
36 nouvelles qui ont inspiré la série Columbo, publiées avant guerre et après-guerre. Elles relatent toutes des crimes qui seront condamnés par la mort ; la peine en Angleterre était la pendaison. C’est toujours la même chose : le mari trompé, la femme tête de linotte, la lassitude du couple, le désir de l’amant, l’argent omniprésent.
Ce qui compte est l’inventivité des criminels. Tous ont conçu « le crime parfait », les enquêtes aboutissant en général à un non-lieu, les dossiers versés aux « affaires classées », ou au « cold cases » comme on dit aujourd’hui en globish. Il se trouve que le lent et peu doué inspecteur Rason en a la charge. Sous la houlette de son supérieur l’inspecteur-chef Karslake, qui ne l’aide pas mais s’attribue le mérite des découvertes, Rason associe deux idées tirées de deux enquêtes mortes sans lien apparent – et confond le coupable !
C’est parfois assez tiré par les cheveux, comme ce bâtard de chien mastiff qui conduit au meurtrier. Il faut dire que le mastiff est très rare en Angleterre, encore moins dans le comté. Aussi, lorsque Rason s’extasie, avec sa jeune nièce, devant un chiot bizarre à la devanture d’une chiennerie, il associe ce croisement de mastiff et de chien de berger à une enquête où le terme « mastiff » est apparu près de deux ans avant. Le chien était censé n’être jamais venu dans l’endroit, or il a niqué une chienne pour faire ce bâtard, c’est donc qu’il était là. Donc son maître aussi, tué dans le coin. Cherchez le lien… et vous trouvez le meurtrier.
Dans Le cercle fermé, c’est une jalousie de classe qui conduit au meurtre. Deux amis de pension au collège ne sont pas du même niveau social. Le supérieur est de la noblesse, mais pauvre ; l’inférieur est de la haute bourgeoisie, mais riche. Le second prête au premier la somme nécessaire pour rester à Oxford, mais le premier vote contre son adhésion au club très fermé de sa classe. Même chose à l’âge adulte, alors que le second a fait la preuve de sa valeur. C’en est trop. Le mépris engendre la violence, il le tue. Mais à vouloir cacher à toute force des indices, il en fait trop, et est confondu par une banale tabatière, en or quand même.
Le papa fou de son gosse, que sa pute de femme plaque en confiant le petit de 3 ans à l’adoption pour reprendre son ancien métier de trottoir, ne le supporte pas. On le comprend. Il la zigouille et s’en sort sans problème, il vivait sous un faux nom. Mais le jouet qu’il avait acheté le dernier soir devient un objet de fixation pour lui, un culbuto qui se redresse quand on le penche. Il en devient le support de sa névrose, au point d’aller le récupérer dans le studio de sa maîtresse (qui lui avait donné la clé), mais juste avant un cambriolage. Inévitable enquête de police, il est interrogé. Pas de problème pour lui, il est prouvé qu’il n’a pas cambriolé – mais pourquoi être allé au studio ce soir-là ? Cela intrigue Rason, qui se souvient d’une mention de culbuto lors d’un crime quelque deux ans avant. Ne serait-ce pas lié ?
« En dehors de l’intégrité du caractère, l’inspecteur Rason ne possédait qu’une petite partie des qualités requises pour faire un bon détective, ce qui importait peu, du reste, car le Service des affaires classées était plus grand que ses serviteurs et n’exigeait pas d’eux une intelligence brillante, mais de l’enthousiasme… et une mémoire d’éléphant. Sans jamais désespérer, Rason sautillait de suppositions en conjectures, et le succès final était toujours dû à la logique inhérente au Service lui-même » (Un jouet pour son gosse).
Énoncés sur le ton détaché du rapport de police, ces cas concrets de crimes qui devaient être parfaits mais étaient confondus par un petit détail, sont un plaisir de lecture. Des dizaines de scénarios dont s’inspirer, pour qui voudrait écrire un roman policier.
Roy Vickers, Service des affaires classées(Department of Dead Ends), 1949, Omnibus 2012, 864 pages, €7,22
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