Amal Bakkar, Les perles du Tao

« Apprends à écrire tes blessures dans le sable et à graver tes joies dans la pierre » dit Lao Tseu en incipit. Ces quatre nouvelles y répondent ; elles portent sur la femme : épouse, mère ou fille.

Elles explorent la difficulté des relations quand on vient d’un pays différent et que l’on porte sa couleur sur sa peau, le Mali par exemple. Ou que le choc des cultures se révèle inconciliable, tel l’islam avec la république, du moins cet islam dérivé, dégradé, intégriste, qui fait la fierté des mauvais, des faibles et des perdants. Ou que l’histoire familiale soit tissée de non-dits qui deviennent insupportables, non que « la vérité » soit la solution miracle par elle-même, mais la sincérité des paroles, oui.

Relève-toi, Majda ! Surmonte ton père, Maki ! Découvre ta mère, Majda ! Ecris pour tromper le cancer, Hélène !

Majda est marocaine immigrée de seconde génération et épouse un Yohan blond aux yeux bleus, commercial qui voyage au Liban, en Jordanie, au Yémen, en Algérie et se prend de passion pour la religion musulmane – au point d’être « fiché S » pour radicalisme. Le lecteur trouve cependant un peu bizarre qu’il aille tous les jours à la mosquée mais que l’autrice affirme sans sourciller « qu’il boit un coup de trop à l’apéro » p.18. Imposer le voile à sa femme et la traiter en serpillère n’est pas un commandement ; éviter l’alcool et tout ce qui endort la vigilance de l’esprit, si. Majda reste mariée cinq ans et passe trois ans au Palais de la Femme, centre d’hébergement pour femmes battues à Paris, d’où elle parvient à divorcer et à retourner au Maroc où, selon l’autrice un peu optimiste, « Tout est ouvert. La tolérance et le respect y règnent » p.20. Je connais le pays, il n’est pas si parfait…

Maki et Saya sont fils et fille d’un couple de Maliens immigrés qui végètent dans de petits boulots d’esclaves. Maki choisit le théâtre, Saya médecine, ils réussissent parfaitement leur intégration. Mais le père vieillit, s’aigrit, jalouse leur bonne fortune. Avare parce qu’il a trop manqué, il n’est jamais content de l’argent que ses enfants lui donnent – lui doivent. Maki tente la drogue puis le suicide malgré une épouse et un enfant qui naît. Il se rate, le père se repent.

Une femme est la fille du père de sa mère Zoubida. Drame du non-dit, sa mère ne veut pas parler. Et puis elle jure que si.

Une autre, Hélène, fantasme que son mari Antonio la trompe avec sa sœur Angela. En fait, c’est le cancer. Ecrire pour échapper à la tristesse est le remède complémentaire à la chimio. Ce qui justifie Lao Tseu.

Toujours une fin heureuse à des histoires misérables. D’un optimisme ancré qui donne du bonheur, l’autrice franco-marocaine utilise son expérience d’assistante en ressources humaines pour écrire ces histoires, issues du vrai. Elle est mère de deux enfants, Issa et Tino, et se dit « femme épanouie ». Ses thèmes sont intéressants et pile dans l’actualité, mais bruts de décoffrage. Il s’agit de canevas qui devraient être enrichis de psychologie et d’action pour donner à chaque fois un portrait qui permette d’adhérer aux personnages. Mais l’autrice a su éviter l’écueil du politiquement correct et de la complainte woke, ce qui est clairement à encourager.

Amal Bakkar, Les perles du Tao, 2021, Editions Claire Lorrain, 50 pages, €17.00

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