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Michael Crichton, Extrême urgence

Dans sa préface de 1993, l’auteur décédé à 66 ans d’un cancer en 2008, connu pour Jurassik Parket comme créateur de la série culte Urgences avec George Clooney, montre comment il a écrit son premier thriller. Encore étudiant en médecine, il passait ses vacances universitaires à composer des romans d’espionnage sous pseudonyme pour financer ses études avant son doctorat en médecine en 1969. Il a eu l’idée d’appliquer ses connaissances du milieu médical à la Harvard Medical School pour écrire un roman policier.

A la fin des années 1960, l’avortement est illégal aux États-Unis, mais environ un million de femmes se font avorter. Il ne sera autorisé que par le fameux arrêt de la Cour suprême dit Roe v. Wade en 1973, abrogé en 2022 par l’arrêt Dobbs v. JWHO sous la pression des juges conservateurs nommés par Trompe.

L’avortement est le ressort du thriller. Une jeune fille de 17 ans, Karen, est amenée aux Urgences en pleine nuit à Boston par sa belle-mère, car elle saigne du vagin et a perdu beaucoup de sang. Malgré les soins intensifs, elle meurt peu après. On soupçonne un avortement et la belle-mère désigne le docteur Arthur Lee comme responsable. Il est arrêté, en attendant l’enquête. Le père de Karen, J.J. Randall, est un médecin très connu, plus matamore que compétent, mais qui terrorise ses pairs comme ses concitoyens. Obstiné, borné, il lui faut un coupable – et un médecin d’origine chinoise comme Lee en fait un parfait. Il est désigné à la presse et à la vindicte populaire, ce qui fera caillasser sa maison par des jeunes chrétiens fanatisés anti-avortement et adeptes de la croix brûlée du Ku Klux Klan, et blesser ses jeunes enfants par les éclats de verre.

Son ami John Berry, médecin pathologiste au même hôpital et voisin, ne croit pas qu’il ait pu rater son avortement – s’il l’a effectué. Lee dit que non. Il va enquêter de son côté en plusieurs jours pour savoir la vérité. L’autopsie démontre que Karen n’était pas enceinte ; son oncle avoue qu’elle en était déjà à son quatrième avortement depuis l’âge de 15 ans ; il semble qu’elle en ait voulu à son père après la mort de sa mère et que, réprimée sexuellement par la « bonne » société, elle ait voulu punir sa famille connue et se punir elle-même en couchant à tire larigot avec le maximum de jeunes mâles, en général athlétiques ou noirs. Mais les spécialistes de l’hôpital préfèrent faire profil bas et adopter la doxa imposée par J.J. Randall : sa fille était « pure » et donc une « victime » d’un criminel boucher.

L’auteur multiplie les anecdotes médicales, souvent drôles, et use du vocabulaire spécialisé pour se poser en expert de la partie, laissant le flic de base Paterson médusé. Est-ce une erreur médicale ? – peu probable de la part d’un médecin. Est-ce un meurtre lié à la drogue ? – le voyou nègre que Karen fréquentait (et baisait) apparaît bien tentant. Est-ce une vengeance familiale ? – un père médecin, un oncle médecin, un frère médecin, une belle-mère jamais acceptée… tout est possible. Est-ce une question de fric ? – un avortement (illégal), ça rapporte ; et c’est facile à pratiquer. La rebelle trop ado, psychotique et camée, nymphomane qui se fait du cinéma, désoriente les enquêteurs. Seul un scientifique, médecin qui ne croit qu’aux faits prouvés, réussira à démonter l’intrigue.

Pris de littérature policière Edgar Award 1969

Michael Crichton, Extrême urgence (A Case of Need), 1968 réédité 1993, Pocket 2003, 438 pages, €1,33

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