Henry de Monfreid, Les secrets de la mer Rouge

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J’ai lu ce livre avec un grand bonheur. L’écriture est telle qu’elle me plaît : directe, simple, avec ce qu’il faut de lyrisme et de précision pour soutenir l’attention et jouer sur la palette des sentiments. Quant à l’auteur, il a vécu les aventures qu’il raconte avec un élan qu’il fait partager : la mer omniprésente, la navigation, le bateau, les Arabes et les Noirs, l’administration coloniale comme un carcan qu’il faut souvent tourner, la ruse des trafiquants, le plaisir de calculer et de réussir. J’aime chez Monfreid ce côté humain, viril, qui sait ce qu’il veut, mais respectueux des hommes, même des plus faibles ou des plus méprisables. Il est sensible à la dignité, aux souffrances, à la vie aussi, hésitant toujours à tuer. Cette attitude lui vaut ma sympathie.

Je me souviens avoir lu ce livre à 8 ou 9 ans dans une bibliothèque scolaire. J’ai reconnu, en le relisant, plusieurs passages qui étaient restés gravés en ma mémoire mais dont j’avais perdu l’origine. Tel ce moment où, après avoir nagé longtemps pour atteindre une bouée, Monfreid ne peut trouver à s’accrocher et sent la fatigue s’appesantir, le froid le pénétrer, engourdissant ses facultés peu à peu pour le mener vers l’abandon et la mort. Son bateau qui devait passer par là le recueille à temps.

Autre souvenir, l’abordage en pleine mer par le bateau escorteur des douanes françaises de Djibouti. Un abordage voulu, soudoyé, évité cependant de justesse par un remords de dernière minute ou par peur des balles tirées alors par un Monfreid en colère. Ou encore cette opération sans anesthésie sur une côte d’Arabie, où le « sorcier » recoud l’estomac perforé à l’aide de fourmis vivantes dont les mandibules pincent très fort et dont il coupe la tête une fois leur office d’agrafe rempli.

timbre sambouk cote francaise des somalis

Ces images fortes m’avaient marqué. Peut-être est-ce dans ce livre que j’ai pris goût à la mer ? Monfreid en parle avec tant de bonheur. Il décrit les reflets sur l’eau, le vent qui change, la côte qui apparaît, les îles de roche et de sable, les courants insidieux, les tempêtes brutales. Il aime la mer comme un être vivant, et la vie libre qu’elle offre par son étendue. Il aime sa beauté brute d’élément primordial, son immensité et sa profondeur, la distance envers les autres hommes qu’elle permet au marin tout en le rapprochant de son équipage choisi. Le ton qu’il a lorsqu’il parle d’elle est très particulier. Lorsqu’on n’a pas encore dix ans, on est très sensible à la façon dont les choses sont dites, notamment lorsque cela prouve une passion à leur endroit.

Henry de Monfreid, Les secrets de la mer Rouge, 1932 dans Trilogie de la mer Rouge, Grasset 2014, 720 pages, €20.90 redirect=true&tag=fuguefougu-21

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