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Stéphane Piletta-Zanin, Le temps s’écoule à Barde-Lons

Des caractères, mais un style byzantin et un fil qui se perd. Le lecteur a l’impression de lire un dossier de roman en chantier comme ces annexes de la collection de la Pléiade où les intestins des impasses et variantes sont dehors avant que le cœur se soit mis à battre.

Le goût de l’observation, l’exigence de l’expression et la volonté de conter une histoire ne vont pas sans travail. La littérature n’est pas un terrain en friche mais un jardin cultivé. C’est le métier d’éditeur de conseiller l’auteur. Il est vrai que Xenia publie volontiers les parias idéologiques, de Jean Cau à Unabomber, Renaud Camus ou André Bercoff (alias Philippe de Commines ou Caton). Mais offrir l’hospitalité (xenia en grec) au politiquement incorrect devrait augmenter l’exigence de qualité, pas l’inverse.

Car un roman littéraire n’est pas une suite de digressions aussi interminables que oiseuses sur la structure du récit ou le statut des personnages ; ce n’est pas non plus le constant clin d’œil de l’auteur, empli de complaisance pour ses portraits, et qui veut guider paternellement le lecteur. Celui-ci est assez grand pour juger par lui-même. Sur les quelques 350 pages, 150 auraient pu être élaguées afin que l’arbre poussât plus vigoureusement, comme Gallimard le fit pour Les Bienveillantes de Jonathan Littell, encore que trop de grotesque soit passé, malgré la volonté de l’éditeur. Quel dommage, par exemple, que ce roman commence par le chapitre 1 – qui est à supprimer… Qu’il se termine par une postface aussi pénible qu’inutile – et qu’il nous refasse le coup – éculé – du manuscrit trouvé ici ou là.

C’est dommage car l’auteur a du style quand il ne sombre pas dans le contentement de soi par l’enivrement des allitérations ou la liste sur des dizaines de pages des romans qu’il aurait pu écrire mais dont il ne garde qu’une vague idée. La bonne littérature s’écrit rarement au dictaphone ou au fil de la plume et nombre de phrases auraient pu passer au « gueuloir » de Flaubert afin d’en tester la clarté. En témoigne par exemple p.114 : « La formulation de la question, une fois franchi cependant l’obstacle de l’interrogation première consistant à savoir si la question elle-même devait être posée, était déjà en soi une vraie entreprise et fit l’objet entre le Grand Louis et le Collectionneur de discussions longues et pour le moins approfondies » p.114. L’incidente et les termes-valise comme « cependant », « première », « consistant », « elle-même », « en soi », « vraie », « pour le moins » sont inutiles et chargent de fioritures baroques le dire sans ajouter au sens.

Stéphane Piletta-Zanin a été avocat devant la Cour pénale internationale et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et, dans un premier roman, il a publié une galerie de portraits de personnages jugés pour crimes de guerre et violations du droit humanitaire. Il poursuit dans cette veine en alignant un catalogue de villageois et villageoises plus ou moins pittoresques, qu’il sait rendre vivants. Et un peu loufoques. Le début allèche par une suite de fornications effrénées dans la campagne, à la Marcel Aymé ; c’est truculent et joyeux, hors les scories des phrases longuettes, du ton parfois doctoral et des mots en trop. Manque l’humour Aymé mais « Marie Mamelons » est bien trouvé pour une fille bien dotée, dont les seins sortent volontiers de leur loge.

Les clins d’œil littéraires ne manquent pas, de « Gabo » (Gabriel Garcia-Marquez, dont l’auteur n’a pas le souffle), à Sade, Dante, Vian, Hemingway, Robert Musil et son K und K, comme d’autres. Mais pourquoi énoncer qu’amoral est pire qu’immoral p.18 ? Pourquoi placer dans un roman ce jargon économico-branché de « concurrentiel du point de vue du personnage principal » p.21 ? Pourquoi dire « savait-on jamais » p.70 alors que l’expression est « sait-on jamais », intemporelle ? Je veux bien qu’écrire « téhorie » p.94 puisse être une faute de frappe, mais ne serait-ce pas une afféterie ? De même « avant-guardiste » p.186 serait-il avant-gardiste ? Et p.102, Isaac sacrifié par son père Abraham est encore « un enfant », il se deviendra « homme » (donc pubère) qu’après le sacrifice. Le lecteur « pas assez lettré » peu passer à côté, mais l’appel marketing à la « haute littérature » exigeant une vaste culture pour entrer dans le livre est exagéré.

Barde-Lons est un village imaginaire qui évoque la Suisse frontalière (avec son vocabulaire particulier comme « carnozet » et « verrées ») ; cela dans une ambiance de romantisme allemand. A ce roman manque une histoire qui entraîne le lecteur ; un catalogue de personnages ne suffit pas. Certes, le temps s’écoule à Barde-Lons, mais il s’écoule trop longuement.

Stéphane Piletta-Zanin, Le temps s’écoule à Barde-Lons – Retraits amoureux, ou les avatars d’Emilienne, 2017, éditions Xenia, Suisse, imprimé en Serbie, 368 pages, €23.00

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 balustradecommunication@yahoo.com

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Aujourd’hui saint Amour

Compagnon de mission de saint Pirmin en Allemagne, au 8ème siècle, cet Amour-là fonda l’abbaye d’Amorbach et est vénéré le 17 août, bien que le calendrier de l’Administration laïque d’Etat des Postes françaises situe la saint Amour le 9 août…

Un autre Amour plus tardif, du 9ème siècle, était natif d’Aquitaine où naquit la « fine amor ». Mais, névrosé par la Morale d’Eglise, il refusa le désir, le siècle et la vie, passant son existence en reclus à… Maastricht.

Du saint Amour de Bourgogne, on sait peu de choses, sinon qu’il fut copain de saint Viator et que leurs reliques sont enchâssées en la commune qui donna son nom au vin si bien connu.

Saint-Amour, commune du Jura à 28 km de Bourg-en-Bresse compte moins de 2500 Saint-amourains. Le petit-fils de Clovis y érigea une église pour les reliques de saint Amator et de saint Viator, soldats chrétiens de la légion thébaine massacrés à Saint-Maurice d’Agaune en Valais. Mais ont-ils existé ? Leur culte aurait probablement remplacé celui des dieux romains antiques Cupidon et Mercure. Comme quoi l’Amour chrétien ne serait que le petit-fils de l’Eros grec et le fils du Cupidon romain… rhabillé.

Le Gamay noir à jus blanc appelé saint-amour est vif, fin et équilibré, sa robe rubis dégage des arômes de kirsch, d’épices et de réséda. Son corps, dit-on unanimement, est tendre et harmonieux… Le saint-amour est un vin rouge AOC produit dans le Beaujolais. Il est voluptueux et particulièrement agréable en bouche. Avis aux amoureux(ses)…

Où l’on en revient donc aux « amours » de la symbolique. Aux temps anciens des Grecs, Amour dit Eros fut figuré comme un enfant de 6 à 8 ans gai, primesaut et tendre, d’une beauté harmonieuse : il était affection sans raison.

Lorsque la société se sophistiqua, que les gens eurent le loisir d’émerger d’une existence purement utilitaire, les relations humaines se firent plus complexes, tournant autour du sexe comme il se doit. Amour fut alors figuré comme un prime adolescent espiègle, cruel et fouaillé d’appétits. Beaumarchais en revivifia le caractère au grand siècle sous l’apparence de Chérubin : il est désir sans raison.

Mais l’Eglise, pour contrôler les âmes, se devait de mettre le holà à l’amour. Celui-ci n’est-il pas hors loi et foncièrement subversif ? N’écoutant que lui-même et tourné seulement vers l’objet de son appétit, il remet en cause toutes les morales, les raisons et les dieux. Inacceptable ! Il fallait donc châtrer Amour et l’on en fit un « ange ». Éthéré, sans appétits ni vouloir, pur messager de Dieu sans corps, il est affection sans désir. Bien que certains curés, célibataires par vœux, aient eu parfois le désir baladeur.

L’Eglise a retenu beaucoup plus de saints Ange ou Angèle que de saints Amour. Il a fallu Freud pour que l’on redécouvre en l’enfant une sexualité, même si elle reste en devenir. L’amour adolescent, Platon l’a montré, a de nombreux visages. Il ne se réduit en rien à la fornication, même si cet acte naturel n’est vilipendé par la Morale chrétienne (et bourgeoise) que pour de mauvaises raisons : celles du pouvoir, de l’économie, du contrôle des hommes.

« A force de parler d’amour, l’on devient amoureux… », croyait Pascal. Mais il n’a vraiment aimé que Dieu, selon les textes qu’il a laissés. Pour Tolstoï, dans son Journal en mars 1847, nul ne peut aimer Dieu : « Je ne reconnais pas d’amour de Dieu : car on ne saurait appeler du même nom le sentiment de ce que nous éprouvons pour des êtres semblables ou inférieurs à nous, et le sentiment pour un Être supérieur, qui n’a de limites ni dans l’espace, ni dans le temps, ni dans la puissance, et qui est inconcevable.» Dans la foi chrétienne, ce qui est appelé le Saint Amour, ce sont les deux grandes injonctions aimantes : l’accomplissement du message de l’Évangile et l’incarnation des Dix commandements.

Saint Amour du 9 août, que de turpitudes couvre-t-on en ton nom…

Si m’en croyez, fêtez Amour sous toutes ses formes : tendres ou passionnées, charnelles ou filiales, platoniques ou concluantes. Soyez ami et amant, ardent ou capricieux, conquérant ou enflammé, transi ou soupirant. Et mettez le tout au féminin ou au neutre selon votre genre.

Le pic des naissances est depuis 1991 en juillet (il était en mai de 1975 à 1989), ce qui veut dire fécondation en novembre. Au 9 août, fêtez le petit bébé tout frais pondu, Amour tout pur !

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