
Alphonse est un jeune singe qui atteint l’âge de raison. Il est alors envoyé dans le monde extérieur, hors de la forêt magique de l’enfance, pour s’initier au monde adulte. Mais c’est un singe-poète, il veut retrouver la dixième part de son âme, celle que l’âge lui ravit, la vertu d’enfance qui est de rendre le monde magique : « Parler aux astres, tutoyer l’éternité, voir juin en janvier et des flocons de neige éternelle sur le sable en été ».
Alphonse doit commencer sa quête dans le monde des hommes, accompagné de la grive musicienne Philomèle et de la fleur d’Elis, une plante médicinale de la forêt des singes. Il est candide, curieux, pas peureux du tout. Il attend le monde et ses rencontres. Il verra successivement l’ange mécanique du Métronomique, Horace du Sahara et son instrument Guembri, Prosper et le gisement de déguisements pour carnaval, Félix le squelette réduit à son extrémité, Bobby Bonbec l’avare des sucreries, Rose-Marie la laide qui est belle quand elle dort.
La société des grandes personnes apparaît comme un entrepôt sans âme où l’on tient conseil d’administration autour d’un verre de dividendes en cristal. Il s’agit de tout soumettre à la logique. Toute humanité est réduite à la mécanique, les humains aux robots. Égoïsme et vanité, les grandes personnes « ont assommé les hommes d’une besogne inutile et répétitive, de distractions puériles et épisodiques, et se sont approprié le temps et la poésie qui savaient y germer. Elles les ont consommés avec la maladresse des gens qui ne savent pas, la boulimie des gens qui gobent mais ne mangent pas, la démesure de ceux qui boivent sans avoir soif, l’absurde méchanceté de ceux qui déclarent des guerres pour laisser les enfants des autres y mourir » p.100.
Alphonse, dit la fleur Eyquem, « c’est un poète parvenu à l’âge de raison qui veut retrouver un peu de son âme. Si nous sommes venus ici, c’est pour qu’il trouve le songe premier, la rêverie originelle, la volonté créatrice, l’esprit qui de l’aveu même du philosophe, veille dans l’homme, rêve dans l’animal et dort dans la pierre » p.75. Le songe premier est un chemin, « il est inaccessible aux machines qui ne font que ce qu’on leur dit de faire. Parce qu’il est liberté. Parce qu’il est volonté. Parce qu’il est rencontre. Il est l’imagination » p.111.
Un conte d’aujourd’hui, analogue au Petit prince de Saint-Exupéry, écrit avec amour par un écrivain poète musicien franco-marocain érudit en droit. Il l’a imaginé pour ses enfants Romane et Louise, 10 et 7 ans, dont les dessins illustrent les pages.
Othman Ihraï, Alphonse et le songe premier,2025, Éditions Fine pluie, collection Tachawit, 121 pages, €20,00
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Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com
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