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Mexico, basilique de la Guadalupe

La foule grouille, endimanchée. On sent que les mères ont fait des efforts pour vêtir leurs enfants, garçons et filles, de chemises et robes neuves. Malgré leur laisser-aller de tradition, les garçons conservent pantalon propre et chemise boutonnée jusqu’en haut en ce jour du Seigneur. Ils portent parfois la veste et la chemise serrée au col les contraint, dans la chaleur de la matinée déjà supérieure à 20°. Il faut souffrir pour respecter, pas de morale sans discipline, c’est bien catholique. Certains enfants moins traditionalistes se contentent de tee-shirts, mais de couleurs vives pour montrer qu’ils sont neufs et qu’on a fait effort de ne pas les salir.

Des danseurs déguisés en Aztèques s’offrent en spectacle devant la basilique. La foule les regarde mais le gamin gominé que j’interroge ne sait pas de quelle fête il peut bien s’agir. Il ne s’agit pas d’une fête, je l’apprendrai plus tard, comme quoi le voyage ne saurait être que de l’instant. Ces « concheros » honorent ainsi la Vierge par leur danse tout comme les Aztèques le faisaient devant leurs dieux. Ils jouent d’instruments traditionnels (dont la « concha » – la conque marine), sont costumés d’époque. Ce qui nous apparaît comme un « folklore » (terme anglais marquant une distance « sanitaire ») est la manière indienne de vénérer la déesse, incarnation humaine de ce qui dépasse l’homme.

La nouvelle basilique de béton et de verre a été inaugurée le 12 octobre 1976 ; elle peut contenir jusqu’à 15 000 personnes sous sa coupole de 35 m, à la démesure de la nouvelle ville de Mexico. En 1533, l’archevêque Montufar a fondé la première petite basilique, mais c’est à la suite d’une souscription publique que fut édifié le premier édifice en maçonnerie voûté sur les lieux de l’apparition. L’image Sainte y sera portée en procession par l’archevêque Juan de la Serna. L’ancienne basilique, que nous visitons, a été bâtie de tezontle volcanique et achevée en 1709. Elle est tout à fait classique mais ne peut contenir que quelques centaines de personnes seulement. Et surtout, elle s’enfonce dangereusement dans le sol. Les autorités lui ont donc retiré l’image imprimée sur la tunique pour la conserver dans le nouvel édifice de béton et d’acier, décoré de bois.

La colline s’élève jusqu’à une représentation d’une caravelle toutes voiles dehors à son sommet. Il s’agit d’un ex-voto à la Vierge élevé par des marins rescapés d’une grande tempête.

A l’est de la colline, une cascade artificielle est surmontée d’un ensemble monumental en bronze montrant la Vierge Noire recueillant l’hommage des Indiens. Notre Dame est en longue robe et voilée, les Indiens sont entièrement nus ou en simple pagne, symbolisant la distance incommensurable entre la Vierge espagnole et les indigènes du cru, mais aussi l’attention maternelle portée aux plus humbles d’ici.

Les mères et les grands frères aident les plus petits à tremper les mains dans le bassin devant les statues. L’eau ainsi sanctifiée par la Présence doit avoir une force virginale !

Les familles venues ici en pèlerinage se font photographier devant les divers décors de fleurs artificielles ou montées sur des chevaux factices, en souvenir. Les photographes se sont installés là où ils le peuvent, souvent sur les coudes des vastes escaliers qui grimpent la colline sacrée.

Nous sortons de la basilique par un trottoir encombré de bondieuseries toutes plus kitsch les unes que les autres. C’est Lourdes en pire. La foi populaire a besoin de toucher, de se remémorer au vu d’objets naïfs, de porter sur soi sa croyance en pendentif ou bracelet. Nous avons des statuettes, des rosaires, des porte-clés, des angelots roses voletant en plastique, des croix sur chaîne à mettre au cou, des médailles, des boules de verre…

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