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Jean-François Pasques, Fils de personne

Un bon polar d’un flic de la Maison, capitaine de police à Nantes après avoir passé une quinzaine d’années à Paris à la section criminelle de la 1ère DPJ (Direction de la Police judiciaire). Une intrigue fondée sur les naissances « sous X », une attention maniaque à « la procédure » (vitale à l’audience pour éviter le non-lieu), et des petits faits « vrais » du métier. Mais ici, moins de police scientifique (cette scie de l’ADN « reine des preuves », téléphonie, réseaux sociaux, consultation des comptes bancaires, fichier des empreintes génétiques, etc.) que de banale mais revigorante psychologie.

Car l’auteur a pour modèle Georges Simenon : une intrigue simple, des personnages forts, un chargé d’enquête attachant d’humanité, forcé par les victimes à aller jusqu’au bout de sa logique.

A Paris, dans un bassin du jardin des Tuileries, le corps d’un vieil homme est découvert. Est-il mort noyé ou par chute sur le rebord, comme en témoigne une trace de sang ? Sur lui, de rares indices, un exemplaire de La Peau de chagrin de Balzac (au programme du bac 2026), un chapelet, un briquet de la Légion étrangère et le numéro de téléphone du CNAOP, l’organisme permettant aux enfants nés « sous X » de retrouver leurs parents biologiques. Le roman offre une clé, mais le commandant Delestran – de la 1ère DPJ – ne le découvrira que plus tard, même s’il se pique d’être un peu lettré. Le héros de Balzac, Raphaël de Valentin, a eu le choix entre une vie fulgurante consumée par le désir, et la longévité morne que donne le renoncement à toute forme de désir. De même le cadavre a connu un amour fulgurant et éphémère d’un soir pour une fille de la haute qu’il n’a pas pu épouser. En est né un fils, sans qu’il le sache, abandonné « sous X ».

Dans le même temps, parce que dans la police on ne chôme pas, une autre enquête piétine. Elle concerne la disparition de trois femmes dans leur maturité, de classe aisée, mariées et mères de famille, sans lien apparent entre elles. Chacune a tout simplement disparue en pleine journée, sans motif apparent. Mais l’enquête montre qu’elles ont toutes consulté dans le même hôpital Necker.

Les deux événements vont se rejoindre, marqués par la même hantise : le mystère de l’origine. D’où l’irruption dans la brigade de police d’une psychologue, affectée à des tâches que le flic moyen n’a pas le temps ni les capacités de faire. Ce changement des fameuses « habitudes » a des conséquences sur la vie du groupe et le moral, mais l’adaptation se fera dans l’action. Notamment par la médiation de la lieutenante Beaumont, prénommée Victoire, qui adore son « commandeur » Delestran tout en devenant amie avec Claire, la psy.

« L’appétit de curiosité humaine » qu’évoque l’auteur est bien rempli par ces enquêtes ; elles avancent pas à pas, comme il se doit, chaque moment ouvrant sur une piste ou la prolongeant. Le roman se lit bien, est parfaitement documenté, frise souvent l’émotion, même s’il n’a pas la profondeur d’un Simenon.

Tous ceux qui sont nés « normaux » d’un père et d’une mère, reconnus comme fils ou fille par eux, ne peuvent concevoir les affres de la naissance « sous X », où l’on ne connaît ni père ni mère, les « parents » adoptifs ne remplaçant jamais les vrais. Plus que l’affection, la hantise de savoir « d’où » l’on vient semble dans l’ordre du symbolique plus forte étonnamment que l’amour.

Prix du Quai des Orfèvres 2023

Jean-François Pasques, Fils de personne, 2022, Fayard poche policier, 414 pages, €8,90, e-book Kindle €6,99

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