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Économie n’est pas politique, montre Alain

Les Piketty, les Zucman, les Cagé, sont des économistes qui se mêlent de politique et, par fanatisme idéologique, mêlent les deux. Foutre ! dirait le philosophe Alain s’il écrivait comme le Père Duchesne – mais l’idée y est : produire n’est pas injuste, l’économie n’est pas la politique.

Ce pourquoi accuser les « patrons », taper sur les entreprises, taxer les bénéfices, « c’est faire comme l’animal qui mord l’épieu, au lieu de mordre le chasseur », dit Alain. La production « est puissance sur les choses, non sur les hommes ». Il faut encourager l’économie, produire mieux et avec moins de matériau et d’énergie, travailler bien et beaucoup si l’on aime. Il ne faut pas taxer, et encore taxer, ces travailleurs et ces créateurs de richesse, car elle profite à tous. Plus le gâteau sera gros, plus il y aura à partager.

C’est là le rôle de la politique. Mais la redistribution par l’impôt ne signifie pas l’assèchement des profits, ni le découragement de ceux qui bossent. « L’injustice vient d’une autre source, il me semble ; elle résulte d’un pouvoir d’une personne sur une personne ; pouvoir de contraindre ou pouvoir d’empêcher. Or, ce pouvoir est politique par définition, dès qu’il n’est plus la violence individuelle pure et simple. »

Si Alain reconnaît, « que les riches tendent à confisquer le pouvoir politique », il n’en est pas moins vrai que « les rapports économiques, qui sont comme des lois naturelles, sont faussés par l’intervention de pouvoirs politiques mal équilibrés et mal contrôlés ». J’ai un doute sur les lois qui seraient « naturelles », mais aucun sur les pouvoirs politiques mal équilibrés et mal contrôlés. Ce sont là les vrais maux.

Scier la branche sur laquelle on est assis, tuer la poule aux œufs d’or, sont autant d’erreurs des politiciens aveuglés par leur idéologie toute d’égalité de gauche, forcément de gauche, et en constante surenchère à gauche pour se donner le beau rôle moral. Or, il est surtout nécessaire d’entreprendre pour redistribuer. Massacrer les créateurs d’entreprise, vilipender ceux qui réussissent, les ligoter sous la bureaucratie, déshydrater leurs investissements par l’impôt, n’est pas la bonne solution.

Taxer la richesse héritée plutôt, suggère Glucksmann ; et ce n’est pas idiot. Mais aussi réformer l’État, ce monstre froid où la réglementation et la paperasse prolifèrent, où les services multiples et sans organisation d’ensemble étendent leurs tentacules de pouvoir ; voilà qui serait nécessaire. On a vu cet été incendiaire combien la réglementation écologique empêchait le débroussaillage, pourtant requis pour éviter les feux. Mais qui réformera les esprits étroits, qui ne voient que leurs petits domaines étroits, dans leurs petits coins à eux ?

Alain, Propos tome 1, Gallimard Pléiade 1956, 1370 pages, €70,50

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Alain (Émile Chartier), déjà chroniqué sur ce blog

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