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Gabriel Katz, L’Assassin de Pigalle

« Ici, en haut de la rue Lepic, entre Pigalle et Montmartre, les règlements de comptes font partie du folklore. On s’y fait trouer la peau comme on se fait tirer le portrait place du Tertre, surtout par les temps qui courent. » Nous sommes à Paris en 1945, tout juste réchappé de la guerre, de l’Occupation et de la Collaboration. Un cadavre dans un hôtel miteux. Et l’assassin qui se planque dans les chiottes, comme si on n’allait pas le chercher. Un Juif selon ses dires, Mendel Jankovic, rescapé du camp d’Auschwitz, Bloc 20.

La victime est Antoine Moray, bien français, un ponte de cette organisation collabo qui a « trop de noms pour un seul service. La Carlingue. La Gestapo française. La rue Lauriston. Le 93. » Sorti de tôle où il purgeait une peine pour trafic, « la Fouine » (son surnom) avait été engagé par « Monsieur Henri » (Lafont) pour trafiquer de la vaisselle d’argent, de la bouffe de luxe et des œuvres d’art « pour l’Abwehr, les services de renseignement de l’armée allemande, vu que c’était eux qui géraient les bureaux d’achat. » C’était payé par l’argent exigé par l’Occupant comme butin de guerre. Les affaires avant tout – et Göring au bout.

L’inspecteur Max Weber, comme le célèbre sociologue allemand, est un franco-américain engagé dans l’armée américaine à 19 ans. Parachuté sur Carentan, il a fini à Berchtesgaden, avant d’entrer dans la police, Quai des Orfèvres. Autrement dit, il débarque. Il ne sait rien de rien sur les quatre années de compromissions, de part des choses et de saloperies entre « gens biens », occupants et police. « J’essayais de faire mon boulot avec les Boches sur le dos, plaide son commissaire. La Gestapo, la Kommandantur, les SS. Et les petits merdeux de la rue Lauriston, qui nous ont fait tourner en bourrique pendant quatre ans ! » Max est vierge, un œil neuf. Comme les dossiers de la Carlingue ont été volontairement détruits parce qu’ils impliquaient trop de hauts placés, l’inspecteur décide d’enquêter. Ce qui veut dire « interroger ceux qui savent tout, qui voient tout. Les barmen, les portiers, les serveurs, ce petit peuple de la nuit pour qui aucune tête n’est jamais vraiment inconnue. »

Et puis, à l’Étoile de Kléber, un bordel vilipendé par puritanisme par la Marthe Richard dite « Veuve qui clôt », ex-pute dès 15 ans avant de virer espionne exagérée au service de la France, il rencontre Bichette. Elle a été la régulière de Moray durant trois ans ; elle le connaît bien ; elle veut témoigner parce qu’il n’a pas été correct jusqu’au bout avec elle. De quoi sauver le déporté assassin. Sauf qu’on la retrouve morte dans son bordel, des médocs plein sa table de nuit. Suicide ? Meurtre ?

Meurtre. Car la menace suit aussitôt, par téléphone : « Si on peut tuer une pute, on peut tuer un flic. » Aidé d’une avocate commise d’office, le nouveau flic Max Weber va échapper à un attentat à la mitraillette en plein Paris, remonter la piste jusqu’à la gendarmerie de Tulle, où les sbires collabos ont laissé un cuisant souvenir. Prouver qu’Antoine Moray était bien de la Carlingue, et même engagé dans la SS. Reste le jugement du Juif accusé. Et un beau retournement final.

Un roman policier vivant, qui explore les pistes évanescentes une à une, et nous plonge dans l’atmosphère glauque et hypocrite de la Libération, de la débrouille des uns et des autres parce que la vie en temps de guerre n’est jamais simple. Surtout dans ce Paris étriqué, arriéré, de la tout juste après-guerre.

Gabriel Katz, L’Assassin de Pigalle, 2026, City éditions, €21,50, e-book Kindle €11,99

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Attachée de presse édition Emmanuelle Scordel-Anthonioz escordel@hotmail.com 06 80 85 92 29

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