Patan

En « compensation » de ces désagréments d’hier (qui font pourtant partie des voyages, sinon de l’existence…) Tara nous emmène à Patan pour pique-niquer et nous laisser visiter seuls l’ancienne capitale. Nous passons tout d’abord dans le village des réfugiés tibétains qui fabriquent des tapis aux tons pastel et aux motifs de dragon ou de lettres sanskrites. Mais ils ne prennent que les espèces et je n’achète pas.

patan gawal buddha temple nepal

Nous visitons ensuite le temple des « mille bouddhas », dont l’entrée est cachée sous un porche dans une ruelle. Enserrée dans une cour étroite, sa tourelle est décorée de centaines, sinon de milliers, de petites statues de Bouddha. Elle est entourée de boutiques de souvenirs où s’offrent des bronzes, des bijoux, des pierres précieuses.

patan marchande nepal

Le pique-nique préparé que nous prenons dans un café newar typique, au plafond bas, à l’éclairage douteux et à la propreté laissant à désirer, est un véritable bain de mœurs indiennes. Christine s’y sent à peine dépaysée : cela lui rappelle sa jeunesse hippie. Elle se demande d’ailleurs si les garçons d’ici portent des slips sous leur pantalon, mais elle n’ose pas explorer la question.

patan durban square nepal

Nous allons vers Durban Square avec tous ses monuments imposants en bois sculpté, ses statues de pierre dure et ses dorures de cuivre au-dessus de certaines portes.

patan cours palais royal nepal

Un jeune Ramesh qui avoue douze ans m’aborde. Il est de type indien, les traits fins, le nez droit, la peau sombre. Il parle bien anglais, allemand, et quelques mots de japonais, en plus du newar maternel et du népali officiel, plus le sanskrit religieux qu’il apprend comme tous les hindouistes. Pour le japonais, je suis sceptique et je lui dis. Il me sort alors une longue phrase pour me prouver que c’est vrai, et je capitule : cela sonne japonais, bien que je n’aie rien compris. Il a appris avec les groupes de touristes quelques phrases toutes faites qu’il ressort avec aplomb. Il est sympathique, pas collant, soucieux de plaire comme s’il m’avait adopté, moi, parmi tous les touristes qui déambulent. Le vrai commercial s’attache toujours un peu à son client et lui fait croire qu’il est la personne la plus importante au monde, ce jour-là.

patan fenetre bois sculpte nepal

Quoi qu’il en soit, après lui avoir dit que nous n’avions pas besoin de guide, je pense à nouveau à lui lorsque je viens à manquer d’une pellicule photo. Il me conduit avec gentillesse chez un marchand. Nous discutons un peu. Il m’apprend qu’il est en vacances d’hiver et qu’il joue souvent au tchoungui, une boule d’élastiques que l’on maintient en l’air à petits coups de pied. L’art est de porter les coups avec l’intérieur du pied, pour contrôler le mouvement et sa force.

patan porte bois sculpté nepal

J’aime son air franc et sa conversation intéressante. Il me pose des questions, me parle de lui. Il a un demi-frère, sa mère est partie ou morte (il ne me le dit pas), deux sœurs. Il est le plus jeune de sa famille, peut-être le plus éveillé. Il n’est pas malheureux, malgré son pull bleu marine déchiré à l’encolure par les bagarres et sa chemise débraillée qui n’a pas été lavée depuis plusieurs semaines. J’oubliais l’épingle de nourrice qui remplace la fermeture de braguette qui a l’air d’avoir depuis longtemps rendue l’âme. Il m’emmène chez son grand frère qui tient une boutique de mandalas peints sur toile. Je ne suis pas intéressé par ces dessins ésotériques, difficiles à afficher chez soi hors contexte. Mais Elle négocie une peinture.

patan durban square portes bois sculpte nepal

Je l’apprendrai avec Elle lors d’une conférence ultérieure au Musée Guimet, grâce à ma carte des Amis de l’Orient, le mandala est une représentation symbolique de l’univers et du corps. Il représente le chemin mystique vers la fusion de l’être individuel avec le grand tout. On le figure par une forteresse quadrangulaire à quatre portes cardinales qui entourent le cercle sacré qui entoure un symbole, une syllabe sanskrite ou une divinité, forteresse elle-même protégée par trois cercles concentriques (le feu, le vajra, le lotus). Les mandalas peuvent être peints sur toile ou sur murs, sculptés ou moulés en relief, bâtis sous forme de monuments géants (comme le temple de Borobudur), ou simplement tracés dans le sable, éphémères. Si au centre figure un symbole (de divinité) il s’agit d’un mandala de l’Esprit ; si figure une syllabe (par exemple OM) il s’agit d’un mandala de la Parole ; si la divinité est représentée, il s’agit d’un mandala du corps. Le premier cercle extérieur est le Feu, qui symbolise la Connaissance ; le second est le Vajra ou le foudre-diamant qui symbolise l’Éveil ; le troisième (le plus intérieur) est le Lotus, symbolisant la Naissance. L’ouest (en haut de la peinture) est en rouge, y trône Amitabha ; le nord est en vert et Amoghasiddhi le garde ; l’est est en bleu nuit avec Aksobhya ; et le sud en jaune devant Ratnasambhava.

mandala katmandou

Nous quittons le jeune Monsieur Ramesh Prasad Lama en fin d’après-midi après lui avoir donné 10 roupies pour sa peine et sa gentillesse.

patan palais royal nepal

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