Lisa Gardner, Les morsures du passé

Dans la Boston très WASP de la côte est, deux massacres de familles entières en deux semaines. L’une d’une famille classe moyenne avec un enfant adopté, l’autre d’une famille populaire métisse avec quatre enfants de quatre pères différents. Est-ce le père qui, à chaque fois, a tué sa femme d’une balle et ses enfants à coups de couteau ? L’inspectrice principale DD Warren est sur les dents. Célibataire à 40 ans, elle ne vit que pour son métier, dort peu, constamment « énervée » au sens premier. Cela lui aiguise l’esprit, mais ajoute à la confusion. Comme toujours, il faut faire vite à cause de la presse, de la psychose publique, des politiciens.

Mais les crimes n’ont aucun schéma évident. Comment le père aurait-il pu se tuer après avoir été immobilisé au taser, puis porter les cadavres dans leurs lits ? Cela ne colle pas. Commence alors une plongée dans les entrailles de cette Amérique arrogante et sûre d’elle-même, qui dénie sa socialisation toxique et reclut ses déchets humains.

Page 464, l’autrice elle-même avoue : « Autrefois, on ne voyait qu’une poignée d’enfants réellement psychotiques en une année. Maintenant, on en voit autant en l’espace d’un mois. Nous ne savons absolument pas quoi faire avec ces enfants. » Trompe a tort de renvoyer les immigrés, ils sont probablement plus sains d’esprit que la jeunesse native élevée depuis le 11-Septembre. Jamais un roman policier n’a autant étalé la misère psychologique de la société délétère des États-Unis. C’est un signe, que la double élection du Bouffon à mèche blonde, promoteur autocrate de sa propre Personne, ne vient que confirmer : des tordus majoritaires ne peuvent élire qu’un tordu au gouvernement.

L’enquête se mène tambour battant, en un rythme haletant sur plus de 550 pages. On dévore les chapitres. L’histoire est suffisamment tortueuse pour qu’on y croie. Une infirmière psychiatrique n’est-elle pas la seule survivante d’un massacre familial perpétré vingt-cinq ans avant, et stoppé par un shérif désormais décédé ? Pourquoi est-ce autour de cet anniversaire des vingt-cinq ans que se déclenchent les nouveaux meurtres ? Que vient faire un ancien trader enrichi, reconverti en gourou des énergies cosmiques, dans un hôpital où l’équipe cherche à gérer les enfants sans limites ? Comment une mère peut-elle refuser, par orgueil de génitrice, que son fils de 8 ans, Evan, soit placé dans une institution spécialisée pour le soigner ? Elle croit mieux faire elle-même – mais se prend un coup de couteau dans le foie et, lui dit son gamin lors d‘une crise, « la prochaine fois je ne te raterai pas, salope ! »

Édifiant.

Une autre gamine, Lucy, est restée enfant sauvage, jamais élevée par quiconque en 9 ans. Elle court toute nue et danse dans les rayons du soleil, jouant avec sa nourriture comme un chat. Médicaments et paroles sont les seuls soins possibles, mais son cas est désespéré, il est bien trop tard. Ce pourquoi elle sera pendue. Par elle-même ?

Trouver les liens qui libèrent le scénario est le processus mental des enquêteurs. Qu’y a-t-il de commun entre tous ces meurtres ? Qu’y a-t-il de commun avec Danielle, l’infirmière rescapée il y a vingt-cinq ans ? Pas simple, éminemment choquant, encore un psychopathe de plus dans une société yankee qui les clone à la pelle.

Lisa Gardner, Les morsures du passé (Live to Tell), 2010, Livre de poche thriller 2016, 567 pages, €9,90, e-book Kindle emprunt ou €9,49

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)


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