Visite nocturne du mont Saint-Michel

Nous avons rendez-vous à 18 h à l’entrée du Mont pour aller dîner avant d’aller faire la visite en nocturne, où il y a nettement moins de monde. Le restaurant est La Croix blanche, situé sur les remparts côté nord avant la tour du Roi. Le menu du forfait comprend trois plats imposés, un bol aux sept crudités, un gratin de morue breton et une part de tarte normande plutôt industrielle, genre flan gluant de saccharose. C’est plus cher et moins bon qu’à Granville. Hier nous étions entourés de Flamands, aujourd’hui d’Espagnols avec encore un couple et deux petits garçons derrière nous.

La marée qui remonte est une attraction et nous sommes aux premières loges. La légende veut qu’elle « monte à la vitesse d’un cheval au galop » et je m’inscris en faux : c’est plutôt à la vitesse d’un homme au pas – mais c’est déjà beaucoup. Avec le coefficient de 103 actuel, la passerelle n’est pas inondée mais tout juste. Nous verrons au retour que l’écume a pénétré jusque sous le porche d’entrée du Mont. Une affiche sur une vitrine fait un « appel aux dons pour nourrir les chats de Saint-michel », photos à l’appui.

La visite nocturne donne une atmosphère différente de celle le jour ; elle est magique, les jeux de couleurs du son et lumière et sa musique toujours dramatique mettent dans une ambiance sinon propice au recueillement, du moins ouverte au mystère.

Les images religieuses défilent sur les murs ou dans les alcôves, racontant toujours plus ou moins la même histoire : l’archange et la légende de la création du sanctuaire, l’arbre de vie, Jésus.

Des familles comprenant un, deux, trois, quatre et même cinq enfants visitent. Les plus nombreuses sont probablement catholiques pratiquantes mais les gamins échelonnés sont jolis avec leur ressemblance dans les comportements. Il y a de l’entente avec les parents, de la tendresse souvent.

Sur la terrasse de l’ouest de l’église abbatiale, des familles se prennent mutuellement en photo, des enfants jouent, le soleil descend. Deux petits Anglais chahutent et le grand brun torture un brin le petit blond bouclé, trop joli, pour l’aguerrir avant le bizutage qu’il subira bien plus rude au collège privé de l’année qui vient.

Le cloître, visité lorsqu’il faisait encore jour, est un lieu calme de recueillement orienté vers le large. Il incite à la méditation et fait le lien entre les espaces : le terrestre et le céleste. Son jardin se veut une évocation du paradis originel. Les moines y passent entre leur dortoir, leur réfectoire et l’église. Il est suspendu au sommet de la Merveille et a été probablement achevé vers 1228. Granite de Chausey, ardoise en schiste vert pour la toiture, calcaire de Caen pour les arcatures, calcaire marbrier de Purbeck venu d’Angleterre pour les colonnettes, bois de chêne pour la charpente.

Une grande salle nous attend à la sortie pour nous vendre des livres, cartes et souvenirs. Je note une tisane tonique épicée nommée Secret d’Hildegarde qui comprend galanda, origan, maniguette, girofle, cannelle et pétales de roses ; elle doit être infusée à 95° durant 5 mn.

A la porte, le soleil est une boule de glace rose fulgurante qui s’affale dans un nid de nuages. Nous longeons les puissants contreforts de la Merveille pour rejoindre les degrés et descendre vers la cité basse. Les rues étroites ont une atmosphère médiévale dans leur obscurité à peine éclairée par une lanterne. L’enseigne de l’hôtel Saint-Pierre grince au vent du soir comme une potence de pendu.

La nuit tombée, nous attendons longuement la navette tant il y a de monde dans la queue – et les navettes arrivantes sont pleines de touristes ! Le Mont est ouvert jusqu’à minuit, me dit-on, et il n’est que 22 h. Même pleine, une navette ne démarre pas ; il y a sans doute des horaires définis à respecter, un bureaucratisme typiquement français. Ce n’est qu’à la troisième, après 150 personnes, que nous pouvons rejoindre le parking des visiteurs et attraper nos taxis qui attendent déjà. Il fait frais le soir à la nuit, même en plein mois d’août caniculaire. D’après le chauffeur du taxi, le tarif du parking est passé d’une année sur l’autre de 6.40 à 14 €, ce pourquoi il y aurait un peu moins de monde cette année. Il discute avec le guide et raconte qu’il a créé son entreprise après avoir été plusieurs années ambulancier. Il travaille surtout avec des agences américaines qui veulent du sur-mesure et du service de qualité : voitures cossues, bouteilles d’eau, dépose jusque devant la porte. Elles payent ce qu’il faut, surtout lorsqu’elles font voyager des VIP comme des acteurs d’Hollywood. Il reste qu’aucune autorisation, même exceptionnelle, n’est donnée pour l’accès des voitures jusqu’à l’entrée du Mont : il faut prendre la navette comme tout le monde !

Quand nous revenons à l’hôtel, il est déjà demain et nous avons grasse matinée.

Catégories : Art, normandie, Religions, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , ,

Navigation des articles

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :