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Autel aux dieux grecs

Un autel, en Grèce ancienne, est un endroit où l’on honore les dieux. Plus que le temple, et d’ailleurs à l’extérieur, l’autel est le lieu du sacré. Il est nécessaire que les fumées du sacrifice montent vers les dieux, tandis que la viande grillée est partagée entre les fidèles. C’est un rite de communion entre la terre et le ciel, entre les hommes et les dieux, entre les mortels et les immortels.

Les autels se différencient selon les divinités. Les chthoniennes, celles du sous-sol, sont une fosse aménagée dans le sol. Les ouraniennes, pour les dieux célestes, sont sur un point élevé. Même si les dieux sont parfois célestes et infernaux, tel Zeus.

Le sacrifice sanglant d’un animal est offert en plein air. Il a lieu de jour pour les Olympiens, et à la nuit pour les chthoniens. Dans tous les cas, il s’agit d’un autel à feu. Le feu est en effet réputé sublimer la matière pour l’envoyer dans l’éther. Le sang de la bête immolée ne doit pas se répandre sur le sol profane, mais arroser l’autel ou la fosse sacrificielle. L’acte de piété est de verser le sang, d’égorger et de manger. Et peu importe qu’il n’y ait ni temple ni images cultuelles : le dieu est toujours présent sur son espace sacrificiel. C’est le seul élément indispensable d’un lieu sacré. Par le feu, le sang et la boucherie rituelle, il consacre un domaine comme sanctuaire.

Un autel peut être dévolu à plusieurs groupes de divinités, selon chaque cité. La surface de l’autel est alors compartimentée. Ainsi, le sanctuaire d’Amphiaraos à Oropos comprend cinq parties, selon Pausanias. La première pour Héraclès, Zeus, Apollon, guérisseur. La seconde pour les héros et les femmes de héros. La troisième pour Hestia, Hermès, Amphiaraos, son fils Amphilocos. La quatrième à Aphrodite et Panacée, Iasô, Hygie (santé) et Athéna. Une cinquième est réservée aux nymphes, à Pan et aux fleuves Achélôs et Céphise.

Parfois hommes et femmes sont séparés, les hommes à l’est de l’autel et les femmes à l’ouest. L’autel balise l’espace. Ainsi, l’autel de Dionysos occupe le centre du théâtre autour duquel le chœur chante son monologue. À Olympie la borne indiquant le tournant de la piste de l’hippodrome est surmontée d’un autel aux démons qui effraient les chevaux. Il existe aussi des autels qui ne sont pas arrosés du sang des bêtes sacrifiées, mais de céréales ou de fruits. Ni feu, ni victime sacrificielle, ce qui témoigne d’une certaine tolérance de la piété civique.

Un autel était censé protéger le droit des gens, autant l’innocent que le criminel. Euripide s’en offusque, car « au lieu d’installer aux autels les coupables, on devrait les en expulser. » Lycurgue évoque d’ailleurs le cas de Callistratos d’Anphidna, un homme politique condamné à mort par Athènes. Il a été averti par le dieu de Delphes que, s’il retournait à Athènes, il y « trouverait les lois ». En effet, lorsqu’il y est revenu et s’est réfugié à l’autel des Douze dieux, il fut mis à mort par le peuple. Pour un coupable, « trouver les lois », c’est subir le châtiment. L’autel est donc mieux qu’un rempart – mais à condition d’être innocent. Les dieux ne sont pas chrétiens et ne pratiquent pas le pardon inconditionnel car les humains, ces mortels, ne sont pas « leurs » créatures.

Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50

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