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Roland serait le fils de Charlemagne

Roland « le beau neveu », massacré à Roncevaux par des Vascons (Basques) dont les siècles ont fait des Sarrasins pour alimenter la Reconquista, serait le fils bâtard du grand Charles avec sa sœur Gisèle.

C’est ce qui ressort de l’étude de Rita Lejeune et Jacques Stiennon sur la légende de Roland dans l’iconographie du Moyen Âge. La philologue belge Rita Lejeune fut la deuxième femme du pays à enseigner à l’université de Liège entre-deux guerres.

Plusieurs écrits parlent du « péché de Charlemagne » dès le IXe siècle. Ce n’était pas l’adultère : il avait moult bâtards et bâtardes qu’il chérissait au vu de tous, selon la coutume germanique. C’était bien pire : un péché « biblique ».

La Vision de Wetti écrite entre 842 et 849 par Walafred Strabo de Reichenau, qui a séjourné à Aix-la-Chapelle, représente l’empereur Charles le Magne enfermé au Purgatoire à cause de sa sensualité hors Commandements.

Eginhard, panégyriste de Charles, a évoqué à mots couverts certains scandales à la cour impériale.

Mais la Vie de saint Gilles (ou saint Egide) est le premier écrit à faire explicitement mention du « péché ». Son auteur est moine à l’abbaye de Saint-Gilles en Provence et a puisé son histoire dans une tradition ancienne qui courait dans le nord de la France. L’inceste avec sa sœur aurait eu lieu en Avignon. Gaston Paris le résume ainsi : « Le roi de France Charles, ayant entendu parler des vertus de saint Egide, le mande à Orléans dans son palais. Charles et saint Gilles s’entretiennent et, à la fin, le roi demande au pieux anachorète de prier spécialement pour lui à cause d’un péché honteux qu’il a commis, péché dont il n’a jamais pu se confesser et qu’il n’ose avouer à saint Gilles. Mais ce dernier n’a pas besoin d’entendre Charles lui parler de son crime. Le dimanche suivant comme le saint homme, célébrant la messe, priait le Seigneur pour le roi, un ange lui apparut et déposa sur l’autel un parchemin relatant en détail le grand péché de Charlemagne. Cependant, grâce aux prières de Gilles, ce péché du roi pouvait lui être remis, pourvu qu’il se repentît de sa faute et qu’il n’y succombât plus désormais. Le serviteur de Dieu, voyant cela, rendit grâce au Seigneur et, l’office terminé, tendit au roi le parchemin. Le roi, en ayant pris connaissance, et avouant le crime qu’il avait commis, tomba aux pieds de Gilles en lui demandant d’être, auprès du Seigneur, son avocat par ses prières. Alors, l’homme de Dieu recommanda Charles au Seigneur, puis l’avertit avec une sévérité bienveillante de ne plus renouveler son péché. »

La nature du péché est connue depuis le XIIIe siècle par des textes précis : le Myreur des histoires de Jean d’Outremeux fin XIVe, l’épopée Tristan de Nanteuil au XIVe (« Que ce fut le péché quand engendra Roland en sa sœur germaine »), la Karlamagnus Saga de 1230, et le Ronsasuals en langue d’oc. Ce dernier écrit le fait avouer explicitement à Charlemagne lorsqu’il retrouve le corps de Roland mort à Roncevaux en 778 : « Beau neveu, je vous ai eu par mon grand péché de ma sœur et, par mon manquement, je suis ton père, ton oncle également, et vous, cher seigneur, mon neveu et mon enfant. »

La fresque de Saint Gilles au Loroux-Bottereau se situe dans la nef droite de l’église Saint Jean-Baptiste et date de l’an 1200. Charlemagne, agenouillé aux pieds du saint, est remis du péché d’inceste par Gilles tandis que la sœur du roi, Gisèle, donne, sur les conseils du saint, la main à Milon d’Angers qui deviendra le père nourricier de Roland.

Le psautier de Lambert le Bègue, prêtre réformateur liégeois qui voulait lutter contre les vices de son époque, est daté entre 1255 et 1280. Enluminé vraisemblablement par une béguine, il représente lui aussi la scène où saint Gilles, édifié par le parchemin, pardonne à Charles au nom de Dieu.

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Pise du sud au nord

Sur la gauche de la piazza V. Emmanuel, derrière l’église San Antonio, Denis nous montre une grande fresque de Keith Haring, mort du sida à 31 ans en 1990. C’est un dessinateur américain de culture alternative adepte du street art et du graffiti. Il a peint la façade aveugle de cette maison de Pise en 1989. Des personnages, des mains et des poulets s’emmêlent, de couleurs vives et détourés de noir. Ce n’est pas mon art favori mais je le trouve assez décoratif.

Le Ponte Mezzo est le plus ancien de la ville et ne comprend qu’une seule arche ; il offre une vue en courbe des façades pastel des grandes maisons au bord du fleuve.

Denis nous dit que se tient là chaque année le giocco dei ponte, le jeu des ponts, un affrontement nautique traditionnel depuis le 15ème siècle entre les équipes des deux rives.

Plus loin, sur le Borgo Stretto, l’église San Michele in Borgo offre sa façade en marbre de style romano-pisan avec ses trois niveaux de colonnades aveugles. Une vierge à l’Enfant gothique a été ajoutée sur le porche.

La Piazza dei Cavalieri n’est ni carrée, ni rectangulaire, mais offre par sa forme baroque le charme des lumières décalées. L’église des chevaliers de Saint-Etienne y trône avec sa façade de marbre et ses ailes plaquées de rouge, à côté du palazzo dei Cavalieri devenu école.

Sa façade a été transformée par Vasari en 1562, les murs ornés de fresques représentent les scènes du zodiaque et portent trois rangs de fenêtres.

Des bustes des grands ducs de Toscane sont disposés entre les fenêtres du deuxième et troisième rang.

Une fontaine devant l’escalier à double révolution porte la statue en pied du premier Médicis par Francavilla en 1596. En face, des demeures du 14ème.

Au fond, le palazzo dell’Orologio est la réunion par Vasari de deux tours médiévales et est orné d’une horloge pour justifier son nom.

C’est dans ce palais que furent enfermés le comte Ugolino et ses fils dont parle Dante dans l’Enfer, condamnés à mourir de faim. Podestat de la ville, il aurait été défait par la flotte de Gênes lors de la bataille de Meloria en 1284.

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Pompéi la vie et les mystères

Maison des Vettii. Sur une fresque, une jeune fille, les cheveux bouclés tenus par une résille, me regarde, pensive. Elle tient un calame et une tablette de cire. Peut-être écrit-elle des vers ? Elle s’est voulue ainsi, peinte depuis 2000 ans. Elle aussi est désormais en pension au musée.

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Tout comme ce délicieux Narcisse, si jeune qu’il ne connaît pas l’amour encore, et qu’ayant méprisé par ignorance le simple amour de la nymphe Echo, Némésis le condamne à n’aimer personne. Presque nu, la tunique défaite jusqu’au milieu des cuisses, il mire sa jeunesse dans l’eau limpide de la source. Il reste seul au monde, perdu dans son reflet. Le paysage, derrière lui, est esquissé, inutile. Il ne le voit pas, il ne le verra plus jamais, le pays est sec comme le garçon. Il prendra racine et deviendra fleur. Qui a jamais saisi avec autant de grâce cet âge autour de 13 ans, en fleur justement, qui hésite entre l’homme et l’enfant ?

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L’école, la palestre, les thermes, ainsi les garçons passaient-ils leurs jours. Ils se sont complus à se laisser illustrer, boxeur musculeux en mosaïque fier de sa carapace de chair, athlète couronné levant la coupe, peint devant un condisciple. Les plus grands vont au bordel et se laissent peindre dans la joie du plus simple appareil, tout entier aux jeux d’adultes.

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Les putains et leurs clients s’affairent, dans un érotisme robuste et juvénile, loin de cet opprobre bourgeois qui connote notre époque. Un mâle enfile gaillardement une femelle par derrière et tous deux sont sérieux, sacrifiant aux rites. Palmyre d’orient, Maria juive, Aglae grecque, Smyrina, proposent leurs charmes en graffitant leurs noms sur les murs. Ainsi se souvient-on encore d’elles. Deux amours nus bientôt pubères rêvent à la Femme en poussant Vénus dans sa coquille, aussi peu vêtue qu’une huître. Les désirs sont de beaux enfants nus, disait le poète. Mars égare sa main sous la tunique de Vénus, sur ces seins bien ronds, dodus, et cette caresse lui donne l’air rêveur, les lèvres entrouvertes. Eros, à poil se réjouit en voletant. Le bordel était un lieu où l’on savait user son existence dans le plaisir ; on ne savait que trop qu’elle est éphémère, et si fragile…

Des fresques de la maison des Vettii, ces riches commerçants, restent lumineuses et pleines de vie.

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La Villa des Mystères garde les siens depuis le 3ème siècle avant mais ses fresques sont magnifiques, d’une fraîcheur rare.

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Le sérieux s’y mêle intimement à la sensualité, comme si le sexe était une énigme qui donnait un sens à la mort, donc à la vie. Les orgies sont-elles nécessaires à la parousie, la présence de la divinité ? Se mettre hors de soi-même prépare sans doute aux plus profonds mystères.

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Les fresques représenteraient une initiation au culte dionysiaque du côté gauche, et la divinisation de Sémélé du côté droit, lui faisant face. 29 personnages s’y mêlent, dont un jeune garçon tout nu qui commence la scène en lisant le rituel sur papyrus : Dionysos s’éduque sous la surveillance de la prêtresse. Plus grand, dans la scène centrale, il est nu adossé à un siège, et se laisse caresser par une maîtresse.

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Suit Sémélé qui se prépare au mariage devant deux amours nus dont l’un tend un miroir et l’autre un arc. Il ne bande pas encore l’instrument, le mariage n’est pas consommé. Mais plus loin, tout est accompli : Sémélé grosse se tourne vers une femme portant thyrse, qui symbolise le bébé à naître. Une femme a l’air épouvantée, ou secrètement séduite, par la flagellation du dos nu offerte sur le mur en face. Le fouet figurerait la foudre qui tua Sémélé. Un silène enivre un jeune satyre avant de penser à le violer (cela se lit dans son regard). Agenouillée, une fille très jeune ouvre le panier « mystique » où se trouve… un phallus érigé. Elle sera fouettée par un personnage ailé, peut-être pour augmenter sa jouissance, ou pour lui prouver que le plaisir suprême, sur cette terre, ne va jamais sans quelque douleur ? On termine par la toilette de l’épouse mystique, aidée de deux amours nus. Elle attend, on ne sait quoi. Comme un « à suivre » qui laisse insatisfait.

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Un étal d’aujourd’hui, à la sortie de la Villa, vendait des copies de phallus ailés en bronze, pour aider à croire en sa fécondité. Les Italiens ne perdent jamais le nord du commerce.

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De retour à Naples, nous dînons au 1849, via Milano. Nous buvons un vin de Falerne rouge de sept ans, âge délicieux.

Pompéi : documentaires YouTube

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Pompéi moulages et peintures

Nous reprenons le train pour Pompéi. Nous déjeunons au restaurant « suisse » installé en face de l’entrée. Nous buvons un Lacrima Christi rosé, un vin au joli nom et au goût sympathique.

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Les fouilles sont ici longues à visiter, bien qu’elles ne couvrent que les trois cinquièmes du site original, et nous y resterons quatre heures. Beaucoup de maisons sont fermées, faute de gardiens pour les surveiller ou de fonds pour les mettre en état. Nous ne les verrons que de loin. Cette fois il y a du monde, mais c’est un site international. Alexandre Dumas fut nommé éphémère directeur des fouilles par Garibaldi vainqueur, en 1871.

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Une certaine émotion pourtant ressurgit devant les moulages en plâtres des restes humains surpris par les cendres dans des gestes de crainte ou de vaine protection. Elle est analogue à celle qui m’avait étreint au musée de la Bombe, à Nagasaki.

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C’est toujours la même horreur suprême d’un destin aussi brutal qu’injustifié, d’une énormité implacable et sans raison. A côté, la vie paraît encore une fois peu de chose, une mécanique miraculeuse et fugace.

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C’est en décembre 1772 que l’on découvre 18 corps dans les corridors souterrains de la villa de Diomède, dont celui d’une jeune fille qui a inspiré l’Arria de Théophile Gautier. Mais ce n’est qu’en 1863 que le directeur du chantier, Fiorelli, découvre une méthode de moulage des corps par injection de plâtre dans la cavité. Ce procédé nous permet aujourd’hui de regarder les corps humains dans leurs derniers instants. La ville nous apparaît ainsi dans sa vie quotidienne, ses peines et ses joies. Le visiteur comprend mieux ensuite les peintures des murs, les restes de la vie humble.

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Car sur les murs des fresques étalent le quotidien romain avec une vivacité aiguë. La peinture est un mélange de couleurs à une solution de chaux, de savon et de cire. Elle est lumineuse, gaie, elle brille.

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Les thèmes en sont l’amour, les fruits, les oiseaux, les bêtes, les héros, les gens de tous les jours. La maison de Julia Felix montre ainsi de truculentes natures mortes. Les pièces s’ouvrent autour d’un jardin à ciel ouvert, garni de fontaines. Le péristyle a des pilastres de marbre cannelé. La salle à manger est garnie de lits de marbre et comprend un nymphée où l’eau coulait doucement sur les marches de pierre. Sur les murs, une coupe déborde de pommes et de raisins, une assiette est garnie d’œufs frais, un pot en étain attend l’eau fraîche, un mortier et sa cuiller l’ail ou les herbes. Quatre grives sont pendues à la paroi, aux côté d’un linge à franges…

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Cave canem prévient cette inscription en mosaïque, au seuil d’une demeure, « attention au chien ».

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Et, pour ceux qui ne savent pas lire, ou qui sont trop distraits, le molosse est figuré enchaîné, en tesselles noires sur fond blanc, tous crocs dehors. C’est l’entrée de la maison du Poète Tragique.

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D’autres peintures figurent des habitants. Un boulanger et sa femme sont célèbres. Lui, Térentius Néo a un gros nez et des traits frustes. Il ne s’est pas rasé de la semaine, comme un paysan. Elle est plus coquette, bien apprêtée, l’œil vif, prête aux intrigues sociales tandis que son mari travaille pour amasser l’argent.

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La nudité est omniprésente, héroïque ou érotique, ou tout simplement parce que nous sommes dans une contrée où le climat est particulièrement doux. Les petits amours sont bien portants. Les Trois Grâces, sculptées de marbre, sont des filles jeunes aux seins fermes et aux mamelons raides. Leur corps est blanc et souple. Leurs cheveux sont tenus par deux nattes ramenées sur le front en couronne de laurier.

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Dans la Maison des Vettii (qui aurait appartenue à la seconde femme de Néron), un Priape obscène conjure le mauvais sort. Dans le jardin, un enfant nu en bronze porte une oie sous le bras et une grappe de raisins.

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Sur fond rouge, des pilastres à bandes noires encadrent des scènes mythologiques, Apollon vainqueur du serpent Python, Oreste et Pylade, Héraclès en bébé musculeux étrangle deux serpents, Penthée est déchiré par les Bacchantes.

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Les Amours, en frise, s’occupent à divers travaux des jours ; ils vendangent, ils cisèlent des bijoux, ils foulent des draps, préparent des potions, forgent des armes, vendent du vin. Un court texte gravé indique qu’Eutychès la grecque s’y donnait pour deux as.

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La Maison des Amours Dorés les montre en vol, dorés sous de minces plaques de verre. Dans la Maison du Poète Tragique, Aphrodite les contemple, attendrie.

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Un faune, dans la Maison du même nom, danse en bronze, toute barbe en bataille, dans un impluvium. Un chat dévore une perdrix, des oies passent, une faune marine nage comme dans un aquarium ; mais ce ne sont que des copies – les vrais sont au musée de Naples.

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