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Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson

Un film woke, pro-migrants, pro-avortement, anti-capitaliste, sorti pour les premiers mois de la nouvelle présidence Trompe, librement adapté du roman Vineland de Thomas Pynchon sur les années Reagan. Comme quoi tout recommence, les révolutionnaires latinos ayant remplacé les hippies. Un film un peu long (2h40 !), à cause principalement du cabotinage en seconde partie du Caprio en clodo camé incapable d’élever sa fille ado, qui d’ailleurs, on l’apprendra en direct par l’ADN, n’est pas sa fille. Un scénario confus, mal présenté, dont on peut retirer un fil woke : le désir violent d’un officier blanc suprémaciste envers une révolutionnaire noire bien roulée et agressive, avec sa suite inévitable, la chasse à la fille issue de cet accouplement impie pour bien « récurer » l’affaire – selon les termes d’un « maréchal » d’une secte raciste du Sud. Autrement dit éliminer : le fauteur de race et le déchet produit.

Violence et cruauté sont les mots du film décrivant l’Amérique de Trump. Ici, tout commence dans un camp de rétention pour migrants, qu’une furie révolutionnaire noire à demi vêtue, Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor), membre d’un groupe révolutionnaire d’extrême-gauche, les French 75, investit avec ses copains pour libérer les gens. Nul gardien n’est tué, il ne s’agit que de grand spectacle, pour faire « de la bonne télé » comme dira le Bouffon narcissique à mèche blonde. Tous les acteurs sont d’ailleurs grotesques, ou presque, en faisant des tonnes pour marteler le message de la domination. L’artificier Pat Calhoun (Leonardo DiCaprio) un peu vieux, un peu lourd, pas militaire, gueulant des slogans woke sans savoir ce qu’il dit, se contente de feux d’artifices. Le capitaine Steven J. Lockjaw (Sean Penn) qui garde le camp est neutralisé par la guerrière black et en bande de désir, malgré ses préjugés racistes. Elle le sait, elle mouille dans l’action, chatte en chaleur shootée à l’adrénaline. L’artificier ne peut la contenter. Dans le chaos ambiant de l’Amérique, il faut gagner une bataille après l’autre, et baiser le Blanc en est une, dominer le dominant. Quand Lockjaw la surprend en train de poser une bombe dans les toilettes d’un lieu symbolique, il ne la libère qu’en faveur de relations sexuelles, façon de la soumettre. Mais qui domine l’autre ?

Car il y a conséquence : un gosse dans le ballon. Qui naît sous la forme d’une fille, Charlene – un prénom de Black, dit un Blanc. Mais la guerrière, pourtant pro-avortement, n’a pas la fibre maternelle et confie le bébé à son « père » supposé : l’artificier. Car la police de l’immigration finit par la coincer lorsqu’elle descend un garde dans une banque, et lui met le marché en main : où l’enfermement, impossible à considérer pour cette éprise de liberté ; ou la balance des French 75, avec nouvelle identité et disparition complète dans le programme de protection de témoin. Pat et Charlene vont vivre cachés sous un faux nom durant 16 ans dans la ville « libre » de Baktan Cross, où Charlene sous le nom de Willa (Chase Infiniti) fait du karaté.

Le capitaine est devenu colonel grâce à ses actions anti-immigrés et est invité à rejoindre le Club des Aventuriers de Noël, une société secrète de suprémacistes blancs qui se sentent supérieurs, même sans talents, au reste de l’humanité. Avec eux, entraide et solidarité, assurance d’un bon poste dans la société, sous les conditions formelles de n’avoir jamais été condamné, de ne pas avoir de parents juifs, de ne pas avoir eu de relations sexuelles avec une non-blanche. Lockjaw (‘mâchoire verrouillée’ en anglais) jure. Il reste nuque raide et démarche de robot ; il veut éradiquer sa faute en traquant sa fille cachée et engage Avanti Q (Eric Schweig), un chasseur de primes a moitié Comanche qui capture Howard Sommerville (Paul Grimstad), un camarade de Pat qui vocifère des propos woke sur une radio locale. Les gamins latinos (ironie du film) qui surveillent le coin déclenchent un signal de détresse auprès des French 75, tout comme les yaouleds durant La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, sorti en 1966 et que regarde un moment Pat.

Deandra (Regina Hall), membre du groupe, joint alors Willa par son système de reconnaissance électronique bricolé et l’emmène illico, tandis que l’armée de Lockjaw envahit la salle de bal du lycée. Mais l’ado, à qui son « père » avait interdit tout téléphone mobile pour ne pas qu’elle soit tracée, en a acheté un en cachette, et sa bêtise la fait repérer dans un monastère de bonnes sœurs où elle apprend par Deandra que sa mère a été une balance. Pat, camé comme d’hab, s’enfuit in extremis par un souterrain qui débouche dans d’anciennes chiottes (le film a souvent ce genre d’humour). Il appelle la ligne d’urgence des French 75 mais ne se souvient pas de l’heure qu’il est, mot de passe indispensable pour connaître le lieu de rendez-vous avec sa fille (nouvel humour). Il retrouve alors Sergio St. Carlos (Benicio del Toro), prof de karaté de Willa et leader respecté de la communauté latino de la ville. Couloirs, souterrains, toit, chute de l’imbécile trop vieux et dégénéré par la came, arrestation par la police. Sergio le fait évader dans l’hôpital où la police l’a envoyé pour « diabète » tandis qu’il jouait les demeurés. Il le conduit en voiture mais le camé s’enfile une bière devant une voiture de police, qui ne peut que les poursuivre. Il doit sauter en marche dans la poussière (autre moment d’humour).

Lockjaw a repéré Willa par traçage du téléphone mobile, extorqué à son petit copain ‘ni il ni elle’, mais faiblard. Il déboule au monastère, arrête les sœurs noires et effectue de force un test ADN sur Willa/Charlene avec une malette. Le résultat montre qu’elle est sa fille. Il lui faut l’éliminer, mais il ne peut pas le faire lui-même. Pat a réussi a rejoindre le couvent et tente de tuer Lockjaw au fusil à lunette, mais camé durant trop d’années, rate par deux fois son coup et Lockjaw s’enfuit en véhicule noir avec sa fille. Il la livre à Avanti pour qu’il lui règle son compte, mais celui-ci refuse finalement de la laisser se faire tuer. Il descend les sbires chargés du meurtre mais est descendu. Willa prend alors son flingue et sa tire pour se tirer.

Pendant ce temps, le Club des Aventuriers de Noël a mandaté l’un d’eux, Tim Smith (John Hoogenakker), pour « récurer » la saleté, autrement dit éradiquer Lockjaw le pécheur et Willa le résidu. Smith descend Lockjaw dans sa voiture, qui fait un tonneau, et le laisse pour mort. Il poursuit ensuite Willa avec sa puissante voiture mais celle-ci, futée, lui tend un piège et le descend parce qu’il ne connaît pas le mot des révolutionnaires. Pat/Bob arrive ensuite bon dernier, loser en tout. Le colonel est défiguré mais a survécu et il revient vers ses amis suprémacistes en faisant amende honorable. Ils feignent de le croire, lui attribuent un poste et un bureau neuf dans une société, mais le gazent par le système d’aération (comme l’ont fait les nazis des Juifs, autre trait ironique du film). Ils l’éliminent comme un déchet dans l’incinérateur.

Pat/Bob revient chez lui avec Charlene/Willa et lui donne une lettre écrite par sa mère. Elle lui explique avoir fait semblant toute sa vie, et finalement échoué à rendre le monde meilleur. Conclusion, chacun pour soi dans la jungle, la résistance en mode ‘sac de pommes de terre’ sans aucune solidarité nationale. Jeunes et immigrés dans leur communauté combattent soldats et suprémacistes dans une Amérique de guerre civile permanente, rejouant en mode soft la guerre de Sécession. Le combat se transmet par le traumatisme, et les techniques de lutte par les parents (entraînement karaté, skates, couloirs cachés, souterrains, véhicules par derrière, itinéraire de repli, monastère de bonnes sœurs, téléphone crypté, codes de rendez-vous). Telle est la nouvelle Amérique de Trompe et des trompeurs.

Un message politique englué dans les scènes d’action successives et pollué par des acteurs trop imbus de leur rôle. On ne comprend guère le message, on s’ennuie un peu, et ne restent que les relations père-fille, vrai père et père biologique, avec ce racisme yankee en prime, tellement différent de celui des Européens aujourd’hui.

Avalanche de trophées : BAFTA, César, Golden Globe, Oscars 2026. Je suis plus mesuré.

DVD Une bataille après l’autre (One Battle After Another), Paul Thomas Anderson, 2025, avec Benicio Del Toro, Leonardo DiCaprio, Regina Hall, Sean Penn, PLAION PICTURES 2026, doublé anglais, français, polonais, techèque, 2h42, Blu-Ray €16,00

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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Magnolia de Paul Thomas Anderson

Malgré son Ours d’or du meilleur film à la Berlinale 2000, je n’aime pas cet éclatement mosaïque où tout est décousu, rassemblé seulement par le pseudo « hasard » des choses – trop bien écrit et calculé par l’auteur.

Les neuf personnages sont tous antipathiques, sauf peut-être le policier un peu trop assistant social. On se demande comment Tom Cruise, dans son numéro de macho sexuel hystérique, a pu gâcher ainsi sa plastique et son talent (contre 13 millions de $ et une participation aux bénéfices quand même…). Il apparait évidemment une fois torse nu (« direction la queue ! », hurle-t-il à ses fans payants) devant une journaliste noire manucurée et maquillée de violet…

Les pendus du générique servent-ils à réduire l’humanité au destin de pantins tirés par les ficelles du destin ? Nous sommes juste avant l’an 2000 et la terreur millénariste, qui a hanté les âmes faibles américaines, a probablement joué dans ce grand n’importe quoi. Rappelez-vous : le Bug informatique qui allait tout faire sauter, les self-made men réfugiés dans les Rocheuses sous bunker, avec armes et provisions, les manuels de survie dans la jungle future… L’obsession biblique n’a pas fini de faire des ravages dans la pauvreté d’esprit yankee.

Tous sont pécheurs, tous sont coupables, tous seront pardonnés ! Le vieux Earl Partridge (Jason Robards), magnat de la presse et producteur d’une émission de singes savants, va crever d’un cancer bien mérité : il a largué sa femme et son fils il y a des années lorsque celle-ci a été atteinte de la même maladie. Il n’a pas voulu être « contaminé » et continuer à tringler des bonnes femmes plus saines. Le gamin (Tom Cruise) lui en a voulu à mort, assistant à la fin de sa génitrice, mais n’a cessé de suivre l’exemple paternel en douce en créant une société de consultant pour jeunes mâles en mal de séduire. Pour lui, pas de problème : il faut vouloir, donc oser, puis tringler. Simplicité yankee.

Le cacochyme Partridge demande à son infirmier Phil (Philip Seymour Hoffman), dans le dos de sa seconde femme en jument à forte mâchoire (Julianne Moore), de retrouver ce fils qu’il a manqué (Tom Cruise). Ce dernier a pris le nom de sa mère et le prénom de son grand-père maternel et se fait appeler Frank T. J. Mackey. Une journaliste de minorité visible (April Grace), éprise de « vérité » et de « transparence démocratique » (symbole de la rédemption des esclaves dans le christianisme) veut à toute force percer la baudruche, ce qui déstabilise le Frank et lui fait répondre à l’appel ultime de l’infirmier pour se rendre auprès de son père. Il l’injurie et l’aime en même temps – façon hystérique de jouer le repentant, style fils prodigue ou bon larron.

Jim le policier (John C. Reilly ) rencontre Claudia (Melora Walters), fille cocaïnée au dernier degré de Jimmy (Philip Baker Hall), présentateur vedette de 65 ans du jeu télé produit par la société de Partridge où un trio de gamins savants est opposé à un trio d’adultes encyclopédiques (vous suivez ?). Dans ce show « populaire », nul ne tient compte des personnes, tous se mettent au service du Jeu (et du fric). Claudia aurait été « attouchée » adolescente par son père qui ne s’en souvient pas et se meurt d’un cancer des os pour punition de ses péchés (réels ou imaginaires). Jimmy le vieux pourri s’effondre en représentation – permettant trois minutes de pub – avant qu’on le remette sur pied pour finir son rôle. Stanley, le gamin vedette (Jeremy Blackman), a une forte envie d’aller aux chiottes, ce qu’empêchent à la fois l’assistante robotisée de l’Émission – et son Père (Michael Bowen) qui veut se rendre célèbre et gagner beaucoup d’argent via son fils… En bref un imbroglio de nœuds œdipiens et sado-maso qui rendent compte de toute la névrose chrétienne de la société marchande yankee.

Ce qui aboutit au pathétique pédé Donnie (William H. Macy), ancien gamin savant vainqueur du jeu il y a trente ans et même pas beau, qui veut se faire refaire le râtelier afin de séduire le barman athlétique de son nid de consolation favori, dont les pectoraux pointent sous le polo ajusté. L’apparence : tout ce que l’infantilisme et l’exploitation éhontée des gens réussit à produire…

Ce film est la psychanalyse de l’Amérique au tournant du millénaire ; elle expie ses peurs, ses péchés, ses turpitudes. « Même si nous en avons fini avec le passé, le passé lui, n’en a pas fini avec nous », pontifie le Narrateur en chœur à l’antique. Mais, une fois passé le fatidique Y2K, tout reprendra comme avant – en pire même avec Bush Jr, puis Trump l’infantile.

Non, décidément, je n’aime pas ce film car je n’aime pas cette Amérique. Et le côté décousu éclaté me gêne parce qu’il noie le poisson dans l’esthétisme intello (formaté aux normes réduites américaines). La seule ‘réflexion’ est d’émotion, la seule ‘philosophie’ la religion, la seule beauté humaine une vallée de larmes. Son formalisme et ses effets de travelling ennuient profondément sur la fin (le film ose durer 3 h !). Une pluie de grenouilles aussi grosses que des steaks s’abat sur la ville, en réminiscence grotesque d’Ancien testament. Décidément, quelle bouillie ! L’Amérique dégueulasse vue du côté interne des yeux. Beurk !

Rassurez-vous, beaucoup aiment ce film. Mais, vous l’aurez compris, je ne suis pas « beaucoup ».

DVD Magnolia de Paul Thomas Anderson, 1999, avec Tom Cruise, William H. Macy, Julianne Moore, Metropolitan Video 2011, €19.71 blu-ray, €4.57 édition simple,  €35.07 en coffret Anderson avec The Master + Magnolia + Boogie Nights

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