Article repris par Medium4You.
Marine Le Pen commence à effrayer la droite comme la gauche : pensez, elle prend à tout le monde ! Il n’y avait que quelques trois cents adhérents à Lyon lorsqu’elle a fait sa sortie provocatrice sur « l’occupation ». Les Musulmans occupent une part du territoire républicain par leur prière dans les rues chaque vendredi. Elle a attiré par curiosité 3,3 millions de spectateurs sur France2. Marine Le Pen est créditée de 27% d’opinions favorables dans un sondage Ipsos-Le Point (19% dans un sondage BVA-L’Express) et de 17% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle… en 2012.
Rien d’un raz de marée mais plutôt un brise-glace, il faut savoir raison garder : le fascisme n’est pas de retour, il a toujours été là, tapi comme l’herpès dans les profondeurs électorales. Briser les tabous de la moraline est son rôle. Mais Marine remplace Jean-Marie et, avec elle, la modernité femme submerge le vichysme lepénien à l’énergie bandée. Faute de jus, ce virilisme n’a pas éclaté, mais l’inversion est peut-être plus insidieuse : Marine est femme, plus séductrice, et renouvelle les thèmes de la droite extrême.
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Elle a choisi d’éluder l’ordre moral au profit de la laïcité ferme.
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De remplacer l’antibolchevisme par l’anticléricalisme – contre les imams et autres ayatollahs.
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De substituer à l’antisémitisme traditionnel son autre versant (toujours sémite) anti-arabe.
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D’opérer un tour de passe-passe de l’étatisme paternaliste à la Pétain au néo-jacobinisme botté de tendance plutôt mussolinienne dont les modèles d’aujourd’hui sont Poutine et le PC chinois.
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De réévaluer l’Occupation sous la forme du Mal (contrairement à son père) en établissant l’équivalence (évidente dans les cercles d’extrême-droite israélienne) intégristes musulmans = nazis.
Rien de neuf là-dedans, on ne change pas son électorat par décret. Les analyses faites il y a quelques semaines demeurent. Il y a simplement qu’un écho se propage, il résonne dans l’opinion et retentit sur les politiques affaiblis. D’où agitation et caquetages. Laïcité et ordre républicain ne sont-ils pas des thèmes de gauche ? Souverainisme et protection ne sont-ils pas des thèmes de droite classique ? Chacun se sent chatouillé, comme le dit joliment Jean-Louis Bourlanges, par la Bête qui monte, qui monte…
Est-ce inquiétant ? Pas plus qu’autre chose. Marine s’adresse au populaire, largement délaissé par la gauche socialiste et bien laissé pour compte par la droite ploutocratique (affaire Bettencourt, connivence minable Copé/Jacob pour exonérer les députés menteurs sur leur patrimoine). Seul Mélenchon occupe le terrain, s’amusant à faire du Marchais quand il dit « je prends tout ». Marine a plus de talent que Jean-Luc et elle va probablement croquer sur son audience car, elle, se garde bien de rien « prendre ». Elle n’a le couteau entre les dents que pour les étrangers : les Arabes et les technocrates de Bruxelles ou de Washington.
Dans une conjoncture de crise financière occidentale, les petits sont délaissés par les gros et les financiers cosmopolites dédouanés par les politiciens. La Chine, au jacobinisme botté de parti unique, y échappe. D’où la tentation d’y prendre modèle. Sur l’exemple des années trente, le parlementarisme laisse trop la place aux parlotes lentes, aux compromis boiteux et aux affaires cyniques. Le régime autoritaire est une tentation pour ceux qui cherchent un bouc émissaire et se veulent un avenir identitaire. La France n’est pas la seule en Europe à voir remonter sa droite extrême : il en est de même en Autriche, aux Pays-Bas, en Norvège, en Suède, en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Belgique, en Serbie, en Russie…
Les thèmes sont porteurs, bien que démagogiques :
1. Le choc de civilisation entre deux millénaires chrétiens au compromis laïc depuis un siècle (loi de 1905) et l’irruption en une génération de 10% de la population d’origine musulmane. Religion qui se revendique haut et fort, avec pratique plus assidue des rites et menace de l’internationale terroriste. A cela, Marine Le Pen répond : laïcité intransigeante.
2. Le choc de la mondialisation en régime de libre-échange qui oblige à comprimer les salaires et à délocaliser, faisant s’effondrer des pans entiers d’industries. A cela, Marine Le Pen répond : sortie des traités et protectionnisme.
3. Le choc de l’immigration, des nomades aux sans-papiers qui encombrent l’espace médiatique par leurs écarts à la loi et leur misère sans que rien ne puisse tarir ce tonneau des Danaïdes. A cela, Marine Le Pen répond : égalité républicaine, mais pour les citoyens seulement, donc retour des frontières.
4. Le choc financier qui, après la quasi-faillite des banques sauvées par les États, voit ces mêmes États menacés par « les marchés financiers » avec dégradation de leur notation d’emprunt. A cela, Marine Le Pen répond : sortie de l’Europe, sortie de l’euro, dénonciation de l’OMC, révision de l’alliance OTAN.
Tout cela résonne en profondeur dans la population. Certains relativisent parce qu’ils ont fait des études, connaissent l’histoire, voyagent et voient plus loin. D’autres prennent les choses au premier degré, se constatant menacés ici et maintenant par le rapport différent de l’islam à la religion, par le chômage qui les saisit, par les aides sociales « qui vont toujours aux mêmes », ceux qui lapinent et font de leurs gosses des Français par le sol mais qui refusent de s’intégrer et trafiquent la drogue ou font tourner la Blanche, par les impôts qui augmentent pour payer les bonus des banquiers impunis et les frasques des politiciens au pouvoir.
La gauche a peur parce qu’elle est bridée par ses tabous antiraciste et anticolonial, réduisant tout au social, donc aux « moyens ». Elle ignore ce qui reste après formatage républicain : le faciès. Et déverser de l’argent ne suffit pas, on l’a vu dans l’Éducation nationale comme dans les programmes de réhabilitation des banlieues.
La droite prend peur parce que Sarkozy flanche. Lui qui avait si bien su ravir au tribun Le Pen nombre de ses électeurs par son approche sécuritaire et son avenir pour la France qui se lève tôt et qui travaille, a accouché de souris. Le karcher n’est pas passé sur les banlieues, les réformes coûtent cher et sont à refaire pour la plupart, le travail disparaît sans que les obstacles réglementaires n’aient vraiment changés, ni que les charges soient moindres…
Marine Le Pen profite de l’affaiblissement des forces traditionnelles : UMP, centre et PS. Elle peut donc gratter des voix à droite comme à gauche parmi les déçus du sarkozysme, des socialistes et même de Mélenchon. Mais cela donnera combien ? De 12 à 20% peut-être, comme dans les meilleures années Le Pen ou les meilleures années du Parti communiste français, l’ancien parti tribunicien. Et puis après ? Réussira-t-elle un nouveau 2002 en parvenant au second tour ? Pourquoi pas si les Socialistes sont toujours aussi divisés et peu crédibles – mais pour quoi faire ?
Marine n’a aucun programme crédible et l’avenir qu’elle présente est bouché. Il se réduit à la fin du monde, la fin de l’union en Europe, la fin de la monnaie mondiale-bis.
Le village gaulois, mais sans potion magique, est démagogique, donc sans prise sur le réel. On ne peut manipuler que les peurs et les fantasmes. KriegsMarine pèsera probablement – elle pèse déjà sur la Droite populaire. Tous les grands partis infléchissent leur discours vers ses thèmes. Peut-être (dans dix ans ?) le FN réussira-t-il à nouer une alliance à droite pour les élections car les petits gars de la Marine, très militants, sont présents sur le terrain. Peut-être auront-ils quelques députés si la proportionnelle est décidée (grande revendication de gauche !).
Mais il faudrait à mon avis un effondrement analogue à celui des années trente en Allemagne pour que Marine Le Pen parvienne à la présidence de la République !
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Nous avons appris que « la » civilisation n’était qu’occidentale, Hubert Védrine le dit très bien. Le terme civilisation est un processus, comme l’a montré Norbert Elias , qui fait évoluer les moeurs sur l’imitation des élites (au contraire de la culture qui est un passé et une mémoire). Demain, ces élites seront chinoises, indiennes, brésiliennes… Le processus devrait donc converger, mais à très long terme. Pour le moment, il y a des crispations identitaires dans chaque civilisation. On zigouille les libéraux au Pakistan pour « blasphème », on met en tôle les libéraux en Chine pour antipatriotisme, on tue en Russie les journalistes pour dévoiler les frasques mafieuses du pouvoir. Ca ne donne pas envie de basculer dans ces « civilisations » là.
Quant aux « mauvaises » questions, j’attends que celles que posent les lepéniens aient leur « critique » de la part des intellos si prompts à se « mobiliser » pour n’importe quoi, afin de les remettre dans le droit chemin. Je n’en vois guère. Tabou ou coupage de cheveux en 4 pour incapacité mentale ?
Les questions, donc subsistent, bien ou mal posées.
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c’est donner au mot « civilisation » un sens bien particulier…
d’autre part, si, il y a de mauvaises questions. Toute personne qui a un peu fréquenté l’univers des sciences sait cela. Une mauvaise question vient de l’apparence non critiquée des choses et tenter d’y répondre fait en général régresser la connaisance plutôt que lui apporter un progrès.
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Il se trouve que j’ai fait une thèse sur la Russie, en son temps… Oui, c’est un pays fermé, qui n’exporte aujourd’hui que des armes et des matières premières. Oui, seul le Chef commande, et il s’agit de Poutine. Quiconque finance un concurrent se voit gratifier de six ans de prison renouvelable par bon plaisir. Quiconque écrit autrement que l’anônnement officiel de propagande est qualifié d’anti-patriote et exécuté – comme nombre de journalistes. La seule « élite » au pouvoir est une mafia de galonnés (les silovikis). Tout comme le PC en Chine ou le NSDAP dans le Reich de mille ans ou même la junte birmane. C’est cet embrigadement autoritaire que vous apelez « nationalisme » fier et « souveraineté » ?
Nous sommes bien d’accord en ce cas : moi je l’appelle fascisme, car il en a tous les critères objectifs, et je n’en veux pas. Pas plus que je ne veux du communisme où le centralisme ne profite qu’au très petit nombre autoproclamé avant-garde.
Maintenant, qu’il faille faire pression sur les technocrates bobos pour qu’ils cessent de tergiverser et de ménager certains tabous, là nous sommes d’accord. C’est en général ce que j’écris.
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La Russie est repliée sur elle-même ? J’en parlerai à mes amis russes… que ne retournent-ils pas à leur sovkhozes plutôt que d’essayer de s’affirmer sur la scène internationale. D’ailleurs, ne devrions-nous pas dénoncer immédiatement l’achat de nos BPC en exemple ?
Il faudrait peut-être cesser de confondre « nationalisme agressif » et « fierté national », surtout en parlant de pays qui ont vécu quelques décennies sous la « vraie » doctrine socialiste. La Hongrie, d’actualité, doit aussi entrer dans ces critères, selon vous.
Étonnant que le droit à la différence, dès lors qu’il cherche à s’exercer pour des particularismes nationaux, effrayent à ce point. Le nationalisme économique allemand ne vous effraie-t-il pas aussi ? Pourtant, il n’a rien de « nazi ».
Ce que vous appelez « repli sur soi », et que j’appelle « retour à la souveraineté » n’est peut-être simplement que le chemin opposé au mondialisme dévastateur ; que la discussion sur le retour au franc ou au mark n’est pas si extravagante que ça (au point qu’un plus grand pourcentage d’allemands exprime l’envie d’en discuter âprement sans pour autant attendre de se replonger dans les « années trente ») ; et peut-être que MLP n’a pas besoin de relire Bardèche pour tenir des paroles de bon sens 😉
Enfin, peut-être que les « petits gars de la Marine » ne sont pas si marins d’eau douce que cela…
À part ça, c’est toujours un plaisir de vous lire.
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Vous lisez mal, il ne s’agit pas « d’épouvantail » fasciste mais d’un constat : celui du nationalisme agressif replié sur soi. Celui de la Chine aujourd’hui et de la Russie de Poutine (entre autres). Ce fut celui de Mussolini et de son Etat « organique », dont les faisceaux militants (sur le modèle romain des licteurs) ont donné le mot fasciste.
Tant pis si vous réagissez de façon pavlovienne à des « étiquettes ». Moi, je parle de faits concrets, analysables, pas d’épouvantails idéologiques. Pour comprendre l’extrême droite française, lisez donc Maurice Bardèche (cité dans la précédente note !). Il a très bien dit tout ce qui est proposé aujourd’hui par les petits gars de la Marine. Rien de neuf sous le soleil…
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Ne nous leurrons pas quand même : les « civilisations » sont l’expression passionnelle/rationnelle d’un instinct de vie qui veut exister et se faire reconnaître. D’où, en effet, les mauvaises réponses aux bonnes questions.
Je crois qu’il n’est jamais de mauvaises questions, seulement des tabous, des réponses dilatoires ou de mauvaises réponses. C’est le cas pour les enfants, pourquoi pas pour les citoyens ?
Je constate que « la crise » engendre l’inévitable : le repli frileux sur soi, la quête agressive de son « identité » et la facilité du « bouc émissaire ».
Ceci dit, 72% des Français interrogés sont pour garder l’euro, ce qui veut dire que la principale proposition Le Pen ne tente réellement que le solde, soit autour de 25%. Cela conforte ma conclusion à aujourd’hui.
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Je suis d’accord avec vous, Argoul. Le message précédent du dénommé « Albert » fait frissonner de dégoût… « l’Anti-France » au pouvoir…. non, mais..!
Ceci dit je trouve que votre présentation donne encore la part un peu trop belle à MLP, comme si, dans la lignée de Fabius, vous pensiez qu’elle pose les bonnes questions, en y apportant de mauvaises réponses. Or, par exemple, l’idée de « choc de civilisations » n’est qu’une interprétation de la réalité parmi d’autres. Il y aurait un « choc de civilisations » s’il y avait deux civilisations prêtes à s’affronter sur un pied d’égalité. Imaginons par exemple la « civilisation chinoise » s’opposant à la « civilisation occidentale », mais ce n’est pas ce qui se produit… La dite civilisation chinoise évoluant au contraire de plus en plus vers un modèle occidental, et si affrontement il y a, il est économique avant tout, comme cela a presque toujours été le cas dans l’histoire. Et il n’y a pas de « civilisation musulmane » à laquelle nous serions opposés – sauf dans les fantasmes des Le Pen et autres « albert » – .
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Même avis que le précédent commentaire. Est-il utile de toujours sortir l’épouvantail fasciste dès lors que la réalité impose une évidence : la voie qu’emprunte nos gouvernants depuis des décennies est une impasse (dans le meilleur des cas), un désastre sans doute, une imposture certainement.
Car la juste question n’est pas : pourquoi les élites de ce pays infléchissent-elles leur discours en s’appropriant les thèmes de Marine Le Pen, mais plutôt : que n’ont-elles pas su voir les changements majeurs de notre monde, de la politique, de l’économie, etc ? Serions-nous gouvernés depuis des lustres par des aveugles, ou seulement par des incompétents ? Et pourquoi ne faudrait-il pas un jour leur demander des comptes ?
C’est dommage car je lis avec intérêt la plupart de vos billets. Concernant celui-ci, il y aurait beaucoup à dire, mais… à quoi bon ? L’étiquette fasciste a été apposée.
Circulez, il n’y a rien à voir.
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Si vous voulez vivre dans la négation des faits, vous le pouvez
Mais là où certains voient des fachos, moi je ne vois que des gens exaspérés
L’Anti-France est au pouvoir : et elle fait plustôt bien son job
12 à 20%, dites-vous ? Ce ne serait pas 12 + 20 % ?…
Que soit instituée la proportionelle aux législatives, comme en 1986 ! Et nous verrons ce que les Français souhaitent
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