Gros nœud

Ce jeudi de mi-juin, rue Commines à Paris, les enfants sortent de l’école en fin d’après-midi, les cheveux drus, la vêture légère et le visage frais qui se prolonge par le triangle pâle du col. Une mulâtresse mûrissante nous dépasse sur le trottoir. Elle est décolletée, maquillée, fagotée d’une robe caramel synthétique qui moule ses hanches opulentes et sa poitrine libre qui cherche à s’échapper sous les fines bretelles ; elle porte des sandales dorées qu’elle traîne du talon comme des savates.

Elle avise un serveur assez jeune et un peu lourd, vêtu de blanc jusqu’au cou, qui baye aux corneilles sur le pas de sa porte ; son caboulot est vide de clients pour le moment. « Vous avez un gros nœud… », lance la fille et, avec peut-être une demi-seconde d’hésitation, elle ajoute « … papillon » – peut-être devant l’abîme ouvert par le mot « nœud », dont elle prend brutalement conscience. Le jeune homme niais arbore en effet un criard nœud papillon en bleu, blanc et rouge, pour supporter l’équipe de France de foot dans la coupe du monde qui débute le soir-même, je suppose. Il ne comprend pas la fille qui s’adresse à lui, qu’il ne connait manifestement pas. Il ne sait pas ce qu’elle lui veut mais, prudent, réagit comme si elle était une éventuelle cliente.

Elle non plus, semble-t-il, ne sait pas pourquoi elle a sorti cette remarque tout de go, sans intention réfléchie. Peut-être par instinct ? Je pouffe in petto. Match de foot, match de foutre ? Si sa langue a fourché », son esprit était tourné où il fallait. Être pute est un tempérament.

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