Scoutisme, un siècle d’aventures !

Article repris par Medium4You.

Il fut un temps où EDF, GDF, BP et SDF ne signifiaient aucunement ces administrations corporatistes ou ce misérabilisme des pauvres devenus subitement « exclus ». EDF étaient les Éclaireurs de France laïcs, traduction exacte du mot anglais scout. Contrairement aux idées reçues, le scoutisme n’est pas un mouvement de jeunesse religieux. Il est laïque, fondé par Baden-Powell (BP alias Bipi), ex-colonel anglais de la guerre des Boers, qui a mis au service des jeunes citadins fin de siècle les pratiques du weld : débrouillardise, orientation, esprit d’équipe, camp sous les étoiles. Les SDF, Scouts de France catholiques, ne se sont fondés qu’en 1920, bien après les Éclaireurs, créés dès 1911 – d’où le centenaire du mouvement scout français cette année ! Ont suivi les GDF, Guides de France, réservés aux filles avant la mixité des années post-68. Laquelle révolution de mœurs a entraîné la scission de traditionalistes tels les Scouts d’Europe. Le communautarisme, déjà présent dès 1911 chez les Éclaireurs unionistes (protestants), s’est développé avec les Éclaireurs Israélites et Musulmans. Entre autres : il existe désormais 80 associations de scoutisme dans notre pays, dont 9 principales qui regroupent 90% des scouts, soit 130 000 personnes… sur quelques 9.5 millions de 7 à 18 ans. Soit seulement 1.4% de la jeunesse.

Car, malgré l’aventure, le scoutisme est quelque peu passé de mode. L’image militaire et religieuse lui colle à la peau. Les colos et autres camps de jeunesse « agréés Éducation nationale », administrés, réglementés et surveillés, rassurent les parents hantés par l’hystérie pédophile. Et l’époque a changé. Finies les années où les vacances étaient rares pour les parents, alors que le temps scolaire laissait la jeunesse désœuvrée. Fini le temps des transports rudimentaires et de la nature trop loin des villes. Les « activités » dévorent désormais l’emploi du temps non scolaire, le sport n’est plus une pratique rare et les vacances loin des parents sont entrées dans les mœurs. Alors le scoutisme…

C’est dommage car le mouvement est autre chose qu’une « activité » parmi d’autres. Il est l’apprentissage de la vie. Être soi, c’est se confronter aux autres, au monde, à la nature, être capable de se débrouiller et de s’entraider. C’est découvrir des savoirs nouveaux comme les traces d’animaux, les champignons comestibles ou les feuilles des arbres. C’est expérimenter des pratiques nouvelles comme monter une tente, construire un feu, lire une carte, s’orienter à la boussole, communiquer en morse ou par les signes de piste. Le scoutisme est un grand jeu qui réunit chaque dimanche les mêmes copains autour d’un projet commun : le camp d’été. C’est quand même mieux que le choix d’une « activité » sur catalogue !

D’où l’intérêt de feuilleter le bel ouvrage d’Antoine Pascal sur l’évolution du mouvement scout depuis les origines. Très richement illustré de photos et dessins, ludique avec ses encarts détachables, il est très complet et fait rêver, que l’on ait été scout ou pas. Rappel de l’uniforme qui, dans la France aux restrictions des années 1950, mettait tout le monde au même niveau social vestimentaire. Éventail des jeux et des brevets qui attisaient la curiosité et encourageaient le savoir-apprendre hors de la profitude magistrale qui ne s’occupe pas d’éducation mais seulement d’instruction. Promesse et chants ensembles autour du feu de camp, le soir à la veillée, qui soudaient l’équipe et ouvraient à la fraternité envers les autres, sensualité vague de la chemise ouverte ou du torse nu, accompagnement amical et moral pour passer la difficile adolescence. Avec un Jamboree tous les 4 ans, qui faisaient communiquer toutes les nations par leur jeunesse. Tout cela apprend la vie par les trois étages de l’humain, la passion et la morale et pas seulement par l’intellect.

Les dynamiques dessins de Pierre Joubert  illustrent la fraîcheur et l’énergie de l’adolescence. Embauché par la revue Le Scout de France pour l’illustrer, Pierre deviendra le dessinateur officiel du mouvement catholique. Ses gamins et gamines sont vifs et nerveux, emplis de ferveur et de détermination. Chemise défaite, déboutonnés, cheveux en bataille, ils « s’éclatent ». Joubert illustrera la célèbre collection Signe de piste des éditions Alsatia, dont la série du Prince Éric constitue à jamais le fleuron. « Le Prince Éric, héros de Serge Dalens, c’est le copain idéalisé, celui que la vie ne mettra jamais en face de vous dans la vraie, celle de tous les jours. Celui dont on ne peut même pas rêver vu que son pays, le Swendenborg, n’existe pas, que ses aventures faites de trahisons, d’amitiés et de sacrifices sont bien loin des réalités. N’empêche que c’est enthousiasmant de le croire même si l’on n’est pas dupe, et il en reste une morale que les dessins de Pierre Joubert ont aidé à graver dans les mémoires des scouts et de tous les autres jeunes qui ont partagé ces lectures d’adolescents » p.105.

Un beau cadeau pour Noël.

Antoine Pascal, Scoutisme – un siècle d’aventures !, octobre 2011, éditions Ouest-France, 110 pages, €30

Musée national du scoutisme, château de Thorey-Lyautey, code postal 54115, téléphone 03.83.25.12.12, site internet

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14 réflexions sur “Scoutisme, un siècle d’aventures !

  1. Une rectification importante à une info donnée par le réseau B.P. : « les EdF ont des sections neutres, catholiques, protestantes, israélites » : non. Les EDF n’ont jamais eu de « sections » organisées suivant la religion des enfants. L’ouverture à tous devenue « laïcité » à partir des années 30, intégrait « sans distinction d’origine, de race ou de croyance ». Ce qui a été tout à fait accepté par B.P. et Lady B.P.
    Anecdote : c’est ce qui a permis à une responsable EDF d’Algérie de refuser de donner le nom de ses éclaireurs israélites – et de faire monter les couleurs par un éclaireur nommé Lévy.
    Il y a une confusion avec la F.F.E., Fédération Française des Éclaireuses, qui, à partir d’expériences U.C.J.G., s’est articulée en sections.

  2. FENART

    Bonjour,
    Le lien vers ce magnifique album ne fonctionne pas lui aussi (Amazone, précisant que le livre est indisponible !!) Merci de le corriger avec le lien suivant : xxxxx Nous aurons grand plaisir à adresser cet album à ceux qui ne le trouvent pas chez leur libraires habituels.
    FSS Agnès FENART

    ———————

    Comme vous avez pu le constater, ce blog n’est pas un central de pub pour quiconque, j’ai donc déconnecté le lien.

    Le livre se trouve dans toutes les bonnes libraires, y compris à Carrefour-hypermarché par exemple. Le lien Amazon ne signifie pas que le livre n’y est pas commercialisé, simplement qu’ils ne l’ont pas en stock. Vous pouvez communiquer votre « désir » de l’acquérir par un pavé spécialement conçu à cet effet sur la droite.

    Si votre librairie – certes intéressante – veut que je lui fasse de la pub, merci de me communiquer soit un livre à chroniquer en service de presse de temps à autre, soit quelque proposition de lien sponsorisé. Vous le comprendrez sans peine.

  3. Les débuts du scoutisme en France sont difficiles à décrire mais on y arrive. Voir l’ouvrage édité par les EEDF à l’occasion de leur centenaire : « Cent ans de laïcité dans le scoutisme et l’éducation populaire », en vente à la boutique éclé (eedf.fr).
    Les premières expériences ont été effectuées en 1909 ou 1910 dans des foyers U.C.J.G., le scoutisme étant alors un moyen d’animation de leurs activités. Les deux premières associations créées sont les Éclaireurs Français de Pierre de Coubertin et les Éclaireurs de France de Nicolas Benoit en octobre et décembre 1911. Les deux refusent toute référence confessionnelle (y compris dans le « serment » devenu « promesse ») et se disent ouvertes à « tout ce qui fait la France » (y compris les non-religieux). Les Éclaireurs Unionistes, en temps qu’association indépendante des U.C.J.G., ont été créés en mai 1912. Les premières activités de scoutisme féminin se situent en 1912, toujours dans des foyers U.C.J.F., avec ouverture à toutes.
    La position de B.P. au sujet des religions est liée à son origine britannique. Dans un texte paru dans « Jamboree » en 1932 (sous le titre : « Hands off my hand bag » – Otez vos mains de mon a-sac à main) il fustige l’emploi du scoutisme par divers utilisateurs « sectoriels » dont… les ministres du culte.
    Il a présidé en 1936 les manifestations du 25ème anniversaire du scoutisme tel que créé en France, c’est-à-dire majoritairement « laïque ».
    Voir également le site histoire du scoutisme laïque.fr

  4. Précisions très intéressantes, sans nul doute.

  5. Merci d’avoir bien voulu rectifier le lien qui ne fonctionnait pas, erreur provenant effectivement des indications données dans le livre d’Antoine Pascal.

    Concernant la laïcité, ce mot fort fait écho, en France, à la loi de 1905. Lorsque BP lance le scoutisme en 1907, cela se fait en Grande Bretagne sous un régime non laïc. BP le dit dans ses livres : l’un des 5 buts du scoutisme est la recherche de Dieu. En ce sens, il n’a pas une position indifférente, même s’il considère que toutes les recherches (via mais pas obligatoirement une religion particulière) sont intéressantes : aucune primauté de l’église anglicane sur les autres églises ou communautés de pensée. Vous avez raison : aucune exclusive sur la religion, mais recherche d’une spiritualité transcendante, pas seulement d’une fraternité.

    Concernant le communautarisme, en France, je ne peux qu’inciter vos lecteurs à lire les ouvrages disponibles sur l’histoire du scoutisme. Dans les premières années du scoutisme en France, on trouve parmi les fondateurs des Eclaireurs de France (laïcs), par exemple, Georges Gallienne (pasteur méthodiste), Nicolas Benoit (théosophe), Georges Bertier (chrétien pratiquant). Beaucoup de catholiques deviennent Eclaireurs de France. Ce qui indispose la hiérarchie de l’église catholique : concurrence avec les patronages, scoutisme créé par un étranger (issu de la perfide Albion, l’Entente Cordiale est très récente…), non catholique, probablement franc-maçon (suprême péché aux yeux des évêques de France). L’Eglise de France, globalement (il y a des opposants : Père Sevin, Abbé Andréis,…) s’oppose au scoutisme. Et pourtant le mouvement scout prend de l’ampleur en France au point que la résistance devient inutile, voire contre-productive. En 1920, enfin, les Scouts de France (catholiques, uniquement catholiques, alors que les EdF ont des sections neutres, catholiques, protestantes, israélites) sont créés. Quand on cherche qui pratiqua le communautarisme, on a parfois des surprises !

    Fraternellement
    Réseau Baden Powell

    PS : dire que les Scouts d’Europe sont issus d’une scission des Scouts de France est également un sujet à débats… Pas facile, voire impossible, de faire court sans déformer ou caricaturer. Mes messages n’échappent pas à cette critique !

  6. J’ai remplacé le lien par le vôtre. Notez que le lien initial est une « erreur » contenue dans le livre même.
    Quant aux qualificatifs que j’emploie, laïcité et communautarisme renvoient certes aux débats actuels. Pour BP (dites-moi si je me trompe) il n’y avait pas d’exclusive sur la religion des uns et des autres, ce qui comptait était la fraternité de la jeunesse.
    Il me semble que c’est un peu le message du livre d’Antoine Pascal, et pas une nostalgie passéiste dans le style des Choristes (le film).
    Mais peut-être fais-je erreur ?
    En tout cas merci de commenter de façon aussi précise, cela aide à comprendre et à rectifier.

  7. Les autres « erreurs » (pour faire court) concernent des qualificatifs que vous utilisez et qui mériteraient non pas un commentaire dans un blog mais, et cela a déjà été fait ailleurs par des historiens du scoutisme, une analyse approfondie :
    Deux exemples :
    o) parler de « laïcité » à propos du mouvement créé par BP est un raccourci inexact
    o) parler de « communautarisme » à propos des Unionistes ou des Israélites constitue également un vaste débat !

    Comme toujours, la réalité historique est complexe et le mérite de ce livre que vous promouvez gracieusement est d’essayer de faire simple sans trop induire de déformations.
    Mais ce n’est pas là le sujet de votre blog !
    Fraternellement
    RBP
    PS : le lien que vous avez placé vers le Musée du Scoutisme de Thorey-Lyautey (une réalisation du Réseau Baden Powell) ne fonctionne pas. Remplacez le par celui du RBP donné avec mes messages.

  8. J’ai corrigé les erreurs que vous signalez. Mais votre « etc. » m’inquiète : ai-je écrit un tissu d’âneries ? Merci de préciser ce que vous considérez comme de nouvelles « erreurs » à corriger.

  9. Désolé pour la fausse manip qui a fait publier en double ma réaction… Merci d’effacer mon premier commentaire !
    RBP

  10. Bonjour,
    Merci d’avoir fait la promotion de ce livre-objet, contenant des fac-simile de documents d’époque, et réalisé en partie grâce aux collections du Réseau Baden Powell. La vérité m’oblige cependant à signaler plusieurs erreurs dans votre article comme, par exemple le fait que les Eclaireurs Unionistes existent en France depuis 1911, que les jamborees ont lieu tous les 4 ans, etc…
    Fraternellement
    Réseau Baden Powell

  11. Bonjour,
    Je partage votre avis sur la qualité de ce livre-objet en partie réalisé grâce aux collections du Réseau Baden Powell. Pas mal d’erreurs cependant dans votre article. Par exemple : les Eclaireurs Unionistes ont été fondés en 1911, les jamborees ont lieu tous les 4 ans, etc…
    Merci cependant d’avoir fait la promotion de ce livre-objet contenant des fac-similes de documents d’époque.
    Fraternellement
    Réseau Baden Powell

  12. Judem

    Ben non. Le scout doit normalement incarner un certain nombre de rôles : soigneur, trésorier, saltimbanque, etc… c’était juste un clin d’oeil de l’ancien scout que je fus !

  13. Saltimbanque ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? Est-ce le mot « banque » contenu dans le terme ? Je ne vois vraiment pas ce que vous « commentez ».

  14. judem

    Ai été Scout de France quelques années. Ambiance plutôt sympa (plus cool que les Scout d’Europe à ce qu’il paraît). Par contre, scout saltimbanque, pas mon truc.

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