
Un roman, c’est une histoire et, pour un roman policier une énigme, non sans humour. Ici, c’est direct : le corniaud jaunâtre de Fatima – autrement dit un clebs – passe en tenant tout heureux en sa gueule un crâne d’enfant. Le présentement Grand et Puissant Marabout de la communauté Sénoufo du XVIIIe arrondissement de Paris s’en offusque mais ne prévient pas la police. « La police, c’est pire que le pique-bœuf à bec jaune sur le dos du gnou : une fois qu’on l’a sur le poil, on peut plus s’en séparer » p.19.
Palabres à part, l’os est remis au Bossu, truand interlope et nyctalope, Juif sceptique sur la race humaine depuis Ce-que-vous-savez, et dont l’adjoint est surnommé Goebbels. Sa fille adoptive a les cheveux bleus et ne déplace qu’en rollers, telle une fée dans Paris ; elle délivre les doses et les messages. Le Bossu, quant à lui, est associé au chinois Oncle Tau, qui a décidé de faire cavalier seul pour un dernier gros coup de drogue. Le crâne d’enfant est celui de la fille du Bossu, morte à 6 ans, déterré du cimetière Montmartre – et c’est une déclaration de guerre (dégeulasse) contre lui.
Le commissaire Boris Samarcande, chargé du secteur, voit venir la guerre des clans. Surgit alors la belle Lo, une strip-teaseuse chinoise forcée à travailler dans une boite de Tau, ancienne danseuse de l’Opéra de Shanghai. Il tient son fils, qu’il menace de tuer si elle ne fait pas ce qu’il dit, danser nue, laisser voir ses profondeurs aux glaces sans tain, et s’offrir aux hommes qu’il pousse dans ses bras pour ses affaires.
Lo va voir le commissaire ; elle reçoit un doigt de son fils, coupé net pour la dissuader de continuer. Mais elle persiste, voulant récupérer son enfant. Elle se donne au commissaire, et Samarcande est dérouté de la soie lorsqu’elle survient en seule petite culotte rouge.
Un roman, c’est aussi des personnages. Bien typés, hauts en couleur, tels Samarcande, commissaire humaniste, expert mondial en truanderie dans son quartier. Il ne juge pas, car les convictions sont pires que le mensonge pour connaître la vérité. Son adjoint Montoya contrôle les indics, dont le Pingouin, serveur du bar La Fourmi de la rue des Martyrs, qui dort debout la tête sous le bras, dit-on. Ou encore l’Émir, ex-islamiste devenu libraire, et Malka, pute slovène.
Un roman, c’est enfin une atmosphère, celle si particulière de Paris XVIIIe, coincé entre Montmartre, Pigalle et Barbès, la peinture, les truands, le métissage culturel. Bien loin du chromo d’Amélie, brave poulain qui fait vendre le tourisme.
Un bon début qui sera suivi de plusieurs autres.
Patrice Montagu-Williams, La Porte de Jade – Les enquêtes du commissaire Samarcande 2, 2019, éditions Otago 2025, 215 pages, €19,00, e-book Kindle €7,99
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

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