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Cow boys australiens vers Mount Isa

Article repris par Medium4You.

Alors que le soleil pointe à l’horizon, un taureau noir se promène seul entre les chambres, les aigles tournoient au-dessus de nos têtes. Encore 240 km et nous passerons la frontière entre le Territoire du Nord et le Queensland. Changement d’horaire à prévoir, 30 minutes à ajouter à nos montres. Les Tahitiens, curieux comme des chats, ont enfin reçu l’explication du pourquoi et du comment des visiteurs de Darwin. Cela va alimenter leur conversation durant plusieurs heures. Pour les autres, les paysages sont variés, tantôt de la végétation, tantôt des termitières, des prairies jaunes, des troupeaux.

Un nuage de poussière au loin. C’est le déplacement d’un troupeau par des hommes à cheval et à moto. Pour les grands troupeaux, on rassemble le bétail par hélicoptère. Nous ne verrons pas ce spectacle. Un point d’eau sert à rassembler le bétail. On entoure ce point, on laisse une porte ouverte pour faire entrer le bétail, celui-ci ne pourra pas ressortir. Les stockmen (vachers), des métis Aborigènes souvent, sont les cow-boys du bush. Ils partent pour diriger les bêtes vers cette souricière ; quand on estime le nombre de bêtes suffisant, on repart vers un corral avec les bêtes rassemblées du point d’eau vers un autre corral.

La frontière est proche, Rob traduit par Jeff indique qu’il faut préparer les passeports. Tout le monde a reniflé la provocation et ne bouge pas. Seule M. se dresse fièrement sur son siège le passeport tenu bien visible à la main… A la frontière, arrêt : vérification du camion, des papiers du conducteur, souffler dans le ballon et nous arrivons à Camooweal, 30 habitants, un petit magasin qui fait aussi office de bureau de Poste, un pub, 2 pompes à essence, un mini-marché où nous dégustons un sandwich. Ici se trouvent offerts à la vente des chemises de stockmen (55 $), des selles (800 $), des kits pour soigner les pieds des chevaux. La grande fresque à l’entrée du village représente un pionner venu avec des Aborigènes attraper et domestiquer les chevaux sauvages pour les revendre ensuite à l’armée indienne. Direction Mount Isa.

Mount Isa est à la latitude 20° 43’ 36’’ Sud et à la longitude 139° 29’ 38’’ Est. Elle s’étend sur 42 904 km² et englobe 25 000 habitants. Vers 1923, l’explorateur John Campbell découvre une riche couche d’argent et de plomb. Du cuivre et du zinc sont également extraits. Ce sont les plus importants au monde, plus de 300 millions de tonnes sont extraites chaque année. La cheminée de la fonderie s’élève à 265 m de haut et est visible de tout point de la ville. Mount Isa prétend être la plus grande ville du monde en superficie, supérieure à celle de la Suisse. Les minerais sont transportés sur 900 km jusqu’au port de Townsville.

Après la découverte de la ville depuis la colline, le reste de la matinée est consacrée à la visite de la mine, visite épuisante. Il s’agit d’une « mine » crée pour les touristes ! L’après-midi, après un sandwich avalé à la hâte, nous visionnons un film et recevons les explications sur les fossiles découverts dans la région, à Riversleigh. En 2008, le maire John Molony, afin de rééquilibrer les statistiques de sa ville, a lancé un appel aux femmes « moches » à venir s’installer dans sa commune mais les femmes ont violemment contesté la décision de leur maire.

Ce matin, pas de petit déj, à 6h nous sommes déjà sur la route. Nous atteindrons McInly pour croquer, enfin, une tartine et boire une boisson chaude. McInly est la petite ville où le film Crocodile Dundee a été tourné. Un arrêt à Kynuna nous fait rencontrer trois motards, un couple et un individuel qui reviennent d’une manifestation à Darwin et qui rentrent chez eux à Brisbane. 8000 km sur de superbes mécaniques. Le contact est aisé, les Australiens s’expriment facilement et notre camion-bus intrigue beaucoup là où nous passons, il y a peu d’exemplaires de cet engin en circulation ! (350 000 dollars australiens).

Les locaux n’aiment pas la région car les montagnes ont été érodées au profit de la plaine où l’on élève des moutons. Les collines sont truffées de cavernes où vivent les dingos. Ce jour, l’herbe est haute et verte (Channel Country). Toutes les petites rivières, en cas de pluie, forment un immense lac… toutes les routes sont fermées. Ici, soit il pleut, soit la poussière envahit tout.

Voici Winton, cœur géographique du Queensland. Ici fut écrite la chanson chère au cœur de tous les Australiens Waltzing Matilda par A.B. « Banjo » Paterson en 1895. L’auteur accueille de sa statue les visiteurs du Waltzing Matilda Centre. Jolie petite ville qui possède aussi son pub et a ainsi le droit de prétendre au titre de city.

A 110 km de la ville nous visiterons le Lark Quarry Dinosaur Trackways, des traces de pas de grands et petits dinosaures conservés dans la terre d’une colline et figés pour l’éternité. Se souvenir que les poubelles de Winton sont des pattes de dinosaures à trois doigts. L’environnement du hall d’exposition est constitué de touffes de Mitchellgrass, de Smokebush, de Spinifex et de roches ocre et rouges. Un décor de western ? Le Mitchellgrass est une touffe d’herbe ronde, piquante, excellente pour le bétail car grasse. Nous les voyons bien vertes avec des graminées grâce aux pluies abondantes et récentes. Encore un peu de patience et nous foulerons le sol de Carisbrook.

Nous passerons deux nuits et deux jours dans cette station de Carisbrook. La ferme est isolée, à plus de 20 km de son premier voisin, et nous sommes dispersés dans quatre chalets. En attendant le repas, chansons autour d’un feu de camp. Nous ne ressemblons pas à des pionniers pourtant, ou alors des pionniers à la retraite. Le fermier s’est fait aider par une voisine pour préparer le repas : salades, pommes de terre en gratin, saucisses et bœuf (super cuit !), gâteau au chocolat avec crème anglaise et boule de glace. L’un de leurs trois enfants s’est cassé la jambe au lycée et Madame la fermière est partie le consoler à l’hôpital d’où la présence de la voisine ! Carisbrook est une station moyenne de 200 km² et possédait 800 têtes de bétail et 2000 moutons (pour la laine). Entre 2000 et 2008, la sécheresse a ruiné les stations. Les fermiers n’ont pu payer leurs dettes auprès des banques, certains sont partis avec une petite valise, d’autres se sont suicidés, d’autres ont tenté une reconversion comme notre hôte. Il reçoit des visiteurs comme nous ou des scolaires, les promène sur ce qui fut ses pâturages. Sur les 800 têtes de bétail qui paissaient sur ses terres seuls 31 lui restent, sur les 2000 moutons il ne demeure que 33 mérinos ! Quel gâchis. Il ne possède pas assez d’argent pour racheter les bœufs et moutons alors que les dernières pluies ont reverdi les lieux.

Hiata de Tahiti

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