourg tout entier l’incomparable vigueur de ses muscles. Puis, comme un fou, il se précipite dans la cour, il fait feu de son fusil et il va rejoindre ses camarades avec lesquels il passe la nuit à manger et à boire du thé.

Le lendemain, les femmes visitent le linge de la mariée. S’il est maculé de sang, ce sont des you-you frénétiques, interminables, des rires étouffés, des plaisanteries grasses, chuchotées à l’oreille : – Ah notre gars est un rude étalon ! Si, au contraire, aucune tache rouge n’est relevée, quel concert de malédictions contre la prétendue vierge ! Séance tenante, elle est répudiée, renvoyée ignominieusement chez ses parents, et le douaire est rendu au mari trompé.

Le deuxième soir, toujours à la tombée de la nuit, le marié retourne trouver sa femme. Cette fois, son absence est plus longue ; elle se prolonge près d’une heure, puis il revient dans la chambre de ses ministres pour achever la nuit avec eux, buvant, mangeant, causant, se reposant tour à tour. C’est ainsi que s’écoulent les sept premiers jours de son mariage. Emprisonné avec ses gardes du corps, il se borne à aller chaque soir chez sa femme pour retourner ensuite auprès de ses amis qui ne le quittent jamais.

De son côté, la mariée ne bouge pas de la chambre où les femmes lui tiennent compagnie durant sept jours consécutifs, sauf, bien entendu, à l’heure du tête-à-tête avec son mari. Quant aux invités, ils sont dans une pièce spéciale. Ne se souciant nullement des jeunes époux, qu’il n’aperçoivent jamais du reste, ils concentrent leur attention sur les danses des nymphes et des ganymèdes et ils paraissent s’intéresser aussi très vivement aux allées et venues des porteurs de victuailles. On les voit accroupis des journées entières sur plusieurs lignes parallèles, ayant, derrière eux, la cohue des femmes et des bambins, une tourbe de beautés problématiques, qui regardent d’un œil, elles aussi, les évolutions lascives des ballerines et de leurs répugnants cavaliers. Jamais, au grand jamais, un invité ne se retourne pour lorgner du côté des dames, et, encore moins, pour se rapprocher d’elles. Une telle dérogation aux règles de l’étiquette marocaine entrainerait indubitablement la mort immédiate de l’imbécile qui en serait l’auteur.

Je dois ajouter que les danses, la fusillade et la musique ne durent que les trois premiers jours du mariage. Les quatre derniers jours, les retardataires se rattrapent sur les aliments, toujours copieux et assez variés. Les réjouissances nuptiales constituent, cela va sans dire, un régal artistique et culinaire pour les écoliers étrangers auxquels on ne manque pas une seule fois d’envoyer leur part de nourriture quand ils ne viennent pas eux-mêmes se mêler à la foule des convives. »

Auguste Mouliéras, Le Maroc inconnu tome 2 – exploration des Djelaba, 1899 – disponible gratuitement sur Gallica

Catégories : Livres, Maroc, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,