Savoir vivre est l’apprentissage du savoir-vivre, de ce qui est coutume en société. Cela dépend de la société, il va de soi. Mais « l’honnête homme », comme on disait jadis avant de s’apercevoir que tous étaient des escrocs et des brutes à peine policées est un homme poli. Encore une fois, le terme « homme » ne s’arrête pas au seul mâle, mais comprend le genre femelle et tous les autres genres à la mode. C’est un terme générique, neutre, puisque la langue française ne connaît quasiment pas le neutre.
« Il me semble que tout ce qui est voulu est hors de la politesse, dit Alain. Par exemple, un homme réellement poli pourra traiter durement et jusqu’à la violence un homme méprisable ou méchant ; ce n’est point de l’impolitesse ; la bienveillance délibérée n’est pas non plus de la politesse ; la flatterie calculée n’est pas de la politesse. La politesse se rapporte seulement aux actions que l’on fait sans y penser et qui expriment quelque chose que nous n’avons pas l’intention d’exprimer. » Nul doute que Trompe soit l’IMPOLI par excellence, lui qui sort tout ce qui lui passe par la tête « sans y penser », insultant ses anciens alliés et les méprisant ouvertement au nom de « moi j’ai la plus grosse » et « allez vous faire foutre ». Ainsi du rôle des armées de l’Otan en Afghanistan. La prochaine fois, il peut y aller tout seul, puisque c’est sa gloire personnelle seule qui compte.

« Un homme de premier mouvement, qui dit tout ce qui lui vient, qui s’abandonne au premier sentiment, qui marque sans retenue de l’étonnement, du dégoût, du plaisir, avant même de savoir ce qu’il éprouve, est un homme impoli ; il aura toujours à s’excuser parce qu’il aura troublé et inquiété les autres sans intention contre son intention. » Des excuses, on peut toujours en attendre de Trompe le vaniteux, l’égobèse de Sa Personne.
A l’inverse de ce vulgaire bateleur, vendeur en bâtiment, « l’homme poli est celui qui sent la gêne avant que le mal soit son remède, et qui change de route élégamment ». Mais Trompe n’a pas été élevé, il a été mal élevé par une mère suffisante, si l’on en croit ses sorties embijoutées et ses tenues tape à l’œil. On lui a laissé faire tout ce qu’il voulait, et il continue adulte à se comporter en gamin de deux ans. « S’il juge nécessaire de piquer un dangereux personnage au bon endroit, libre à lui, son acte relève alors de la morale à proprement parler et non plus de la politesse. » C’est ce que je fais ici avec Trompe le Trompeur, l’éléphant dans la porcelaine. « L’infantile, chez lui, fonctionne comme un dispositif de séduction : il désarme, il abaisse le niveau, il transforme la violence politique en spectacle. On rit, on s’étonne, on est effaré. Et pendant ce temps, l’action réelle, elle, est d’une brutalité extrême. C’est là tout le danger. Cette absence de limites se retrouve dans tous les registres : politique, géopolitique, corporel et sexuel » – dit Élisabeth Roudinesco le 16 janvier 2026 au Grand continent(article réservé aux abonnés).
« La politesse est donc une habitude et une aisance », conclut Alain. Lui dit qu’elle s’apprend. Je crois pour ma part qu’au delà de l’éducation, il existe une attention à l’autre qui ne s’apprend pas, mais qui fait partie du tempérament. Il est manifeste que Trompe ne l’a pas ; il est bien trop imbu de sa belle, grande, grosse et merveilleuse personne. « Trump aime les médailles, le clinquant, les fausses dorures, et il croit que ces signes extérieurs sont l’équivalent d’un vrai titre : il a une passion pour les salles de bal et les signes de la vie monarchique. Il se rêve en roi — de style Louis XIV à Las Vegas — couvert de décorations et de breloques. Le signifiant « Nobel de la Paix » est une obsession chez lui, alors même qu’il est un brutal faiseur de guerre ayant échappé par terreur au service militaire — quatre reports d’incorporation… » (E. Roudinesco).
Relire le siècle précédent est toujours instructif sur les travers d’aujourd’hui. C’était un texte de 1911, trois ans et quatre mois avant le déclenchement de la « Grande » guerre, la première mondiale. Aurons-nous la guerre dans trois ans ?
Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
Alain le philosophe, déjà chroniqué sur ce blog
En savoir plus sur argoul
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Commentaires récents