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Le Tour du monde en 80 jours de Michael Anderson

Le thème est connu, Phileas Fogg, un gentleman anglais oisif du Reform Club (David Niven, parfait dans ce rôle), assure scientifiquement qu’avec l’essor de la technique il est possible de faire le tour du monde en moins de trois mois, « en 80 jours exactement ». Ses compagnons se gaussent, bien assis dans leurs fauteuils devant un verre de whisky, gagnant de l’argent en dormant. Rien ne saurait ébranler les certitudes britanniques à l’apogée de l’empire. Pas même le vol audacieux de 50 000 £ dans les caisses de la banque d’Angleterre en plein jour, à côté du caissier en train de paperasser un reçu de 3 shillings 50.

C’est d’audace qu’il s’agit, justement. L’audace d’aller plus loin, plus vite, de sortir de sa zone de confort pour explorer le monde. Le XIXe siècle est optimiste avec l’envolée des techniques et de l’industrie, les chemins de fer et le télégraphe relient les continents tandis que les bateaux à vapeur multiplient la vitesse et que le vélo fait son apparition en ville. Une première scène montre Passepartout, le futur valet débrouillard de Phileas Fogg, monté sur un grand bi (Cantinflas, acteur mexicain).

Aussitôt parié, aussitôt parti. L’ancien valet de chambre est congédié et remplacé par un nouveau venu recommandé par le bureau de placement, une officine tout ce qu’il y a de plus chic où le placier discute en gentleman avec les candidats valets (dont un acteur flanqué de la particule « sir » !), bien loin des besogneux harassés et impuissants des pôles emplois contemporains. Ce film est plein d’humour anglais.

Les voilà donc parti avec une pleine valise de bank-notes, le valet « français » (pour les Anglais, tout homme né au sud de la Manche est un basané) a été clown, acrobate, et fait de multiples métiers ; durant le périple, il sera toréador, gymnaste et bien d’autres choses encore.

Un éboulement empêche le train de rallier Marseille depuis Paris, où un cocher obtus (Fernandel) conduit les voyageurs à la célèbre agence Cook. Un ballon fera l’affaire (Cook peut tout), mais ils se retrouvent en Espagne ! Vite un yacht pour rallier l’Italie et prendre le bateau pour Suez où un autre les fera parvenir à Bombay, d’où le train nouvellement inauguré les fera traverser la péninsule pour prendre un bateau pour la Chine avant le Japon, San Francisco, puis le train intercontinental, New York et Liverpool. Evidemment, rien ne se passe comme prévu. Passepartout doit divertir le prince arabe qui possède le yacht espagnol et affronter un taureau (pas bien méchant) ; le train indien s’arrête en rase campagne, les journalistes ayant décidé que ce qui était dit était fait alors que la ligne n’est pas finie, le temps de sauver la princesse indienne Aouda (Shirley MacLaine) née blanche pour la bonne morale du temps, qui doit être brûlée vive sur le bûcher funéraire de son défunt mari rajah qu’elle n’a vu qu’une fois vivant à son retour d’Angleterre ; le désormais trio doit se colleter au détective Fix de Scotland Yard (Robert Newton) qui soupçonne fortement Phileas Fogg d’être le voleur de la Banque d’Angleterre et qui cherche à le retenir assez de temps pour que le mandat d’amener lui parvienne.

Mais tout cela n’est rien et le gentleman sûr de lui réussit son pari, la science lui assurant une fois de plus une avance d’une journée parce que le voyage a eu lieu toujours vers l’est… Il va même se marier avec la belle, promise au feu, que Passepartout a sauvé.

Ce long film de 1956 (avec « entracte » et en deux DVD) est empli de péripéties cocasses et suinte l’humour anglais ainsi que l’ironie populaire, les clowneries de l’acteur mexicain avide de femmes contrastant avec le flegme glacé tout britannique du fameux gentleman. Il y a force parades et danses, avec « girls » comme les aimaient les soldats du front dans la guerre récente (11 ans avant). Le monde blanc, mâle, impérial et technologique était en pleine puissance militaire et morale. C’était « le bon temps » comme disent les aigris d’aujourd’hui qui ne savent s’adapter.

En tout état de cause un bon film traditionnel qui réconforte.

DVD Le Tour du monde en 80 jours (Around the World in 80 Days), Michael Anderson, 1956, avec David Niven, Cantinflas, Shirley MacLaine, Robert Newton, Fernandel, Martine Carol, 2h54, €10.89

Le roman de Jules Verne de 1872

La série télé 2021

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Jules Verne, Le tour du monde en quatre-vingt jours

Histoire d’un pari, fou et réaliste comme tous les paris, qui fait effectuer le tour du monde au siècle industriel à un riche excentrique évidemment britannique. Quittant l’Europe, passant par le canal de Suez, traversant jusqu’en Inde, puis vers la Chine et le Japon, embarquant pour les Etats-Unis où prendre le train transpacifique, enfin passer l’Atlantique pour revenir à Londres via Liverpool. Ce gros succès de librairie en son temps n’est pas, pour moi, le meilleur de Jules Verne car il laisse peu de place à l’imagination. Mais j’admire son mécanisme horloger et ses personnages de caricature.

Phileas Fogg, Anglais et probablement ancien marin, ayant de la fortune sans qu’on sache (volontairement) d’où elle provient, mène une existence réglée comme un automate. Il est l’incarnation du capitalisme industriel rythmé par la pendule, aussi froid et impersonnel que l’efficacité le requiert. Mais l’aspect oublié du système est le pari. Chacun croit savoir que « le » capitalisme ne concerne que l’économie et le souci d’efficience maximale – or la dimension du jeu est cruciale pour faire tenir le mouvement. La simple administration des choses – comptable, automatique, équilibrée – n’est pas du capitalisme mais une sorte de Plan à la soviétique qui finit par s’user et gripper. L’expansion, le progrès, le renouvellement perpétuel par la quête du toujours autre est l’autre face – aventureuse, risquée, concurrentielle – du capitalisme. Phileas Fogg, au prénom de géographe d’Athènes au Ve siècle avant et au nom de brouillard londonien en est le symbole. Bien qu’immobile dans ses habitudes de vie dans la cité, il joue au whist à son club et n’hésite pas à sauter sur l’occasion d’un pari : faire le tour du monde en 80 jours.

Pari raisonné qui tient en même temps la folie du jeu et la logique de la raison, il est le ressort même du capitalisme. Car le décollage des transports en cette seconde moitié du XIXe siècle dans le monde, organisé par l’empire anglais pour une grande part, permet de tenter l’aventure. Il ne s’agit pas de record mais de jeu, pas de battre les autres mais de prouver que c’est faisable. Malgré la programmation des horaires des chemins de fer et des paquebots, les aléas sont toujours possibles – et ils seront nombreux. Malgré cela, la volonté compte, et l’habileté à rattraper le temps perdu est un aiguillon excitant du pari. Car il s’agit de courber l’espace dans le temps, pour anticiper Einstein.

Pour cela, la formidable énergie de la vapeur canalise les forces naturelles du charbon et du bois, tandis que la voile vient en complément, tout comme la force animale de l’éléphant en Inde. Le pari est un signe d’optimisme sur le savoir, sur la technique, sur l’ingéniosité des voyageurs. Son expression même est la bourse, c’est-à-dire le jeu risqué et raisonné sur l’avenir que l’on appelle spéculation. Le mot vient de speculum, le miroir, ce qui veut dire que l’on plonge en soi pour supputer des chances de gagner et de perdre. Pour l’automate, l’imprévu n’existe pas ; pour l’intelligence, l’automatisme ne suffit pas. De là cette lutte très humaine avec les forces de la nature que sont les tempêtes, la neige, le vent contraire, mais aussi les brahmanes fanatiques, les coutumes barbares, l’attaque des Sioux, les volontés contraires – et le soupçon de culpabilité pour un vol à la Banque d’Angleterre qui suivra Phileas Fogg jusqu’au dernier moment. En ce sens, le détective Fix est une idée fixe ; il veut mettre immobile le voyageur, en prison le joueur, arrêter pour vol son envol. Il est le saboteur d’Icare.

Un autre perturbateur est le valet Passepartout, Français donc courageux et généreux selon la typologie du temps, mais aussi léger et trop bavard. C’est Passepartout, ce trublion, qui va retarder sans cesse son maître : entrant dans une pagode avec ses chaussures, incitant à sauver l’épouse du rajah mort promise au bûcher, se laissant enivrer par Fix dans un bouge de Hong Kong, ne révélant rien de l’identité de l’inspecteur de police. Il se rattrapera parce qu’il est débrouillard, passe-partout, l’antithèse de son maître brouillard, Fogg. Cette dualité donne son mouvement à l’aventure car où serait le sel du hasard si tout était programmé ? Jusqu’au dernier instant, jusqu’à la dernière minute même au Reform Club, le lecteur ne saura pas si le pari est gagné. Un « coup de théâtre » assurera la bonne fin, mais il n’est qu’un automatisme des astres, une autre force naturelle avec laquelle compter.

Avancer, vivre, signifie lutter contre les forces d’entropie qui sont la mort des organismes. Le voyage exige des combustions : celle du charbon pour les machines jusqu’au bois des ponts et des intérieurs sur le dernier bateau qui a épuisé son charbon, celle du sucre pour l’éléphant, celle des bank-notes pour venir à bout des mauvaises volontés ou des défaillances techniques, celle de l’énergie individuelle pour supporter les hauts et les bas de la situation. Jouer est donc à la fois une innocence comme celle de l’enfant qui s’essaie, un agencement rationnel des choses et des moyens pour parvenir à son but, enfin une occasion de gagner ou de perdre qui maintient la volonté en haleine. Pour Phileas Fogg, le jeu s’arrête après la révolution. Le tour du monde étant fait, ne reste à explorer, à faire le pari et à gagner que cet autre monde qu’est l’amour. La belle Aouda sauvée des flammes indiennes sera cette compagne d’une nouvelle aventure.

Jules Verne, Le tour du monde en quatre-vingt jours, 1873, Livre de poche jeunesse 2014, 256 pages, €5.50 e-book format Kindle €0.99 

Jules Verne, Voyages extraordinaires : Michel Strogoff et autres romans (Le tour du monde en 80 jours, Les tribulations d’un Chinois en Chine, Le château des Carpathes), Gallimard Pléiade 2017 édition Jean-Luc Steinmetz, 1249 pages, €59.00 

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Joyeuses Papeeteries !

John Mairai, homme de théâtre, acteur, auteur, journaliste, metteur en scène, poète, signe sa première pièce écrite entièrement en français. Il s’agit d’une tragédie du Tahiti de 1630. Il souhaiterait la présenter à Avignon en 2014. « L’histoire de Tavihauroa, arii de Tautira, et son épouse Taurua, est celle d’une société gouvernée par la loi. Et, bien que les actions doivent lui obéir, les sentiments, eux, restent indomptables ! Car c’est dans les bras de Tuitara’i, qui s’avère être le arii de Papara, que Taurua choisit finalement de rester. Conformément à la coutume, Tavi doit prêter sa femme à Tuitera’i, car celui-ci lui demande. Un acte d’hospitalité qui sera habilement utilisé par le ari’i de Papara, qui se définit lui-même comme fourbe d’amour. John Mairai met en avant la manipulation de la loi, la complexité des sentiments : amour, souffrance, honneur ». Mais, me diriez-vous pourquoi payer une place de théâtre alors que tous les jours les élus polynésiens jouent des pièces multiples et variées ?

A Moorea, il tabasse sa mère, son beau-père aveugle et un gendarme qui tentait de le raisonner. Cet individu complètement ivre s’était libéré de l’emprise des voisins arrivés en renfort de la famille. Le militaire et la mère s’en tirent avec 6 jours d’ITT [interruption temporaire de travail] et le beau-père 10 jours. L’alcool donne des forces !

Au premier étage du marché de Papeete, on peut faire l’acquisition de paréos, de monoï, de tiki [statues] en bois, en pierre, de perles, colliers de coquillages et bien d’autres objets pour touristes. Même de mâchoires de requin tigre. Et pourtant la réglementation est très claire sur le sujet : vendre, ne serait-ce qu’une seule dent de requin, est interdit sur l’ensemble du fenua !

L’Aranui 5 arrivera en Juillet 2014. Remplaçant l’Aranui 3, il sera mis en service en novembre 2014. Les Chinois n’appréciant pas le chiffre 4, il sera donc baptisé 5. Il sortira du chantier naval Huang Hai de Shandong non loin de Pékin. La famille Wong est heureuse, le bateau est éligible aux lois de défiscalisation du Pays et de l’Etat. Le navire actuel accueille 2200 passagers par an. L’objectif est d’atteindre 3000 passagers, soit 260 par croisière. De nombreuses nouveautés sur ce navire : un « skybar » sous la passerelle, un spa, une sécurité renforcée, plus d’accès à l’arrière pour la pêche, les passagers bénéficieront d’un médecin et d’une infirmière, la partie fret augmente, l’équipage passant à 103 personnes. 228 passagers en cabine + 32 en classe C + 36 passagers-pont. En raison de meilleures capacités manœuvrières, Bora Bora sur le chemin du retour pourrait être une escale supplémentaire du bâtiment.

Hip, hip, hurrah ! En juin 2012, 14 940 touristes sont venus dans les îles de Polynésie française, dont 2 228 croisiéristes, 12 881 en hébergement payant  et 2 059 chez les particuliers. Qui sont ces touristes qui prennent le risque de venir en Polynésie ? USA = 4971, France = 2957, Europe hors France = 2471, Japon = 994, Nouvelle-Zélande = 1018, Australie = 1101, Autres pays = 1428. A vos souhaits pour l’an prochain.

Le Pacifique en catamaran pneumatique : c’est le premier tour du monde pour un équipage russe emmené par le capitaine Anatoly Kulik, membre de la société géographique de Russie. Inspiré par l’épopée du Kon-Tiki, il vient d’arriver aux Marquises en provenance d’Amérique du Sud. L’enjeu est de taille, réaliser un tour du monde transocéanique sur un catamaran aux coques gonflables. Une simple tente leur sert d’abri. Ils doivent constamment se relayer à la barre pour maintenir le cap. Une seule femme parmi l’équipage de quatre personnes. Olga a étudié le français à l’Université de Novossibirsk en Sibérie.

Toujours ces histoires de cadastre, de contestation, de changement de nom des terres pour tromper l’autre. Mais il existe des petits malins et malignes qui ont flairé la bonne affaire. Ils se couronnent de diplômes qu’ils ne possèdent pas, achètent une patente pour faire plus vrai et ouvrent un « cabinet ». Auréolés d’un titre ronflant, d’un excellent bagout,  ils proposent leurs services aux Polynésiens, leur font miroiter l’affaire du siècle, leur promettent la récupération de leurs terres… et allègent leur portefeuille. Beaucoup se font prendre dans les filets de ces arnaqueurs grassement payés.

C’étaient les nouvelles du printemps 2012, l’automne pour vous. Portez-vous bien.

Hiata de Papeete

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