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Vincent Crouzet, Le jour où je suis devenu espion

Il passe à la télé sur LCI comme « expert » en renseignement ; il a vécu vingt ans en immersion à la DGSE, en Afrique principalement. Il a été grossiste en café, négociant en armes, conseiller politico-militaire de Jonas Savimbi, ancien chef de l’UNITA, la résistance angolaise aux Cubains et à l’URSS. Il a volé dans un avion sans âge piloté par Viktor Bout, le « Lord of War » de Hollywood échangé par les États-Unis en décembre 2022 contre la basketteuse Britney Griner. Il montre que le monde est toujours plus complexe qu’on ne veut bien le croire. Né en 1964, il est devenu espion et il raconte, dans la nouvelle collection Jour J des éditions de l’Observatoire, qui comprend déjà Le jour où je suis devenu archéologue de Dominique Garcia et Le jour où j’ai soigné les morts de Philippe Charlier.

L’auteur écrit une « bonne histoire », captivante, probablement vraie en large partie, avec d’autres éludées et romancées comme il se doit dans le Renseignement. Les jeunes lecteurs contemporains sont friands de ces « faits vrais » plus ou moins remaniés, embellis et rendus cohérents – alors que la vie ne l’est pas, dans le changement incessant.

Tout commence chez sa grand-mère Juliette quand, à 11 ans, il découvre la collection complète des James Bond par Ian Fleming – qui fut espion avec d’être écrivain. « À ce moment-là J’ai imaginé devenir un homme comme ce personnage. Qui voyage loin et inspecte consciencieusement sa chambre quand il y rentre tard dans la nuit » (intro). Après une adolescence aux Arcs, Science Po Grenoble, un service militaire à la base aérienne 107 de Villacoublay, c’est l’adjudant-chef responsable de la sécurité de la base qui le signale à la DGSE. Dans un bistrot de Saint-Philippe-du-Roule, un grand quadra se présente : Alex. Vincent à 20 ans, boucles blondes et yeux bleus, a milité chez les Jeunes Giscardiens et pour le camp de la liberté – contre le communisme. C’est ça qui les intéresse. Pas d’amoureuse ? – « pas d’emmerdeuse ». « Nous constituons une nouvelle unité composée de jeunes élément, curieux de tout, sachant déjà voyager, avec de fortes capacités d’adaptation, des qualités humaines et portés par des valeurs » (chap 2). Un service clandestin que la DGSE, comme dans Mission impossible, niera évidemment avoir créé.

Le vétéran chargé de le former, alias «Le Gros», lui apprend à déjouer les filatures. Lui fait cela sans avoir l’air d’y tenir, comme par distance ou par jeu, ce pourquoi il a été pris. « Parce qu’une vie vaut la recherche opérationnelle du renseignement, au cœur de passion humaine, à l’origine de la violence et de toutes les résistances » (chap.2) Il va plonger dans vingt ans d’aventures, toutes en Afrique durant la guerre froide, où il est devenu spécialiste. « La mission s’inscrit parfaitement dans l’épure des objectifs du Service Clandestin : le recueil du renseignement sur zone de crise, et le support secret aux mouvements armés que la France soutient très confidentiellement » (chap.7). Il rencontre « l’homme le plus dangereux au monde », Jonas Savimbi, « l’une des personnalités les plus recherchées par Moscou et La Havane, l’un des hommes dans lequel croit alors l’Occident contre l’empire du mal » (chap.10).

Après diverses aventures, il voit un jour de 1997 le maréchal-président congolais Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga à la toque léopard et aux dix-huit enfants fuir précipitamment son palais. « Nous avons juste le temps d’apercevoir sur la passerelle la silhouette tassée de Mobutu et celle de son épouse, l’extravagante Bobi Ladawa, embarquer pour leur fuite à Gbadolita, le dernier refuge du maréchal-président. Le 737 est chargé d’or, de diamants, de liasses de cash en dollars et de traîtres fuyant les combats » (chap.23). Le président noir le plus corrompu du continent était protégé de Mitterrand – raison d’État – et est mort d’un cancer de la prostate à 66 ans.

Vincent Crouzet a adoré son métier. Il s’est marié, s’est rangé, est devenu conseiller, écrit des romans. « L’espionnage – ce n’est pas un poncif – demeure la plus noble des activités. Qui puise dans les tréfonds et les trésors de l’humanité. Qui engendre cruauté et espérance. Qui explore les âmes, les rêves et les abandons, les forces et nos évidentes faiblesses. Le jour où je suis devenu un espion, je suis devenu un homme » (concl.).

Vincent Crouzet, Le jour où je suis devenu espion, 2026, Éditions de l’Observatoire, 208 pages, €19,00, e-book Kindle €12,99

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