Comment l’humanité dégénère, selon les Grecs

Intéressante plongée dans notre histoire occidentale : Hésiode et Platon ont tous deux évoqué la dégénérescence de l’espèce humaine, pire que la décadence d’un régime. Et tous deux mettent en cause la transgression des lois fondamentales de l’humain. Qui, par vice ou par démesure, se met hors la loi, se voit châtier par les dieux ou la Destinée.

L’idée de dégénérescence induit la conscience d’un ordre précaire, toujours menacé. Cet ordre, c’est l’équilibre des choses, l’harmonie des puissances du cosmos. Cela sonne aujourd’hui comme le yin et le yang chinois. Pour les Grecs, « il n’y a pas d’humanité au singulier, mais une succession de races évaluées selon les sacrifices qu’elles offrent ou non à la reconnaissance des dieux. Quand l’évaluation est négative, une race disparaît pour laisser la place à une autre, plus soucieuse des hommages à rendre. Race d’or, race d’argent, race de bronze, race des héros, race de fer (mythe hésiodique), race pré-diluvienne (mythe de Deucalion et Pyrrha) ou race ovoïde (Aristophane) : toutes sont vouées à disparaître soit par autodestruction (argent), par épuisement naturel du nombre limité de ses représentants (or, héros), par transformation (les boules vivantes d’Aristophane) ou soit par pure et simple destruction divine (bronze, fer et race pré-diluvienne, précèdent celle de pierre). »

Ce n’est pas le bon plaisir des dieux qui compte, mais la violation humaine des lois non écrites. Hésiode écrit par exemple : « Nul prix ne s’attachera plus au serment tenu, au juste, au bien : c’est à l’artisan de crimes, à l’homme tout démesure qu’iront leur respect ; le seul droit sera la force, la conscience n’existera plus. Le lâche attaquera le brave avec des mots tortueux, qu’il appuiera d’un faux serment (Travaux 180-195) » On reconnaît curieusement Trump dans ce portrait au vitriol du Dégénérescent, écrit il y a 3000 ans. La démesure, la force primant le droit, les mots tortueux, les mensonges en faux serments – vérités « alternatives ». Il est vrai que Trump vieillit, il décline, il penche vers la sénilité à mesure que passent les mois et que la Cour le laisse faire.

Les hommes restent les mêmes sur les récents millénaires. Et les lois non écrites sont les seules qui puisse tisser des relations humaines harmonieuses, tant au sein de la famille qu’au cœur de la cité et auprès des étrangers. Le droit établi par ces lois façonne un cosmos, un agencement des rapports entre mortels et entre pays. Ainsi le droit international établi après 1945, et les Traités et Conventions signés depuis. Rien n’empêche de les renégocier, mais les bafouer, c’est régresser, se placer hors de la civilisation, revenir à l’état sauvage.

Les lois de Platon tiennent le même propos. La dégénérescence commence quand on cesse de craindre l’opinion des meilleurs que soi (anti-élitisme), on refuse de se soumettre aux autorités (anti-vax, anti-science), on se dérobe aux avertissements et aux services, on cherche à ne pas obéir aux lois, on perd le souci des engagements et des dieux. Ainsi font les racailles, ainsi fait Trump le trompeur, bouffon à l’ego de bébé de deux ans. Il reproduit la nature primitive – celle des Titans avant l’humanité. Toutes ces transgressions font régresser à l’état de sauvage, à l’état pré-humain – c’est à dire à la violence primaire de l’état de nature.

Les Grecs, déjà, savaient discerner comment les civilisations finissent…

Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50

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