Agatha Christie, le hangar à bateaux

Le temps s’est couvert et il pleuvra en milieu de journée, une de ces pluies fines venues de la mer qui peuvent durer longtemps. Heureusement, je convaincs quelques copines de descendre de suite au fameux hangar à bateau qui ferme à 15 heures. Cela nous permettra de voir les points remarquables du circuit, les fleurs, les arbres et les vues sur la rivière avant de remonter visiter la maison elle-même. Bien nous en a pris. La pluie s’est mise à tomber quand nous étions juste entrés dans la maison. Aurions-nous fait l’inverse, nous n’aurions pas vu le hangar à bateau.

C’est un endroit fameux du roman qui nous a été donné hier, Poirot joue le jeu, publié en 1956. Nous avons ici le vrai paysage et nous pouvons resituer le décor du livre, même s’il n’est pas identique. Dommage, il n’y a pas de cadavre, cette jeune fille de 14 ans un peu niaise et alléchée par les choses du sexe ; le site aurait dû mettre un corps, allongé la corde au cou, juste pour l’ambiance. L’atmosphère n’est plus la même, mais au bord de la rivière, dans cet endroit sauvage où le hangar à bateau est construit, il en subsiste quelque chose. Ce hangar était plus une sorte de maison d’été qui servait aux baigneurs à se déshabiller et à se rhabiller. Les femmes descendaient dans la piscine à marée au niveau de l’eau, qui se remplissait à marée montante et se vidait à marée descendante, tandis que les hommes et les jeunes garçons plongeaient nus directement dans la Dart. A proximité, la batterie de vieux canons orientés vers le large, qui n’ont jamais dû servir à grand-chose. Ils étaient installés là parce que les autochtones craignaient une invasion des Français sous Bonny (Bonaparte en langage vulgaire).

La maison est un édifice rectangulaire blanc aux quatre-cinq-six fenêtres, à chaque fois plus petites du rez-de-chaussée au second étage. Il est flanqué de deux ailes en rez-de-chaussée à colonnades. L’intérieur est un bric-à-brac encombré de bibelots et d’objets d’art rapportés des voyages, des photos, du verre de Murano. Ce n’est pas toujours de bon goût, et surtout très entassé. Il n’y a pas que les objets d’Agatha et de son mari Max, mais ont été rassemblées ici toutes les collections de la famille, boites à pilule, tabatières à priser, aquarelles du Devon, assiettes aux décors bleus.

La vue depuis la chambre de l’écrivain est superbe sur la rivière en contrebas, derrière les arbres. Il fallait quatre jardiniers pour entretenir ce parc où fleurissent les magnolias, les camélias, les roses et d’autres essences, y compris des fougères arborescentes. Une ardoise nous apprend que le magnolia est l’une des plus anciennes fleurs de la terre, datant de plus de 100 millions d’années. Son nom vient du botaniste français Pierre Magnol. Ce ne sont pas les abeilles, mais les coccinelles, qui pollinisent les magnolias. La fleur symbolise la noblesse, la pureté et la grâce. Ils sont en pleine floraison à notre passage – c’est le printemps.

La chambre comprend un lit double, plus le lit de camp de Max, le mari archéologue. Il l’affectionnait particulièrement, au point de l’avoir rapporté d’Irak. Il a travaillé à Ur, puis à Ninive, avant d’être agent de l’Intelligence Service en Irak et de mourir en 1978, deux ans après Agatha. Il avait 14 ans de moins. Son bureau, avec téléphone et télex, jouxtait la chambre ; c’était plutôt un étroit couloir, la largeur étant mangée par des armoires tenant tout le mur. Dans le dressing, de nombreuses robes et des valises aux étiquettes exotiques rappelant les voyages.

La pluie nous chasse vers les boutiques, où sont rassemblés les souvenirs standards de tous les musées : un livret sur le site, quelques livres sur l’auteur, des livres de poche de l’auteur, des albums pour enfants, des mugs, des bougies parfumées, du miel plus ou moins local et des confitures des vieilles dames du pays ainsi que des alcools du coin, des casquettes et tee-shirts pour gamins, du matériel de scouts.

Poirot jouer le jeu, chroniqué sur ce blog :


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