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Evasion de Mikael Hafstrom

Un duo de choc aux muscles bien usés pour un film d’action un peu bourrin mais qui se laisse regarder. Stallone et Schwarzenegger se mesurent pour s’allier afin de sortir d’une prison de très haute sécurité, inventée par les tordus du « privé » aux Etats-Unis. Le pays est en plein remue-méninges sur ces prisonniers qu’il vaut mieux garder enfermés pour qu’ils ne ressortent jamais : terroristes, pédophiles, tueurs en série. Quoi de mieux que le concept révolutionnaire – que je vous laisse découvrir car il est l’une des surprises du film ?

Ray Breslin (Silvester Stallone) est un ancien procureur dont on apprend, par bribes, que sa femme et ses enfants ont été massacrés par un tueur. Il a voulu qu’il ne ressorte jamais de sa prison. Ce pourquoi, depuis neuf ans, il a fondé une société experte en détection des failles dans les prisons fédérales. Il se laisse enfermer sous une identité d’emprunt et observe, exploitant tous les moyens de s’évader. Il y réussit quatorze fois, car la conception d’une prison n’est pas celle d’un unique cerveau mais d’une multiplicité de bureaux, chacun avec ses normes et ses habitudes. Pour Ray Breslin, une bonne évasion se réussit lorsqu’elle unit trois moyens : l’observation des lieux, les habitudes du personnel et une aide extérieure.

La première scène nous offre ainsi une évasion réussie, sans temps mort.

Arrive alors la proposition d’une société clandestine, affiliée dit-on à la CIA, qui veut tester un nouveau concept de prison du XXIe siècle, version américaine impitoyable. Le directeur financier de Ray trouve les conditions intéressantes et la société cliente veut évidemment « le meilleur » expert pour éprouver les failles de sécurité. Qui de mieux que l’auteur d’un rapport sur la façon de sortir de toutes les prisons ?

Toujours aussi lourd de corps, raide de nuque et bas du front, Stallone accepte sans proférer autre chose que des monosyllabes. Et tout le reste du film, malgré ses efforts inouïs de réflexion sur le sujet, ne feront pas changer d’avis le spectateur. Il est dans le physique, pas dans l’intellectuel. Il a été entraîné, il agit par réflexe, pas par supputation ni calcul. C’est un animal rusé, pas un cerveau qui agit. Le contraire même de Schwarzenegger, dont on regrette que le scénario n’ait pas mieux mis en valeur l’opposition.

Dans cette prison gigantesque, des modules métalliques séparés par des vitres épaisses sont suspendus en hauteur. D’étroites passerelles y conduisent les prisonniers et leurs permettent d’aller au réfectoire, à la douche et à la salle de promenade. Tout est couvert, tout est minuté, tout est contrôlé. La seule lumière est électrique et le directeur (Jim Caviezel) peut la moduler comme il l’entend. « La seule liberté qui vous reste, dit-il est de respirer – et on peut vous en priver si vous vous rebellez ! »

C’est dans ce lieu de technocratie modèle qui rappelle le panoptique de Jeremy Bentham, que Stallone rencontre Schwarzenegger. Il se fait appeler Emil Rottmayer et se dit le bras-droit d’un expert en finance qui a failli mettre le système mondial en déroute. Des intérêts puissants refusent de le voir réémerger sur la scène. Et Stallone apprend incidemment que, malgré le code de sortie qui lui a été donné, le directeur de la prison qu’on lui a indiqué n’est pas le même que celui qu’il rencontre et que le code ne signifie rien pour lui. Qui voudrait donc le voir rester, lui aussi, en prison pour le reste de sa vie ?

Entre observations des yeux fureteurs, conversations interminables et grosses bagarres qui donnent un peu de piment au suspense, l’évasion se prépare. Pas facile de sortir du bunker… Tout semble prévu pour déjouer les tentatives. Sauf que les circonstances sont toujours propices, les humains faibles et la technique jamais infaillible. Jusqu’au dernier moment, le spectateur doute – mais tout réussit.

Nous avons tous les poncifs de l’actualité américaine : l’enfermement d’hommes très dangereux qu’on ne veut pas tuer (aucune femme dans cet univers mâle), le duo des muscles fatigués voulant rejouer les Rambo et autres commando CIA des années 80, l’amour obsessionnel de la technique et la démesure des constructions, l’appel au privé… Rien de passionnant au fond, une fois l’actualité balayée par une actualité plus récente.

Notons que Stallone apparaît bien plus fatigué que Schwarzenegger, le visage mou, la lippe protubérante, le cerveau ralenti. Cette apparence sert l’histoire car qui croirait avoir affaire à un expert en évasion devant cette brute épaisse qui cherche tous ses mots ? Notons aussi que les islamistes fanatiques enfermés sont présentés comme moins antipathiques qu’en public. Leur chef est là pour trafic de drogue et pas pour avoir tué du chrétien ; il sert même le duo d’évadés.

On ne s’ennuie pas mais ne vous attendez pas à une réflexion sur l’Amérique : celle-ci était sur le point de voter Trump et le film révèle ce rétrécissement mental : baston en guise de liberté, prison pour le contrôle social et fric pour les prédateurs dominants restent le trio fondamentaliste des yankees contemporains !

DVD Evasion (Escape Plan) de Mikael Hafstrom, 2013, avec Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Jim Caviezel, Sam Neill, Vincent D’Onofrio, M6 video 2014, 110 mn, €7.20, blu-ray €8.57

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L’effaceur

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A l’ère Bill Clinton, l’Irak refuse toujours aux inspecteurs de l’agence internationale de l’énergie atomique l’accès à ses sites, tandis que la Chine teste un missile de surface près des côtes taïwanaises, que l’ambassade américaine à Athènes est atteinte par un tir de mortier et que l’aviation militaire cubaine descend deux avions américains appartenant aux exilés cubains Brothers to the Rescue. L’époque est dangereuse et la trahison pour avidité croît.

C’est ce que veut dénoncer avec force ce film populaire où les gros muscles de Schwarzenegger sont cette fois laissés de côté au profit de son astuce et de sa fidélité. Le héros joue le marshal, ce super-shérif fédéral du FBI ; il est chargé de la protection des témoins, il « efface » leurs traces pour qu’ils vivent une seconde vie.

Malheur à celui qui « trahit » les consignes : il est vite retrouvé et risque d’avoir la langue coupée. C’est ainsi que débute le film, par une séquence d’action très réussie où la grosse artillerie vaut moins que la bricole pour faire exploser la maison avec les méchants dedans. Le film adore faire tout sauter…

Malheur à celui qui ment sur les conséquences d’un témoignage judiciaire et qui « trahit » ainsi la candeur du témoin : les inspecteurs du FBI ne voient que leur petit intérêt en termes de performances et se moquent de la vie des gens. Lee Cullen (Vanessa Williams), s’apercevant par hasard que sa firme veut vendre des armes derniers cri (des fusils à impulsion) à des terroristes internationaux un brin russes (Serguei Petrovsky), contacte une journaliste et le FBI. Mais elle est vite démasquée et ne doit qu’à John Kruger (Arnold Schwarzenegger) d’échapper aux griffes des tueurs mandatés par la firme.

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Malheur à celui qui trahit sa patrie : le chef du service de protection des témoins au FBI, le formateur même de John Kruger à l’effaçage, est un traître qui vend des renseignements aux plus offrants. Puisque tout le monde se sert, pourquoi pas lui ? puisque toutes les guerres ne servent à rien (Vietnam, Irak), pourquoi y croire ? Ainsi raisonne faussement le chef (James Caan) et Kruger n’aura de cesse de le démasquer. De même que le Secrétaire d’État impliqué dans l’affaire.

Car malheur à celui qui trahit la confiance des électeurs : quand la politique se mêle d’affairisme, c’est un devoir pour les simples citoyens de devenir lanceurs d’alerte pour les ramener à l’intérêt général. Schwarzenegger sera plus radical, « effaçant » à l’aide d’une limousine et d’un train qui passe le lot des traîtres qui utilisent déjà toutes les arguties juridiques pour se sortir du guêpier. C’est un brin populiste, mais diablement efficace.

Le spectateur non-américain jouira de l’action – constante – et des effets spéciaux – spectaculaires – sans oublier l’ironie à la Tontons flingueurs. La sortie d’un avion en vol à l’aide d’un parachute est un peu acrobatique (l’avion ne serait-il pas pressurisé ?), mais les caïmans du zoo sont une aide précieuse autant que bouffonnes, eux qui bouffent les affreux in extremis.

Non seulement c’est un bon film de divertissement encore aujourd’hui, mais c’est un film moral. Très rare en ces temps de corruption et de vulgarité où le peuple du melting-pot n’a le choix qu’entre une Clinton clinique et un Trump trompeur.

DVD L’effaceur (Eraser), film de Chuck Russell, 1996, avec Arnold Schwarzenegger, Vanessa Williams, James Caan, James Coburn, Warner Bros blu-ray, €9.86

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