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Divers temples du complexe d’Angkor 2

Nous repartons sous le cagnard, probablement autour de 35°, pour voir les trois autres sites assez intéressants du circuit. Mais nous sommes fatigués et le bourrage d’informations fait son effet. Nous avons besoin de digérer, de prendre du recul. Le stakhanovisme des voyageurs d’aujourd’hui, pressés de remplir toutes les cases de leur programme à prix ajustés, n’a rien à voir avec la lenteur et la méditation des anciens voyageurs. C’est l’inconvénient, et ce pourquoi je prends beaucoup de photos, rédige un carnet, complète ensuite le texte par la lecture de livres ou d’articles. Un voyage ne s’arrête pas le jour du retour.

L’un des retraités a un Smartphone Samsung qui fait d’excellentes photos. Il ne prend plus son gros appareil comme moi, qu’il trouve trop lourd et trop encombrant. Le J et le sourd sont souvent derrière ; le premier à prendre des photos, le deuxième à chercher encore à comprendre. Il se réfère sans cesse aux plans et cartes du Guide vert, pour être sûr d’avoir bien vu ce qui est noté comme visible – donc à voir. Étrange conception de la vision que de « voir » au travers de ce qu’on vous dit de voir. Autant observer par soi-même et compléter éventuellement par les suggestions du livre ! Je suis un peu acide mais, au bout d’une dizaine de jours, chacun a révélé ses côtés, et pas seulement les mauvais. Au final, le groupe se révèle sympathique, équilibré et de bonne composition, malgré la chaleur qui fait avaler deux litres d’eau dans la journée, et la fatigue des nuits courtes dues au retard des avions locaux. Nous finissons même par nous tutoyer naturellement et même par nous souvenir des prénoms (pas tous).

Les édifices laissés dans leur jungle sous les ficus religiosa dont les racines enserrent les pierres, correspondent le mieux au mythe d’Angkor que nous avons dans la tête : la ruine romantique. Nous avons marché une dizaine de kilomètres aujourd’hui et monté une centaine de marches assez raides.

Ta Prohm est en ruines, mais laissé en l’état de nature exprès pour le tourisme. Il correspond à l’image romantique que nous nous faisons des sites d’Angkor, envahis par la végétation. De grosses racines de fromager enserrent les pierres comme des trompes d’éléphant ; certaines sont broyées comme par une force supérieure. Elles se déroulent en cordes pour s’infiltrer par tous les interstices. Il est de bon ton parmi les touristes de se faire prendre en photo devant elles, signe de décadence, d’éphémère humain, de toute-puissance de la vigueur naturelle. La voûte en encorbellement semble fragile avec ses blocs assemblés. Tout peut s’écrouler en un instant, même si cela a tenu mille ans.

Dans la foule de l’après-midi, parmi les méandres de l’édifice aux ficus, un petit garçon de quatre ans en chemise blanche à col ouvert hurlait pour voir sa mère. Il était vietnamien ou chinois et gardé par sa grand-mère tandis que la maman était allée se faire prendre en photo à une dizaine de mètres de là sous les grandes racines pendantes au-dessus des pierres. Ce n’est pas bien de laisser un petit tout seul au milieu de gens étrangers, notamment occidentaux, sans rien lui expliquer, alors que l’on va faire sa coquette.

Baray est un ancien réservoir d’eau pour l’irrigation, l’usage religieux et domestique, et pour éviter les crues. Le Baray nord a été construit sous Jayavarman VII qui a vécu de 1181 à 1218. Le Baray a 3600 m de long et 930 mètre de large, avec le temple Neak Pean au centre. A l’ouest, une terrasse mène au temple Preah Khan. Des lotus fleurissent rose en cette saison à la surface du baray.

On entre au Preah Khan par une allée brodée de démons et de divinités tirant les anneaux du naga pour baratter les mer de lait. Les bâtiments se succèdent, très ruinés. Une belle dentelle de pierre pour illustrer les épisodes légendaires. Une enfilade de couloirs et de salles où trônent parfois les restes d’un dieu de pierre. Le soleil descend, c’est la fin du jour et de la chaleur lourde.

Au dîner, la doyenne est requinquée. Elle aime qu’on s’occupe d’elle et elle a deux femmes-médecine à son chevet. Le repas est bien présenté mais toujours le même. Les cinq fruits et légumes par jour sont amplement représentés, de même que le peu de viande et l’absence d’alcool et de fromage. Tout cela est très sain. Sauf le dessert : un morceau de potiron cuit à la vapeur avec une sorte de crème dite custoard à l’anglaise, immonde à mon goût.

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Anuradhapura et Dambulla

Nous partons visiter Anuradhapura, ville sacrée construite autour d’une bouture de l’arbre de l’Éveil, figuier de Bouddha. Elle aurait été apportée au 3ème siècle par Sanghamita, nonne qui a fondé un ordre féminin. La ville fut donc capitale religieuse, donc politique, de l’île de Ceylan durant 1300 ans. Des invasions forcèrent son abandon en 993 et la jungle y avait repris ses droits. Mais la modernité a défriché tout cela, faisant ressurgir palais et monastères. Le guide nous montre des macaques « cyniques » (sinica), avec sa façon inimitable de parler le français. Pour lui, canal devient cannelle, la boisson le poison, la mangue lemon, l’abeille un label, l’oreille l’oreiller, le pilier la pilière (qui sert à quoi ?)…

temple Sri Maha Bodhi Anuradhapura sri lanka

Nous visitons tout d’abord le temple Sri Maha Bodhi, construit autour de la bouture d’Ashvattha, l’arbre sacré de Bodhgaya (un ficus religiosa) sous lequel Siddharta atteignit l’Illumination, apportée dans l’île par une princesse indienne au 3ème siècle avant notre ère. Le Mahawanso, chronique en vers palis des plus anciennes, fait une mention détaillée de la plantation du figuier par le roi Devenipiatissa, en 288 avant. Emporter ne serait-ce qu’une simple feuille serait un sacrilège. Il n’est pas faux de penser que la bouture initiale vit encore – mais dans ses rejetons. Le bois du banian ne vit pas vieux, mais se reproduit sans cesse, poussant ses rejets dans le sol. En raison du terrorisme qui a longtemps sévi au Sri-Lanka, nous devons passer par le détecteur de métaux et la fouille, garçons d’un côté, filles de l’autre, avant d’entrer dans l’enceinte du temple où jouent des singes et des enfants.

moonstone Anuradhapura sri lanka

Au bas des marches d’entrée du palais Mahasena, la pierre de seuil en demi-lune délicatement sculptée, du genre évidemment appelée Moonstone qui se trouve devant tous les temples, montre une frise où s’ébattent les éléphants, les chevaux et les lions, puis les cygnes, enfin les plantes. Ces demi-cercles symbolisent le passage du monde profane au monde sacré, suivant les étapes de la révélation.

gamin Anuradhapura sri lanka

Il faut se déchausser pour les temples et, pire, enlever toute coiffure. Dans certains temples hindouistes, on nous dit que la visite s’effectue non seulement pieds et tête nus mais aussi pour les hommes, torse nu. Sous le soleil écrasant, il y a de quoi attraper un coup de chaleur. L’ombrelle serait-elle la solution ?

procession Anuradhapura sri lanka

Le grand dagoba Thuparama, construit par le roi Tissa au 3ème siècle avant pour renfermer une clavicule de Bouddha est moins redoutable que le dagoba immaculé de Ruvanveliseya, le plus vénéré, réverbérant la lumière. Une procession colore la visite. L’ensemble a été inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1982.

dagoba Thuparama Anuradhapura sri lanka

Passage au Kuttam Pokuna, appelé aussi les deux piscines, qui date du 3ème siècle. Deux basins rectangulaires en pierres et briques permettent, par des escaliers, aux moines du probable monastère disparu Kaparama, dont les ruines sont proches, d’aller faire leurs ablutions.

Kuttam Pokuna Anuradhapura sri lanka

La statue de Bouddha en posture de samadi, qui date probablement du 4ème siècle, est impressionnante de sérénité et d’écrasante majesté. Le samadi est la concentration en méditation profonde ; elle se trouve en fixant l’attention sur un seul objet pour décourager les pensées vagabondes. Le visage du Bouddha cherche à dépeindre son état d’extinction des sensations et de compassion universelle, comme si le soleil passait à travers lui. Sculpté dans le calcaire, on a du lui restaurer le nez.

Nous allons aussi jusqu’au Jetavanarama Dagoba, érigé sous le roi Mahasena (274-301), le plus grand monument d’Anuradhapura. Il n’atteignait pas moins de 122 mètres de haut, tout en briques recouvertes de chaux, faisant de lui le troisième plus haut monument du monde après pyramides de Dharshur et Gizeh en Égypte.

dambulla sri lanka

Ce n’est que vers 15h30 que le bus nous mène enfin dans un hôtel déjeuner. Nous visitons ensuite Dambulla et ses cinq grottes bouddhiques, refuge jadis du roi Valagambahu lorsqu’il fut chassé de sa capitale par les invasions. Le temple d’or de Dambulla est classé par l’UNESCO depuis 1991 au patrimoine de l’humanité. Son abord est pourtant bien kitsch, avec une enseigne qui clignote « OPEN » en lumière fluo ! Un Bouddha doré gigantesque surmonte une mâchoire ouverte de dragon faisant office de porte sous ses crocs redoutables, en haut d’un escalier commençant par des griffes. C’est en 1848 que le mouvement nationaliste cinghalais débute ici.

bouddha monastère rupestre dambulla sri lanka

Il faut monter deux centaines de mètres de dénivelé pour découvrir le monastère rupestre. Le Raja Maha Vihara, date du 1er siècle. Il offre cinq grottes sanctuaires plus austères, creusées dans la falaise de granit qui domine la vallée. Chacune est décorée de peintures murales du 17ème siècle sur 2100 m². Le vermillon et l’ocre dominent. Au total, 80 grottes, 5 sanctuaires et 4 monastères principaux renferment 157 statues, 153 images du Bouddha, 3 images royales et 4 images de divinités. Les peintures représentent surtout la tentation de Bouddha par le démon Māra et son premier sermon. Le démon est jeté à bas de son éléphant par le Bienheureux. On distingue le Bouddha couché du Bouddha mort en ce que ses orteils restent bien parallèles. Celui de la première grotte, dite du Roi divin, est bel et bien mort, sur 14 m de long ; à ses pieds se trouve son disciple préféré, Ananda. Les autres Bouddhas couchés font une dizaine de mètres pour marquer la majesté.

monastère rupestre dambulla sri lanka

Dans le second temple, la grotte dite des Grands Rois renferme des statues des dieux Saman et Vishnu et 53 statues de Bouddha recouvertes d’or. Autour du Bouddha se dressent des sages en méditation, comme pour garder tout débordement du public de leur pose hiératique et de leurs yeux morts. Au plafond s’étalent des fresques à Bouddha, le plus beau de l’ensemble. Une source coulant du plafond déverse une eau purificatrice, croit-on.

La troisième grotte est nommée le Nouveau grand monastère ; elle révèle les peintures les plus abouties.

dambulla bouddha geant sri lanka

Après la brigade des stup’s ce matin, des tas de briques du 3ème siècle après, un chapelet de Bouddhas pour ce soir : nous sommes gâtés et un peu repus. La grotte numéro deux n’est plus éclairée parce que 18 h est passé. Ceux qui ont des lampes dans leur sac, comme moi, explorent tout seul ; les autres troupeautent autour d’eux tant bien que mal. J’examine les plafonds dans les tâtonnements gutturaux d’une horde allemande prenant force photos au flash sans rien voir.

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