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Marché de Hué

Parce que nous avons du temps, et que le touriste troisième âge adore acheter tout et n’importe quoi, Tom nous emmène au marché de Hué. Le Dong Ba a été reconstruit en 1887 après un incendie ; il a été restauré et agrandi en 1987.

Il est sombre, encombré, sans ordre. On y trouve de tout, des chaussures et des claquettes, du thé et des herbes traditionnelles, des légumes et des fruits dont le durian à l’odeur de cadavre et le joli fruit du dragon, des crevettes et des calamars séchés, des pâtes et du riz, des gâteaux de riz gluant, du cochon débité à la hache sur un étal en plein vent, des bijoux fantaisie et des chaînes pour les cols des garçons. C’est un marché de gros, une vraie caverne d’Ali barbare. Je m’y ennuie après y avoir déambulé pour faire quelques photos.

Je ne suis pas le seul, mais la moitié du groupe au moins est contaminé de fièvre acheteuse. C’est la plaie des groupes de tourisme. Une quinzaine de minutes suffisent largement pour qui n’a pas l’intention de brocanter et marchander. Les odeurs sont fortes, le poisson faisandé, la chimie des chaussures ou de la teinture des vêtements. Rien de particulièrement joli ou remarquable à mes yeux dans tout ce fatras. Lorsque nous sortons, il fait déjà presque nuit. Et les visiteurs repartent à quatre sur un scooter, sans casque sauf la conductrice.

Nous allons au restaurant The Tropical Garden, où nous dînons dans une salle qui ressemble à celle d’une pagode. Mais les piliers ne sont pas de bois de jacquier, dit « de fer » ; ils sont en béton et plâtre peint… La vie est animée le soir, des jeunes, des familles avec enfants petits dînent en gargote, prennent un pot avec de la musique disco. C’est une ambiance américaine dans les rues, la vie d’aujourd’hui – bien loin de l’autoritarisme moral des peines à jouir qui voudraient imposer la rigueur communiste.

Nous prenons le bus pour l’aéroport de Hué. Le petit avion est plein : nous sommes dimanche soir et à la fin des vacances scolaires du Nouvel an chinois. Au contrôle des bagages, il faut rituellement enlever ses chaussures, comme dans les temples, mais une bouteille d’eau peut passer. L’avion de la compagnie charter Vietjet Air, prévu à 22h35, est retardé d’1h30 au moins, on ne sait pourquoi. Cette compagnie à bas coût a une organisation défaillante. Cela fait la deuxième fois que nous subissons ses retards, ce qui chamboule un programme très chargé et nous fait dormir à pas d’heure.

Dans l’aéroport, les mamans et les papas tiennent les bébés dans les bras ; les petits sont fatigués et s’impatientent. L’un s’agrippe au vêtement du père comme un petit singe ; c’est un réflexe ancestral émouvant. Un autre rampe à quatre pattes sur le carrelage, suivi par sa mère que cela amuse beaucoup. Un troisième, un bras dans le plâtre et un œil au beurre noir, pleure ; est-il maltraité ? Pourtant, son papa a l’air de l’aimer bien et le console contre lui. Ma voisine, jeune et branchée Vietnamienne, manie son smartphone comme un tableau de bord de Boeing. Elle a une conversation en visio avec son petit ami à l’autre bout du vol, tout en surfant sur WhatsApp et prenant en photo de loin le panneau d’affichage qui indique le vol « délayé ». Cela lui permet, sans quitter sa place, d’agrandir l’image et de lire ce qui est écrit.

L’avion est un Airbus 320 mais les consignes sur les sièges sont en anglais et en turc. L’avion est-il loué ou cédé en troisième occasion ? À l’arrivée à Hô-Chi-Minh-Ville, noté « city » en globish, l’avion est parqué en bout des pistes avec les charters, et nous devons effectuer un très long trajet en bus de piste pour rejoindre le sas des bagages. Un petit garçon est malade et vomit, ce qui fait s’écarter les gens dans un véhicule pourtant bondé. Les bagages n’arrivent que par vagues, conteneur après conteneur, que des bagagistes vident comme des sacs. Ils les balancent sur le tapis roulant sans aucune précaution. D’où l’intérêt des coques solides de valises.

Nous trouvons le nouveau guide de Saïgon qui se prénomme Té, à moins que ce soit son surnom. C’est un grand jeune homme à lunettes et en bermuda, au polo rose. Nous devons faire 500 m dans les couloirs de sortie très encombrés pour trouver le parc à bus et quelques kilomètres encore pour notre hôtel en centre-ville, le Parangon Saïgon Hotel. La chambre est moderne et confortable, nous sommes toujours dans le quatre étoiles. Mais il est déjà trois heures le lendemain lorsque je pose enfin ma tête sur l’oreiller.

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