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Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération

20 ans après mai 68, deux « anciens » tentent de comprendre. Ils font de mai le mouvement d’une génération, celle née du baby-boom d’après-guerre avec la nostalgie de Malraux, grandie sous la guerre froide, dans l’appareil de jeunesse du parti communiste puis étudiante durant la guerre d’Algérie, sensible aux écrits de Sartre et de Jeanson. Le livre se veut un « roman vrai » à base d’interviews d’acteurs, ces étudiants militants qui ont eu 20 ans dans les années 1960. C’est son côté vivant, qui se lit bien.

A l’époque, la jeunesse explose. La société mute, le monde change. Tout cela expliquerait mai 1968 et les suites de mai. C’est une partie de mon histoire personnelle, le terreau qui a irrigué mon adolescence, dans lequel et contre lequel je me suis formé. Cet ouvrage ouvre une porte, éclaire un soubassement, me permet de comprendre un peu mieux.

En 1950,140 000 étudiants étaient inscrits à l’université ; ils étaient 215 000 en 1960 et déjà 308 000 en 1963. C’est l’explosion. La jeunesse plus nombreuse, plus longtemps aux études, impose sa culture, fait sa place dans une société rigide, hiérarchique, sclérosée – à droite comme à gauche. Sartre devient Socrate, Beauvoir libère la femme, Fellini rend le sexe culturel, le Che est un Robin des bois qui auraient lu Marx. Le jean–blouson–T-shirt–baskets, venu des États-Unis, est l’uniforme de la jeunesse. Le rock, la danse et les parties servent de signes de reconnaissance. La jeunesse est lyrique, romantique et hormonale. Il faut que craque le vieux monde alors que le nouveau offre sa consommation de masse à l’appétit tout neuf d’une génération née après les bouleversements de la guerre.

La victoire des Alliés en 1945 n’a pas débouché sur la justice sociale, au contraire, les vainqueurs de la barbarie ont reproduit parfois les comportements combattus : la torture, la répression, la rigidité. Cela en Algérie, au Vietnam, en Amérique du Sud. Les militants ont tenté de restaurer le vieil instrument révolutionnaire : le parti communiste français. Malgré le rapport Khrouchtchev, les staliniens dominent le parti en France et éjectent les trublions étudiants. Force est de construire à côté : les trotskystes de Krivine, la gauche prolétarienne. Ils se réclament de Guevara puis de Mao. Sartre, qui écrit sur Nizan en 1960, a très bien su capter ce courant de jeunesse : « Il peut dire aux uns : vous mourez de modestie, osez, désirez, soyez insatiables, délivrez les forces terribles qui se font la guerre et tournent en rond sous votre peau, ne rougissez pas de vouloir la lune : il vous la faut. Et aux autres : dirigez votre rage sur ceux qui l’ont provoquée, n’essayez pas d’échapper à votre mal, cherchez ses causes et cassez-les » II p.167. La jeunesse chrétienne et la jeunesse maoïste se rejoignent dans un romantisme boy-scout : s’embrasser à demi-nus dans les couloirs, s’immerger parmi les pauvres, renoncer à faire carrière, procéder aux examens de conscience et aux corrections fraternelles. Maurice Clavel aura bien vu cette parenté là.

Le mouvement de mai 1968 en a été la résultante. Une rencontre inattendue entre une idéologie ouvriériste du XIXe siècle et les forces de la fin du XXe siècle orientées vers la révolution culturelle, la libération sexuelle, la démocratisation politique. Le gauchisme d’appareil a rencontré le spontanéisme libertaire. La communion s’est effectuée dans la reconnaissance de ce moment clé de la vie qu’est l’adolescence – moment en soi à vivre, à reconnaître, et non simple transition. C’est la peur narcissique de s’intégrer au monde adulte, perçu comme politique, capitaliste, impérialiste ; c’est la volonté acharnée et sauvage de rester jeune, inachevé, idéaliste ; c’est la préférence pour l’action immédiate dans la société plutôt que l’attente collective d’un grand soir. Les prisons, les hôpitaux, l’école, la famille, la cité, deviennent les lieux concrets où l’on revendique ses refus : la répression, l’enfermement, la sélection, l’éducation, l’environnement. En conséquence, le PCF stalinien a été isolé, les « instruments de la révolution » (parti, dogme, centralisme) ont été récusés, le terrorisme refusé par la morale acquise dans les grandes écoles et auprès de Sartre, le renouvellement politique opéré par le changement du social, la méfiance envers le tout–état.

Les expériences de micro–totalitarisme dans les groupes gauchistes ont vacciné les militants contre le délire révolutionnaire, le jacobinisme, l’irrationnel des foules (Salmon II p.66, Burnier II p.82). « À Pékin, nous nous sommes définitivement débarrassés de l’idée du parti unique. Il suffit d’assister à un procès populaire pour mesurer l’importance des libertés formelles, d’un avocat, de l’État de droit, de la séparation des pouvoirs. Puis nous avons remis en cause de visu notre critique du capitalisme : la concurrence, le marché, ça fonctionne et ça procure de la liberté », Jacques Broyelle, II p.551. De tout cela est né la société moderne : le mouvement des femmes, l’écologie au Larzac, les médecins sans frontières de Kouchner, le parti socialiste rénové de Mitterrand.

Trop jeune en 1968, j’ai rencontré l’après–mai ensuite. J’ai participé à un sit–in dans la cour du lycée, attiré par le mouvement, grisé par la parole, en phase avec le groupe, fier de mes balbutiements intellectuels. Il est formateur de s’exprimer, seul au micro, attentivement écouté par les autres qui reprennent ensuite la parole pour confirmer ou infirmer ce que j’ai dit. Je l’ai fait quelques semaines, c’était nouveau pour moi. Cela ne m’est pas monté à la tête, mais j’en garde plutôt le souvenir d’un slogan, capté au vol, qui est resté pour moi le symbole de mai 68 : « la vérité est toujours révolutionnaire ».

Je n’ai jamais oublié cette leçon, c’est pourquoi l’Archipel du goulag de Soljenitsyne ne m’a pas surpris. J’étais déjà en révolte contre l’église de mon enfance, embrigadement et bon sentiments ; contre les convenances de la bourgeoisie bien-pensante ; je l’ai été contre le marxisme et ses dogmes, son infaillibilité pontificale, son inquisition policière, sa hiérarchie clientéliste, ses clercs arrogants qui se voulaient détenteur de la seule vérité…

Tant pis pour les jésuites de tous bords, je ne serai jamais le chien d’aucun dieu ni le sbire d’aucun chef.

Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, 1988, Points 2008,

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Vide socialiste

Le monde a changé, pas le socialisme.

Idéologie dominante du siècle dernier, née au siècle encore avant en réaction à l’individualisme croissant dû à l’essor démocratique et industriel, le socialisme est désormais mort et Macron vient de l’enterrer. Il restera désormais comme une secte de gauche parmi d’autres, un parti-croupion analogue au parti radical, cet ex-faiseur de rois de la IIIe République.

J’ai connu cette génération socialiste qui a intronisé Mitterrand en 1981 – ex-ministre de l’Intérieur hostile à l’indépendance de l’Algérie puis ministre de la Justice donnant les pleins pouvoirs à l’armée – avant de crever sous Hollande, secrétaire de parti une bonne décennie à gérer les egos entre 1997 et 2008. Ceux qui ont poussé le machiavélien né camelot du Roy, présenté à Pétain avant de virer résistant, gaulliste puis ministre, étaient ces petit-bourgeois arrivistes des années 1980 qui avaient fait quelques études et avaient soif de participer aux décisions. Fils amers de ceux qui n’avaient pas su résister durant la guerre de 40, ils ont cru bon de porter les valises des terroristes FLN, futurs dictateurs soigneusement planqués jusqu’aux accords d’Evian – et toujours au pouvoir en Algérie. Comme la « résistance » allait bien pour les autres ! Comme la bonne conscience jouissait à s’éclater pour « les pauvres, les déshérités, les damnés du colonialisme… justement terminé » !

A ceux-là, leurs ados ont « fait » 68 contre la guerre et la consommation, avant de se réfugier dans la prébende d’Etat comme profs ou politiciens. Ce sont ces ados jamais vraiment grandis qui ont joué du synthétiseur hollandais contre l’agitation sarkozyste, croyant apaiser le pays par un train de réformettes que la revancharde Aubry a taclé via les députés qu’elle fit nommer. Car ce n’était « jamais assez à gauche, ma chère ! » comme Jospin – qui n’avait pas démérité – l’apprit à ses dépens en avril 2002. Le socialisme battu par Le Pen, quelle honte déjà ! Les « frondeurs » ont achevé l’ouvrage en faisant battre au premier tour de la présidentielle tous les socialistes – le frondeur Hamon comme le radical Mélenchon – à la fois par Le Pen et Fillon.

Car le ver était dans le fruit… Qu’a donc « le socialisme » à dire sur le monde actuel ?

De plus en plus globalisé, faisant la place à l’ancien « tiers » monde qui lui taille des croupières à marche forcée, emporté par le numérique, l’informatique, la robotique, les algorithmes et les nanomachines, le monde change à grande vitesse – et pas le socialisme. Le libéralisme au contraire – et c’est là sa vertu – sait s’adapter puisqu’il accepte par construction ce qui vient, « liberté » étant le maître-mot.

Mais le socialisme, loin de pencher vers les associations de base du modèle français selon Proudhon, a vivement préféré les grandes idées philosophiques du prophète juif qui prenait la suite des Evangiles : Marx. Lequel a été récupéré par tout ce que l’Allemagne compte de fumeux et de proto-totalitaires sous la houlette de l’hégélianisme, avidement repris par les Sartre et autres petits intellos français qui avaient honte d’apparaître trop rationnels (comme Bergson, Valéry ou Alain) à l’époque où l’Allemagne dominait l’industrie mondiale. Les années antitotalitaires post-68, après les révélations de Soljenitsyne puis de Solidarnosc, ont emporté le marxisme en acte du « socialisme réel » (ainsi se disait-il)… et tout le socialisme avec !

La société de cour, idolâtre du Mitterrand-soleil, a fait le reste, remplaçant les militants enthousiastes et la fraîcheur des idées par les technocrates d’appareil et les slogans de parti. Comment penser le monde quand vous faites allégeance à une bande où l’entre-soi compte plus que l’universel ? D’où ce « gauchisme culturel » décrit par Jean-Pierre Le Goff, qui acheva de faire divorcer les intellos bourgeois urbains du populo des périphéries et des villages. Le « socialisme » réduit aux bons sentiments et aux mot-valise, avec l’écologie comme nouvel horizon de croyance.

Libéralisme des mœurs adulé, libéralisme économique honni : quelle magnifique contradiction ! Car cela signifie « tolérance » aux intolérants – par exemple poutiniens, trumpiens ou islamistes ; ouverture des frontières – juste pour les migrants, pas pour les marchandises ni pour les capitaux ; incantation au « collectif » – et préoccupations uniquement focalisée sur les « droits » aux minorités infimes (homo, voilées, féministes).

La plus vaste blague a été la candidature de Benoit Hamon. Lui, un renouveau du socialisme ? Apparatchik né dans le système, dont le seul métier a toujours été la politique, adepte de l’entre-soi fanatique par ses réseaux multiples cultivés depuis toujours – comment aurait-il pu représenter un homme neuf dans « le système » ? Quant à son programme, il reste l’utopie-reine de toute croyance millénariste : demain on rase gratis (revenu universel, hédonisme, RTT avant retraité, annulation de la dette, taxation de tous ceux qui dépassent la norme d’Etat, imposition des robots – avant de leur accorder des « droits » en tant que minorité visible ? -, loi contre la torture des chatons, agnelets et autres petits veaux). Comment gouverner dans la réalité si l’on reste guidé par le principe du plaisir ?

Que reste-t-il en 2017 du « socialisme » ? Rien. Ce vide est le vide de « la croyance » face aux faits.

Et c’est tant mieux : le champ est enfin libre pour créer autre chose.

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Jacques Julliard, Les gauches françaises

René Rémond l’a voulu pour la droite, Jacques Julliard l’a fait pour la gauche : une analyse en « familles politiques » plus qu’en partis éphémères. Pour Julliard, il existe un « invariant de gauche » depuis la Révolution. S’il y a trois droites (légitimiste, orléaniste, bonapartiste), il y a quatre gauches (libérale, jacobine, collectiviste, libertaire). Qui accomplissent d’ailleurs une « révolution » : partie du libéralisme des Lumières, la gauche en revient au libertaire post-68 ; elle retourne à l’individu après avoir erré du côté des collectivismes.

jacques julliard les gauches francaises

La gauche serait partie d’une révolte individualiste contre la société d’ordres de l’Ancien régime. Mais le mouvement ouvrier vers la fin du XIXe pousse la gauche au collectif, jusqu’au collectivisme de masse du XXe siècle. C’est la droite qui récupère l’individualisme.

Pour Julliard, il y a une profonde différence entre la gauche XIXe et la gauche XXe siècle : un appauvrissement de l’imaginaire. En cause, la fuite du peuple au profit des professionnels de la politique, dont le parti communiste a représenté l’acmé. La politique dit le Bien pour la société qui, elle, n’a qu’à se taire et bien voter. Le social a été remplacé par la technocratie du social, ce qui change beaucoup de choses : manque la fibre… D’où le retour à l’individuel de la gauche d’aujourd’hui après l’effondrement de l’eschatologie « scientifique » communiste. Droits de l’homme jusqu’aux droits des mœurs plutôt que lutte des classes jusqu’au changement social. Car la gauche s’en est aperçue : on ne change pas la société par décret.

Jacques Julliard traque ces gauches lors de « nœuds » historiques (en référence à Soljenitsyne) qui sont des périodes charnière où les idées mutent avec la politique. Pour donner de la chair au tout, l’auteur établit des couples de figures historiques où le vécu côtoie la symbolique pour donner des trajectoires (ex. Robespierre et Danton, Chateaubriand et Constant, Thiers et Blanqui, Mendès-France et Mitterrand…). Même politique, mais chaque fois deux façons radicalement différente de l’incarner – à gauche. Bien sûr il manque des figures, Proudhon notamment. Bien sûr il manque des femmes (Louise Michel, Simone Weil), mais c’est qu’elles manquaient singulièrement en politique, la république ne leur ayant donné le droit de vote qu’en 1945.

L’originalité de la gauche française par rapport aux autres gauches européennes ? L’aspect religieux. Pour Julliard, la Révolution a été le renversement du religieux (préparé depuis déjà un siècle par les philosophes et, depuis plus longtemps par le scepticisme dû aux guerres de religion). La gauche a été le parti athée qui voulait émanciper l’individu de toute détermination. Problème que Julliard n’évoque guère : Dieu est mort mais son besoin existe, par quoi le remplacer ? La gauche n’a-t-elle pas sans cesse secrété une nouvelle religion en tordant Marx du côté messianique ? puis Keynes version État-providence après 1945 ? enfin le catastrophisme écolo depuis les années 1970 ? Quelle gauche nous délivrera du biblique, puisque le socialisme ne serait selon lui que l’Évangile mis en œuvre ?

Pour l’auteur, les Français sont partagés entre l’utopie et le radical-socialisme, ils ne sont en rien sociaux-démocrates car il y a longtemps que les syndicats ne représentent plus les travailleurs mais une caste retreinte de professionnels politisés. Dommage que les Français y soient allergiques, car « l’aspiration sociale-démocrate, non seulement ne s’est pas réduite, mais est devenue dominante dans le monde entier », avouera-t-il au Nouvel Observateur)…

La gauche aujourd’hui veut incarner la justice alors que la droite incarnerait l’efficacité. D’autres disent que la gauche est la liberté des contraintes volontaires, la droite l’assentiment et l’adaptation à ce qui survient. Mais le propre du bonapartisme, dont le gaullisme fut successeur, était justement d’incarner la synthèse de ces fausses oppositions (ordonnances de 1945, la participation, la politique qui ne se fait pas à la corbeille, etc.). Ce courant autoritaire et social, est-il de droite ou de gauche ?

La distinction droite-gauche garde-t-elle du sens aujourd’hui ? La politique se déroule encore dans les partis, mais ceux-ci sont réduits à une machinerie pour sélectionner des candidats, ils ne sont pas laboratoires d’idées. C’est une « opinion » cristallisée en mouvements sociaux sur certains sujets précis (le nucléaire, le gaspillage, le climat, les homos, l’insécurité, les méthodes d’apprentissage de la lecture, etc.) qui font les idées qui s’incarnent en action politique. D’où ce catalogue de « mesures » de tout candidat présidentiel, cette « boite à outils » de tout président élu où manque le projet d’avenir, la vision globale.

Jacques Julliard est issu d’un milieu radical-socialiste et catholique, agrégé d’histoire à Normale Sup avant de devenir syndicaliste UNEF, au SGEN, à la CFDT. Quoi d’étonnant à ce qu’il se pose en libertaire au sens de Proudhon ? Joseph Proudhon, occulté en France pour cause de marxisme aligné sur Moscou, serait selon Julliard « la contrepartie de toutes les tares de la gauche » : le moins d’État possible parce que la société se prend en main à la base. L’histoire l’a incarné dans la Commune. Il y aurait moins besoin de politique parce que les humains pourraient vivre sans être gouvernés. Internet et réseaux sociaux remplacent de nos jours partis et congrès obsolètes. Quoi de plus ridicule que le rituel du Parti socialiste par exemple ? Sympathique idée qu’il faudra du temps à réaliser tant l’esprit français est formaté statuts, hiérarchie, autorité… Est-ce pour cela que Jacques Julliard quitte le Nouvel Observateur, où il a été chroniqueur 40 ans, de 1969 à 2010, pour Marianne ?

La représentation divorce de plus en plus du pays réel et ce serait l’un des rôles de la gauche que d’inventer de nouvelles formes de participation démocratique. Pierre Rosanvallon a écrit de bonnes choses sur le sujet. Julliard au Nouvel Observateur cité plus haut : « Hollande est dans l’obligation d’inventer un nouveau logiciel social-démocrate au temps de la rigueur économique qu’impose la période ».

Un an déjà et toujours rien.

Jacques Julliard, Les gauches françaises 1762-2012, 2012, Flammarion, 940 pages, €23.75

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