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JR Dos Santos, Codex 632 – Le secret de Christophe Colomb

Un thriller cryptographique sur l’homme le plus célèbre de la mondialisation. Sauf que Christophe ne s’appelait pas porteur de Christ (il était juif), ni Colomb (mais plutôt Colonna). Il n’était pas Génois (surnom que donnaient aux Juifs les Espagnols de l’Inquisition) mais né « à Cuba » (village au sud du Portugal), ce qui lui a fait changer le nom de l’île Hispaniola en cette Cuba que nous connaissons aujourd’hui. Il n’était pas « fils de tisserand » mais issu de la petite noblesse portugaise apparentée à la reine, avec des origines italiennes et juives. Avec ce livre, vous saurez tout sur le colon.

Mais il s’agit d’une fiction, donc avec des parties extrapolées ou inventées. Nul historien ne sait vraiment où est né et comment s’appelait Christophe Colomb, qui a toujours soigneusement caché ses origines. L’hypothèse de l’auteur est qu’il était très mal vu d’être « juif » au moment où Isabelle la Catholique les boutait hors d’Espagne, en cette même année 1492 où le navigateur part justement pour découvrir « les Indes ». Tout en sachant manifestement qu’il ne s’agissait pas de l’Asie mais d’un continent entre les deux, et sur ordre du roi du Portugal, Henri le Navigateur, pressé de haute politique. Le souverain portugais aurait encouragé le juif banni Colonna rebaptisé (si l’on puit dire) en Colomb de solliciter la monarchie espagnole pour lui faire miroiter la découverte des fausses « Indes » afin de la détourner des Indes véritables que Vasco de Gama allait « découvrir » opportunément, tout en négociant un traité de partage du monde sous l’égide du pape, le fameux traité de Tordesillas qui partage le planisphère à coloniser en deux au profit des monarchies catholiques.

Si ce n’est pas l’exacte vérité, c’est bien trouvé, diraient les Italiens. Et le lecteur (qui ne connait pas grand-chose à Colomb), dévore ce livre consacré aux recherches cryptiques, aux documents historiques plus ou moins remaniés, voire carrément faux, aux spéculations sur la Kabale, la Terre promise, le Graal, les Templiers, les cartes écrites en hébreu, les interrogations érudites sur qui savait quoi et quand.

Le reste est accessoire et, disons-le, très faible. L’intrigue est indigente, n’importe qui n’a pas les aptitudes à écrire un Da Vinci Code (un livre excellent !). La psychologie des personnages est nulle, caricaturale sans pousser jamais au bout et sans ces contradictions si humaines qui font le sel d’un roman, même d’action. Les histoires de bonne femme, sensées donner un aspect affectif au thriller, selon la norme, sont réduites à l’ennui le plus profond.

Comment un jeune prof habitué aux étudiantes peut-il se laisser circonvenir par une fausse étudiante qui n’y connait rien, qui feint de s’intéresser à ses recherches et le fait parler pour l’espionner, et n’hésite pas à faire la pute pour en savoir plus ?

Curieux que le professeur précédent, dont il reprend les recherches soir mort brutalement alors qu’il déclarait avoir fait une grande découverte.

Curieux que le chercheur, mandaté pour poursuivre la mission par une fondation américaine ne « cherche » même pas à en savoir plus sur cette mystérieuse entité dont les objectifs sont très vagues.

En bref, ce n’est pas crédible. Et les derniers chapitres destinés à fournir un happy end obligatoire à tout ceci sont d’un ennui… mortel.

Heureusement qu’il y a la quête ! Vous saurez tout sur le colon : le vrai, le faux, le dur, le mou… Se lit au galop puis se jette – selon la dernière mode. L’auteur est un reporter de guerre reconverti, au moment de la parution, dans la présentation du journal de 20 h au Portugal. Il est donc très au fait de ce qui plaît et se vend. Contrepartie involontaire, il nous ferait presque aimer le Portugal, pays excentré trop délaissé en Europe.

José Rodrigues Dos Santos, Codex 632 – Le secret de Christophe Colomb (O Codex 632), 2005, Pocket 2021, 443 pages, €7.95 e-book Kindle €9.99

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