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Joseph Kessel, Hong-Kong et Macao

L’année où Sartre et Beauvoir allaient admirer Mao, Kessel se rendait à Hong-Kong, territoire britannique peuplé en majorité de Chinois fuyant la République pop. Dès les années suivantes il y aura en effet les Cents fleurs et sa répression féroce puis le Grand bond en avant qui fut une grave régression. Le journaliste écrivain s’intéresse aux petits humains et pas aux grandes théories -c’est ce qui fait qu’il reste lisible plus de soixante-cinq ans après la parution de ses articles dans France-Soir en 1955 et 1957. En revanche, qui lit encore sans rire l’hagiographie du Castor ?

Pas de fiction cette fois rajoutée au reportage mais la rencontre de personnages clés comme Jardine, descendant des contrebandiers d’opium dans la Chine de Tseu Hi, et de la femme de Mister Tiger Balm, l’inventeur du célébrissime Beaume du Tigre – toujours en vente – qui soigne tout et se porte dans la poche ; sa pagode loufoque se dresse sur une colline de l’île. Kessel s’intéresse aux « maisons de thé » (bordels) et aux « danseuses » (putes) dont les plus entreprenantes vendent les enfants qu’elles se font faire par de beaux mâles occidentaux sortis des bateaux de guerre ou de commerce. En quelques années, elles peuvent elles-mêmes s’établir comme entremetteuses entre les couples en mal d’enfants et l’offre des filles jeunes qui veulent s’enrichir. Il suffit que les bébés soient beaux et que les astres leurs soient propices. Car Kessel ne minimise pas la misère du petit peuple de Hong-Kong, pressuré pour produire, leurs enfants en loques mendiant dans les rues. Les quartiers les plus mal famés abritent des fumeries d’opium tandis qu’une cité interdite – Kowloon-City – existe en plein cœur de Hong-Kong, un ancien village chinois exclu par le traité sur les Nouveaux Territoires, de la tutelle de la colonie.

Quant à Macao, enclave portugaise ignorée des Chinois comme des Japonais venus envahir l’Asie, ce n’est plus un « enfer du jeu » comme elle le fut un moment. Les casinos subsistent, mais sans presque de clients. C’est surtout le trafic d’or qui prospère à l’époque.

L’investigation, le social et le touristique se mêlent dans ce reportage d’aventures qui se dévore littéralement. Le rêve exotique trouve son incarnation avec le meilleur et le pire, dans un paysage de toute beauté. Mais avec une question : « Comment, pourquoi Hong-Kong resterait-il britannique ? » p.900 Pléiade. Une bonne question qui trouvera sa réponse en 1998, une génération plus tard.

Joseph Kessel, Hong-Kong et Macao, 1957, Gallimard Folio 2011, 256 pages, €6.90 e-book Kindle €6.49

Joseph Kessel, Romans et récits tome 2 : Au grand Socco, La piste fauve, La vallée des rubis, Hong-Kong et Macao, Le lion, Les cavaliers, Gallimard Pléiade 2020, 1808 pages, €67.00

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